Que sont les inégalités sociales de santé ?

Les inégalités sociales de santé recouvrent les différences d’état de santé entre individus ou groupes d’individus, liées à des facteurs sociaux, et qui sont inéquitables, c’est-à-dire moralement ou éthiquement inacceptables, et qui sont potentiellement évitables.

Il peut s’agir d’écarts importants concernant l’espérance de vie ou la plus forte probabilité d’être atteint de telle ou telle maladie selon le groupe social auquel on appartient ou le département dans lequel on habite. Ainsi, par exemple, en 2020, selon l’Insee (2021), l’espérance de vie des hommes varie de 80,2 ans à Paris à 72,3 ans à Mayotte. Toujours selon cet institut, sur la période 2012-2016, pour les 5% de personnes les plus aisées (qui disposent d’un revenu mensuel de 5 800 € en moyenne), les hommes ont une espérance de vie à la naissance de 84,4 ans. À l’opposé, parmi les 5% de personnes les plus modestes (dont le niveau de vie moyen est de 470 € par mois), les hommes ont une espérance de vie de 71,7 ans. Les hommes les plus aisés vivent donc en moyenne 13 ans de plus que les plus modestes. Chez les femmes, cet écart est plus faible mais toujours important : l’espérance de vie à la naissance des 5% de personnes les plus aisées s’établit à 88,3 ans, contre 80,0 ans pour les 5% les plus modestes, soit plus de 8 ans d’écart. Cette définition écarte ainsi les inégalités liées à l’état physique intrinsèque de l’individu (morphologie, constitution, etc.) pour s’intéresser à l’ensemble des déterminants sociaux qui ont un impact direct ou indirect sur la santé. Ces déterminants sont de plusieurs ordres.

Ils peuvent être structurels, d’ordre général : par exemple, la nature et la portée des politiques économiques, sociales ou éducatives, les valeurs d’une société. Le choix de mettre en œuvre telle ou telle politique dans ces domaines, ainsi que les principes qui la fondent ont des incidences sur l’existence ou l’absence d’un système de soins, mais également sur sa qualité, son accessibilité ou son usage.

Ces déterminants structurels peuvent également s’appliquer aux individus : le genre (homme ou femme), la position socio-économique, le niveau d’études, de revenus, etc. constituent des freins ou, au contraire, des facteurs favorables à l’accès ou à la consommation de soins médicaux.
Des déterminants intermédiaires sont les conséquences des déterminants structurels : on peut citer les conditions matérielles (de travail, de vie), les comportements (consommation d’alcool, de drogues, nutrition, etc.), les facteurs de risques psychosociaux (stress engendré par les conditions de vie et de travail, etc.).

La lutte contre les inégalités de santé peut donc être de plusieurs ordres. Elle peut s’attaquer aux problèmes de manière "macro", en développant, par exemple, les infrastructures de santé accessibles à tous, en créant un système de protection sociale englobant une part importante de la population ou en mettant en œuvre des politiques de santé publique. Elle peut, à l’inverse, être "micro", en s’attaquant aux causes : par exemple, en interdisant l’usage de produits cancérigènes dans l’industrie, source de problèmes de santé pour les salariés qui y sont exposés.