Interview de M. Christophe Béchu, ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, à Europe 1 le 3 novembre 2022, sur le renforcement des flottes de canadairs dans le cadre de la lutte contre les feux de forêt et le budget 2023 pour le climat.

Texte intégral

LA JOURNALISTE
Le ministre de la Transition écologique, Christophe BECHU, en Gironde aujourd'hui avec sa secrétaire d'Etat girondine, Bérangère COUILLARD, ils se rendent à La Teste-de-Buch et à Hostens, presque 4 mois après le début des énormes incendies qui ont détruit près de 30.000 hectares dans notre département. Et puis moins d'une semaine après aussi les annonces d'Emmanuel MACRON sur la lutte contre les feux de forêt. Christophe BECHU est notre invité en direct. Marie ROUARCH.

MARIE ROUARCH
Bonjour Christophe BECHU

CHRISTOPHE BECHU
Bonjour.

MARIE ROUARCH
Emmanuel MACRON l’a donc annoncé vendredi dernier, la flotte de canadairs en France va passer de 12 à 16 engins d'ici la fin du quinquennat, rien en revanche sur la deuxième base de canadairs dans le sud-ouest réclamée par de nombreux élus girondins. Est-ce que c'est une fin de non-recevoir opposée par le Président à tous ces élus ?

CHRISTOPHE BECHU
Pas du tout, le Président, effectivement, a dit de manière forte qu’il fallait qu’on renforce notre flotte de canadairs en passant de 12 à 16 ans, en modernisant, en changeant d'ailleurs ceux qui existaient, qu'on augmente le nombre d’hélicoptères, mais il a aussi dit que pendant la saison des feux de forêt le fait de positionner en dehors de Nîmes des canadairs était clairement une option qui était sur la table, dont il souhaitait que les élus, les responsables de la sécurité civile se saisissent pour pouvoir prendre des décisions en tout début d'année prochaine, et très clairement, la question de Bordeaux, de Marignane est évidemment posée.

MARIE ROUARCH
Donc c’est encore une possibilité d'avoir des engins prépositionnés, beaucoup plus proches de nous pour malheureusement cette future saison des feux de forêt ?

CHRISTOPHE BECHU
Ah, je vous le confirme. On a bien compris, appris et retenu de cet été terrible qu’on avait un déplacement géographique aussi des zones de risque d'incendie, et donc le fait de pouvoir avoir des moyens qui ne soient pas tous positionnés à Nîmes pouvait être une façon beaucoup plus efficace de lutter contre ces feux. En revanche, une unité de canadairs, c'est aussi de la maintenance, c’est du suivi, c'est de l'entraînement, c'est de la formation, et ce que le président a esquissé vendredi, c'est la nécessité de garder une unité au titre de la maintenance sur un site qui a fait ses preuves et son excellence, et dans le même temps, d'avoir des positionnements au moment où on entre dans les saisons du risque, qui soient au plus près des massifs qui sont les plus susceptibles de brûler.

MARIE ROUARCH
Lors de son intervention vendredi dernier, Emmanuel MACRON a aussi remercié toutes les collectivités qui se sont mobilisées tout l'été sur le front de ces incendies, pas de coup de pouce en revanche annoncé pour ces toutes petites communes qui doivent par exemple refaire des routes, des aménagements, qui n'ont pas le budget, est-ce qu’on peut dire aujourd'hui que l'exécutif sera à leurs côtés malgré tout ?

CHRISTOPHE BECHU
C'est aussi le message que je vais avoir l'occasion de passer à une partie d'entre eux cet après-midi à Hostens, à la fois pour rappeler que, de façon historique, dans le cadre du budget 2023, nous mettons en place un fonds de deux milliards d’euros, le fonds vert pour le climat qui vise à aider toutes les collectivités, à financer des mesures, de lutte contre le dérèglement climatique, mais aussi d’adaptation, et typiquement, des replantations de forêts, des travaux qui permettraient de limiter les risques, ils seront pris, ils seront accompagnés, ils seront subventionnés par l’État avec une attention particulière sur ces communes girondines, qui ont souffert.

MARIE ROUARCH
Vous parlez justement, Christophe BECHU, de ces replantation d'arbres, Emmanuel MACRON a annoncé un milliard d'arbres plantés d'ici 10 ans, on imagine que ça va s'accompagner d'un plan un peu stratégique, on parle beaucoup ici en Gironde des essences qui vont être replantées après ces incendies, est-ce qu'il faut replanter du pin, qui est l'essence, ici, qu'on a, évidemment dans toutes nos forêts, est-ce qu'il faut diversifier les essences ?

CHRISTOPHE BECHU
C’est une excellente question. Je vais rencontrer cet après-midi les équipes de l'ONF, avoir l'occasion d'échanger avec elles, préciser aussi la manière dont nous envisageons ces replantations, avec les annonces que je ferai quand je serai effectivement en Gironde, la question des essences, elle est cruciale, on s’aperçoit que la forêt, elle est à la fois notre rempart et la victime du dérèglement climatique. Notre rempart, parce qu’elle joue un rôle de captation carbone. Et donc l’annonce par le président de la République d'un milliard de plantations, c'est une façon de tenir nos engagements en termes de lutte contre le réchauffement climatique, parce que nous avons aujourd’hui une forêt qui, à cause du réchauffement, ne joue plus complètement ce rôle. Donc la question des essences, la question du nombre d'arbres, la façon dont on gère ou on entretient cette forêt, tout ça, ce sont des éléments cruciaux, il faut tenir compte de la nature des sols, il faut tenir compte des essences, il faut tenir compte du réchauffement climatique ; et donc, ce sont des sujets sur lesquels on va avoir besoin d'expertises et d'appuis, mais je détaillerai ça dans le courant de l’après-midi.

LA JOURNALISTE
Il est 7h49, le ministre de la Transition écologique, Christophe BECHU, en déplacement en Gironde aujourd'hui, est notre invité en direct ce matin sur France Bleu.

MARIE ROUARCH
Christophe BECHU, on parle donc de ces arbres à replanter sur une échelle de 10 ans, de ces canadairs qui seront plus nombreux d'ici la fin du quinquennat, des annonces qui sont donc un petit peu plus sur le long terme, malheureusement, la prochaine saison des feux de forêt, c'est dans 7, 8 mois, alors comment est-ce que, aujourd'hui, on prépare l'été prochain ?

CHRISTOPHE BECHU
De plusieurs manières, d’abord, avec une campagne de recrutement de pompiers volontaires, parce qu'on a pu mesurer que, évidemment, c’était indispensable d’avoir des colonnes de renfort, et que quand on avait plusieurs endroits qui brûlaient en même temps, on était juste sur la capacité à pouvoir faire face. Ensuite, avec la mise en place d'un dispositif d'aide à l'investissement, à la fois pour les SDIS et pour les collectivités qui sont concernées par des dispositifs de protection contre les incendies. 150 millions d'euros pour les SDIS, 50 millions pour des dispositifs de soutien, de corridors, etc., et puis, des obligations renforcées vis-à-vis des propriétaires pour vérifier le débroussaillement effectif, et pour éviter les départs de feu, des messages de prévention de météo des forêts, tel que ça a été annoncé, qui vont être autant d’éléments qui vont jalonner entre maintenant et l'été prochain une montée en puissance de notre résilience collective, de notre capacité de prévention collective.

MARIE ROUARCH
Cette prévention, c'est ça la clé aujourd'hui, c'est mieux travailler autour et dans les forêts pour éviter les sinistres catastrophiques tels qu'on a pu les connaître ici cet été ?

CHRISTOPHE BECHU
C’est indispensable, malheureusement, à une statistique qui est immuable et qui fait froid dans le dos, c'est que 90 % des incendies ont des départs d'origine humaine. Et donc à partir du moment où on est face à cette situation, ça veut dire que la question de la prévention, elle est cruciale, à la fois la lutte contre les négligences, le fait de ne pas entretenir les abords, c'est criminel à la fin, donc il y a une obligation à faire respecter ces règles, je le redis, de corridor d’incendie à l'intérieur des forêts, de débroussaillage aux abords, et puis, le rappel de l'absence de barbecues, de feux, de travaux avec des appareils qui sont susceptibles de provoquer des étincelles dans des zones qui sont boisées ou sous boisées, et là, on a des efforts considérables, encore une fois, parce que le contexte, le climat, la chaleur, ça aide à la propagation des flammes, et ça rend extraordinairement complexe le travail des pompiers, mais ça n’explique pas le départ de feu. Le départ de feu, il a une origine humaine, et il faut donc qu’on soit capable de lutter contre ça.

MARIE ROUARCH
Merci beaucoup Christophe BECHU, ministre de la Transition écologique, en visite aujourd'hui chez nous, en Gironde, merci d'avoir été avec nous en direct.

CHRISTOPHE BECHU
Merci à vous.


Source : Service d’information du Gouvernement, le 4 novembre 2022 
 

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