1993-1995 : une cohabitation consensuelle

La droite, rassemblée dans la coalition de l'Union pour la France (UPF), remporte les élections législatives de 1993. François Mitterrand, contraint de nommer à la tête du gouvernement un membre de l'opposition, désigne Édouard Balladur comme chef du gouvernement.

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La première cohabitation a servi d'enseignement et les deux acteurs principaux de la période 1993-1995 l'ont vécue au premier rang ; la deuxième cohabitation n'a donc plus le caractère inédit de la première.

Un Président politiquement affaibli...

Le contexte politique et les rapports de force ont sensiblement évolué.

Aux élections législatives des 21 et 28 mars 1993, le Parti socialiste connaît une défaite sans précédent en ne recueillant que 17,6% des suffrages exprimés au premier tour. Il perd la moitié de son électorat par rapport au dernier scrutin législatif (5-12 juin 1988) et 4/5e de ses députés. Plusieurs de ses responsables, et non des moindres, sont battus (Michel Rocard, Lionel Jospin) et le groupe parlementaire socialiste et apparentés est réduit à 56 membres.

Contrairement à 1986, le président de la République ne dispose plus de relais puissant dans la nouvelle assemblée et dans les circonscriptions. D'autant que les liens entre lui et le Parti socialiste se sont distendus ; il n'a plus les moyens d'imposer ses vues à un parti qu'il a forgé, mais qui prépare déjà l'après-mitterrandisme. En outre, les problèmes de santé du Président ont été rendus publics à la fin de l'été de 1992 et, contrairement à 1986, il ne peut plus être perçu comme candidat éventuel à la prochaine élection présidentielle du printemps 1995.

... mais qui ira au terme de son mandat

Comme en 1986, François Mitterrand rappelle que, réélu pour sept ans en 1988, il accomplira la totalité de son second mandat : "Ce que je peux vous dire c'est que je n'ai pas l'intention de démissionner si se produisait un changement de majorité comme beaucoup le prévoient au mois de mars, c'est-à-dire s'il y a une majorité de droite. Quelle que soit son ampleur, cela n'a aucune importance, je veux dire, sur ce plan-là (...). Je dois exécuter le mandat pour lequel j'ai été élu (...). Une élection législative ce n'est pas une élection présidentielle" (France 3, 18 février 1993).

À l'inverse, l'opposition enregistre un succès historique. Les candidats RPR-UDF et divers droite totalisent plus de 45% des voix au premier tour. La nouvelle majorité peut compter sur le nombre impressionnant de 484 élus (sur un total de 577).

François Mitterrand ne se prive pas de se démarquer de l'action du Premier ministre quand il estime que les acquis sociaux sont menacés.

Le 29 mars, François Mitterrand nomme Premier ministre Édouard Balladur, ancien ministre de l'économie pendant la première cohabitation.

Moins tumultueuse que la première, la deuxième cohabitation connaît néanmoins quelques moments de friction entre le Président et le Premier ministre :

  • refus de François Mitterrand d'inscrire à l'ordre du jour de la session parlementaire extraordinaire de juillet 1993 la révision de la loi Falloux, en vigueur depuis 1850, sur le financement des investissements dans les établissements scolaires privés ; l
  • problème de la reprise, comme le souhaite le Premier ministre, des essais nucléaires français dans le Pacifique que refuse le Président ;
  • débat sur la nécessité d'une révision constitutionnelle pour l'application des accords de Schengen.

En outre, comme sous la première cohabitation, François Mitterrand ne se prive pas de se démarquer de l'action du Premier ministre quand il estime que les acquis sociaux sont menacés.

Une cohabitation qui en cache une autre

L'originalité de cette deuxième cohabitation réside dans le fait que des critiques à l'encontre de la politique économique et sociale du gouvernement émanent aussi de sa majorité parlementaire et plus précisément du parti dont est issu le Premier ministre.

Des voix s'élèvent au RPR qui préconisent une "autre politique" et critiquent la méthode de gouvernement d'Édouard Balladur : une politique de réformes fondée sur le plus large consensus possible. Ainsi, progressivement, à la cohabitation entre les deux responsables de l'exécutif se substitue une "deuxième cohabitation" entre le Premier ministre et une partie de sa majorité parlementaire.

À partir de l'été 1994, quand il apparaît que Jacques Chirac et Édouard Balladur s'opposeront à l'élection présidentielle du printemps 1995, cette cohabitation de deuxième type n'en deviendra que plus conflictuelle.