Interview de M. Marc Fesneau, ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire, à France Bleu Auxerre le 18 novembre 2022, sur la planification écologique consacrée à la forêt, la flambée des prix de l'agroalimentaire et l'implantation des poulaillers industriels.

Texte intégral

 

GILLES PAYET L’invité de France Bleu Auxerre ce matin, Denys BAUDIN, est Marc FESNEAU, le ministre de l’Agriculture, en visite demain dans l’Yonne.

DENYS BAUDIN
Bonjour Marc FESNEAU.

MARC FESNEAU
Bonjour.

DENYS BAUDIN
Vous venez lancer dans l'Yonne le chantier de planification écologique consacré à la forêt. Emmanuel MACRON veut planter un milliard d'arbres d'ici 2030, pour faire face aux conséquences du réchauffement climatique. Il y a besoin de repenser complètement nos forêts ?

MARC FESNEAU
Il y a sans doute besoin de repenser complètement nos forêts, à l'aune de ce qu’est le dérèglement climatique et de ses conséquences sur les forêts. Plusieurs points. D'abord les repenser, on est presque très en aval là, mais repenser dans la lutte contre les incendies de forêts, parce qu'on a vu qu'on avait une montée en latitude des risques, et donc on a besoin de repenser notre système de défense contre l'incendie. Deuxièmement, et c'est le point principal que j'irai voir demain dans l'Yonne, c'est de penser un chantier de replantation qui ne soit pas une replantation arbre pour arbre, mais une replantation qui permette de replanter des essences qui seront plus résistantes, plus résilientes comme on dit, au dérèglement climatique, et c'est donc territoire par territoire, de se doter des moyens de recherche, d'abord. Je serai demain avec ma collègue Sylvie RETAILLEAU, qui travaille aussi sur ces sujets, dans son domaine de la Recherche, pour planter les essences, un, dont on va avoir besoin, et deux, qui seront en capacité de résister à la fois aux épisodes de sécheresse, parfois aux épisodes de grandes pluies, et aussi à des températures qui sont très élevées. Donc il faut repenser l'ensemble de notre système, en conservant et en développant aussi les hautes fonctions que peuvent être celles de la forêt, le stockage du carbone dans les sols, au-delà du stockage dans les arbres, et puis la préservation de la biodiversité.

DENYS BAUDIN
Alors, plutôt que de planter, est-ce qu'il ne vaut pas mieux préserver les vieilles forêts, comme on a chez nous dans l'Yonne ?

MARC FESNEAU
Oh, c’est les deux, parce que d'abord la régénération de la forêt française, c'est à la fois de la replantation faite de la main de l'homme, c'est parfois la régénération naturelle autour des grands arbres, et puis les grands arbres ils ont un cycle de vie, les grands feuillus ont un cycle de vie qui est beaucoup plus long, c’est 80, 100, 120, 150 ans, ça n'empêche que parfois il faut… et régulièrement il faut procéder à des prélèvements et à des coupes d'arbres, parce que c'est le cycle naturel pour essayer de faire en sorte qu'on continue à stocker du carbone et que par ailleurs il y a un équilibre économique qui soit trouvé sur la forêt, parce qu’il faut que les forestiers trouvent une rémunération qui leur permette de régénérer ces forêts, sinon évidemment on aurait une difficulté, donc il y a forcément une partie d'allongement pour un certain nombre de sites forestiers, mais deuxièmement on a besoin d'assumer aussi le fait que quand vous coupez un arbre et que vous faites du bois d’oeuvre, vous faites une table, vous faites du parquet, vous stockez aussi du carbone.

DENYS BAUDIN
Alors, planter un milliard d'arbres, c'est une fausse solution selon le SNUPFEN Solidaires, premier syndicat à l'Office national des forêts, il estime que le projet est infaisable, il pointe notamment la baisse des moyens à l'ONF. Vous lui répondez quoi ?

MARC FESNEAU
Alors, d'abord je réponds que sur le budget 2023 que j'ai présenté à l'Assemblée nationale, et désormais au Sénat, il y a une augmentation des moyens qui sont dévolus à l'Office national des forêts, plusieurs millions d'euros, l’idée étant que dès qu’on donne une mission complémentaire à l'ONF, il y a des moyens désormais qui soient dévolus. C'est vrai qu'il y a eu une période, depuis 20, 25 ans, où les moyens ont été continûment en baisse. Et puis deux, c'est un défi, ça c'est incontestable, et c'est pour ça que je suis là demain pour regarder ce qui est le début du processus, c'est comment on booste si vous me permettez cette expression, comment on accélère la production de graines et plants, parce que c'est par là qu'on commence, et c'est bien normal, et donc le défi est nécessaire, parce que le dépérissement des forêts va à grande vitesse du fait du dérèglement climatique, et donc la question c'est pas est-ce qu'il faut le faire, la question c'est de le faire et comment on va le faire. Et donc c’est ce défi-là que l’on va travailler. J'étais le mardi dernier à la réunion des cadres de l'ONF, pour se mettre en situation avec les moyens de l'ONF, avec les moyens que va apporter l'Etat en complément et d'autres, de planter, de renouveler cette forêt à grande échelle.

DENYS BAUDIN
Alors, du côté des pépiniéristes, en tout cas on salue votre initiative, à l'image de Frédéric NAUDET que vous rencontrerez demain d'ailleurs à Chéu, je vous propose de l'écouter quelques secondes.

FREDERIC NAUDET
C'est un effort extrêmement important que le président de la République a annoncé, et depuis très longtemps on a abandonné un petit peu ce renouvellement forestier, c'est l'aide aussi à l’investissement à long terme des entreprises pour qu'on puisse gérer cet effort, qui doit être sur des décennies ? C'est une opération de très longue haleine.

DENYS BAUDIN
Oui, ça va prendre du temps tout ça, et on sent que la profession a besoin de soutien.

MARC FESNEAU
La profession a tout à fait, monsieur NAUDET a tout à fait, je le rencontrerai effectivement demain sur le siège de son exploitation. La profession a besoin à la fois de soutien et elle a besoin de visibilité sur le moyen/long terme. Les affaires forestières, ce n’est pas des affaires de court terme. Et donc y compris pour les plants, il y a besoin de donner une prévisibilité, de dire sur combien d'années on compte porter l’effort. C'est vrai qu'on avait interrompu il y a 25 ans, oui, il y a à peu près 25 ans, ce qu'on appelait le Fonds forestier national qui soutenait la production de plants par la plantation, et ça a été un retard qui a été pris depuis des années. Dans le plan de relance dans le quinquennat qui s'est achevé, nous avions déjà mis des moyens, maintenant c'est de donner une perspective à 10 ans pour que les pépiniéristes puissent se mettre en état de se préparer à ça, et puis que qu’après ceux qui vont planter, parce qu'après il faut trouver des gens pour aller planter dans les forêts, pour assurer le renouvellement, et puis après les forestiers eux-mêmes. Donc oui, je pense que c'est à saluer, parce que ça donne pour la première fois depuis très longtemps, une perspective de moyen/ long terme, et sur les sujets forestiers, s’il n’y a pas de moyen/long terme, il n’y a pas d'avenir à mon avis.

DENYS BAUDIN
Il faut savoir qui va planter, sous quelles modalités, avec quels moyens…

MARC FESNEAU
Quels moyens et quelles essences, absolument.

DENYS BAUDIN
Marc FESNEAU, ministre de l’Agriculture, vous vous déplacez justement demain dans un département agricole, l'agroalimentaire lance un appel à l'aide pour faire face aux conséquences de la flambée des prix. Quelles réponses vous pouvez apporter ?

MARC FESNEAU
Alors, il y a deux types de réponses, une qui est en train de se construire progressivement au niveau européen, c'est un plafonnement des prix du gaz, qui permettra aussi un plafonnement des prix de l'électricité, c'est le moyen le plus efficace, c’est le moyen le plus puissant et c'est celui qui prélève le moins sans doute sur les ressources de l'Etat pour essayer d'amortir le choc. Et puis il y a un deuxième élément, en complément, qui sont un certain nombre de dispositifs d'aides, qui permettent d’amoindrir le coût et le surcoût et donc ça qu'on est en train d'affiner. On avait un dispositif, reconnaissons-le, qui avait été disposé au mois de juillet, au mois d'août derniers, mais qui n'était pas tout à fait adapté aux filières agroalimentaires et parfois aux cycles qu'elles représentent, avec des appels d'énergie qui ne sont pas endurés au bon moment, et donc on est en train d’affiner les dispositifs, et Bruno LE MAIRE présentera dans les jours qui viennent, le dispositif affiné, en complément de ce qui nous parait être essentiel, c'est-à-dire du débat européen qui doit permettre d'amoindrir le coût. Mais on a, vous avez raison, les filières… il est logique que les filières soient inquiètes, pourquoi, parce que le l'augmentation des tarifs parfois fois 5, fois 10, fois 15, fait peser une lourde menace sur la continuité de la chaîne alimentaire, tout simplement parce qu’il n’y a plus de modèle économique quand vous avez des hausses de tarifs électriques ou gaz comme ceux-là. Ça c'est une première partie. Et puis une deuxième partie, ça c’est plus moyen/long terme, c'est qu'on essaie de ne plus se retrouver dans cette situation-là, donc c'est tout ce que font comme effort les entreprises pour économiser de l'énergie, et puis deux, pour changer d'énergie, c'est-à-dire aller vers des énergies, à la fois plus décarbonées et pour lesquelles on est plus indépendant.

DENYS BAUDIN
Je prends encore quelques secondes, Marc FESNEAU.

MARC FESNEAU
Allez-y, je vous en prie.

DENYS BAUDIN
Dans l'Yonne, il y a un débat sur l'implantation des poulaillers industriels, 80 poulaillers géants qui doivent être disséminés dans un rayon de 150 km autour du village de Chailley, quel regard, vous, vous portez sur le développement de ces poulaillers industriels ?

MARC FESNEAU
Alors, d'abord je signale que nous sommes loin d'être autosuffisants en volailles, volailles de chair en particulier, et que donc si on veut reconquérir notre souveraineté il faut qu'on produise sur le sol français. Premier élément. Deuxième élément, on dit que ce sont des poulaillers géants, en fait on est dans de tailles de poulaillers qui sont la moyenne des tailles de poulaillers français, sans aucune difficulté, et quand vous regardez d'ailleurs, et vous comparez avec d'autres pays européens, on est plutôt dans la moyenne basse de ce type d'élevage, et on a besoin, si on veut reconquérir notre souveraineté, on a besoin de reconquérir par l'implantation de poulaillers. Et puis dernier élément, et c'est ce à quoi on est vigilant, il faut être vigilant à ce qu'on ait des poulaillers qui se déploient dans des conditions juridiques, dans des conditions environnementales, qui soient satisfaisantes, et je crois que c'est le cas des poulaillers, et donc il faut qu'on accepte aussi, si on veut retrouver notre souveraineté, qu'on ait des poulaillers qui se développent, sinon on vient faire faire par les autres, l'importation, et ça, ça me paraît très dommageable.

DENYS BAUDIN
Merci Marc FESNEAU.

MARC FESNEAU
Merci à vous.

DENYS BAUDIN
Ministre de l’Agriculture, bienvenue dans l'Yonne demain.

MARC FESNEAU
Merci.


Source : Service d’information du Gouvernement, le 21 novembre 2022