Industrie pornographique : une marchandisation du sexe et du corps des femmes

La pornographie est une industrie mondialisée générant des milliards d'euros de profit chaque année. Pour la première fois, un rapport parlementaire établit un constat clair des pratiques et des violences perpétrées par cette industrie à l'ère de la diffusion numérique et de la massification de la production.

Film pour adulte.
Le rapport met en évidence les violences sexuelles, physiques et verbales massivement répandues que subissent les femmes filmées. © Vadim / Stock-adobe.com

La pornographie se distingue de l'érotisme ou des scènes de sexe simulé dans le cinéma traditionnel en ce qu'elle "renvoie à l'exploitation commerciale de la représentation explicite de pratiques sexuelles non simulées".

Publié le 28 septembre 2022, un rapport du Sénat sur la pornographie et son industrie présente les conditions opaques dans lesquelles l'industrie mondialisée de la pornographie a fait de l'exploitation et de la marchandisation du corps des femmes un business.

Ce constat est fondé sur l'analyse des principaux contenus pornographiques en ligne et l'audition à huis clos de victimes de violences dans le milieu pornographique.

Face aux pratiques de l'industrie du porno, les rapporteures formulent des recommandations qui s'articulent autour de quatre axes :

  • faire de la lutte contre les violences pornographiques une priorité de politique publique ;
  • faciliter les suppressions de contenus illicites et le droit à l'oubli ;
  • appliquer la loi sur l'interdiction d'accès des mineurs ;
  • mettre en place des séances d'éducation à la vie sexuelle et affective tout en sensibilisant notamment les parents et les professionnels de l'éducation.

"Une machine à broyer les femmes"

Le rapport met en évidence des violences sexuelles, physiques et verbales massivement répandues dans le milieu pornographique. Ces violences qui sont la règle dans cette industrie ne sont pas simulées mais bien réelles pour les femmes filmées.

Les témoignages recueillis montrent des méthodes de "recrutement" qui ciblent en priorité des femmes jeunes, voire très jeunes, précaires et fragiles.

Les auditions dans le cadre des affaires "French Bukkake" (douze individus mis en examen) et "Jacquie et Michel" (quatre individus mis en examen) mettent en évidence les modes opératoires :

  • premier viol qualifié de "viol de soumission" ;
  • manipulation ;
  • chantage ;
  • emprise ;
  • actes sexuels forcés ;
  • partenaires multiples imposés…

Selon Laure Beccuau, procureure de la République de Paris, "90% des productions pornographiques pourraient être incriminées pour viols, viols aggravés, agressions sexuelles ou traite des êtres humains".

Autre forme de violence, l'industrie pornographique fait signer des contrats de cession illimitée de droit à l'image (quand il y a un contrat). Les vidéos sont presque impossibles à retirer une fois en ligne. Les parties civiles de l'affaire "French Bukkake" ont souligné les difficultés dans leur vie quotidienne et les traumatismes engendrés par le maintien en ligne des scènes qu'elles ont été contraintes de tourner.

"Une société de cerveaux pornifiés"

Selon le rapport, la consommation de ce type de contenus est généralisée tant chez les adultes que chez les jeunes. Il y a chaque mois en France environ 19 millions de visiteurs uniques de sites pornographiques, dont :

  • 17 millions d'adultes ;
  • 1,1 million d'adolescents de 15 à 18 ans ;
  • 1,2 million d'enfants de moins de 15 ans.

Les conséquences sur la jeunesse sont nombreuses :

  • traumatismes ;
  • troubles du sommeil, de l'alimentation et de l'attention ;
  • vision déformée et violente de la sexualité ;
  • difficultés à nouer des relations avec des personnes du sexe opposé ;
  • hypersexualisation précoce ;
  • développement de conduites à risque ou violentes…

La pornographie a également un effet sur les adultes et leurs représentations d'eux-mêmes et des femmes.

L'influence du porno se fait ressentir aussi dans la culture populaire, les médias, la publicité, la téléréalité, les jeux vidéo.