Pacte européen sur la migration et l'asile : quel bilan un an après son adoption ?

L'Union européenne a présenté à la fin du mois de septembre 2021 son premier rapport sur les flux migratoires depuis la publication du pacte européen sur la migration et l'asile en 2020. La lutte contre l'exploitation des migrants constitue un objectif clé de ce pacte.

Idoméni, Grèce, en 2016. Des centaines de migrants et réfugiés campent à la frontière gréco-macédonienne.
Divisés sur les enjeux migratoires depuis la crise de 2015, les États membres peinent à apporter une réponse commune à la question des migrants qui arrivent aux frontières extérieures de l'UE. © Ajdin Kamber - stock.adobe.com

Un an après la présentation du nouveau pacte sur la migration et l'asile, la Commission européenne a publié, le 29 septembre 2021, le premier rapport sur la migration et l'asile. Elle a renouvelé son plan d'action contre le trafic de migrants. Dans le même temps, elle a adopté une communication relative à l'application de la directive de l'UE (2009) concernant les sanctions à l'encontre des employeurs qui font travailler les migrants dans les économies parallèles.

Divisés sur les enjeux migratoires depuis la crise de 2015, les États membres peinent à apporter une réponse commune à la question des migrants qui arrivent aux frontières extérieures de l'UE. Le processus d'adoption des dispositifs du pacte se poursuit très lentement.

La France qui prépare sa présidence de l'UE pour le premier semestre 2022, plaide par ailleurs pour une politique européenne de délivrance des visas "le plus possible" unifiée.

Migrants en mer entre la France et le Royaume-Uni

Le Brexit n’a pas interrompu l’afflux de migrants irréguliers dans le nord de la France pour rallier le Royaume-Uni. Jusqu'à fin septembre 2021, 13 500 personnes ont traversé la Manche contre 8 500 en 2020. La sécurisation des points d’accès autour de Calais, a, d’une part, incité migrants et passeurs à privilégier la voie maritime pour leurs traversées, d’autre part, dispersé plus au sud les zones de départ des tentatives de traversées.

État des lieux des flux migratoires depuis septembre 2020

Le rapport fait état de tous les aspects des migrations vers l'Union européenne depuis septembre 2020 dont :

  • un état des lieux des mouvements migratoires ;
  • les conséquences de la pandémie Covid-19 sur les chiffres des migrations ;
  • l'action des agences de l'UE en matière de gestion des frontières et d'asile.

Depuis la présentation du pacte, de nouvelles situations de tensions migratoires ont suscité la vigilance des États membres et de l’Union européenne. Le rapport accorde ainsi une place particulière :

  • à la réaction de l'UE face à la situation en Afghanistan et à son impact migratoire, au soutien européen à la Grèce (versement d'un montant de 3,3 milliards d'euros depuis 2016) et à la réaction européenne face au "chantage migratoire de la Biélorussie" comme l'affirme un rapport du Sénat publié le 29 septembre 2021 ;
  • aux difficultés que pose le démantèlement des groupes criminels organisés exploitant les migrants ;
  • à la coopération avec les pays partenaires ;
  • aux progrès réalisés en matière d'intégration et d'inclusion.

Un nombre de migrants illégaux en baisse

Selon la Commission européenne, les arrivées irrégulières dans l'UE en 2020 sont en baisse de 12% par rapport à 2019 avec environ 125 000 franchissements irréguliers des frontières en 2020. En 2021, ce rythme s'est toutefois accéléré.

En 2021, la route de la Méditerranée centrale (voyages depuis l'Afrique du Nord avec, souvent, un transit en Libye) a connu, avec 83%, la hausse la plus importante parmi les différentes routes.

Alors que l'île de Malte a connu en 2021 une baisse de 78% du nombre de migrants par rapport à 2020, l'Italie a accueilli plus de 40 000 personnes pendant la même période dont la moitié en provenance de la Libye.

La migration à partir de la Tunisie demeure toujours importante par rapport à 2020 : 40% des migrants illégaux qui arrivent en Italie, font le voyage à partir de ce pays.

D'autres trajets continuent également à être utilisés :

  • la route de la Méditerranée orientale avec des arrivées en Grèce, à Chypre et en Bulgarie ;
  • la route de la Méditerranée occidentale (arrivées en Espagne, tant par la mer Méditerranée vers l'Espagne continentale que par voie terrestre vers les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla en Afrique du Nord) ;
  • la route de l'Afrique de l'Ouest (arrivées sur les îles Canaries, dans l'océan Atlantique; les migrants transitant principalement par le Maroc, le Sahara occidental, la Mauritanie, le Sénégal et la Gambie).