Prostitution des mineurs en France : comment mieux lutter contre ce phénomène ?

La loi du 4 mars 2002 sur l’autorité parentale interdit la prostitution des mineurs et considère les mineurs prostitués comme des victimes. Pourtant, la prostitution des mineurs ne cesse de progresser. Face à cette situation, le gouvernement vient de présenter, le 15 novembre 2021, un plan de lutte contre la prostitution des mineurs.

Jeune fille sur un pont la nuit.
Les mineurs victimes de la prostitution sont dans des situations de vulnérabilité (grande précarité, carences affectives ou éducatives, ruptures familiales, violences intrafamiliales et/ou sexuelles non dénoncées...). © allenkayaa - stock.adobe.com

7 000 à 10 000 mineurs seraient victimes de la prostitution en France. C'est ce qui ressort notamment d'un rapport sur la prostitution des mineurs remis en juillet 2021.

C'est dans ce contexte qu'Adrien Taquet, secrétaire d'État chargé de l'enfance et des familles, a annoncé, le 15 novembre 2021, la mise en place d'un premier plan de lutte contre la prostitution des mineurs.

Comment endiguer ce fléau ?

Ce plan s'articule autour de cinq axes :

  • améliorer l'information sur le sujet (création d'espaces d'information sur tout le territoire pour les mineurs et leur famille, sensibilisation du grand public...) ;
  • renforcer le repérage (développement de la formation des professionnels en contact avec les mineurs, amélioration de la procédure de signalements de comportements suspects en particulier dans les hôtels et sur les plateformes d'hébergement locatif, intensification des actions sur les réseaux sociaux concernant le repérage, la modération et le signalement de situations prostitutionnelles, meilleure prise en charge des fugues par les professionnels...) ;
  • protéger les victimes en reconnaissant à ces mineurs le statut de mineur en danger, en créant, dans chaque département, un dispositif d'accompagnement et d'hébergement et en structurant une offre de soins spécifiques ;
  • réprimer plus efficacement les clients et les proxénètes ;
  • organiser un pilotage national relayé, au niveau territorial, par un partenariat entre tous les professionnels concernés (santé, éducation nationale, jeunesse, police et gendarmerie, justice...).

D'ailleurs, le rapport de juillet 2021 préconisait déjà l’adoption d’un plan national de lutte contre la prostitution des mineurs visant à définir un cadre de gouvernance national et territorial.

La prostitution des mineurs en France aujourd’hui

Ce type de prostitution touche surtout des jeunes filles (adolescentes de 15 à 17 ans en moyenne). Les mineurs victimes sont :

  • issus de tous les milieux sociaux ;
  • dans des situations de vulnérabilité (grande précarité, carences affectives ou éducatives, ruptures familiales, violences intrafamiliales et/ou sexuelles non dénoncées...) ;
  • des mineurs souvent non accompagnés et étrangers  ;
  • dans un déni de statut de victime et une banalisation des faits (sauf lorsque des contraintes physiques ou psychologiques sont exercées ou un vol d'argent).

Quant aux proxénètes, il s'agit en général d'hommes avec des antécédents judiciaires (85% des victimes mineures sont exploitées par des proxénètes de cités). De plus en plus de jeunes  délinquants se tournent ainsi vers la prostitution car les gains sont élevés (jusqu’à 1 500 euros par jour) et les possibilités de blanchiment d'argent assez faciles.

Le proxénétisme des mineurs est fréquemment exercé :

  • sur la voie publique (pour moins d'un tiers de l'activité) : rues, gares, établissements scolaires... ;
  • sur internet via les sites d'annonces (où les victimes se présentent comme majeures) ou les réseaux sociaux.

Les actes tarifés ont lieu dans des chambres d'hôtel (66%), des appartements loués (26%) ou au domicile des clients (5%).