Interview de Mme Bérangère Abba, secrétaire d'État chargée de la biodiversité, à RMC le 18 août 2021, sur les dérèglements climatiques et l'incendie du massif des Maures (Var).

Texte intégral

RÉMY BARRE
C'est une réserve naturelle considérée par certains habitants comme l'Amazonie du Var: le Massif des Maures, ravagé par les flammes depuis avant-hier soir. C'est le pire des incendies survenu ces dernières années en France. Bonjour Bérangère ABBA. 

BERANGERE ABBA
Bonjour. 

REMY BARRET
Bonjour, merci d'être avec nous. Vous êtes la secrétaire d'État chargée de la Biodiversité, vice-présidente de l'Assemblée des Nations Unies pour l'environnement. Une terre brûlée, qui brûle toujours, plus d'oiseaux, plus d'insectes, c'est le spectacle de désolation ce matin, que présente une partie de ce Massif des Maures. Quel est votre sentiment ?

BERANGERE ABBA
Vous l'avez dit, ce sont des images de désolation, de sidération, c'est évidemment un drame humain pour ceux qui ont perdu, on l'a vu ce matin, ce monsieur, son ranch, et c'est un drame environnemental. Nous avons à chaque fois ce sentiment d'impuissance face à ces évènements qui sont terribles et qui malheureusement sont appelés à se reproduire et à s'amplifier dans les décennies à venir.

REMY BARRET
Vous abordez plusieurs points importants, effectivement, à se répéter en raison du réchauffement climatique, on va en parler dans un instant. Vous parlez également du risque que représentent les incendies dans le Sud du pays; hier nous avons eu plusieurs de nos auditeurs, si je ne me trompe pas, enfin, c'est une partie du Massif des Maures qui est réserve naturelle, c'est bien ça ? 

BERANGERE ABBA
Tout à fait. Nous avons perdu 50% environ de la réserve naturelle nationale de la Plaine des Maures.

REMY BARRET
C'est ça.

BERANGERE ABBA
C'est donc une atteinte irrémédiable à cette richesse en terme de biodiversité et de naturalité qui se trouvaient dans ces espaces, avec notamment d'ailleurs une espèce de tortues qui est extrêmement rare et menacée et qui se trouvait dans ce secteur, dans cette réserve. Donc ce sont des pertes qui sont absolument non mesurables.

REMY BARRET
Non mesurables. Et j'ai vu passer ce chiffre, là l'incendie est toujours en cours, mais il faudra au moins 10 ans pour retrouver certains paysages. 

BERANGERE ABBA
Absolument, avec une intervention qui est humaine aussi dans cette renaturation de ces paysages. Une réflexion que nous avons sur les essences, sur les modes de gestion même des forêts, pour toujours mieux prévenir, pour eux pour essayer d'assurer une meilleure résilience des forêts à ce climat qui se réchauffe,et donc à ces épisodes de sécheresse qui amplifient ce risque incendie. Donc c'est toute une réflexion sur ces territoires et sur ces paysages, qui doit avoir lieu aujourd'hui, enfin, au-delà de la gestion de l'urgence que nous connaissons encore ce matin. 

REMY BARRET
Je le disais, hier plusieurs de nos auditeurs qui habitent dans le Var à proximité du Massif des Maures ou d'ailleurs dans le Massif des Maures, nous ont appelés hier pour parler de cet aspect de la Réserve naturelle. Ils nous disaient que, comparé à ce qui se faisait dans le passé, il y a aujourd'hui des contraintes qui sont propres à cette Réserve naturelle en termes de défrichement, évidemment on ne peut pas faire ça n'importe comment, et ils regrettaient quelque part cet aspect-là des choses. Ils disaient que l'incendie a pu être, pas déclenché, mais attisé, entretenu par le fait que Réserve naturelle c'est très bien, mais il y a des contraintes en matière de défrichement, qui font que lorsque ça flambe, ça flambe.

BERANGERE ABBA
Alors ça c'est, malheureusement mais on comprend leur émotion dans des situations pareilles, seulement il s'avère que ces modes de gestion, qui sont largement expertisés et mis en œuvre par les forestiers, par les agents de l'Office français de la biodiversité, pour les mesures de restriction, elles s'avèrent au contraire plutôt favoriser la résilience de ces territoires. D'ailleurs de plus en plus…

REMY BARRET
Vous êtes là ? Oui, Bérangère ABBA... on est en train de vous perdre, Bérangère ABBA…

BERANGERE ABBA
... ah nous avons un problème de son ? 

REMY BARRET
Allez-y, allez-y.

BERANGERE ABBA
Je disais que rien ne nous dit que ces incendies n'auraient pas lieu dans un autre contexte de gestion, mais on a effectivement une expertise des agents forestiers qui nous permet d'être de plus en plus résilients dans ces aires protégées.

REMY BARRET
Tout à l'heure vous parliez du risque de réchauffement climatique, on le sait, on voit ce qui s'est passé cet été et ce qui se passe malheureusement aujourd'hui dans le Var, mais en Turquie, en Grèce, en Algérie notamment, et on le sait, c'est le rapport du GIEC, des experts du climat, le dit d'ailleurs, c'est l'une des conséquences prévisibles et qui est déjà en cours, du réchauffement climatique, c'est le risque de la multiplication de ces incendies géants. Comment, en France, on peut prévenir ce phénomène ?

BERANGERE ABBA 
Alors, avec un travail justement sur l'amélioration en termes d'artificialisation, voire de désartificialisation des sols. Les plantations et toute cette structure aussi forestière, elle nous permet de mieux absorber, de mieux retenir tout ce travail que l'on fait, donc sur l'aménagement, sur l'urbanisme, sur l'imperméabilité des sols. Ça doit nous permettre d'être plus résilients notamment face à l'eau. On l'a vu sur ce travail sur les essences pour limiter les stress hydriques des forêts. Tout cela doit nous permettre effectivement d'aborder, d'affronter même, cette multiplication des événements, des phénomènes climatiques, qu'ils soient liés à des inondations à l'eau, comme aux incendies, parce qu'on l'a vu, même si on peut avoir le sentiment peut-être d'un été en France un peu plus humide que l'on pouvait l'espérer ou le craindre selon de quel point de vue on se place, il s'avère que le monde a connu l'été, un des étés les plus chauds de tous les temps. Donc on doit vraiment accentuer également la prévention, cette culture du risque, parce que malheureusement on voit que quand ces événements et ces éléments se déchaînent, on est bien peu de choses, et malgré tout le combat qui est mené par les sapeurs-pompiers, par la Sécurité civile, il est extrêmement dur de lutter contre ces événements climatiques.

REMY BARRET
Une dernière question Bérangère ABBA, qui n'a rien à voir avec ces incendies, mais vous êtes membre du gouvernement, je veux parler juste de l'Afghanistan un instant avec vous. Vous avez évidemment entendu cette polémique qui est née ces dernières heures, des propos tenus par Emmanuel MACRON lors de son allocution télévisée sur l'Afghanistan, où il disait que la France, l'Europe, devaient se protéger contre les flux migratoires irréguliers. Qu'est-ce que vous en pensez ?

BERANGERE ABBA
Eh bien je pense d'abord qu'il faut peut-être lire ou relire la phrase jusqu'au bout. Le Président l'a clairement et largement exprimé, la France elle est très solidaire, elle accueille, elle accueille très largement, elle est un pays qui accueille le plus d'Afghans au niveau européen. Il a simplement souhaité que nous soyons vigilants, et je crois que l'inverse lui aurait été reproché, quant aux trafics qui peuvent se développer sur ces flux migratoires et sur cette misère, cette détresse de ces peuples qu'il nous faut absolument évidemment accompagner. Parce qu'on a des Afghans aujourd'hui qui sont menacés et auxquels la France doit et va continuer à donner sa protection.

REMY BARRET
Merci Bérangère ABBA d'avoir été avec nous, secrétaire d'État chargée de la Biodiversité et vice-présidente de l'Assemblée des Nations Unies pour l'Environnement. Merci d'avoir été avec ou sur RMC et RMC Story.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 18 août 2021
 

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