Commerce extérieur : une stratégie à repenser selon la Cour des comptes

Services de l'État, régions, chambres de commerce et d'industrie (CCI) ou organismes publics comme Business France et Bpifrance, la panoplie d'acteurs de soutien à l'exportation ne cesse de croître. Pourtant, le commerce extérieur de la France continue à se dégrader. La Cour des comptes pointe les faiblesses de la stratégie menée.

Chargement de conteneurs dans un navire sur le quai du port du Havre, en Seine-Maritime.
© Sissoupitch - stock.adobe.com

Les faiblesses structurelles de l'économie française sont bien connues :

Ces éléments pèsent sur la balance commerciale, qui se dégrade année après année. En 2021, le déficit est de 84,7 milliards d'euros, un record, même si le nombre d'exportateurs atteint un sommet.

Dans son rapport sur les dispositifs de soutien à l'exportation, la Cour des comptes tente de dresser un bilan et formule de nombreuses critiques vis-à-vis de cette politique.

Aller au bout de la logique du guichet unique

La politique de soutien public à l'exportation est pilotée depuis 2014 par le ministère de l'Europe et des affaires étrangères. En 2018 a été adoptée la stratégie de soutien au commerce extérieur, dite "stratégie de Roubaix", avec pour ambition d'améliorer le solde commercial français.

Selon la Cour, cette stratégie – en créant "Team France Export" (TFE) – permet une meilleure coordination entre les deux principaux acteurs de cette politique, Business France et les CCI. Néanmoins, "les acteurs publics apparaissent encore trop souvent en concurrence (…). C'est par exemple le cas de Bpifrance, qui coordonne peu son action avec les autres acteurs publics."

TFE peine ainsi à montrer tout son potentiel. On n'est pas encore au bout de la logique du guichet unique, estime la Cour. La notoriété de l'offre d'accompagnement reste faible. Les effets de l'offre financière, certes complète et similaire à celle des principaux concurrents de la France, demeurent modestes : seules 27% des entreprises bénéficiaires estiment avoir constaté une facilitation dans leur développement à l'international. Enfin, l'actuel modèle économique de Business France "incite l'opérateur à vendre le plus de prestations possibles", au détriment d'un accompagnement des entreprises les mieux armées à l'export.

Des priorités à revoir

La "stratégie de Roubaix" affiche une seule priorité géographique, l'Afrique, alors que les flux réels d'exportations sont limités. Les flux commerciaux en direction de l'Union européenne sont plus importants, et méritent d'être consolidés.

En revanche, aucune priorité n'existe en matière sectorielle, mais "la nécessité de soutenir davantage certaines entreprises ou certains secteurs fait l'unanimité".

Enfin, la priorité donnée aux petites et moyennes entreprises (PME) et aux entreprises de taille intermédiaires (ETI) "ne permet pas d'agir sur la performance française à l'export", car elle cible insuffisamment les entreprises au plus fort potentiel d'internationalisation – tout comme la focalisation sur le nombre d'exportateurs, sans considérer leur chiffre d'affaires à l'export.

Le rapport formule huit recommandations, dont :

  • charger le Conseil stratégique de l'export de veiller à l'articulation de l'offre de soutien à l'export ;
  • mieux intégrer CCI et Bpifrance dans TFE, notamment via la plateforme numérique One Team ;
  • mettre en place des partenariats entre organisations représentatives des entreprises et fédérations professionnelles  ;
  • mettre en œuvre une offre de service gratuite à destination des entreprises souhaitant exporter, ainsi qu'une offre personnalisée pour celles jugées prioritaires.