Interview de Mme Barbara Pompili, ministre de la transition écologique, à RTL le 3 septembre 2021, sur l'urgence climatique, la préservation de la biodiversité et la primaire des Verts en vue de l'élection présidentielle.

Texte intégral

ALBA VENTURA
Bonjour Barbara POMPILI.

BARBARA POMPILI
Bonjour Alba VENTURA.

ALBA VENTURA
Et merci d'être avec nous sur RTL. Effectivement en direct de Marseille, 100 jours de congrès, plus de 10.000 experts, une centaine de pays au chevet des animaux, des forêts, des océans. Barbara POMPILI, toutes les associations environnementales, ici en France, disent qu'en réalité le bilan d'Emmanuel MACRON, en matière de protection de la nature, est assez maigre, vous n'allez pas assez loin, est-ce que vous le reconnaissez ?

BARBARA POMPILI
Ce que je reconnais c'est que c'est un marathon le combat pour l'écologie et que ce marathon il n'est jamais gagné, il faut toujours continuer à le faire, mais ce congrès mondial pour la nature, à Marseille, je crois que c'est un moment important pour faire prendre conscience à tout le monde de l'importance de s'occuper de la biodiversité. Aujourd'hui tout le monde a bien compris les enjeux climatiques, tout le monde a bien compris, avec malheureusement les incendies, avec les inondations, encore récemment à New York, on voit bien le problème, sauf que le problème de la biodiversité c'est qu'il est méconnu alors qu'il est aussi important que l'enjeu climatique. Je ne sais pas si vous avez pris votre petit-déjeuner ce matin, Alba VENTURA…

ALBA VENTURA
Si.

BARBARA POMPILI
Mais, quand on prend son petit-déjeuner, on se rend compte que tout ce qu'on mange, en fait, vient de la biodiversité et que si on n'en prend soin, on prend des risques, si on ne prend pas soin de l'eau, si on ne prend pas soin des arbres, eh bien on va avoir des problèmes, par exemple, d'élévation des températures qui va être encore plus élevée, nous avons aujourd'hui des zones, qui sont des zones naturelles, qui filtrent l'eau, qui permettent d'avoir une eau de bonne qualité, eh bien ça on ne l'aura plus si on n'y fait pas attention.

ALBA VENTURA
Mais la question qu'on se pose, parce que vous nous alertez effectivement, mais est-ce qu'Emmanuel MACRON est à la hauteur de l'urgence ?

BARBARA POMPILI
Ce que je peux vous dire c'est que quand Emmanuel MACRON est arrivé on avait 22% d'aires protégées dans notre pays, on est passé à 30%, on a mis en place des nouvelles réserves, que ce soit aux Glorieuses, que ce soit le Parc national des forêts, qui vient d'être lancé, c'est très important…

ALBA VENTURA
Les aires protégées, c'est-à-dire les parcs nationaux ?

BARBARA POMPILI
Les aires protégées ça peut être de plusieurs manières, ça peut être des aires marines protégées, où on va protéger l'écosystème marin, d'ailleurs on va beaucoup en parler, là à Marseille, ça peut être des zones protégées comme les forêts, mais où la biodiversité est tout simplement le premier objectif de préservation, mais ça n'empêche pas d'avoir une vie sur ces aires protégées en faisant attention à la manière dont on pêche, par exemple, ou à la manière dont on cultive la terre, donc ce n'est pas des aires sans personne.

ALBA VENTURA
Oui, vous nous dites 30 %, mais là encore, bon j'ai regardé les associations écolos, elles disent en vérité 0,1% de la façade méditerranéenne seulement qui est sous protection, 0,1%, ce n'est pas 30 %.

BARBARA POMPILI
Je vous invite à venir écouter ce qui va se passe dans les jours qui viennent à Marseille parce que, justement, la mer Méditerranée c'est un hotspot de biodiversité qui est menacé parce qu'il y a énormément de trafic maritime, il y a de la pêche, il y a aussi beaucoup de tourisme, et tout ça engendre un certain nombre de nuisances et ces nuisances, eh bien on s'y attaque, soit par des aires protégées, soit par d'autres politiques. Quand on va, à Marseille, électrifier, avec le plan de relance, tous les ports, c'est aussi pour éviter que les bateaux rejettent en mer des hydrocarbures, voyez, tout ça est pensé, mais ce que je veux vous dire juste c'est que, non seulement il faut que tout le monde prenne conscience de l'importance de la biodiversité, vous avez parlé de sixième extinction de masse, on a en France perdu 1 million de haires, eh bien les 1 million de haires ça fait que l'eau rentre moins dans la terre, ça fait qu'on a des coulées de boue, c'est tout ça la biodiversité, ça touche énormément de sujets, mais aussi c'est international, et c'est pour ça que le congrès mondial de la nature est extrêmement important, on a l'année prochaine une COP pour la biodiversité qui va avoir autant d'importance que la COP21, les accords de Paris, il y a quelques années, parce que c'est maintenant qu'on doit réunir toute la communauté internationale pour protéger notre planète. Et quand vous dites 30% ce n'est pas assez, etc., eh bien là on se bat pour ça justement, avec le Costa-Rica on a lancé une mission pour que les autres pays prennent aussi cet objectif, parce que si on est tout seul ça sert à rien.

ALBA VENTURA
J'ai une autre question à vous soumettre. Est-ce que le président, Emmanuel MACRON, est écolo, au point d'annoncer, par exemple, aujourd'hui, un moratoire sur les mines sous-marines dans les océans, c'est-à-dire est-ce qu'on suspend l'extraction sous-marine ? On sait par exemple que TOTAL fait de l'extraction en Arctique, c'est subventionné par la France, ça perturbe le milieu marin, ça a des conséquences sur le réchauffement climatique, qu'est-ce qu'on fait, on arrête ou on continue ?

BARBARA POMPILI
Vous avez raison, là-dessus il faut absolument qu'on ait un cadre international, et d'ailleurs on a, en ce moment, un traité qui s'appelle BBNJ, sur la haute mer, qui est un traité sur lequel on essaye de mettre tout le monde d'accord, parce que c'est pareil, si on fait ça uniquement chez nous, c'est très important, ça entraîne les autres, mais ce n'est pas suffisant. Pour les extractions marines, bien sûr que la France, d'ailleurs depuis un certain nombre d'années, a travaillé pour arrêter cette extraction, à titre économiquement, etc. On a un sujet…

ALBA VENTURA
Et donc, vous avez travaillé, mais on arrive où ?

BARBARA POMPILI
Non, mais parce que… on ne le fait plus nous, mais par contre on a un sujet sur la recherche scientifique, c'est-à-dire qu'on ne peut protéger que ce qu'on connaît, donc on a une nuance là-dessus, sur la possibilité de faire des explorations scientifiques, et donc ces explorations scientifiques il faut qu'on puisse continuer à le faire, moi je crois énormément à la connaissance, on a besoin de données, donc tout ça doit être encadré.

ALBA VENTURA
Le monde entier, les États, subventionnent 500 milliards de dollars, qui sont versés pour des activités qui nuisent à la nature, en fait on a l'impression, mais en France aussi, qu'il faut tenir l'économie et l'écologie en même temps, et est-ce qu'on va s'en sortir comme ça ?

BARBARA POMPILI
Alors, ce que je peux vous dire, c'est que, on le voit de plus en plus, les entreprises qui ne se lancent pas dans la transition écologique ce sont des entreprises qui, à terme, vont mourir. On a des grands pétroliers, comme EXXON, qui sont en train de perdre des parts de marché, qui sont sortis du Dow Jones, alors qu'ils n'étaient jamais sortis, qui sont sortis l'année dernière, parce que justement ils n'ont pas voulu prendre le virage. On voit que nos grands pétroliers français se tournent vers la transition écologique parce qu'ils ont compris qu'ils n'attiraient aussi plus de cadres, tout simplement parce que maintenant on a besoin aussi d'avoir du sens…

ALBA VENTURA
Mais il faut changer de modèle, sans devenir des Amish, comme le disait d'ailleurs le président, mais il faut changer de modèle économique ? Nicolas HULOT dit "il faut vivre plus sobrement". 

BARBARA POMPILI
Il a raison Nicolas HULOT, il faut vivre plus sobrement, mais vivre plus sobrement ça ne veut pas forcément dire moins bien. Quand on met, dans le plan de relance, 4 milliards pour les bâtiments publics, pour que les bâtiments soient mieux isolés, eh bien vous allez être plus sobre en énergie, vous allez moins dépenser d'énergie, mais vous allez mieux vivre parce que vous serez mieux chauffé, et en plus vous paierez une facture d'électricité, ou de chauffage, qui sera moins importante, donc être sobre c'est effectivement changer de modèle, c'est arrêter de construire des bâtiments qui sont des passoires, c'est réfléchir, à chaque fois qu'on a une activité économique, quel est son impact sur l'environnement et comment on s'organise par rapport à ça, mais ça ne veut pas dire moins bien vivre, au contraire.

ALBA VENTURA
Barbara POMPILI, dans 12 jours c'est la primaire des Verts, vos anciens amis, ils sont quatre candidats, est-ce que je me trompe en disant que celui qui correspond le plus à ce que vous êtes c'est Yannick JADOT ?

BARBARA POMPILI
Ecoutez, moi j'ai quitté les Verts, il y a un certain nombre d'années, parce que ils restent dans un entre-soi et dans une critique très facile de ce qui est fait sans vouloir vraiment exercer la responsabilité qui va avec, donc je crois à une écologie, qui soit une écologie qui soit ancrée dans les réalités, je vois plutôt les Grünen en Allemagne le faire, les Verts n'ont toujours pas réussi à sortir de leur côté un peu caricatural, moi ce que j'aimerais c'est qu'on ait une écologie qui soit une écologie non seulement au service de nos concitoyens, mais qui nous permette d'avancer, je trouve que les Verts ils découragent les gens, ils les découragent parce que ça ne va jamais, parce que c'est toujours des grandes envolées, mais finalement assez peu de concret, l'écologie ça doit rassembler, et je n'aime pas tout ce qui divise. Donc moi je leur souhaite bon courage, je leur souhaite bon courage pour sortir de postures dont on n'a plus besoin, je crois que l'enjeu écologique est très grave et donc on doit tous se rassembler autour de cet enjeu, plutôt que de se diviser.

ALBA VENTURA
En tout cas merci Barbara POMPILI, bon sommet mondial pour la nature.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 21 septembre 2021