La situation à l’IEP de Grenoble en mars 2021

Auteur(s) moral(aux) : Inspection générale de l'Éducation, du Sport et de la Recherche

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Présentation

L’apposition sur les murs de l’Institut d’études politiques de Grenoble (IEPG), au matin du 4 mars 2021, d’affiches accusant deux enseignants de cet établissement « d’islamophobie » et de fascisme a entraîné, outre des poursuites judiciaires engagées par le procureur de la République, un emballement médiatique autour de cet établissement.
Dès le 7 mars, la ministre de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation, après avoir fermement condamné les accusations portées anonymement, par voie d’affichage, contre les deux enseignants de l’IEP, ainsi que les menaces, injures et pressions qui n’ont pas leur place dans l’enseignement supérieur, a annoncé sa décision de diligenter une mission d’inspection générale afin d’établir les responsabilités de chacun et de contribuer à rétablir la sérénité au sein de l’IEP.
Conformément aux termes de sa lettre de saisine, l’inspection générale s’est attachée :

  • en premier lieu, à vérifier si toutes les mesures avaient bien été prises par l’IEP de Grenoble pour protéger la liberté et la sécurité des enseignants publiquement accusés et si les procédures d’alerte prévues avaient été mises en oeuvre ;
  • en second lieu, à clarifier l’enchaînement des faits qui ont conduit à des accusations nominatives publiques à l’encontre de deux enseignants de l’Institut, d’une part, en examinant, au regard du droit applicable, la réalité des enseignements qu’ils ont dispensés et des propos qu’ils ont tenus et, d’autre part, en identifiant les responsabilités des différents acteurs, tant dans le déroulement des faits ayant conduit à la situation du 4 mars, que dans les modalités d’action qu’ils ont choisies.

Les échanges et entretiens conduits par la mission lui ont permis de collecter des documents utiles à ses travaux, mais également de mieux comprendre le climat très dégradé qui règne actuellement à l’IEP de Grenoble, et dans lequel est intervenu l’événement inacceptable du 4 mars.
La mission s’est également attachée à identifier les facteurs liés à la gouvernance, à l’organisation, au management et aux modes de fonctionnement de l’établissement qui contribuent à favoriser la transformation rapide d’une série de tensions au départ limitées à des personnes ou groupes de personnes dans l’établissement en une situation de crise impactant l’ensemble de l’Institut.

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Sommaire

SYNTHESE
Récapitulatif des recommandations de la mission
Introduction

1. La situation constatée à l’IEP le 4 mars est l’aboutissement d’une crise commencée début décembre 2020, qui naît d’une controverse entre deux enseignants et tourne à un règlement de comptes orchestré par une organisation étudiante

1.1. Analepse et arrêt sur image : une controverse entre deux enseignants sur un sujet sensible devient un conflit impactant l’ensemble de l’établissement
1.1.1. Au commencement, une controverse dégénère, de maladresses en sur-réactions et dans le contexte du confinement résultant de la crise sanitaire, en un conflit interpersonnel entre trois enseignants
1.1.2. Le « communiqué » du directoire du laboratoire Pacte daté du 7 décembre 2020 transforme le conflit interpersonnel en un conflit concernant tous les enseignants de l’IEP

1.2. Après la crise de début décembre, le conflit se poursuit et l’organisation étudiante « Union syndicale Sciences Po Grenoble » l’utilise pour mener à bien ses propres projets, qui sont mis en lumière fin février
1.2.1. Fin décembre, la direction de l’IEP poursuit la gestion d’un conflit qu’elle pense toujours interpersonnel
1.2.2. L’Union syndicale saisit l’occasion qui lui est donnée de mener à bien ses propres projets, mis en lumière par le procédé inacceptable de « l’appel à témoignages » anonymes du 22 février

1.3. Les tensions accumulées éclatent aux yeux de tous le 4 mars 2021 dans les accusations publiques nominatives placardées sur les murs de l’IEP
1.3.1. Les jours suivant le CEVIE du 26 février, le conflit semble prendre une autre tournure
1.3.2. Le déroulement des faits fait apparaître, dans les conditions particulières du confinement lié à la crise sanitaire, une conjonction de maladresses, manquements et fautes de la part des différents acteurs qui ont permis le développement d’un conflit dont les élus étudiants de l’US ont tiré parti pour tenter d’obtenir l’exclusion de l’IEP des deux enseignants qui ne partagent pas leurs opinions politiques
1.3.3. La mise en oeuvre des procédures d’alerte en amont et les mesures prises, après le 4 mars, pour protéger la liberté et la sécurité des enseignants pris à partie

2. La situation de crise que connaît actuellement l’IEP met en évidence des fragilités de l’établissement, dont les effets se sont accrus dans la période récente, favorisant la transformation d’un conflit interpersonnel en crise ouverte ébranlant l’ensemble de l’Institut

2.1. Un établissement qui demeure fragile malgré des efforts de redressement très significatifs qui ont porté leurs fruits depuis 2015
2.1.1. L’IEP de Grenoble : une institution bien établie par son histoire et sa notoriété mais qui sort à peine d’une période de grave crise financière et de gouvernance
2.1.2. L’effort de redressement mené par la direction de l’IEP après 2015 a porté ses fruits sans être en mesure de supprimer les causes structurelles des faiblesses de l’IEP

2.2. Une direction insuffisamment expérimentée et aguerrie, à la posture incertaine et hésitante, qui commet des maladresses susceptibles de favoriser la transformation de conflits limités en situations critiques
2.2.1. Une direction récente qui s’est mise en place dans des conditions peu propices à son affermissement
2.2.2. Une situation qui ne s’est pas améliorée fin 2020, une nouvelle étape de la crise sanitaire mettant fin à l’espoir d’un retour à une situation normale

2.3. Un poids particulier des étudiants qui s’inscrit dans une tradition établie mais qui, face à une direction fragile, peut conduire à des dérives graves
2.3.1. Un poids institutionnel réel des représentants des étudiants au sein de l’IEP et une activité associative florissante, mais peu cadrée et peu tournée vers l’extérieur
2.3.2. Des dérives récentes ayant fortement dégradé le climat au sein de l’IEP auxquelles la direction n’a pas su apporter de réponse

3. Au-delà des mesures immédiates qu’appelle la situation ayant conduit à la survenance de l’événement inadmissible du 4 mars 2021, l’IEP doit revoir son organisation administrative et pédagogique pour créer les conditions lui permettant de mieux résister aux crises

3.1. Des mesures fermes doivent être prises sans tarder par l’IEP pour sanctionner les fautes les plus graves dont l’enchaînement a conduit à la situation constatée le 4 mars

3.2. Un travail collectif doit être conduit avec l’ensemble de l’équipe pédagogique pour définir des valeurs communes et des règles de fonctionnement partagées

3.3. L’IEP doit s’attacher à combler des manques criants en matière de formation de ses étudiants dans le domaine des usages et des risques des communications numériques

3.4. Renforcer le mode de management de l’établissement et améliorer son organisation pour permettre un pilotage plus efficace


Conclusion

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Fiche technique

Type de document : Rapport d'inspection

Pagination : 61 pages

Édité par : Inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche

Collection :

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