Sobriété énergétique : une obligation souvent mal vécue

Réduction des déplacements, baisse du chauffage… Une étude du Crédoc constate que 65% des Français ont diminué leur consommation d'énergie, depuis l’automne 2021, pour faire face à la hausse des prix de l’énergie et à l’inflation. Mais ces changements, le plus souvent contraints, génèrent un sentiment de mal-être.

Femme avec sa tasse de thé et son plaid devant un chauffage au bain d'huile.
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Selon l’étude publiée fin octobre 2022 par le Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (Crédoc), la crise énergétique, seule, ne semble pas de nature à opérer des changements de mode de vie durables et compatibles avec les enjeux du changement climatique. D'autant plus que la baisse de la consommation est souvent vécue comme une obligation. Ainsi, 44% des Français déclarent être contraints dans leurs dépenses. Cette proportion s'élève à 65% pour les chômeurs.

La réduction contrainte des dépenses énergétiques et alimentaires

L’étude du Crédoc s’est d’abord attachée à analyser le lien entre la hausse des prix de l’énergie et les comportements des consommateurs de carburant et de chauffage. 

Les prix de l’énergie (électricité, gaz, pétrole) ont progressé de 22,7% sur un an (en août 2022) selon l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee). Cela produit des conséquences sur les déplacements : 45% des Français affirment avoir moins utilisé leur voiture du fait de l’augmentation des prix des carburants. Au cours des douze derniers mois, 18% de la population affirme ne pas avoir réglé la totalité de ses dépenses d’électricité, gaz ou eau. Cette proportion s’élève même à 40% pour les agriculteurs, artisans, commerçants et chefs d’entreprise, et à 29% des foyers de plus de cinq personnes. La proportion des personnes qui ont ajusté le thermostat de leur radiateur est quasiment identique : 44% des Français qui ont un chauffage individuel ont réduit la température de leur logement.

 

Au-delà de la crise énergétique, l’inflation de 6% sur un an (en août 2022), produit des conséquences, notamment sur les dépenses d’alimentation. 44% des Français estiment ne pas toujours manger ce qu’ils souhaiteraient et 9% n’ont pas toujours assez à manger. Les prix de l’alimentation ont augmenté de 7,9% en un an (en août 2022). L’inflation entraîne d'autres réductions de dépenses. Par exemple, 82% des Français déclarent avoir acheté moins de vêtements au cours des douze derniers mois.

La baisse de la consommation d'énergie est-elle durable ?

Pour le Crédoc, les changements de comportements observés ne semblent pas durables car une majorité de la population a modifié ses comportements de manière contrainte. La flambée des prix de l’énergie ne semble pas avoir été l’occasion, pour ces consommateurs "contraints", de découvrir d’autres manières de vivre et consommer.

D’autre part, ces évolutions s’accompagnent d’un fort sentiment de paupérisation et non d’une volonté généralisée de contribuer à faire évoluer la lutte contre le changement climatique. Pour que des changements profonds s’opèrent, le Crédoc estime que les ménages doivent être convaincus des bénéfices associés aux changements de comportements. Le Crédoc préconise de mieux faire connaitre aux Français l’effet concret des bonnes pratiques pour eux-mêmes. Pour cela l’enjeu de l’équité et de la participation de tous à ces changements est un "pré-requis incontournable".