Entretien de M. Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d'État auprès du ministre de l'Europe et des affaires étrangères, sur la francophonie et sur le Brexit, à Marseille le 19 mars 2019.

Texte intégral

Q - Bonsoir Jean-Baptiste Lemoyne, d'abord ce chiffre : 300 millions de francophones dans le monde, c'est 10% de plus qu'en 2014 selon l'Observatoire de la langue française et c'est un chiffre qui pourrait doubler d'ici à 2050 ; la croissance est particulièrement importante en Afrique et vous avez déjà par ailleurs pointé l'importance de la qualité et de la maîtrise de la langue sur le continent. Quels sont les défis à relever en matière de scolarisation ?

R - Vous avez tout à fait raison, il y a un potentiel considérable en termes d'augmentation du nombre de locuteurs de langue française de par le monde. Encore faut-il pour que ce potentiel se réalise, que nous soyons collectivement au rendez-vous de l'enseignement de la langue, parce qu'on le sait, le continent africain connaît une dynamique démographique très forte mais les systèmes d'enseignements nationaux doivent faire face à de considérables défis pour apporter cet enseignement. C'est pourquoi la France avec le président de la République Emmanuel Macron, s'est résolument engagée sur ce terrain de l'éducation, en apportant 300 millions d'euros au partenariat mondial pour l'éducation. Et de façon très concrète, chaque année, ce sont 200 millions d'euros que nous consacrons au soutien aux systèmes éducatifs dans les pays francophones, et nous allons encore accroître ce montant parce que c'est là que tout commence.

Q - La Rwandaise Louise Mushikiwabo est à la tête de l'organisation internationale de la Francophonie depuis le mois de janvier dernier, elle rencontrera Emmanuel Macron demain, peut-on déjà tirer un premier bilan de son mandat ?

R - Louise Mushikiwabo vient de prendre ses fonctions il y a à peine trois mois, depuis le 7 janvier dernier, à la suite de Michaëlle Jean et nous avons justement cette réunion demain pour travailler en synergie, parce que la France entend faire en sorte que les moyens que nous mettons puissent aller dans le même sens que ceux de l'OIF.

Nous avons un certain nombre de défis à relever en matière numérique par exemple, travailler sur la découvrabilité des contenus francophones sur internet, car pour l'instant, il y a un prima des algorithmes anglo-saxons et ce sont des sujets sur lesquels certains membres de l'OIF comme le Canada, le Québec et l'OIF veulent travailler avec la France. C'est un enjeu majeur compte tenu du numérique dans notre vie quotidienne.

Par ailleurs, en matière de culture et de jeunesse, il y a le souhait de resserrer les liens et de faire en sorte qu'un certain nombre de programmes que nous menons, les uns et les autres, nous le fassions ensemble plutôt que séparément.

Q - L'Algérie est un pays avec une large population francophone également - on le voit sur certains slogans dans les manifestations - pour réclamer le départ du président Bouteflika, comment analysez-vous la situation sur place ?

R - Sur ce sujet, nous devons avoir une attention extrême car la France a une relation dense et complexe avec l'Algérie. D'ailleurs, nous sommes aujourd'hui un 19 mars, et il ne vous aura pas échappé que c'est aussi la commémoration d'un cessez-le-feu qui est entré en vigueur le 19 mars 1962 ; tous les mots prononcés ici rencontrent un écho particulier. Nous sommes dans la non-indifférence mais aussi dans la non-ingérence. C'est au peuple algérien de se choisir la voie qu'il souhaite pour l'avenir. Ce qui est sûr, c'est que la France, aujourd'hui comme demain, sera aux côtés de l'Algérie et des choix qui seront faits par son peuple.

Q - Un mot sur le Brexit et la situation qui n'avance pas. La Première ministre britannique Theresa May va formellement demander par écrit un report du Brexit au président du Conseil européen, la question de se report sera donc discutée lors du Conseil européen qui se tiendra jeudi à Bruxelles. Qu'attendez-vous de la Première ministre Britannique jeudi ?

R - J'attends peut-être d'avoir un plan clair parce qu'il n'y a aucune évidence pour l'obtention d'un report. De semaine en semaine, nous assistons à des divisions du parlement britannique qui n'est pas capable de s'exprimer sur une vision pour l'avenir de son pays. Par conséquent, il ne faut pas que l'Union européenne soit prise en otage, et toute demande d'extension ou de report de la part des autorités britanniques doit être étayés avec une stratégie claire et avec des éléments susceptibles de montrer qu'il y a un cap. Il n'est pas question de laisser prendre en otage l'Union européenne par la vie politique interne britannique.

Nous avons énormément de chantiers à poursuivre ensemble, entre Européens à 27 : un chantier budgétaire, un chantier liés à nos intérêts de longs termes, en matière de politique de concurrence, de politique commerciale. Et sur tout cela, nous devons avancer sans être tributaire des spéculations et des tribulations de la vie politique britannique.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 22 mars 2019