Déclaration de M. Olivier Véran, ministre des solidarités et de la santé, sur une meilleure valorisation de la visite à domicile, la mobilisation de SOS Médecins dans la lutte contre le Covid-19, le numérique et l’innovation en santé et le Ségur de la santé, le 9 juin 2021.

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Circonstance : 38ème congrès de SOS médecins, à Toulouse le 9 juin 2021

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Texte intégral

Mesdames, messieurs,
Chers confrères,
Chers tous,


Je suis très heureux d'intervenir en ouverture de votre Assemblée générale, à l'occasion du 38ème congrès de SOS médecins.

C'est un moment fort dans la vie de votre fédération et cette année, pour les raisons que chacun connaît, je sais que ce rendez-vous a un sens tout particulier.

Même si nous devons rester vigilants et ne baisser la garde sous aucun prétexte, cette Assemblée générale sera l'occasion de faire le bilan d'une épidémie qui vous a placés en première ligne.

La crise sanitaire a été hors norme, mais l'engagement des professionnels de santé, votre engagement, a été extraordinaire.

J'ai pu compter sur vous à chaque instant, alors je voulais vous dire merci, du fond du coeur, merci.

La mobilisation des 1300 praticiens de SOS Médecins a été tout bonnement exceptionnelle.

Par-delà les difficultés, vous avez prouvé, si besoin était, que la médecine de ville est un pilier fondamental dans la prise en charge médicale de l'urgence.

La force de SOS médecins, c'est de mailler le territoire et c'est d'apporter une réponse rapide, à domicile, face à des patients qu'il faut tantôt rassurer, tantôt soigner, tantôt orienter vers des structures hospitalières.

Ce rôle d'orientation, de prise en charge, de réactivité a été décisif.

Il fallait à tout prix éviter un afflux massif vers les services d'urgences et SOS Médecins a pour beaucoup de Français été un réflexe.

Parce que oui, les Français font confiance à SOS Médecins et vous pouvez être fiers d'appartenir à cette grande et belle communauté !

Tirer toutes les leçons de ce que nous venons de vivre est indispensable et je sais que c'est l'un des objectifs de votre Congrès.

Regarder vers l'avenir n'est pas moins indispensable et vous accordez du temps à des échanges sur le numérique et sur l'innovation en santé : la crise nous a permis de faire des pas de géant en la matière et je veux poursuivre cette dynamique.

C'est d'ailleurs à lire le programme de vos deux journées le thème fort de ce 38ème Congrès.

Vous avez participé à l'intervention de Dominique PON, sur MON Espace Numérique en santé, qui sera lancé cet été à titre de pilote dans la ville de Toulouse comme dans deux autres villes.

Nous y sommes ! nous l'avons pensé collectivement : l'utilisation de l'ENS par les patients, en collaboration avec les soignants deviendra dès 2022 une réalité et je sais que vous accompagnerez ce changement sans crainte car vous contribuez à l'alimentation des dossiers patients, du DMP, pour une meilleure coordination des acteurs.

C'est l'un de vos rôles majeurs, la coordination avec l'équipe de soin autour du patient, qu'elle soit en ville ou à l'hôpital.

Pour aider les acteurs de santé à l'amélioration de leurs pratiques numériques, le Ségur de la santé octroie un budget de 2 milliards sur le volet numérique ; 1.4 milliards pour les professionnels de la ville et de l'hôpital, 600 millions pour le médico-social.

Les derniers textes qui permettront un soutien aux professions de santé seront bientôt publiés, permettant notamment aux médecins de s'équiper en logiciels sécurisés, conformes et interopérables, et d'alimenter le DMP du patient pour une meilleure coordination.

Les professionnels non médicaux pourront également pratiquer certains actes à distance avec les médecins, afin de contribuer à la prise en charge des patients dans les meilleures conditions possibles, notamment grâce au télésoin et à la télé expertise s'appuyant sur la confiance des patients et des acteurs du parcours

Derrière l'usage, il ne faut pas oublier la protection des données et la cyber sécurité : j'y suis particulièrement attaché et j'y serai vigilant.

Maintenir cette confiance des Français dans leur système de santé entraîne une exigence forte en matière de cyber sécurité et de protection des données personnelles en santé.

Dans le cadre de la feuille de route du numérique en santé de « Ma santé 2022 », à laquelle tous les professionnels de santé sont associés, le ministère porte une politique ambitieuse de renforcement de la confiance numérique. Cette politique concerne bien évidemment les établissements de santé, dont vous savez tous qu'un nombre significatif a été récemment touché par des incidents graves de cyber sécurité, et en particulier par des rançongiciels. Ces attaques ont des impacts significatifs sur la prise en charge des patients. Plusieurs mois après que l'incident les ait touchés, certains établissements ne sont malheureusement pas encore revenus à un mode fonctionnement nominal.

Grâce à la permanence des soins qu'il exercent, vous, les professionnels de santé libéraux représentez un chaînon essentiel dans la confiance numérique des patients.

Dans la construction du parcours de santé entre les professionnels de ville et l'hôpital, le numérique constitue un levier majeur, pour faciliter la coordination et fluidifier les parcours.

Le corollaire impose une vigilance particulière en matière de sécurité numérique, dans les pratiques des professionnels de santé, et les outils numériques utilisés.

Pour vous accompagner, un « Mémento de sécurité informatique pour les professionnels de santé en exercice libéral », va prochainement être mis à jour. Il reprendra les règles de base en matière d'hygiène numérique, pour protéger l'exercice de votre activité et les données de vos patients. Ce mémento sera à votre disposition sur le site du ministère.

Dans un contexte où la menace continue à se développer, une campagne nationale de sensibilisation et d'information sur les risques numériques en santé est lancée ce jour ; avec un seul mot d'ordre : TOUS CYBERVIGILANTS !

La cyber vigilance est bien l'affaire de tous ; je compte sur votre engagement.

Outre l'usage amélioré du numérique, bien d'autres choses ont changé, presque du jour au lendemain, un peu par la force des choses, mais aussi par l'adaptation de chacun à des contraintes très fortes.

Je pense au fameux décloisonnement, qui n'est plus une vue de l'esprit : des murs sont tombés pendant la crise, la ville et l'hôpital ont accordé leurs violons et sur tous les territoires, des coopérations fructueuses sont nées, toujours au bénéfice des patients.

Les professionnels sur le terrain se sont organisés : certains étaient déjà en MSP, en centre de santé et même en CPTS et ont pu répondre rapidement aux enjeux de la crise.

Les médecins de SOS médecins ont une place de choix dans cette organisation territoriale populationnelle, permettant à ces CPTS d'honorer leurs engagements sur les missions de soins non programmés ou comme la participation du SAS : les témoignages qui me remontent sur la satisfaction des acteurs à travailler de manière organisée sont nombreux, à chacun de mes déplacements.

Le Ségur de la santé, au-delà des transformations qu'il a portées, a d'ailleurs permis de rappeler que notre système de santé marchait bel et bien sur deux jambes : l'hôpital et la médecine de ville.

Et vous l'avez prouvé chaque jour pendant cette épidémie : il y a une médecine de ville très compétente et très dynamique, capable de prendre en charge les soins non programmés.

La prise en charge des soins non programmés et la complémentarité avec les services d'urgences, c'est là tout l'ambition du service d'accès aux soins dont j'ai annoncé 22 sites pilotes en 2021.

Accessible partout en France et à toute heure, le SAS doit permettre à tous les Français de disposer d'une réponse à toute demande de soins. L'objectif est de définir un nouveau service d'orientation et de guidage dans le système de santé, simple et accessible à tous. Le SAS permettra à toute personne ayant un besoin de santé urgent ou n'ayant pas de médecin traitant disponible et nécessitant un soin non programmé d'accéder à distance, de manière simple et lisible, à un professionnel de santé. Celui-ci pourra lui fournir un conseil ou une orientation selon son état vers une consultation non programmée en ville ou à l'hôpital, vers un service d'urgences ou déclencher une intervention d'un service mobile d'urgence et de réanimation ou de toute autre équipe pré hospitalière.

Le SAS est fondé sur un partenariat étroit et équilibré entre les médecins de ville et les professionnels de l'urgence hospitalière des SAMU, en lien avec les services de secours. Il repose sur une régulation commune des appels pour prendre en charge les urgences et les demandes de soins non programmés. Pour cela, il associe la régulation médicale du SAMU et une régulation territoriale libérale adossées à une plateforme digitale.

C'est désormais à nous, c'est à vous, de faire du service d'accès aux soins une réussite dans nos territoires en matière de coopération professionnelle et d'amélioration de l'accès aux soins pour la population.

Bien loin des débats un peu théoriques et encore plus loin des guerres de chapelles, vous avez rappelé que la médecine de ville jouait un rôle déterminant dans la prise en charge de ces soins.

Alors encore bravo à vous !

Et je peux vous dire que pour un ministre des solidarités et de la santé, qui a pris ses fonctions à la veille d'une pandémie, une fédération comme SOS Médecins est d'une valeur inestimable.

Si la prudence s'impose, nous sommes aujourd'hui dans l'espoir raisonnable d'une sortie de crise et une chose est sûre, c'est qu'il y aura un avant et un après pour notre système de santé.

Je vous souhaite à toutes et à tous une bonne Assemblée générale et je vous redis toute ma gratitude. Merci !


Monsieur le Ministre, merci pour votre message et vos réponses. Si je peux me permettre, pour poursuivre notre échange, j'aimerais pouvoir vous poser 1 ou 2 questions.

Question 1 : On a parfois l'impression que la visite à domicile ne se justifie que pour des cas très particuliers, or elle est souvent considérée comme essentielle par les patients. Quelle place voyez-vous pour la visite à domicile dans l'offre de soins et en articulation avec les urgences ?

R : La visite à domicile est un enjeu majeur des prochaines décennies, permettant la prise en charge à domicile des patients les plus fragiles.

Cet enjeu, nous le retrouvons d'ailleurs pour toutes les professions de santé

Des travaux sont actuellement menés avec l'assurance maladie de manière à mieux valoriser la visite à domicile et les négociations conventionnelles, suite aux élections URPS, permettront de finaliser ces travaux.

Question 2 : Nous investissons des moyens importants pour l'intérêt général notamment dans la numérisation de nos outils pour transmettre tous les matins avant 6h à Santé Publique France les données récoltées sur le terrain par l'ensemble des 1300 médecins.
Comment pourriez-vous nous aider à maintenir notre niveau d'investissement dans un contexte d'accélération numérique ?

R : Je ne peux que vous féliciter de votre engagement à utiliser les outils numériques pour permettre le suivi de la gestion de la crise que nous traversons encore aujourd'hui.

Comme je l'ai évoqué, le Ségur débloque des fonds pour l'équipement comme pour l'usage auprès des acteurs de la ville ; 6 task forces sont actuellement déployées par la DNS pour construire avec l'écosystème la meilleure méthode pour aider les acteurs.

La task force médecins a déjà démarré et les aides à l'usage, afin d'alimenter au mieux le dossier patient, seront calées dans les échanges que vous aurez avec l'assurance maladie

Les aides à l'équipement vous permettront de vous équiper de logiciels interopérables et sécures, afin de respecter l'ensemble des obligations en matière de cyber sécurité et de RGPD


source https://esante.gouv.fr, le 16 juin 2021