Ralentissement de la productivité française : un déficit de compétences en mathématiques ?

La productivité ralentit en France depuis une vingtaine d'années ce qui a des effets sur l'activité économique et les finances publiques. Une note du Conseil d'analyse économique (CAE) publiée en septembre 2022 en identifie les causes principales.

Ingénieurs et développeurs au travail.
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La France n'est pas bien placée dans les enquêtes internationales sur les compétences scolaires. En cause notamment : la baisse des résultats en mathématiques.

Publiée en septembre 2022 par le Conseil d'analyse économique (CAE), une note sur la productivité en France montre que ce constat concernant un certain décrochage éducatif s'applique aussi aux meilleurs élèves : dans l'enquête internationale Timss (Tendances en mathématiques et apprentissage scientifique) 2019 concernant les élèves de 4e, la France ne se situe plus qu'à la 29e place sur 38 pays pour le résultat des meilleurs élèves. La note pointe également un déficit des élèves français en matière socio-comportementale, c'est-à-dire dans la capacité à se coordonner et persévérer, à travailler en équipe, à juger et à s'adapter, notamment vis-à-vis des pays voisins ou des États-Unis.

Une productivité déclinante sur 20 ans

Le CAE relie cette baisse des compétences à l'évolution de la productivité en France. Il remet en cause le diagnostic traditionnel du déclassement économique français, selon lequel la productivité (ratio entre la production et le nombre d'heures travaillées) resterait forte et le principal problème serait un taux d'emploi faible.

L'impression d'une productivité restée forte en France s'explique par un biais dans la composition de la population employée : le sous-emploi des moins qualifiés par rapport aux pays voisins. Les intégrer, à l'image d'autres pays, au marché du travail fait baisser mécaniquement la productivité. La note du CAE tient compte de ce biais et aboutit à une baisse relative de la productivité par rapport à l'Allemagne (d'environ 5%) et aux États-Unis (de 7%) depuis 20 ans.

Ce ralentissement de la productivité pèse sur le produit intérieur brut (PIB) : pour la seule année 2019, le CAE obtient un manque à gagner de 140 milliards d'euros pour le PIB ou de 65 milliards de recettes fiscales (soit à peu près le budget du ministère de l'éducation nationale et de la jeunesse en 2023).

La relation entre productivité et capital humain est analysée depuis longtemps et les résultats convergent : le stock de capital humain constitue l'un des déterminants majeurs de la croissance de la productivité, le lien entre niveau de compétences en mathématiques et productivité étant nettement marqué.

Promouvoir une stratégie nationale d'innovation

Renforcer l'apprentissage des mathématiques et des compétences socio-comportementales aurait un effet important sur la productivité et donc le niveau de vie des Français.

Pour cela, les experts du CAE conseillent de mieux placer l'amélioration du capital humain  dans la stratégie d'accélération de la productivité. Ils proposent ainsi de :

  • mettre en place une stratégie nationale avec des objectifs qui intègrent tous les élèves, y compris les plus performants et à tous les niveaux scolaires, avec un système d'évaluation régulière ;
  • promouvoir une "stratégie nationale d'innovation pour tous" qui réduit les disparités d'accès aux carrières de l'innovation selon les origines et ouvre davantage ces carrières aux femmes et aux jeunes de milieux et territoires moins favorisés ;
  • redéployer le crédit d'impôt recherche (CIR) afin qu'il bénéficie davantage aux petites et moyennes entreprises (PME) et aux très petites entreprises (TPE), réputées plus innovantes.