Quelle est l’évolution de la consommation de soins et de biens médicaux ?

Outre la dépense courante de santé au sens international (DCSi), la consommation de soins et de biens médicaux (CSBM) est l’agrégat central des comptes de la santé. Il "représente la valeur totale de la consommation des biens et services qui concourent directement au traitement d’une perturbation de l’état de santé. Cette dépense inclut l’ensemble des biens médicaux et soins courants, y compris ceux des personnes prises en charge au titre des affections de longue durée (ALD). Elle exclut en revanche diverses composantes de la dépense, en lien notamment avec la gestion et le fonctionnement du système, ainsi que les soins de longue durée, comptabilisés dans la dépense courante de santé au sens international (DCSi). La CSBM couvre le champ des consommations effectuées sur le territoire national" (définition donnée par la Drees, Les dépenses de santé en 2020. Résultats des comptes de la santé. Édition 2021).

La consommation de soins et de biens médicaux représente la part la plus importante des dépenses de santé (209,2 Md€, soit plus de 75% des dépenses totales en 2020). Au sein de celle-ci, les dépenses hospitalières publiques et privées représentent la part la plus forte avec 100,5 Md€, suivies des soins de ville (57,2 Md€), comprenant ceux prodigués par les médecins, les sages-femmes mais également ceux des auxiliaires médicaux, des dentistes ainsi que des laboratoires d’analyses et les cures thermales ; des médicaments (30,2 Md€), des autres biens médicaux (16,6 Md€) et des transports sanitaires (4,5 Md€).
La structure de la CSBM a été affectée en 2020 par la crise sanitaire. La part des dépenses hospitalières a progressé de 1,5% par rapport à 2019, en raison de la hausse des dotations aux hôpitaux par l’Assurance maladie pour les aider à faire face à la crise épidémique. De même, la part des laboratoires d’analyse a augmenté de 0,8 point, en raison d’une plus forte sollicitation due aux tests PCR. En revanche, la part des autres soins de ville a diminué de 1,3%, du fait de l’arrêt des consultations durant le confinement.

Cette année atypique se conclut par une croissance de la CSBM à un niveau historiquement bas. En effet, alors que, depuis 2009, elle progressait à un rythme assez faible de moins de 3 % en valeur par an, elle n’augmente que de 0,4 % en 2020, en raison principalement de l’arrêt de l’activité de soins hors-Covid tant en ville qu’à l’hôpital.

Au-delà de cette année particulière, ce rythme de croissance montre que la dépense de santé, si elle ne diminue pas en France, est à tout le moins maîtrisée. C’est particulièrement net si l’on examine l’évolution de la CSBM en termes de prix : entre 2010 et 2019, elle est légèrement négative (par exemple – 0,9 en 2015, – 0,2 en 2018).

Le poste de dépense des médicaments est particulièrement illustratif de cette tendance et surtout de l’action de régulation des pouvoirs publics. Longtemps considérés comme les plus gros consommateurs mondiaux de médicaments, les Français ont, depuis les années 2000, diminué leur consommation et sont aujourd’hui dans la moyenne européenne. Cette tendance a un effet sur la dépense moyenne par habitant, qui est passée de 518 € en 2012 à 488 € en 2018. Elle est le fruit d’une action recouvrant deux dimensions : le « prix » (augmentation de la part des génériques, moins chers, dans la dépense totale des médicaments, déremboursements de certains médicaments considérés comme peu efficaces), et le « volume » (consommation « plus responsable », à la suite notamment des actions de sensibilisation du grand public, par exemple sur les antibiotiques). Ces actions ont permis d’atténuer les effets liés en particulier à l’arrivée de nouvelles molécules à fort service médical rendu mais à des prix très élevés comme la diffusion d’un traitement médicamenteux contre l’hépatite C en 2014 (qui a généré à lui seul 1,1 Md€ de dépenses supplémentaires) ou à la prise en charge à 65% par l’Assurance maladie, depuis le 1er janvier 2019, du remboursement des substituts nicotiniques.