Sage-femme : comment revaloriser une profession en crise ?

L'année 2021 a vu les sages-femmes se mobiliser afin de défendre leur profession. Missions toujours plus étendues, statut à clarifier, rémunérations sans rapport avec les responsabilités qu'elles assument… Ce métier connaît une crise profonde qui, selon un récent rapport, appelle des solutions rapides et pérennes afin de rester attractif.

Femme enceinte en consultation avec une sage-femme.
La diversité des acteurs et la médicalisation du parcours de grossesse ont contribué à renforcer la confusion autour de certaines missions. © capifrutta - stock.adobe.com

L'Inspection générale des affaires sociales (IGAS) a ainsi remis le 15 juillet 2021, à la demande du ministre des solidarités et de la santé et du secrétaire d'État chargé de l'enfance et des familles, un rapport sur "L'évolution de la profession de sage-femme".

La mission a été déclenchée à la suite des fortes mobilisations sociales de 2021 et porte sur trois champs de la profession de sage-femme :

  • les missions ;
  • le statut (à l'hôpital) et la rémunération ;
  • la formation.

Trente recommandations sont faites afin d'apporter des réponses au "malaise profond très clairement exprimé par les sages-femmes".

Une confusion autour de certaines missions

L'exercice de la profession de sage-femme a pour cœur :

  • le suivi de la grossesse ;
  • l’accouchement ;
  • les soins postnataux de la mère et de l’enfant ;
  • le suivi gynécologique des patientes.

Les missions des sages-femmes ont fait l'objet d'extensions successives (en lien avec l'IVG, la vaccination…). Les réponses à certains besoins ont été renforcées, mais cela n'a pas clarifié les parcours.

La diversité des acteurs (médecins gynécologues, obstétriciens, généralistes, sages-femmes) et la médicalisation du parcours de grossesse ont contribué à renforcer la confusion autour de certaines missions.

Le statut des sages-femmes est dans un "entre deux" qui fragilise la profession. Elles appartiennent aux professions médicales mais leurs compétences "définies" les rapprochent des professions paramédicales.

Un métier au féminin…

Au 1er janvier 2021, 97% des 23 400 sages-femmes sont des femmes…

Différents dictionnaires ont tenté d'élaborer un masculin pour les hommes exerçant ce métier ("maïeuticien", "accoucheur", voire "homme sage-femme").

Le rapport souligne que les niveaux de rémunération des sages-femmes sont inadaptés à leurs responsabilités. En 2017, le salaire mensuel moyen des sages-femmes en établissement public de santé était de 2 757 euros net. Celui des médecins dans le secteur public était de 5 567 euros net. Les deux professions appartiennent pourtant à "un corps de statut médical".

La mission a constaté que le processus d'implantation universitaire de la formation initiale est à l'arrêt. Elle fait l'objet de critiques de la part des étudiantes et des professionnelles en exercice.

Restaurer l'attractivité de la profession

L'enjeu est de rendre la profession plus attractive, entre autres dans les établissements publics. En 2020, sur 23 175 sages-femmes, 13 959 étaient salariées, 5 209 libérales et 2 428 en mixte.

Sur les rémunérations
Le rapport préconise "une revalorisation salariale significative […] pour repositionner, plus harmonieusement et logiquement, les sages-femmes dans l’échelle des rémunérations de toutes les professions soignantes, médicales ou non au sein de l’hôpital".

Sur le statut
La mission considère que l'ouverture aux sages-femmes du statut des praticiens hospitaliers engendrerait un "surcoût annuel exorbitant" d'environ 1 milliard d'euros. Le statut de la fonction publique hospitalière offrirait un cadre trop contraignant. La création d’un statut spécifique d’agent public correspondrait mieux à la particularité du métier de sage-femme.

Sur la formation
Le rapport préconise :

  • la création d'un statut spécifique d'enseignant permettant de conjuguer activité clinique et enseignement ou recherche ;
  • des bourses doctorales ciblées en recherche maïeutique ;
  • la reconnaissance de la fonction de maître de stage.

Sur les missions
Le rapport suggère de renforcer le rôle de la sage-femme :

  • dans son cœur de métier, la prise en charge physiologique ;
  • dans les actions de prévention à destination de publics jeunes ou fragiles.

En revanche, "l’éventuelle poursuite de l’extension des missions doit être appréhendée avec beaucoup de prudence".