Déclaration de Mme Florence Parly, ministre des armées, en hommage au brigadier-chef Alexandre Martin tué en opération au Mali, à Hyères le 27 janvier 2022.

Texte intégral

Monsieur le Préfet,
Mesdames et messieurs les élus,
Monsieur le chef d'état-major de l'armée de terre,
Mesdames et messieurs les officiers généraux,
Officiers, sous-officiers, brigadiers-chefs, brigadiers, canonniers du 54e régiment d'artillerie,
Mesdames et messieurs,


Brigadier-chef Alexandre Martin,

Il y a des vies remarquables, qui brillent par l'éclat de leur vocation. Il y a des vies ardentes, qui sont habitées par le désir de servir. Il y a des vies de passion, qui sont vécues intensément, jusqu'au bout. Et la vôtre était de celles-ci.

Il vous arrivait parfois d'en parler en disant " C'est ma vie, tu ne m'empêcheras jamais ". Ces mots-là disent tout de la force de votre engagement. Ils disent tout l'amour et toute la passion que vous aviez pour le métier militaire, toute la détermination et le besoin viscéral de répondre à l'appel de votre vocation. Vous avez ainsi consacré toute votre vie à la France, à la protection des Français, à la protection de vos camarades.

Ce samedi 22 janvier, le camp de Gao, où vous êtes en mission, est pris pour cible par des tirs de mortier et de roquettes. Alors que l'alerte générale retentit, vos camarades savent qu'ils doivent courir vers l'abri le plus proche. Mais vous, vous vous élancez vers votre poste de combat, votre mission chevillée au corps, car vous devez pouvoir protéger vos camarades. Les tirs reprennent de plus belle. Votre course s'arrête.

Deux de vos frères d'armes bravent alors le bombardement pour venir vous secourir, et en seulement quelques minutes, vous êtes confié aux soins des médecins et des infirmiers qui vous opèrent immédiatement.

Dans cette course à la vie, vos camarades ont redoublé de vitesse, de courage, et d'espoir. Mais ce jour-là, malgré toute leur ardeur à vous sauver, votre course s'est arrêtée.


Brigadier-chef Alexandre Martin,

Nos armées sont si fières et si honorées d'avoir pu vous compter dans leurs rangs. Votre présence parmi nous était une évidence. Avant même de pouvoir rejoindre l'armée de Terre, vous étiez déjà soldat. Soldat du feu. Chez les jeunes sapeurs-pompiers, vous vivez votre premier engagement au service des Français.

Vous vous préparez, avec beaucoup de rigueur et de discipline, à embrasser une carrière exigeante et cette expérience viendra confirmer votre goût pour le don de soi et pour les missions délicates.

A seulement 18 ans, vous choisissez le 54e régiment d'artillerie. Dès votre formation initiale, vos chefs repèrent votre potentiel. Ils soulignent votre excellent état d'esprit et votre motivation exemplaire. Volontaire, endurant, curieux, vous ne perdez jamais une occasion d'apprendre de vos aînés.

Vous démontrez de très belles qualités militaires lors de plusieurs missions en Guyane, en Martinique et en métropole dans le cadre de l'opération Sentinelle. Vous devenez tireur de missiles antiaériens Mistral pour protéger vos camarades des aéronefs ennemis, avant d'être formé à la lutte anti-drones.

Pour cette mission au Sahel, au sein de l'opération Barkhane, vous avez été sélectionné pour vos grandes qualités. Vous vous étiez distingué par vos compétences, par votre rigueur et votre envie d'excellence.

C'est ainsi que vous avez été choisi pour armer le module MILAD, un système de lutte anti-drones. Cela faisait de vous un pionnier de la lutte anti-drones et vous en étiez fier.

Car vous saviez que pour lutter contre les nouvelles armes du terrorisme et pour mieux protéger vos camarades, ce nouveau système était essentiel.

Au Levant, nos forces ont déjà été la cible d'attaques aux drones piégés. Ce sont des procédés qui ne connaissent pas de frontières et qui pourraient bien se diffuser encore ailleurs, bien plus proche de nous. Et vous le saviez bien. 

Votre mission était grande, elle était belle par son ampleur et par sa finalité. Vous l'avez accomplie jusqu'au bout. Jusqu'au bout, vous avez protégé vos camarades. Et ce que vous avez oeuvré à construire perdurera. Le courage et la détermination dont vous avez fait preuve sous le feu vous honorent. Voilà qui reste comme un exemple et un encouragement pour vos frères d'armes, qui poursuivent leur mission. Voilà qui donne un cap à ceux qui vous succéderont.

C'est la beauté de la transmission. C'est la beauté de votre générosité et de tout ce que vous laissez derrière vous. Vos conseils continueront de grandir en chacune et chacun de ceux à qui vous les avez prodigués.

Car ici, vous avez tissé des liens indéfectibles d'amitié : je crois que rien, ni le temps, ni les épreuves, ne peut effacer cela. « Martin Matin » pour certains, qui riaient de l'ironie du surnom, vous qui n'étiez pas du matin, " Martin Mystère " pour d'autres, chacun vous connaissait pour votre attention aux autres et pour votre humanité.

Vous étiez un homme et un soldat sur qui l'on pouvait compter. Vous avez été un grand frère pour de nombreux jeunes entrés au 54e régiment d'artillerie et que vous n'avez pas hésité à prendre sous votre aile. En vous, vos frères d'armes voyaient une force tranquille. Votre calme inspirait la confiance, votre sourire espiègle et votre joie de vivre étaient une source de bonheur pour tous ceux qui vous côtoyaient.

Aujourd'hui, chacune et chacun de ceux qui vous ont connu ressentent le poids de votre absence.

J'ai une pensée particulière pour le maréchal des logis-chef Julien et le brigadier Doris, qui se sont élancés pour vous secourir sous le bombardement du camp. Que leur courage nous serve d'exemple.

J'ai aussi une pensée reconnaissante pour les médecins et les infirmiers qui ont tout fait pour vous sauver. Et qui ont secouru les blessés de cette attaque, que personne ne saurait oublier et vers qui se tournent aussi nos pensées aujourd'hui.

Je pense aussi à vos frères d'armes qui n'ont jamais cessé leur mission. Le coeur en peine, l'âme au combat. Ils le font pour nous. Ils le font pour vous, ils le font pour honorer votre mémoire. Ils le font pour continuer votre combat, notre combat contre le terrorisme. Notre combat pour la liberté et pour empêcher que la France ne connaisse à nouveau les attentats de 2015, qui se sont produits alors que vous faisiez, en vous engageant, le serment de protéger les Français.
 

Brigadier-chef Alexandre Martin,

Vous n'avez jamais failli ni à la promesse, ni à la mission. Vous avez connu la chaleur de la fraternité d'armes, vous avez connu l'exaltation des opérations, la passion ardente au quotidien.

C'était votre vie et personne ne vous a jamais empêché. Vos parents, votre fiancée, vos proches, tous vous ont soutenu. Tous vous ont vu vous épanouir et vous accomplir dans un métier qui vous passionnait. Et je veux leur dire que jamais votre nom ne tombera dans l'oubli. La France n'abandonne jamais ceux qui sont tombés pour elle.

Paul Claudel disait " Ne croyez pas ceux qui vous disent que la jeunesse est faite pour le plaisir, elle est faite pour l'héroïsme. " Aujourd'hui, ces paroles résonnent sur la place d'armes de votre régiment, alors que l'héroïsme prend vos traits.

Aujourd'hui, la France contemple votre visage. Le visage calme et profond de l'engagement pour notre pays, pour notre liberté.

Et devant votre visage, à jamais dans nos mémoires, la France reconnaissante s'incline.
 

Vive la République, vive la France.


Source https://www.defense.gouv.fr, le 28 janvier 2022

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