Interview de Mme Roselyne Bachelot, ministre de la culture, à France Info le 30 août 2021, sur l'élargissement du passe sanitaire à tous les salariés travaillant dans des lieux accueillant du public, les aides "sur-mesure" au secteur de la culture et l'accès des jeunes de 18 ans aux "Pass Culture".

Texte intégral

MARC FAUVELLE
Bonjour Roselyne BACHELOT.

ROSELYNE BACHELOT
Bonjour.

MARC FAUVELLE
A partir d'aujourd'hui le Pass sanitaire est étendu à tous les salariés qui travaillent dans des lieux accueillant du public, parmi lesquels les cinémas, les musées, les salles de spectacles. Que se passe-t-il si l'un de ces salariés arrive sans son Pass ce matin ?

ROSELYNE BACHELOT
Eh bien, évidemment, il ne sera pas accueilli dans les salles de spectacles. Enfin, ça, pour ce qui concerne les spectateurs, les fréquentateurs – est-ce que cet un mot français ? – les clients, ceux qui se rendent dans un lieu de culture, ça, le Pass sanitaire existe déjà depuis plusieurs semaines, ce n'est pas une nouveauté pour les spectateurs, les gens qui fréquentent…

MARC FAUVELLE
Mais pour les salariés ?

ROSELYNE BACHELOT
La nouveauté, elle est aujourd'hui pour les salariés. Alors, il y a une semaine qui va être pédagogique, qui va expliquer comment il convient de s'adapter à cette nouvelle exigence. Les responsables des structures sont là, aux côtés des salariés pour, les très rares qui refuseraient la vaccination ou les méthodes de Pass sanitaire, parce que n'oublions pas…

SALHIA BRAKHLIA
Il y a le test aussi.

ROSELYNE BACHELOT
… qu'il y a plusieurs mesures pour être dans les clous du Pass sanitaire : la vaccination complète, le fait d'avoir un test négatif, si vous avez été déjà contaminé et que vous pouvez fournir le certificat de rétablissement. 4ème, si vous présenter une contre-indication à la vaccination, c'est très rare mais ça peut exister, et ces quatre scénarios vous permettent d'avoir le Pass sanitaire. Donc il y a une semaine d'explication, de pédagogie, et à la suite, si des personnes salariées et qui sont dans l'obligation du Pass sanitaire, s'y refusaient, alors il y aurait un dialogue avec ce salarié pour voir les mesures d'accompagnement, soit télétravail et test, soit imputé sur le compte épargne temps ou sur les congés. Mais s'il y avait négation, refus, après cette période d'adaptation, bien entendu ce serait le retrait et la suppression du salaire.

SALHIA BRAKHLIA
Oui, ça va jusqu'à la suspension de travail, en fait. Est-ce que des contrôles sont prévus dans ces lieux qui accueillent du public ?

ROSELYNE BACHELOT
Bien sûr, des contrôles seront prévus, comme toute obligation, des contrôles sont là pour vérifier que l'obligation est respectée. Ce n'est pas une mesure…

MARC FAUVELLE
Menés par qui ?

ROSELYNE BACHELOT
Ce n'est pas une mesure administrative, et je crois qu'il faut être là très clair, c'est une mesure de santé publique. Il y a d'ailleurs, la chose a été annoncée, la procédure a été annoncée par le président de la République le 12 juillet, il y a donc eu sept semaines pour s'adapter, pour s'y préparer. Nous accordons une semaine de souplesse, une semaine pédagogique, qui n'est pas une mesure de recul de la mise en oeuvre de cette obligation, de ce contrôle, le contrôle est effectué soit par des prestataires, le contrôle de la vérification du Pass, soit par le personnel lui-même. Selon les structures, les deux choses sont possibles.

SALHIA BRAKHLIA
Mais, est-ce que les employeurs eux-mêmes vont être contrôlés ? Il se peut que parmi les lieux culturels, certains affichent leur volonté de ne pas utiliser le Pass sanitaire. On l'a vu chez certains restaurateurs.

ROSELYNE BACHELOT
Alors, à ce moment-là ils ne seront pas dans les clous, et ils encourront les sanctions qui sont prévues.

SALHIA BRAKHLIA
Quelles sont ces sanctions ?

ROSELYNE BACHELOT
Ce sont à la fois des sanctions qui sont des sanctions financières, et éventuellement en cas de refus, des sanctions qui peuvent aller jusqu'à l'emprisonnement.

SALHIA BRAKHLIA
Est-ce que vous êtes certaine, Madame la Ministre, ce matin, que le Pass sanitaire, parce qu'on a parlé de suspension du contrat de travail, est-ce que vous êtes certaine que ça ne peut pas glisser vers un prétexte pour un licenciement ?

ROSELYNE BACHELOT
Ecoutez, je ne fais absolument pas ce procès, au contraire, je trouve des responsables de structures qui sont extrêmement mobilisés pour protéger leurs salariés, il s'agit de protéger les salariés, c'est une mesure de santé publique, de protéger les personnes qui fréquentent ces lieux culturels. Là je le répète, ce n'est pas une mesure administrative, c'est une mesure proportionnée, c'est une mesure exceptionnelle, et c'est une mesure temporaire. Bien entendu, moi je regarde, je dirais jour par jour, l'évolution de la pandémie, dès que cette pandémie aura reflué, bien entendu le Pass sanitaire sera supprimé, c'est une mesure temporaire. En aucun cas c'est une mesure de gestion des ressources humaines. C'est une mesure sanitaire, c'est une mesure de santé publique strictement.

MARC FAUVELLE
Pass sanitaire, donc pour tout le monde, salariés comme clients aujourd'hui, dans les cinémas, dans les musées, dans les théâtres. Qu'en est-il du port du masque ? Si on va au cinéma aujourd'hui, on le garde ou on l'enlève ?

ROSELYNE BACHELOT
Moi je le conseille. Il est conseillé, le port du masque, et c'est évidemment les responsables, les responsables salles sont très nombreux à demander le port du masque et je les en félicite.

MARC FAUVELLE
Et chacun fait ce qu'il veut.

ROSELYNE BACHELOT
Pour l'instant.

MARC FAUVELLE
Oui, tout simplement parce que le décret qui a été publié par le gouvernement au début du mois d'août, dit bien : le port du masque n'est pas obligatoire dans les lieux dont l'accès est conditionné au Pass sanitaire. Est-ce que ce n'est pas une erreur ?

ROSELYNE BACHELOT
Moi je pense qu'il faut laisser une marge de liberté et de responsabilité. Nous avons le Pass sanitaire qui est une obligation, et le port du masque qui est une recommandation. Nous suivons l'épidémie jour par jour, nous ne nous refusons rien, un certain nombre de responsables de salles le conseillent, le demandent, ils ont raison.

SALHIA BRAKHLIA
Roselyne BACHELOT, pour le public, le Pass sanitaire est obligatoire depuis la fin juillet, vous l'avez dit tout à l'heure, pour les cinémas ça a été un coup dur si on en croit les professionnels. Est-ce qu'ils vous ont fait part de leur colère à cause du manque de fréquentation dans les salles cet été ?

ROSELYNE BACHELOT
Ils m'ont fait part de leurs inquiétudes, nous suivons la chose avec beaucoup d'attention. Il est vrai que dans les grands, dans les secteurs culturels, pour l'instant le secteur du cinéma est le plus impacté, et on l'a suivi, la saison avait bien commencé. Il y a eu, suite à cette obligation du Pass sanitaire, une chute en moyenne d'environ 30 % de la fréquentation dans les salles de cinéma, avec néanmoins des films qui ont bien marché, je pense à « Kaamelott », qui a fait 2 millions d'entrées, ou à « OSS 117, alerte rouge en Afrique noire », un million d'entrées. Il y a « BAC Nord » qui démarre très très bien, qui est un très bon film, je vous conseille d'y aller, d'ailleurs je conseille d'aller voir les trois…

MARC FAUVELLE
Il y a un autre film, vous avez sans doute entendu les propos du producteur de la Palme d'or à Cannes, le film « Titan », qui dit : le Pass sanitaire nous a tués.

ROSELYNE BACHELOT
Oui, il y a aussi évidemment le film de Julia DUCOURNAU, qui est un film moins facile peut-être que les trois films dont je viens de parler, n'a pas immédiatement trouvé son public, mais vraiment, globalement, on ne peut pas juger film par film, parce qu'il peut y avoir d'autres sujets…

SALHIA BRAKHLIA
Mais vous dites quoi, pour la… ?

ROSELYNE BACHELOT
.. qui sont à l'oeuvre.

MARC FAUVELLE
Mais vous dites quoi, que le Pass sanitaire a bon dos parfois ?

ROSELYNE BACHELOT
Alors, moi, ce que je note, c'est qu'il y a une baisse moyenne réelle d'environ 30 %, avec d'assez grandes différences selon les films. Nous suivons cela avec beaucoup d'intérêt, nous avons toujours soutenu le cinéma français pendant toute cette crise, il y a déjà dans les mesures de soutien, plus d'un milliard, 1,2 milliard qui ont été donnés au cinéma français pour affronter cette crise. Tout à l'heure, quand je vais vous quitter, nous avons une réunion avec Bruno LE MAIRE, à la rencontre des acteurs, au sens large du cinéma français, pour pouvoir le moyen d'accompagner le cinéma français. Nous ne les avons jamais abandonnés, et nous ne les abandonnerons pas.

MARC FAUVELLE
On va en parler dans un instant, de ce qui est prévu pour le secteur des cinémas, de la culture au sens large. D'abord le Fil Info à 08h40 avec Mélanie DELAUNAY.

-Fil Info-

SALHIA BRAKHLIA
On est toujours avec la ministre de la Culture, Roselyne BACHELOT. Devant le MEDEF, la semaine dernière, Bruno LE MAIRE, le ministre de l'Economie, votre collègue, a annoncé la fin du quoi qu'il en coûte. Vous l'avez dit tout à l'heure, cet après-midi vous rencontrez les acteurs, les représentants du secteur de la culture avec lui, qu'allez-vous leur dire ? Ça y est, c'est fini, les perfusions on arrête ?

ROSELYNE BACHELOT
Non, nous serons aux côtés des secteurs qui sont en difficulté. Mais ce qu'on observe aussi c'est que les choses sont très différentes selon les secteurs. Donc on va faire du sur-mesure. Les mesures générales vont continuer sur certaines mesures transversales, mais on est dans une période de reprise. Les mesures générales s'adaptaient aussi à des structures culturelles qui étaient complètement fermées, là on est dans un système où on s'adapte, il y a des festivals qui ont très très bien marché, d'autres moins bien, des structures patrimoniales où l'on voit bien que les grands musées, les grands bâtiments patrimoniaux, c'est plus une question de privation de la clientèle étrangère plutôt que de Pass sanitaire. Je voudrais d'ailleurs compléter mon propos d'il y a un instant, en disant que je suis allée à la rencontre de nombreux festivals pendant les vacances, du Festival de Cannes à celui de Ramatuelle, des Vieilles Charrues aux Francofolies, Avignon, les Rencontres photographiques d'Arles. Moi, ce que j'ai constaté c'est que ça se passe très bien le Pass sanitaire, il n'y a pas de difficulté.

MARC FAUVELLE
Vous diriez que votre secteur sort de la crise, sort la tête de l'eau aujourd'hui, à l'exception du cinéma, dont vous avez rappelé les difficultés ?

ROSELYNE BACHELOT
Oui, mais ça va aussi se relancer, moi je suis très confiante dans la reprise du cinéma. Sur le spectacle vivant, qui va reprendre dans les salles, on n'a pas encore de recul, on voit quand même au niveau des réservations qu'il y a un retard à l'allumage, tout dépend aussi si les structures accueillent des clientèles étrangères, je vois à l'Opéra de Paris où il y a quand même beaucoup de spectateurs étrangers, les réservations sont passées de 45 % de la jauge à 25 % de la jauge. Mais si on est à l'Odéon, il y a une clientèle surtout nationale, la baisse est beaucoup moins importante, elle est aux environs de 10 %. Donc voyez, il y a des choses extrêmement différentes, que nous suivons, nous avons un panel de structures culturelles, qui nous permet de suivre en temps réel l'évolution de la crise et de l'impact de la crise sanitaire sur la fréquentation.

MARC FAUVELLE
Donc l'aide, ça sera du cas par cas ? Deux théâtres n'auront pas les mêmes aides.

ROSELYNE BACHELOT
Voilà, exactement.

MARC FAUVELLE
Ceux cinémas n'auront pas les mêmes, deux musées n'auront pas les mêmes.

ROSELYNE BACHELOT
Exactement.

MARC FAUVELLE
On va regarder quoi ? Le chiffre d'affaires comparé à…

ROSELYNE BACHELOT
Voilà, on va regarder le chiffre d'affaires, la fréquentation…

MARC FAUVELLE
Mais comparé à quoi ?

ROSELYNE BACHELOT
Alors, il y a deux façons de référence, à la fois ce qui s'est passé avant l'instauration du Pass sanitaire, et ce qui s'est passé par rapport aux années sans crise sanitaire. Donc nous avons ces…

SALHIA BRAKHLIA
C'est des indicateurs.

ROSELYNE BACHELOT
Nous avons ces indicateurs, ce double indicateur.

SALHIA BRAKHLIA
Est-ce qu'il y a des aides particulières qui sont prévues pour certains secteurs, par exemple pour la Presse, un plan est prévu ? C'est ce qu'avait annoncé de président de la République.

ROSELYNE BACHELOT
Oui, alors, je suis heureuse que vous m'en parliez, parce qu'effectivement la Presse a rencontré des très grandes difficultés, vous savez que dans le plan de relance il y a une ligne budgétaire de pratiquement 500 millions d'euros pour la Presse, et en particulier pour un certain nombre d'acteurs, de salariés, je pense en particulier aux photojournalistes et aux photographes documentaires. Nous avons donc décidé d'avoir une opération de commande publique de plus de 5 millions d'euros destinée aux photojournalistes, ça va être piloté par la Bibliothèque nationale de France. Nous ouvrons une commande publique qui va nous permettre de sélectionner 100 photojournalistes au mois de novembre, 100 autres photojournalistes au mois de mars 2022. Nous leur demandons de faire, à travers leur oeuvre photographique, une radioscopie de la France, de la crise sanitaire ; et après la crise sanitaire, nous allons donner à chacun de ces photojournalistes, une bourse de 22 000 €, il y aura une exposition à la Bibliothèque nationale de France, et puis des expositions dans toute la France, qui vont être pilotées par nos Directions régionales des affaires culturelles. Les photojournalistes sont vraiment, traversent une crise qui n'est pas une crise liée à la crise sanitaire uniquement, mais c'est une crise structurelle…

SALHIA BRAKHLIA
Une crise du métier.

ROSELYNE BACHELOT
Il y avait 1 541 photojournalistes en 2000, il n'y en a plus que 840. Donc il faut les aider, il faut leur permettre de communiquer leur art, à l'ensemble du grand public.

MARC FAUVELLE
Roselyne BACHELOT, depuis le mois de mai les jeunes de 18 ans ont accès aux Pass Culture, qui leur permet de dépenser 300 € d'argent public pour des livres, de la musique, des films ou d'aller à des spectacles. Combien de jeunes l'ont utilisé, sachant qu'il n'a pas forcément été lancé à la meilleure période pour la culture ?

ROSELYNE BACHELOT
C'est un grand succès, puisqu'il y avait déjà 140 000 jeunes qui étaient dans l'expérimentation, et il y en a à nouveau 540 000 nouveaux, c'est-à-dire qu'il y a 680 000 jeunes qui sont maintenant titulaires du Pass Culture, sur une génération de 85 000 personnes par an.

MARC FAUVELLE
Parce qu'il y a une démarche à faire, ce n'est pas automatique.

ROSELYNE BACHELOT
Oui, alors c'est très facile de s'inscrire. On va sur le site du Pass Culture et on s'inscrit, et vraiment c'est un grand succès, je précise que la seule limite qu'on fait dans les 300 €, c'est qu'il ne peut pas y avoir plus de 100 € sur l'offre numérique et en aucun cas sur les plateformes étrangères.

SALHIA BRAKHLIA
Pourquoi « en aucun cas » ?

ROSELYNE BACHELOT
Parce que nous voulons justement faire en sorte que les plateformes françaises soient une occasion de les faire connaître. Je vais d'ailleurs demain à Séries Mania, et nous voyons qu'il y a des séries qui sont sur des plateformes françaises et qui nous promettent de très très beaux programmes.

MARC FAUVELLE
Est-ce que vous allez l'étendre aux moins de 18 ans ?

ROSELYNE BACHELOT
Alors, à partir du 1er janvier, il y a, vous savez, le Pass Culture c'était 500 €, donc 300 € pour les jeunes de plus de 18 ans et 200 € qui vont être dédiés aux collégiens et aux lycéens à partir de la 4ème pour les collégiens, à partir de la seconde évidemment pour les lycéens, avec à la fois des démarches collectives, parce qu'il faut guider aussi vers le monde de la culture, il faut apprivoiser le monde de la culture pour les plus jeunes, et puis des possibilités individuelles. Donc ça c'est quelque chose qui est ressorti de l'expérimentation que nous avons menée pendant un an et demi, c'est le fait qu'il fallait démarrer avant 18 ans, l'apprivoisement à la culture.

MARC FAUVELLE
Et donc ce sera une somme de combien, au début, au collège ?

ROSELYNE BACHELOT
Alors, ce sera une somme de 25 € au collège, et de 50 €…

MARC FAUVELLE
Chaque année, au collège.

ROSELYNE BACHELOT
Voilà, c'est ça, chaque année.

MARC FAUVELLE
Puis 50 € chaque année au lycée, puis 300 € aux 18 ans.

ROSELYNE BACHELOT
Voilà, exactement.

MARC FAUVELLE
J'ai compris. Bon. C'est une bonne nouvelle. Salhia.

SALHIA BRAKHLIA
Vous avez sur le feu une réforme, la réforme de la chronologie des médias, Roselyne BACHELOT, elle va déterminer l'ordre des sorties des films au cinéma, puis sur les chaînes de télévision et les plateformes étrangères, comme NETFLIX ou AMAZON. Vous en êtes où de cette réforme ?

ROSELYNE BACHELOT
Alors, effectivement vous savez que suite à l'action de la France au niveau européen, nous avons établi un certain nombre de dispositions législatives et réglementaires, qui font que les grandes plateformes sont contraintes à financer, à proportion de leur chiffre d'affaires, sont contraintes de financer, ont une obligation de financement de la création des oeuvres cinématographiques et audiovisuelles françaises. C'est à peu près 250 millions d'euros qui seront donc ainsi fléchés vers la création audiovisuelle et cinématographique. En échange, et c'est bien légitime, ces plateformes nous demandent de rentrer plus tôt dans la chronologie des médias, qui fait qu'effectivement nous protégeons, en particulier, le secteur cinématographique. Vous savez que pendant 4 mois, c'est la fenêtre pendant laquelle le cinéma est seul titulaire, si l'on peut dire, du droit de diffuser des films. Donc nous sommes en pleines négociations, nous sommes sur le point d'aboutir, et je préfère ne pas vous donner d'indications, car les négociations sont en train de justement d'être menées.

SALHIA BRAKHLIA
C'est-à-dire que vous voulez les laisser se débrouiller entre eux ?

ROSELYNE BACHELOT
Permettez-moi de ne pas brûler mes vaisseaux.

SALHIA BRAKHLIA
Vous les laissez se débrouiller entre eux, vous ne voulez pas intervenir dans les négos ?

ROSELYNE BACHELOT
Ah non non, c'est-à-dire je souhaite que tout cela soit mené en négociations, bien entendu si les négociations n'aboutissaient pas, j'ai un texte tout prêt.

SALHIA BRAKHLIA
J'ai juste une question sur le sujet : est-ce qu'une plateforme aura l'autorisation, en fonction de l'argent qu'elle a mis sur la table, est-ce qu'elle aura l'autorisation de diffuser un film en priorité, j'allais dire, avant une chaîne française comme Canal + ?

ROSELYNE BACHELOT
C'est un des sujets de négociations.

SALHIA BRAKHLIA
Et ça n'a pas l'air d'être tranché.

ROSELYNE BACHELOT
Non.

SALHIA BRAKHLIA
D'accord.

MARC FAUVELLE
08h51, le Fil Info, Mélanie DELAUNAY, et on vous retrouve dans un instant Roselyne BACHELOT.

-Fil Info

SALHIA BRAKHLIA
Toujours avec la ministre de la Culture Roselyne BACHELOT. La nouvelle est tombée au début de l'été : les groupes TF1 et M6 souhaitent fusionner dès l'année prochaine. Est-ce que cette fusion vous inquiète ?

ROSELYNE BACHELOT
Cette fusion ne m'inquiète pas, d'autant que d'abord elle n'est pas finalisée, les négociations, les pourparlers sont en cours. Moi, il y a deux choses qui me soucient, enfin que j'observe avec intérêt, c'est un, le respect du pluralisme dans les médias, et deux, le respect des règles de la concurrence. Ce n'est pas le gouvernement qui est en charge de cela, ce sont des autorités indépendantes. Pour le pluralisme c'est le Conseil supérieur de l'audiovisuel, et pour le respect des règles de la concurrence, l'Autorité de la concurrence. Ce sont elles qui sont en observance.

SALHIA BRAKHLIA
Mais alors, justement, qu'un seul groupe détienne…

ROSELYNE BACHELOT
Moi, ce que je note aussi, c'est que nous avons besoin de groupes forts dans l'audiovisuel privé, qui assurent des programmes gratuits de qualité. Alors, effectivement, on peut considérer qu'il y a une fusion entre deux groupes importants, mais au niveau international, si certains ont qualifié cela de géant de l'audiovisuel, ça reste au niveau international des nains de l'audiovisuel. Nous avons besoin de groupes forts dans ce domaine, nous avons besoin de groupes forts dans le secteur audiovisuel public, et de groupes forts dans le secteur audiovisuel privé. Il en est de la sauvegarde de la création cinématographique et audiovisuelle. Donc je regarde cela avec intérêt, avec soin, en sachant que nous avons dans notre pays, développé les structures qui permettent de garantir le respect du pluralisme et des règles de la concurrence.

SALHIA BRAKHLIA
Mais qui dit fusion dit casse sociale, ça, ça vous inquiète.

ROSELYNE BACHELOT
Comment ? Pardon.

SALHIA BRAKHLIA
Qui dit fusion dit casse sociale aussi, possibilité.

ROSELYNE BACHELOT
Je le regarderai aussi avec beaucoup de soin.

MARC FAUVELLE
Sur une autre chaîne de télévision, Cnews en l'occurrence, Eric ZEMMOUR se rapproche chaque semaine un peu plus d'une candidature à l'élection présidentielle. D'abord, qu'est-ce que ça vous inspire, et ensuite est-ce que vous dites comme votre collègue du gouvernement. Olivier DUSSOPT, qu'on ne peut pas être à la fois journaliste et candidat, et qu'il devrait arrêter sa collaboration avec cette chaîne ?

ROSELYNE BACHELOT
Alors, pour l'instant monsieur ZEMMOUR n'a pas déclaré sa candidature, donc j'observe qu'il est en droit de continuer sa carrière de journaliste. Maintenant, s'il se déclarait…

MARC FAUVELLE
Donc s'il se déclare au dernier moment, il pourra, pendant toute la campagne…

ROSELYNE BACHELOT
Effectivement, s'il se déclarait candidat à l'élection présidentielle, je pense qu'il interromprait de fait sa carrière de journaliste, sur la chaîne que vous citez.

SALHIA BRAKHLIA
Mais ça veut dire qu'il peut continuer ses commentaires, ses meetings, comme on l'a vu ce week-end, ses discours, tant qu'il n'a pas dit officiellement « je suis candidat », il peut garder…

ROSELYNE BACHELOT
C'est la responsabilité de la chaîne qui l'emploie, ce n'est pas de ma responsabilité. Le CSA, là aussi garantit le pluralisme, il a d'ailleurs mis en demeure un certain nombre de fois la chaîne pour non-respect du pluralisme…

MARC FAUVELLE
Et tout récemment encore pour une autre émission, celle de Pascal PRAUD, en l'occurrence, sur la tribune des militaires.

ROSELYNE BACHELOT
Voilà, mais c'est arrivé aussi à d'autres chaînes, d'être mises en demeure par le CSA.

MARC FAUVELLE
Cnews est une chaîne comme les autres ?

ROSELYNE BACHELOT
Ecoutez, sous bénéfice d'inventaire, oui.

MARC FAUVELLE
Vous la regardez ?

ROSELYNE BACHELOT
Comment dire… non… vous me poussez dans mes retranchements, là.

MARC FAUVELLE
Non, je vous pose une question toute simple, je demande à la Ministre si elle regarde…

ROSELYNE BACHELOT
Je regarde l'info sur plusieurs chaînes…

MARC FAUVELLE
Donc Cnews.

ROSELYNE BACHELOT
J'allais dire, je suis plutôt sur l'info, une auditrice qu'une téléspectatrice. Pardon, je devrais dire que j'écoute France Info tous les matins.

SALHIA BRAKHLIA
On vous croit sur parole. On parlait à l'instant donc de 2022, ils sont quatre sur la ligne de départ, cinq maintenant pardon depuis ce matin, à droite : Valérie PECRESSE, Philippe JUVIN, Michel BARNIER, et Eric CIOTTI que vous connaissez bien, puisque vous-même vous étiez chez Les Républicains. Quel regard vous avez sur ce qui se passe…

ROSELYNE BACHELOT
Non, je n'ai jamais été chez Les Républicains, pardon.

SALHIA BRAKHLIA
A l'UMP, c'est la continuité.

MARC FAUVELLE
C'est la même famille.

SALHIA BRAKHLIA
C'est la même famille, c'est le même camp politique.

ROSELYNE BACHELOT
C'est la même famille, voilà, mais ce n'est pas la même chose.

SALHIA BRAKHLIA
Ce n'est pas la même chose, donc quel regard vous avez sur ce qui se passe à droite aujourd'hui ?

ROSELYNE BACHELOT
Oh, écoutez j'ai un regard intéressé, toutes ces personnes je les connais, pour certaines j'ai même, elles ont même été au gouvernement avec moi, je pense à Xavier BERTRAND ou à Valérie PECRESSE. Je les regarde souvent avec sympathie. J'attends un peu qu'elles se découvrent sur leur programme et qu'elles disent un petit peu ce qu'elles veulent faire très précisément. C'est intéressant, on est dans une période fascinante. Je crois que les choses, évidemment, se décanteront au fur et à mesure des semaines, ça ne manque pas d'intérêt.

SALHIA BRAKHLIA
Et vous, votre choix est fait pour 2022 ?

ROSELYNE BACHELOT
Ah oui, je ferai la campagne aux côtés d'Emmanuel MACRON.

SALHIA BRAKHLIA
Sans aucun doute.

ROSELYNE BACHELOT
Sans aucun doute.

SALHIA BRAKHLIA
Il est candidat alors.

ROSELYNE BACHELOT
S'il est candidat.

SALHIA BRAKHLIA
Vous ne l'avez pas dit, donc j'ai précisé.

MARC FAUVELLE
Vous avez encore un doute là-dessus ? Vous avez l'ombre d'un doute encore sur sa candidature ?

ROSELYNE BACHELOT
Non, je n'ai pas l'ombre d'un doute.

MARC FAUVELLE
Il doit se déclarer le plus tard possible ?

ROSELYNE BACHELOT
Ecoutez, vous me demandez, moi je ne suis pas la conseillère politique d'Emmanuel MACRON. Moi je suis sa ministre de la Culture, je suis entièrement mobilisée sur les questions de culture, de défendre le secteur de la culture et le secteur de la communication qui est dans ma responsabilité, j'ai au moins acquis, vu mon grand âge, le droit de ne pas m'inquiéter des questions politiciennes de candidature et de campagne. Je me mobiliserai au moment venu.

MARC FAUVELLE
Je vais tenter une question à laquelle vous n'avez pas à répondre : si Emmanuel MACRON est candidat, s'il est réélu, et qu'il vous propose d'être à nouveau ministre de la Culture, mas que le Covid est désormais derrière nous, est-ce que vous referez un autre mandat, débarrassée du Covid ?

ROSELYNE BACHELOT
Ecoutez, maintenant, sur ces questions…

MARC FAUVELLE
C'est-à-dire un vrai mandat de ministre de la Culture qui pourrait s'occuper de culture, et pas uniquement d'argent.

ROSELYNE BACHELOT
Voilà. Sur ces questions, maintenant, vous me permettrez, j'avais juré promis que je ne reviendrais pas au gouvernement, et j'ai mis en pièces ces déclarations, parce que j'ai pensé que c'était mon devoir, alors maintenant…

MARC FAUVELLE
Joker donc.

ROSELYNE BACHELOT
… ne m'enfermez pas dans ce genre de truc, parce que je vous en voudrais définitivement.

MARC FAUVELLE
Merci Roselyne BACHELOT, bonne journée à vous.

ROSELYNE BACHELOT
Bonne journée à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 15 septembre 2021