Déclaration à la presse de M. Emmanuel Macron, président de la République, sur les relations entre la France et l'Algérie, à Alger le 25 août 2022.

Intervenant(s) :

Circonstance : Visite officielle et d’amitié en République algérienne démocratique et populaire

Prononcé le

Texte intégral

Merci beaucoup Monsieur le Président de la République.
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Messieurs les Ambassadeurs,
Mesdames, Messieurs,


C'est une joie et un honneur pour nous d'être reçus à Alger, d'être à vos côtés aujourd'hui et demain, et puis de pouvoir nous rendre à Oran dans le cadre de cette visite de travail et d'amitié.

Permettez-moi, Monsieur le Président, de commencer en exprimant les condoléances du peuple français et de la France au peuple algérien et à vous même après les décès qui sont survenus ces dernières semaines et qui sont liés aux incendies que vous avez subis. Je sais avec quel courage et avec ténacité vous les avez affrontés, comme l'été dernier. Nous avons eu aussi à affronter des incendies qui n'ont pas eu les mêmes conséquences humaines, mais je crois que nous nous tenons l'un et l'autre ensemble et côte-à-côte face à ce défi et vous savez pouvoir compter sur la solidarité de la France, mais je voulais commencer par l'expression de ces condoléances.

Monsieur le Président, vous avez tout dit à l'instant en des termes parfaitement choisis et donc j'essaierai d'écrire aux marges de ce que vous venez de dire à nos amis de la presse. Nous avons un passé commun, il est complexe, douloureux et il a pu parfois comme empêcher de regarder l'avenir. Et je crois pouvoir dire que notre volonté, le travail que nous conduisons depuis cinq ans en France, mais aussi les dialogues permanents que nous avons eus l'un et l'autre, m'ont à chaque fois conforté dans l'idée que nous vivons, je le crois, un moment unique qui, je l'espère, doit nous permettre de regarder en face ce passé avec beaucoup d'humilité, de volonté de vérité, de mémoire et d'histoire. Pas de nous débarrasser de ce passé parce que c'est impossible - ce sont des vies et ce sont nos histoires - mais de faire que ce passé soit un commun et pas quelque chose qui nous empêche. Nous en avons longuement parlé une fois encore et nous avons demandé à nos ministres et nos équipes de pouvoir finaliser, d'ici à la fin de cette visite, l'écriture exacte de ce que nous avons acté. Mais je crois pouvoir ici dire que nous avons d'ores et déjà décidé qu'ensemble, nous mandaterions une commission mixte d'historiens, ouvrant nos archives et permettant de regarder l'ensemble de cette période historique qui est déterminante pour nous, du début de la colonisation à la guerre de libération, sans tabous, avec une volonté de travail libre, historique, d'accès complet à nos archives et de part et d'autre et une volonté ensuite de mener cette oeuvre de reconnaissance. Et je crois que c'est un élément extrêmement important.

C'est un élément important parce que ce que nous voulons faire ensemble, c'est bâtir l'avenir. Le passé, nous ne l'avons pas choisi, nous en héritons, c'est un bloc. Il faut le regarder et le reconnaître. Mais nous avons une responsabilité, c'est de construire notre avenir pour nous-mêmes et nos jeunesses. Et pour moi, c'est l'un des objectifs essentiels de ce voyage, de ces échanges et de ce que je souhaite que nous puissions conduire ensemble, pas simplement ces jours-ci, mais pour les années qui viennent. Et bâtir l'avenir, c'est décider de regarder ensemble nos défis et de tout faire pour apporter ensemble les réponses, pour que nous aidions la jeunesse algérienne et la jeunesse française à réussir : nos jeunesses, chacune dans leur pays, nos jeunesses de part et d'autre quand elles décident d'embrasser les deux rives de la Méditerranée, nos jeunesses quand elles sont binationales ou héritières aussi de cette histoire, quelle qu'en soit la forme.

Sur la question des mobilités et de la circulation, nous avons pris des décisions là aussi et nous allons ensemble travailler pour pouvoir traiter les sujets plus sensibles de sécurité mais qui ne doivent pas empêcher de développer et déployer une mobilité choisie pour nos artistes, nos sportifs, nos entrepreneurs, nos universitaires, nos scientifiques, nos associatifs, nos responsables politiques permettant justement d'une rive l'autre de la Méditerranée de bâtir davantage de projets communs. Et ce pacte nouveau pour nos jeunesses, c'est celui que j'essaierai à vos côtés de développer durant ces deux jours et celui que je veux que nous puissions bâtir sur les questions d'économie, d'innovation, de recherche, de culture, de sport, entre justement nos jeunesses, nos talents y compris quand ces talents sont partagés. Ce faisant, plusieurs éléments seront au coeur de nos travaux. D'abord donc, clarifier, simplifier notre cadre de mobilité l'un et l'autre et je crois que nous avons dessiné des lignes claires.

Avancer sur les travaux sur notre industrie, notre recherche, nos hydrocarbures, nos métaux rares. Et pouvoir avancer sur des sujets d'innovation que nos jeunesses aspirent à défricher, sur lesquelles nous souhaitons aller plus vite et plus fort. Je ne serai pas exclusif, j'en vois au moins deux. Le premier, c'est le numérique. Le deuxième, c'est la création cinématographique. Le numérique, parce que nos jeunesses aspirent à ces métiers. Vous avez énormément de talents, nous en avons aussi ; beaucoup de nos binationaux ont ces talents. C'est pourquoi je souhaite que nous puissions développer ensemble, justement, un projet de création d'un incubateur de start-ups, agréger des soutiens du secteur privé, les connecter avec d'autres incubateurs et, pour notre écosystème entrepreneurial franco-algérien si prometteur, développer là aussi des passerelles, la possibilité d'avoir des formations ici, de les développer, mais aussi de faciliter les échanges et les créations communes entre nos deux pays, mais dans toute la région. L'autre point, c'est que j'ai annoncé il y a quelques mois à Marseille, lors du Forum des Mondes Méditerranéens, la France appuie ce dynamisme par la création d'un fonds spécifique de soutien doté de 100 millions d'euros. Je souhaite que ce fonds puisse en particulier accompagner nos diasporas et nos binationaux sur les projets qu'ils auront à conduire dans ce secteur et pouvoir justement aller beaucoup plus vite et plus fort.

L'autre point, c'est la création cinématographique. La culture, l'art sont au coeur de nos imaginaires. Nous les célébrons l'un l'autre. Nous avons là aussi des talents partagés. Et il y a un an quasiment jour pour jour à Marseille, j'ai annoncé notre volonté de lancer des studios et justement la création de nouveaux lieux de création cinématographique contemporaine, dans un monde de plus en plus compétitif. Je souhaite que nous puissions envisager, nous en avons parlé ensemble, d'avoir des projets communs et programmes communs, d'aider l'Algérie aussi à développer des programmes de création cinématographique et de développement de studios, mais aussi de formations dans l'ensemble de ces métiers. Pourquoi ? Parce qu'il n'est d'avenir que s'il y a des récits d'avenir. Et ces récits d'avenir, nous n'avons pas envie de les laisser écrire par les autres, ni ceux qui ont envie de revisiter un passé qui parfois transforme ou transfigure, ni ceux qui ont envie d'avoir un avenir obscurantiste, qui écrivent des histoires que, et les uns et les autres, nous avons et nous continuons de chasser de nos pays. La création joue ce rôle, elle sera au coeur de notre aventure.

Le sport, évidemment, est au coeur des partenariats que nous souhaitons nouer et je veux ici vous féliciter du succès des Jeux Méditerranéens d'Oran - notre ministre était à vos côtés il y a quelques semaines - qui a confirmé, s'il en était besoin, la place qu'occupe le sport dans votre pays. C'est une passion commune. Quand nos équipes sont sur le terrain, il se peut que parfois nous soyons d'ailleurs emportés de part et d'autre. C'est la passion qui nous anime en ce sens mais notre volonté est de pouvoir, là aussi, nouer des coopérations nouvelles. Nous aurons l'occasion de l'évoquer en particulier à Oran, avec des jeunes sportifs que je rencontrerai en prévision des Jeux Olympiques, mais en matière de formation, d'équipements de développement, d'ambitions communes, là aussi, de pouvoir avancer.

Ce nouveau partenariat doit aussi intégrer des projets de coopération dans le domaine universitaire et scientifique. Nous aurons l'occasion de signer samedi avec l'Institut Pasteur et le CNRS notamment, justement, des coopérations absolument essentielles face aux défis de demain, qu'il s'agisse des pandémies comme du défi climatique. Et je voudrais aussi insister sur ce point, je pense que ce partenariat nouveau doit nous permettre de bâtir, sur le plan scientifique et diplomatique, des initiatives communes pour oeuvrer à un agenda justement en faveur de la lutte contre le dérèglement climatique et pour la biodiversité parce que nous avons ce trésor commun en partage qui est la mer Méditerranée, et une volonté affirmée et déjà exprimée par notre diplomatie de protéger mieux cet espace commun, mais aussi d'y associer notre jeunesse, d'engager, d'encourager la recherche et de pouvoir développer les coopérations nécessaires en la matière.

Voilà quelques-uns des axes sur lesquels je voulais insister, ils seront évidemment plus nombreux, mais de la coopération bilatérale et de ce nouveau partenariat d'avenir que nous pouvons nouer parce que nous avons aussi décidé de regarder notre passé main dans la main, avec un devoir de vérité et une volonté commune d'installer cette commission. Le Président a parlé, et je serai très rapide pour conclure, des autres chantiers, de la stabilité régionale aux questions internationales. Les crises et les tensions régionales sont malheureusement trop nombreuses. Le Sahel et le Mali sont évidemment dans les priorités de nos deux pays et je tiens d'ailleurs à saluer, cher Président, votre implication dans le suivi du respect de l'accord pour la paix et la réconciliation au Mali, signé ici à Alger. Et cette visite doit être aussi l'occasion de renforcer notre coopération à cet égard aussi dans la lutte contre le terrorisme, en particulier dans le cadre de la coopération régionale.

Je terminerai mon propos en évoquant l'Ukraine dont nous avons parlé et nous continuerons de parler avec le Président Tebboune, l'Ukraine qui voit sa souveraineté violée et son territoire occupé par une puissance impériale qui mène contre elle une guerre d'agression. Et je sais l'attachement de l'Algérie au respect des Etats et de leur souveraineté, c'est pourquoi mettre fin à la guerre en Ukraine doit être une cause commune. Cette crise, l'ensemble des crises qui sont le fruit de cette guerre lancée par la Russie, qu'il s'agisse de crises humanitaire, diplomatique, alimentaire, énergétique, déstabilise profondément l'ensemble de la planète, et tout particulièrement le continent africain, faisant courir des risques de pénuries et je crois que notre responsabilité est aussi de les traiter ensemble.

Voici quelques-uns des axes que je souhaitais ici développer, mais en m'inscrivant dans le droit fil de ce que le Président a mentionné. Surtout, nous allons continuer d'échanger, de travailler, nos ministres aussi. La visite se poursuivra demain et après-demain, mais je veux voir dans ce moment et dans ce que nous avons décidé de regarder, d'affronter et de construire ensemble, une page nouvelle qui s'écrit de la relation bilatérale si indispensable pour nos deux pays, nos jeunesses, mais plus largement pour la région et le continent. Et donc, je veux vous remercier, Président, pour votre amitié, votre franchise et surtout pour l'ambition partagée. Merci beaucoup.

Thématiques :