Déclaration de Mme Nadia Hai, ministre de la ville, sur le rôle de personnalités politiques en faveur de la parité et la reconnaissance de la diversité en France, à Paris le 15 décembre 2021.

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Circonstance : Ouverture du colloque " Diversité, parité, vie politique : deux siècles d'engagements, de combats et de reconnaissance "

Prononcé le

Texte intégral

Monsieur le Directeur du Musée de l'Homme, cher André,
Monsieur le Directeur Général du palais de la Porte Dorée,
Cher Pap,
Mesdames et Messieurs les membres du Groupe de recherche ACHAC,
Cher Pascal Blanchard,
Madame et Messieurs les commissaires de l'exposition Portraits de France,
Mesdames et Messieurs.


Selon le programme de votre colloque, vos travaux portent aujourd'hui sur des personnalités politiques qui ont permis, depuis un peu plus de deux siècles, de faire progresser la parité et la reconnaissance de la Diversité en France. Vous mettrez à l'honneur celles et ceux qui se sont battu pour l'Egalité dès le lendemain de la Révolution française et les grandes figures qui ont fait bouger les lignes au siècle dernier, avant de questionner le présent - et probablement l'avenir - sur les enjeux de la parité et de la représentativité de la diversité dans le domaine de la politique.

Je ne m'aventurerai pas à faire un état des lieux en la matière, surtout face aux éminents chercheurs et aux spécialistes qui vont échanger devant vous toute la journée. Mon propos sera davantage celui d'une femme politique qui constate que les progrès accomplis sont considérables, même si le travail à venir l'est tout autant. Pour preuve, l'Assemblée nationale au sein de laquelle j'ai été élue en 2017 a accueilli pour la première fois, en ses deux siècles d'histoire, 37% de femmes. La proportion monte même à près de 48% au sein du groupe majoritaire. Elle a également accueilli cette année-là la plus grande diversité de parcours et on peut se le dire ici de prénoms. Et c'est une véritable source de fierté pour la majorité présidentielle, un marqueur de progrès qu'il est important de souligner au regard du sujet qui nous occupe aujourd'hui.

De la même façon, les efforts du passé et ceux qui restent à faire sont immenses. Car s'engager pour la parité et la diversité dans la représentativité politique (comme dans bien des domaines de notre société), c'est lutter contre des habitudes et des traditions bien ancrées. Pour Roland Barthes, " L'altérité est le concept le plus antipathique au bon sens ". Et s'attaquer au prétendu " bon sens " nécessite une détermination et des convictions solides.

En souhaitant la création du recueil « Portraits de France » dont est tirée l'exposition éponyme que vous pourrez visiter en marge de vos travaux, le Président de la République a fait preuve des deux. Le recueil " Portraits de France ", piloté par le ministère de la Ville, met en lumière la vie de femmes et d'hommes, peu ou pas connus, venus de tous les coins du monde ou nés en Outre-mer, ou encore en France hexagonale, et qui ont en commun d'avoir donné à la France. Ils nous ont offert leur talent, leur savoir, leur courage, parfois leur vie.

Le travail d'identification de ces personnalités historiques et de rédaction de leurs fiches biographiques écorne ainsi bon nombre de préjugés. Les préjugés de ceux qui voudraient réécrire l'Histoire de France et déboulonner des statues, autant que les préjugés de ceux qui prétendent que notre histoire est monochrome et que la place des femmes y est négligeable.

Mais « Portraits de France » lutte aussi contre les présomptions dont nous sommes toutes et tous victimes, sans être les militants de causes extrêmes, par simple ignorance de ces parcours de vie. L'objectif initial du recueil est ainsi de proposer aux institutions, aux élus locaux, aux associations… un vivier de noms dans lequel ils peuvent puiser afin de baptiser une rue, une école, une station de métro, un équipement public ou encore proposer un projet éducatif. Faire découvrir ces noms aux citoyens de notre pays, d'une façon simple et naturelle, c'est faire progresser la reconnaissance de ces personnalités. Inscrire leurs destins et leurs actions dans la vie quotidienne, c'est émousser petit à petit les idées préconçues.

Le triptyque diversité, parité et vie publique est un sujet de travail qui jalonne les laboratoires universitaires depuis un certain nombre d'années. La recherche et les publications sur ces sujets ont permis d'amorcer de véritables mutations dans nos façons de penser la société. Mais force est de constater que la concrétisation de ces sujets par des actions politiques fortes n'a pas été la préoccupation des décideurs, et ce tous bords politiques confondus. Aussi, il est important de souligner aujourd'hui la volonté politique qui a présidé à la réalisation d'un projet tel que " Portraits de France ", dans une totale indépendance scientifique et en dehors de toute interférence du politique. La volonté du Président de la République de porter ce projet " Portraits de France " illustre cette démarche volontariste qui, nous en convenons tous, a lourdement manqué sur ce sujet central de la diversité dans l'espace public.

Au-delà des débats de fond qui animent et doivent continuer à animer les ressorts de ces transformations sociales et sociétales, il me semble important de prendre la mesure du rôle de la volonté politique dans l'avènement de ces mutations au sein de nos sociétés sur ces sujets complexes; en particulier en cette période si troublée en France et dans le monde.

" Portraits de France " participe aussi à une mission fondamentale à mes yeux : celle de valoriser à la fois le bien commun et les biographies individuelles. Il ne s'agit pas d'essentialiser une femme ou un homme et de les réduire à un genre ou à une origine, mais bien de conjuguer le singulier et l'universel. Les personnalités de " Portraits de France " fascinent par leurs parcours de vie et parce qu'elles transcendent l'identité dans laquelle les aprioris les ont trop longtemps cantonnées. Comme les responsables politiques qui sont l'objet de vos travaux aujourd'hui, elles démontrent l'intérêt partagé de la société et de " l'autre " à s'accueillir mutuellement et à s'enrichir de cette altérité.

Elles tendent aussi à chacun d'entre nous, quelle que soit son histoire, sa couleur de peau, une image dans laquelle il nous est possible de reconnaître un grand-père, une mère, un frère ou une soeur et nous permettent de nous sentir pleinement acteur de notre roman national. A vous qui allez travailler aujourd'hui sur les enjeux de la représentativité politique de la société française, et sur les enjeux de la reconnaissance, je veux vous dire ma conviction de l'importance qu'il y a pour beaucoup de nos concitoyens - pour nous tous en fait - de découvrir les destinées du Martiniquais Raphael Elysée, premier maire noir élu en France hexagonale dans les années 30, entré dans la résistance et mort en déportation, d'Amadou Guey Lamine, député puis sénateur né au Mali et qui, par la loi qui porte son nom, a mis fin au régime de l'indigénat dans l'empire colonial français au lendemain de la seconde guerre mondiale, de Gisèle Halimi, qui transformant en tribunal politique l'audience d'un procès où elle défendait une jeune femme accusée d'avoir avorté, a tant fait pour la cause féministe.

Historiquement, la politique de la Ville s'est construite sur deux piliers : le renouvellement urbain et l'aide sociale.

A la tête du ministère que j'ai l'honneur de diriger depuis plus d'un an, je m'efforce d'élever ce qui est pour moi le troisième pilier de cette politique de la Ville, le pilier de l'émancipation. Pour briser les plafonds de verre qui sont bien souvent des plafonds de béton, pour modifier l'image des quartiers, pour changer la perception que les habitants de ces quartiers ont parfois d'eux-mêmes, vos travaux, votre réflexion et votre expertise sont précieux. Les responsables politiques ont besoin de pouvoir remettre en question la société pour en accompagner ses changements et construire le consensus. " La société dépend de la critique de ses propres traditions " a démontré le philosophe allemand Jürgen Habermas. Ce constat montre à quel point un colloque comme le vôtre est important et combien est primordial que les scientifiques, les chercheurs, les acteurs de terrain, les membres d'associations que vous êtes continuent, encore et toujours à dialoguer avec l'Histoire.

Avant de vous laisser à vos travaux donc, je tiens à remercier le Groupe de recherche ACHAC qui organise cette journée. Je souhaite remercier également les partenaires de cet évènement, le Musée de l'Homme, en la personne de son Directeur, M. André Delpuech, et le Club du 21ème siècle représenté par sa présidente, Mme Laetitia Helouet. Merci enfin aux commissaires de cette belle exposition " Portraits de France " que je vous invite une nouvelle fois vivement à aller voir, Mme Aurélie Clémente Ruiz, M. Pascal Blanchard et M. Yvan Gastaud.

Merci à toutes et tous pour vos travaux dont je ne doute pas qu'ils seront riches. Je vous souhaite une excellente journée.


Source https://www.cohesion-territoires.gouv.fr, le 30 décembre 2021