Une politique traditionnelle de soutien à la natalité

Par  Gilles Nezosi - École nationale supérieure de Sécurité sociale (En3s)

Parmi les objectifs assignés aux politiques familiales figure un objectif explicite et ancien de soutien à la natalité. Il émerge à la fin du XIXe siècle, et plus particulièrement après la guerre de 1870-1871 perdue contre l’Allemagne. Parmi les causes invoquées pour expliquer cette défaite, un leitmotiv : « l’absence d’enfants » (qui font les futurs soldats). Pour préparer la revanche, il faut donc augmenter le nombre de naissances.
On assiste en effet à cette période à une chute sans précédent de la natalité qui se maintiendra à un faible niveau jusqu'après la Seconde Guerre mondiale. Même si ce phénomène n’est pas propre à la France et semble largement partagé en Europe, il est d’autant plus préoccupant qu’il s’accompagne d’une mortalité infantile très élevée.

Quels sont les objectifs des politiques natalistes ?

C’est dans ce contexte particulier que se développe l’un des courants transcendant les politiques familiales : le natalisme. Ce mouvement prône l’augmentation des naissances viables par :

  • le développement d’infrastructures sanitaires et du réseau hospitalier permettant une meilleure prise en charge de la mère et de l’enfant afin de diminuer la mortalité prénatale et infantile ;
  • la mise en oeuvre de prestations en nature (financement de services et d’équipements) ou en espèces (aides financières) mais également de mesures fiscales pouvant inciter les familles à avoir des enfants et leur permettant de les élever ;
  • le développement de connaissances en sciences sociales (démographie, sociologie notamment) sur les conditions de vie des populations.

Les objectifs assignés aux politiques natalistes sont à la fois d’ordre collectif et individuel.

Les objectifs collectifs

Les politiques natalistes partent d’un postulat fortement répandu et partagé dans notre pays selon lequel un nombre de naissances élevé est une chance car il contribue au :

  • renforcement de la population qui est ainsi moins dépendante de l’immigration pour faire face à ses besoins de main-d’oeuvre ;
  • renforcement de son dynamisme économique par le renouvellement des générations et l’arrivée de jeunes plus aptes à innover et à adapter le pays aux bouleversements économiques et technologiques en cours ;
  • maintien de la viabilité du système de protection sociale dont le financement repose sur des salariés cotisants. Un nombre important de jeunes arrivant sur le marché de l’emploi en assure ainsi la pérennité financière. C’est notamment le cas pour les retraites, le principe du système par répartition étant que les cotisations versées par les actifs au titre de l’assurance vieillesse sont immédiatement utilisées pour payer les pensions des retraités. Ce mécanisme implique donc une forte solidarité entre générations. Son équilibre financier dépend du rapport entre le nombre de cotisants et celui des retraités.

Les objectifs individuels

Si les politiques natalistes visent a minima le renouvellement des générations, elles se caractérisent également par un souci aujourd'hui affirmé de prendre en compte le désir d’enfant des individus. Ainsi, si les naissances sont toujours présentées comme une richesse pour la nation, elles sont également de plus en plus valorisées comme un accomplissement personnel. Ce changement de perception se traduit en termes de politiques familiales par la possibilité donnée aux parents d’avoir le nombre d’enfants qu’ils souhaitent au moment où ils le désirent. Cela passe concrètement par :

  • un accès aux politiques de contraception mais également d’interruption volontaire de grossesse portées notamment par le mouvement du planning familial ;
  • la possibilité d’avoir des enfants tout en conservant son activité professionnelle. L’aménagement des temps de travail mais aussi les efforts conséquents réalisés en matière de garde en sont des illustrations.