Extraits d'un entretien de M. Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d'Etat au tourisme, aux Français de l'étranger et à la francophonie, à France 3 le 4 juillet 2021, sur la situation de l'hôtellerie et le passe sanitaire européen.

Texte intégral

Q - Bonjour Jean-Baptiste Lemoyne.

R - Bonjour.

(...)

Q - Alors, pour voyager cet été en dehors de la France, il va falloir un pass sanitaire. On va y revenir en détails avec vous. Mais le gouvernement espère surtout que les Français vont rester en France pour remplir les caisses des professionnels. On va parler des vacances, d'abord, avant de la vaccination. Au vue des réservations du début de cette saison touristique, est-ce que l'été 2021 s'annonce mieux que l'été 2020 ?

R - Oui, je vous confirme. Effectivement, les indicateurs sont au vert, en termes de réservations, qu'il s'agisse, par exemple, des Gîtes de France qui sont 8 à 14 points, en termes de réservations, supérieurs à l'an dernier, et même dans des segments supérieurs à 2019, qui elle-même était une année record. Donc, on voit bien que, j'avais lancé un appel à l'été bleu-blanc-rouge, et je me réjouis que les Français, majoritairement et très largement, choisissent de passer leurs vacances en France, parce que la France, c'est quand même un territoire formidable avec une diversité de destinations, de lieux, etc.

Q - Il y a des secteurs où, par contre, on ne retrouve pas le même niveau ?

R - Alors, la situation demeure compliquée, par exemple, à Paris, dans certaines métropoles, parce que là, c'est le tourisme d'affaires qui est le moteur de l'économie touristique de ces territoires. L'événementiel a pu reprendre, depuis quelques semaines, mais les grands salons, les grandes foires, sont prévus plutôt au dernier trimestre. C'est pour cela qu'on a prévu aussi de maintenir un certain nombre de dispositifs de soutien à ces acteurs qui sont encore pénalisés, hôteliers, monde de l'événementiel. On a voté quinze milliards d'euros, là, dans la loi de finances rectificative, pour les aider.

Q - Par exemple, sur le littoral, est-ce que cela se passe bien ? Vous me parliez des gîtes, vous êtes plutôt en milieu rural, au vert. Sur le littoral, il y a du monde ?

R - Je vous le confirme. Tous les signaux que j'ai du côté de l'hôtellerie sont positifs, du côté des résidences de tourisme également, des meublés. Donc le littoral Atlantique rencontre un très gros succès, comme l'année dernière, mais le littoral méditerranéen aussi. Donc, il y a, assurément, une reprise du tourisme de loisirs, et c'est vrai que l'on en a besoin. Après les périodes que l'on a vécues, on a besoin de s'oxygéner, de s'aérer.

Q - Mais le variant Delta est là, il inquiète. Les vacances, cela doit favoriser un brassage de populations. Est-ce que vous ne craignez pas que ce soit un été propice à la recrudescence du virus ?

R - C'est pour cela que je le dis, vacances cela rime avec prudence et avec vigilance. Les professionnels du tourisme y sont préparés, ils ont mis en place des protocoles sanitaires bétons. C'est le cas, par exemple, pour la croisière, qui reprend aujourd'hui, à Marseille, on embarque sur des navires. C'est le cas dans tous les secteurs. Donc, je crois qu'il est important aussi que chacun, individuellement, ait le réflexe, bien sûr, de la crème solaire, mais garde le réflexe des gestes barrières.

Q - C'est-à-dire du masque, du gel, et des gestes barrières ?

R - Du masque en intérieur, ou lorsqu'il y a des grands mouvements de foule, et puis le gel, naturellement. Profitons de ces vacances pour se faire vacciner, pour ceux qui ne l'ont pas encore fait.

Q - Question, justement : est-ce qu'il y aura des vaccinodromes sur les lieux de vacances les plus fréquentés ?

R - C'est effectivement cette politique d'aller vers. On veut aller vers les publics fragiles, mais également là où sont les gens. Il y aura cette capacité, Olivier Véran l'a dit, à pouvoir recevoir une dose, pendant ces vacances, la première ou la seconde, à l'occasion de son déplacement.

Q - Partout ? Cela sera organisé comment ?

R - On est en train de mettre en place ce dispositif, mettre plus de doses là où il y a des zones touristiques. Il y a également 2000 médiateurs qui vont être déployés sur le territoire, pour justement, expliquer, etc. Cet été, il ne faut pas relâcher le bon rythme qui est le nôtre en matière de vaccination, parce que c'est cela qui va nous permettre de continuer à lutter contre le virus. Attention, ce variant Delta est plus contagieux, et donc on a besoin de maintenir l'effort.

Q - Le gouvernement va faire payer les tests aux touristes étrangers qui viennent en France. C'est nouveau, parce que jusqu'à maintenant, ce n'était pas le cas, et c'était même un argument pour faire venir les étrangers en France.

R - 29 euros pour l'antigénique, 49 euros pour le PCR. Ce qui fait qu'on reste, entre guillemets, très compétitifs.

Q - Mais est-ce que, du coup, vous ne craignez pas quand même que cela dissuade les Européens de venir en France, notamment ceux qui ont moins les moyens peut-être ?

R - Encore une fois, on reste mieux-disant que la plupart des pays européens. En ce moment, je fais une tournée en Europe pour vanter la destination France, et à chaque fois, je pose la question, les tests sont souvent à 100, 120, 130, 150 euros. C'est vous dire qu'en les mettant à 29 et 49 euros, on reste compétitifs, tout en faisant quand même contribuer ces personnes, ces touristes.

Q - Ce qui n'était pas le cas encore il y a quinze jours. C'était même un argument, je le disais. Pourquoi ce revirement de situation ? Alors, on a dit que c'était pour des questions de réciprocité, quand un pays fait payer, on fait payer. Est-ce que c'est aussi parce que cela risquait de coûter cher ?

R - Quand il s'agit de santé, on a montré qu'on savait ne pas compter. Mais il y a un moment, il faut aussi responsabiliser. L'idée, c'est d'inciter, aussi, à la vaccination.

Q - Et de faire payer ceux qui viennent chez nous ?

R - Voilà.

Q - L'Europe accepte les touristes américains. Ca y est, c'est ouvert, mais l'inverse n'est pas vrai, et c'est d'ailleurs un problème pour les touristes américains qui veulent venir en France, mais aussi, puisque vous vous occupez des Français de l'étranger, pour les Français qui vivent aux Etats-Unis, qui veulent venir en France, mais qui ont peur de ne pas pouvoir repartir, cela peut créer des situations difficiles. Est-ce qu'il y a des discussions, en ce moment, entre la France et les Etats-Unis ?

R - Oui, je vous confirme. Et on ne manque pas une occasion. Jean-Yves Le Drian et le Président de la République ont reçu Antony Blinken, le secrétaire d'Etat américain, et à chaque fois, on passe ce message-là, parce que la France, on l'a vu, est désormais sûre. On a des taux d'incidence qui sont à vingt ou à moins, selon les départements. Donc, je pense que l'on est une destination sûre et que l'on peut partir aussi vers les Etats-Unis sans créer de problèmes aux Etats-Unis. Je touche du bois, comme on dit chez moi, et je l'espère, dans les prochaines semaines, c'est ce qu'annonçait Antony Blinken. Affaire à suivre, mais c'est vrai que j'ai une pensée pour nos compatriotes établis aux Etats-Unis, pour lesquels, parfois, ne peuvent pas rentrer en France de peur de ne pas pouvoir revenir aux Etats-Unis. Donc, c'est là où l'on voit que le Covid a percuté les vies familiales et je voudrais vraiment les assurer de toute notre solidarité. On fait vraiment le maximum pour obtenir ces réouvertures.

Q - Il y a un pass sanitaire européen, aussi, qui est mis en place, qu'on peut avoir sur notre téléphone portable, ou sur papier si l'on n'a pas de téléphone portable, pour pouvoir voyager plus facilement en Europe. Est-ce que, vraiment, cela va faciliter les choses ? Si vous n'êtes pas vacciné, vous pouvez faire des tests. Certains pays demandent des tests PCR, d'autres des tests antigéniques. 48 heures, 72 heures. Chacun fait ce qu'il veut, ce n'est pas plus simple, c'est un casse-tête, en fait.

R - Je crois qu'il faut regarder, quand même, quand les trains arrivent à l'heure, parce que l'Europe on la brocarde souvent en disant "elle n'est pas là quand il faut". Là, en quelques semaines, quelques mois, on a réussi, Européens, à bâtir cette solution, qui permet une interopérabilité entre les systèmes. Aujourd'hui, vous avez votre QR code sur TousAntiCovid, il pourra être lu en Allemagne...

Q - Ah oui. Cela, c'est important. On n'est pas obligés de recharger une autre application, c'est TousAntiCovid.

R - Le QR code est lu sur les applications des autres pays. Donc, cela rend plus facile le voyage, tout en gardant la sécurité sanitaire, car on a besoin de cela. C'est donc un progrès. On est la seule zone au monde à avoir entre plusieurs pays, comme cela...

Q - Mais avec des critères différents d'un pays à un autre Avouez que cela n'est pas facile, tout de même.

R - Oui, c'est pour cela que, d'ailleurs, j'incite vos téléspectateurs à aller sur le site du Quai d'Orsay, avec les conseils aux voyageurs, qui permettent d'avoir les informations pour chaque pays, - Conseils aux voyageurs -, et également, il y a un site qui s'appelle Reopen.eu, qui est lancé par la Commission européenne. C'est le site de la Commission européenne, donc je le donne comme il est, mais je vous confirme, entre parenthèses, qu'on va se battre pour que le français soit plus présent au niveau de l'Europe. Je ferme la parenthèse. Cela permettra à nos téléspectateurs d'avoir toutes les informations utiles pour bien préparer son voyage. Et j'ajoute : c'est aussi dans ces moments-là, qu'on voit qu'un agent de voyage a un rôle pour bien préparer votre voyage. Je le dis parce qu'ils ont beaucoup souffert...

Q - Vous dites aux gens qui veulent aller à l'étranger, "passez plutôt par les agents de voyage que par les réservations en ligne" ?

R - Je leur dis que ce sont des personnes ressources, clés, qui peuvent vous apporter des bonnes informations, sécuriser votre voyage, et on se rend compte, justement, de la valeur ajoutée, dans ce type de situations qui sont toujours très complexes. Je le dis parce qu'ils ont beaucoup souffert et ils méritent d'être soutenus de cette façon-là.

Q - On parle beaucoup de la vaccination obligatoire des soignants qui est à l'étude. Est-ce que vous seriez favorable, vous, par exemple, à l'obligation aussi pour tous les professionnels du tourisme qui sont en contact avec le public, à se faire vacciner ?

R - On a mis en place, déjà, le fait que les professionnels du tourisme étaient dans les publics prioritaires, dès le mois de mai, pour être vaccinés.

Q - Prioritaires, mais pas obligatoires.

R - Je crois que l'on a atteint un niveau relativement satisfaisant. Je parlais avec des restaurateurs, dernièrement, qui me faisaient part du fait que dans leurs personnels, la grande majorité s'était fait vacciner. Je crois que le débat est aujourd'hui sur les soignants.

Q - Pas du tout sur les professionnels du tourisme ?

R - Non, pas à ce stade.

Q - On a parlé aussi d'un manque de saisonniers dans certains endroits, les parcs d'attraction, les hôtels, les campings. 150.000 postes non pourvus. Est-ce que cela peut avoir des conséquences sur le déroulement de la saison touristique ?

R - Je vous confirme, effectivement. Surtout, il y a 100.000 employés du secteur, qui, depuis le début de la crise, ont choisi d'aller dans d'autres domaines parce que le tourisme a été touché de plein fouet, et cela veut dire qu'il y a ce problème d'offre et de demande, et parfois, des professionnels qui ne peuvent pas faire autant de service qu'ils le voudraient.

Q - Sauf que la saison est commencée !

R - C'est pour cela qu'on n'est pas resté les bras ballants. Avec l'Institut français du tourisme, on a mis en place une plateforme qui s'appelle, là aussi je le donne pour vos téléspectateurs qui chercheraient, soit un employé, soit un emploi dans le tourisme, monemploitourisme.fr. Vous allez là-dessus, il y a 50.000 offres d'emploi dans le secteur du tourisme. Vous pouvez déposer vos CV et ainsi, on espère que chacun va trouver chaussure à son pied.

Q - Le gouvernement, lui, espère éteindre les aides aux entreprises, au fil des mois, s'il y a une reprise, évidemment. Le tourisme sera-t-il l'un des secteurs, ou le secteur, le plus aidé, le plus largement, le plus longuement ?

R - C'est vrai que c'est le secteur qui a été, et qui est encore, touché. Et donc, c'est pour cela que l'on a maintenu le fonds de solidarité, l'activité partielle... un certain nombre de dispositifs.

Q - Mais c'est celui qui aura été débranché le moins vite ?

R - Dans tous les cas, on a déjà prévu sa poursuite dans les semaines et les mois à venir : 15 milliards d'euros ont été provisionnés dans le budget qui a été voté, au mois de juin. Donc, cela permet de tenir et de faire face. Et depuis le début de la crise, on en est à 30 milliards d'euros mis en place en soutien du tourisme.

Q - Mais vous ferez les comptes à la fin de la saison pour savoir s'il faut prolonger encore au-delà, peut-être un an ?

R - En tous les cas, on a toujours été pragmatique dans cette crise. Donc, naturellement, on regardera ce qu'il en est à la fin de la saison. On est numéro 1 mondial, il s'agit de maintenir cet outil, les emplois, les entreprises qui font la fierté de la France, souvent des leaders mondiaux. Et donc, on a besoin de les soutenir.

Q - Est-ce que cette année, la France va rester destination touristique numéro 1 mondiale ? Pas sûr.

R - C'était le cas l'année dernière parce que nous avons été plus forts et plus résistants que nos voisins espagnols ou italiens.

Q - Mais cette année, pas sûr ?

R - Ecoutez, j'ai bon espoir. En tous les cas, on vise autour de 50 millions de touristes internationaux sur l'ensemble de l'année. Nous étions plutôt à 35/40 millions, l'année dernière, et je rappelle qu'on était à 90 avant la crise. Donc, on veut garder, en tous les cas, ce temps d'avance sur les autres. Mais c'est un domaine très concurrentiel, donc on travaille aussi à un plan de reconquête du tourisme, pour pouvoir aider nos destinations à rebondir.

(...)

Q - En plus de vanter les mérites de la France à l'étranger, vous êtes chargé de défendre la langue française, la francophonie. Et la nouvelle carte d'identité, elle fait un peu débat, parce que les mentions sont en français, nom de famille, date de naissance... Mais juste à côté, en italique, c'est écrit en anglais. Alors, au moment où le thème de la souveraineté revient dans le débat, est-ce que notre monument qu'est la carte d'identité n'en prend pas un coup ?

R - Alors attendez, deux choses. 1/ une carte d'identité sert en France, mais elle peut servir aussi lorsque vous vous déplacez dans d'autres Etats de l'Union européenne. Donc, pardonnez-moi, mais le douanier slovène, cela peut l'aider d'avoir aussi une traduction. En revanche, ce qui est sûr, c'est que l'année prochaine, en 2022, la France assume la présidence de l'Union européenne, et donc avec Clément Beaune, on a mis ce sujet en haut des priorités. On a d'ailleurs lancé un groupe de travail qui va nous rendre ses conclusions début septembre pour que le français ait une meilleure place au sein des instances européennes. Et non seulement le français, mais les autres langues. Parce que l'on ne peut pas se satisfaire de parler avec 500 mots d'anglais, dans une sorte de globish, un esperanto incompréhensible.

Q - En quelques secondes seulement, il y a un incendie à Chypre qui ravage une partie de l'île qui s'est déclaré à Limassol. Quatre morts. Chypre demande l'aide de l'Europe. Est-ce que la France va apporter son aide ?

R - Alors déjà : solidarité pleine et entière avec nos cousins de Chypre. Et puis, la France a proposé l'envoi d'un Canadair, d'un Dash, pour venir en aide et en effort face à ce grave accident.

Q - Au coeur de l'Europe.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 15 juillet 2021