Éducation des enfants : le rôle des frères et sœurs dans les jeux "genrés"

Avoir des frères et sœurs permet d'atténuer les différences dans les activités enfantines. En cela, les fratries jouent un rôle dans la "socialisation de genre". C'est un des derniers enseignements d'une récente étude portant sur le développement des enfants en France.

Deux frère et sœur assis sur une pelouse de terrain de foot.
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"Comment les enfants grandissent-ils en France ?" C'est l'objet de l'étude longitudinale française depuis l’enfance (ELFE), pilotée par l’Institut national d’études démographiques (INED) et l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), en partenariat avec l’Établissement français du sang (EFS).

Plus de 18 000 enfants nés en 2011 font l'objet de l'étude ELFE. Cette cohorte représente un enfant sur cinquante de la génération 2011. Ces enfants sont suivis par cette étude pour une durée de 20 ans.

La recherche porte sur le développement, la santé et la socialisation des enfants. De nouveaux résultats pluridisciplinaires en 2022 ont été publiés le 6 octobre 2022. Parmi eux, une analyse intitulée "Telle sœur, tel frère ? Le rôle de la fratrie dans la socialisation de genre des enfants", étudie l'influence des frères et sœurs "sur la fabrication des normes, valeurs, rôles et pratiques associés aux définitions légitimes de la masculinité et de la féminité en vigueur dans un milieu social donné".

Fratries et écarts liés au genre

Bien que les écarts entre garçons et filles dans les jeux soient importants, ils varient selon la place de l'enfant dans la fratrie et sa composition, constate l'étude.

À deux ans, 82% des filles jouent tous les jours ou presque à la poupée (19% des garçons), alors que 89% des garçons s’amusent avec des petites voitures (32% des filles), soit une différence de près de 60 points entre les activités.

Par un "effet d'entraînement", souligne l'étude, la présence de frères et sœurs modifie les écarts liés au genre, par exemple :

  • les petits frères ayant uniquement des sœurs sont bien plus susceptibles que les autres cadets et les aînés/uniques de jouer presque tous les jours à la poupée (33% contre 17% et 12%) et légèrement moins aux petites voitures (87% contre 90%) ;
  • les petites sœurs ayant seulement des frères sont plus susceptibles que les autres cadettes et les aînées/uniques de jouer tous les jours aux petites voitures (49% contre 25% et 28%) et moins à la poupée (80% contre 82%).

L'influence de la fratrie dépend néanmoins de l’implication des parents dans les activités, souligne l'étude. Elle est surtout importante :

  • dans les activités ayant un effet sur la réussite scolaire des enfants et les savoirs et savoir-faire demandés à l'école (dessin, par exemple) ;
  • pour les aîné(e)s, en particulier les garçons.

Des recherches sur le développement de l'enfant

Outre le regard porté sur le rôle de la fratrie dans la "socialisation de genre" des enfants, les travaux de l'étude analysent divers autres thèmes, tels que :

  • l'alimentation pendant la grossesse et ses liens avec le neurodéveloppement de l'enfant ;
  • l'exposition des enfants de moins de trois ans aux écrans ;
  • la croissance des enfants conçus par procréation médicalement assistée (PMA).

Selon le dossier de presse, cette étude a "déjà prouvé l'utilité de son existence pour la population", en ce qui concerne, notamment :

  • les risques encourus par l'exposition des femmes enceintes à certains polluants environnementaux ;
  • le doublement de la durée du congé paternité en 2021.