Ports français : quelle stratégie pour reconquérir des parts de marché ?

Une nouvelle stratégie nationale portuaire a été adoptée lors du Comité interministériel de la mer (CiMer) organisé au Havre le 22 janvier 2021. Elle couvre l’ensemble du système portuaire français, de métropole et d’outre-mer.

Porte-conteneurs amarré sur les docks du Havre (Seine-Maritime).
Les ports français sont géographiquement bien placés et la stratégie portuaire vise notamment à porter de 60% à 80% la part du fret conteneurisé et manutentionné à destination et en provenance de la France d’ici 2050. © rrrainbow - stock.adobe.com

Le Comité interministériel de la mer qui s'est tenu au Havre le 22 janvier 2021 a permis d'adopter une nouvelle stratégie nationale portuaire qui a deux ambitions essentielles :

  • donner à la France une place de premier rang dans le commerce international comme point d’entrée ou hub de l’Europe ;
  • contribuer au développement industriel et économique du pays.

Pour le Premier ministre Jean Castex, une ambition maritime implique une ambition portuaire. Au-delà de la stratégie portuaire, il a développé d'autres priorités afin de construire l'avenir de la mer :

  • la fusion de trois ports de l'axe Seine - Le Havre, Rouen et Paris - pour former le grand port d'Haropa, établissement public ;
  • la relance de la filière maritime et portuaire ;
  • l'adaptation de la stratégie sur les grands fonds marins ;
  • le développement des énergies marines renouvelables.

Quatre ambitions phares

Cette nouvelle stratégie nationale portuaire s'articule autour de quatre objectifs stratégiques à l'horizon 2030. Elle concerne l'ensemble des ports de commerce du pays afin qu'ils soient :

  • des maillons majeurs pour renforcer les chaînes logistiques ;
  • des instruments pour assurer le développement des territoires ;
  • des outils pour accélérer la transition écologique ;
  • des  moteurs pour promouvoir la transition numérique.

À propos de cette stratégie, le Sénat a émis un avis réservé dans un rapport publié le 7 avril 2021 et intitulé La stratégie nationale portuaire : une présentation très attendue, une ambition qui reste à concrétiser. Le rapport regrette notamment que l'aspect géopolitique du projet des "nouvelles routes de la soie" mené la Chine ne soit pas assez pris en compte.

La France, naturellement ouverte sur le monde

La France avec ses 18 000 km de littoral est présente sur trois mers et quatre des cinq océans. Elle est la deuxième puissance océanique mondiale. Les ports sont géographiquement bien placés :

  • à la fois en métropole au centre des échanges sur le continent européen ;
  • et, outre-mer, au carrefour des grandes routes maritimes mondiales.

Le système portuaire français génère en moyenne plus de 360 millions de tonnes de trafic de marchandises. Il représente près de 300 000 emplois directs.

Faire face aux ports compétiteurs

La stratégie portuaire a pour objectif de permettre aux ports de se développer de façon durable et de regagner des parts de marchés.

Elle s’appuie sur une relance de la filière maritime, portuaire et fluviale à hauteur de 650 millions d’euros. Les fusions portuaires de l'axe de la Seine seront accompagnées d'investissements d'un montant de 1,45 milliard d'euros pour la période 2020-2027.

Cette stratégie vise en particulier à relever les défis suivants :

  • porter de 60% à 80% la part du fret conteneurisé manutentionné dans les ports français à destination et en provenance de la France d’ici 2050 ;
  • doubler le nombre d’emplois directs et induits liés à l’activité portuaire ;
  • accroître de 30% la part des modes de transport massifiés ferroviaires et fluviaux dans les pré- et post-acheminements portuaires.

Enfin, face à la menace concurrentielle que représente le Royaume-Uni, désormais sorti de l'Union européenne, une réflexion est lancée sur les mesures fiscales permettant de dynamiser l'attractivité des zones industrialo-portuaires. Les maires des grands ports demandent en effet la création d’une "force européenne" anti-dumping britannique.