Débat public sur la PAC : les enjeux de l'agriculture de demain

Le débat public autour de la déclinaison nationale de la future Politique agricole commune (PAC) s’est achevé le 7 novembre 2020. Expérience inédite, elle est à l'origine de 1 083 propositions issues des échanges et portées par les participants eux-mêmes. La Commission nationale du débat public (CNDP) vient de publier son compte-rendu.

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Champs de différentes cultures à perte de vue dans le paysage de la Brie (Seine-et-Marne, Île-de-France).
La PAC s’est avérée d'un intérêt croissant pour le grand public car elle touche au quotidien et aux imaginaires de tous les citoyens, y compris sur la question de l'alimentation. © Laurent (Pictarena) - stock.adobe.com

Lancé fin février 2020, le débat public sur le plan stratégique national de la future Politique agricole commune a touché 1 876 675 personnes. Il a été une première tant pour le monde agricole que pour le ministère de l’agriculture et de l’alimentation et ses services. D'autres parties prenantes du monde associatif engagé en faveur des questions environnementales et climatiques se sont également mobilisées.

Bien qu’il s’agisse d’un sujet technique, la PAC, revisitée tous les sept ans au sein de l'UE, s’est avérée d'un intérêt croissant pour le grand public. Elle touche au quotidien de tous les citoyens sur la question notamment d'une alimentation de qualité.

La CNDP a ainsi publié son compte-rendu du débat public sur la PAC le 7 janvier 2021. Le ministère de l’agriculture dispose de trois mois, jusqu’au 7 avril 2021 pour se prononcer sur les recommandations issues de ce débat public.

L'agriculture, un sujet qui touche toute la société

La question agricole concerne toute la société : c'est le premier enseignement majeur que tirent les organisateurs des échanges.

Toutefois, les négociations sur la PAC semblent souvent échapper aux citoyens. Ces derniers vivent majoritairement les discussions sur le sujet comme un affrontement entre deux positions :

  • la défense des agriculteurs d'un côté ;
  • et la défense de l’environnement de l'autre.

Le débat public a montré que cette présentation est simpliste. Les agriculteurs sont aussi des citoyens, qui se préoccupent d’agriculture mais également d'autres sujets. Pour leur part, les militants de l’environnement sont pour certains issus du monde agricole. Enfin, selon la CNDP, "les citoyens ne veulent pas choisir entre environnement et agriculture" et souhaitent permettre des transitions avec l’implication de tous.

Quels enjeux pour l’agriculture française ?

Plusieurs préoccupations ont été exprimées de manière récurrente et ont été reformulées dans les recommandations :

  • la première tient à l'image stéréotypée de l'agriculteur dans l'imaginaire collectif. Les participants ont souligné la complexité des réalités de terrain. Certains se définissent comme des agriculteurs-entrepreneurs, d’autres se revendiquant paysans ;
  • le métier d’agriculteur, avec ses problématiques d’installation, d’évolution et les leviers pour pérenniser l’activité, a été un autre enjeu. L’accès au foncier, notamment le manque de transparence et la qualité de la régulation du foncier agricole, doit être revu ;
  • une demande forte a été la clarification de la définition et du statut de l’agriculteur qui doivent se trouver au centre des négociations européennes. "L’agriculteur est celui qui produit ". Cette approche recouvre des pratiques et des visions différentes (lien à la terre, souveraineté alimentaire...). Des sujets plus conflictuels peuvent toutefois apparaître comme la question du bien-être animal, de l'usage des produits phytosanitaires, du réel impact sur l’environnement et sur les ressources naturelles des différents modes de production ou d’élevage ;
  • le revenu des agriculteurs est un sujet primordial. Le "pouvoir de bien gagner sa vie" a trait à "la dignité, la reconnaissance et la juste valeur donnée à l’acte productif " ;
  • la PAC enfin n’est pas perçue comme un outil en mesure de protéger les agriculteurs et les consommateurs de la distorsion de concurrence liée aux applications différentes de celle-ci entre les États de l'Union européenne.