Entretien de M. Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d'Etat au tourisme, aux Français de l'étranger et à la francophonie, avec RMC le 6 mai 2021, sur le tourisme et l'épidémie de Covid-19.

Texte intégral

Q - Où voyager, quand, comment ? Est-ce qu'on pourra partir en vacances cet été ? Est-ce qu'il faudra partir en France ? Est-ce qu'on pourra partir à l'étranger ? Est-ce qu'il y aura une incitation à rester en France ? Bonjour Jean-Baptiste Lemoyne.

R - Bonjour.

Q - Vous êtes le secrétaire d'Etat chargé du tourisme. On va répondre à toutes ces questions extrêmement précises que se posent les Français. D'abord, une question sur ces aides, quand même, pour ce secteur du tourisme qui est particulièrement éprouvé...

R - Très touché.

Q - Vous avez promis qu'il y aurait des aides. A quelle hauteur ?

R - Ecoutez, on en est aujourd'hui, à date, à 28 milliards d'euros de mesures de soutien, qui sont venues aider ces professionnels à passer le cap. Cela a été de l'activité partielle, cela a été des prêts garantis par l'Etat, cela a été le Fonds de solidarité, bref, ces mesures, nous les continuons, parce qu'il ne s'agit pas de débrancher d'un coup d'un seul toutes les aides, vous savez que la reprise va être progressive.

On est à trois pas des différentes réouvertures, 19 mai, 9 juin et 30 juin. Par conséquent, avec des jauges au début, donc des chiffres d'affaires qui vont remonter progressivement. Avec Bruno Le Maire, Alain Griset, Elisabeth Borne, nous recevons, cette semaine, chacun des secteurs, chacune des filières pour calibrer avec eux. C'est ce cousu-main qu'évoque le Président de la République pour les aider à reprendre.

Q - Vous avez évoqué ce chiffre de 28 milliards d'euros, c'est ce que vous avez déjà donné...

R - Exactement.

Q - Est-ce que vous savez ce qu'il vous reste dans le portefeuille ou est-ce que c'est sans fond, en fonction des besoins qu'il y aura ?

R - En fait, on est en train, justement, de calibrer les dispositifs pour la reprise, pour le mois de juin, pour le mois de juillet, pour le mois d'août, et donc...

Q - Cela veut dire que ceux qui nous écoutent, qui travaillent dans le secteur du tourisme, qui ont des hôtels, des restaurants, sur le littoral par exemple, en vous écoutant ce matin ils se disent "voilà, on ne me laissera pas tomber"...

R - Tout à fait.

Q - ...Y compris si on rouvre mais que le chiffre d'affaires n'est pas à la hauteur, vous serez là ?

R - Vous savez, l'Etat a été là depuis le début, et on a fait effectivement un investissement massif pour préserver les emplois, les entreprises, les talents. Parce que le tourisme c'est de l'accueil. Donc, on a besoin de ces femmes et de ces hommes. Et donc, il ne s'agit pas d'un coup d'un seul d'arrêter tout cela et que ces entreprises fassent faillite. Au contraire, l'Etat continuera d'être là, le message est très clair, ce matin.

Q - Vous l'avez dit, vous incitez les Français à un été bleu blanc rouge. Concrètement, cela veut dire quoi ? Est-ce que c'est juste un voeu pieux "allez, s'il vous plaît, soyez sympa, restez en France" ? Ou est-ce qu'il y aura vraiment des aides ? Est-ce que vous leur dites, parce que c'est quand même souvent l'un des problèmes aussi, outre le sentiment d'être beaucoup resté en France et que certains ont peut-être envie tout simplement de s'échapper, il y a aussi une réalité, c'est qu'en France les vacances, c'est cher.

R - Mais vous savez, on a vu l'été dernier que l'été bleu blanc rouge, c'était une réalité. Et c'est une réalité non pas subie, mais, aussi, voulue, parce que les Français ont redécouvert la France.

Vous savez, la France c'est le monde en miniature. Vous pouvez faire le tour du monde en faisant le tour de France, tellement il y a une diversité, avec nos littoraux, nos montagnes, le patrimoine, etc. Donc, je sais que beaucoup de destinations travaillent à l'accueil des Français, parfois d'ailleurs à faire, effectivement, un certain nombre d'incitations ; certaines travaillent un peu sur des chèques vacances, etc. Je crois que c'est important aussi, en solidarité à ces professionnels du tourisme qui ont beaucoup souffert de les aider, en tous les cas...

Q - Est-ce qu'il y aura un coup de pouce ?

R - Cela, vous savez, c'est chaque destination qui y travaille.

Q - Donc, c'est aux départements, aux régions, aux villes de faire le job ?

R - L'année dernière, par exemple, en Charente-Maritime, il y avait eu effectivement, comme cela, des chèques-vacances qui avaient été mis en place. Donc, ce que je veux dire en tout cas, c'est que la France a du ressort, les professionnels sont préparés avec les protocoles sanitaires, et puis quelque part c'est aussi faire oeuvre patriotique que de les aider. Effectivement c'est...

Q - Mais je veux bien, je trouve ça formidable de faire oeuvre de patriotisme, mais, en effet, quand on voit souvent le coût des vacances en France, de l'hôtellerie notamment, qui sont élevés, vous dites que cela sera quand même aux villes et aux départements de faire ces éventuels chèques-cadeaux-vacances, l'Etat ne le fera pas ?

R - Nous, vous savez que sur ce dispositif des chèque-vacances, on est très présent avec l'ANCV...

Q - Vous les accompagnerez ?

R - Donc, on accompagne. Mais ce que je veux dire, c'est qu'il y a aussi des professionnels qui ont fait des efforts, ont fait des prix. Regardez, la SNCF, pour transporter, a lancé une opération avec, dans les prochains jours, les billets à 8 euros pour les enfants de moins de douze ans. Je crois que tout le monde fait en sorte que les Français puissent s'oxygéner, parce que vous vous souvenez de ces campagnes du Club Med, à la fin des années 90 "On a envie d'être heureux", c'est-à-dire "replouf, remiam, renous", bref, renouer avec ces moments heureux.

Q - Cela, j'avoue, évidemment. Jean-Baptiste Lemoyne, vous qui êtes secrétaire d'Etat chargé du tourisme, vous vous dites "cela ne sera pas subi". Un peu quand même. Et j'ai envie tout de suite de donner la parole à Valérie. Bonjour Valérie.

Q - Oui, bonjour Apolline. Bonjour Monsieur Lemoyne.

Q - Valérie, vous habitez dans les Yvelines. Vous vouliez poser directement une question au secrétaire d'Etat chargé du tourisme.

Q - Oui, tout à fait. En fait, nous avons un voyage qui était prévu déjà depuis l'année dernière aux Etats-Unis, qui a été reporté de fait puisque des frontières étaient fermées. Là, j'ai entendu récemment que le Président avait fait une présentation sur CBS aux Etats-Unis en disant aux Américains "venez en France pour les vacances". Mais est-ce que nous, on pourra aussi aller en vacances aux Etats-Unis, cette année ?

Q - Alors, Jean-Baptiste Lemoyne, qu'est-ce que vous répondez à Valérie ?

R - Je dis qu'aujourd'hui les déplacements hors de l'Union européenne, l'espace européen, sont conditionnés à des motifs impérieux. Les motifs impérieux, par définition, sont assez restreints. Maintenant, on travaille, et cet après-midi il y a une réunion interministérielle justement sur ce sujet des frontières. Donc, cette perspective d'aller aux Etats-Unis me semble crédible. Aujourd'hui, je ne peux pas donner la date à partir de laquelle cela sera possible. Mais, encore une fois, c'est une chose d'autoriser des ressortissants à aller hors de l'Union européenne, il faut aussi voir quelles vont être les modalités que les pays d'accueil, en l'occurrence les Etats-Unis, pourraient fixer, par rapport à des voyageurs français ou européens.

Q - Est-ce qu'ils pourraient demander, par exemple, à ce que ces voyageurs soient vaccinés ?

R - Pour cela, chaque pays est souverain. D'ailleurs, je fais la minute de pub : que vos auditeurs n'hésitent pas à consulter la rubrique "Conseils aux voyageurs" du site du ministère de l'Europe et des affaires étrangères, parce qu'ils ont là toutes les informations pour préparer leur voyage. Je crois que c'est très important, et parce que les politiques des pays dans le monde seront variables.

Q - Mais Valérie peut donc, peut-être, espérer aller aux Etats-Unis, cet été. Jean-Baptiste Lemoyne, le tourisme c'est aussi les restaurants qui vont rouvrir, les terrasses. Une question encore sur le protocole : le protocole, ce sera six par table, en terrasse, et ensuite en salle. Une question importante pour les restaurateurs qu'ils se posent souvent et qu'ils nous ont posée au 3216, il y aura quoi comme distance entre les tables ? Est-ce que vous avez ce détail ?

R - Le Haut Conseil de la santé publique est en train de travailler, justement, sur les protocoles. Les professionnels avaient renforcé le protocole en septembre, octobre dernier, et sur cette base-là, le Haut Conseil rendra très prochainement son avis.

Q - Il n'y a rien encore, on n'a pas encore la mesure.

R - Donc, après, il y aura cette concertation avec les professionnels.

Q - Jean-Baptiste Lemoyne, les parcs d'attractions, Marie Dupin nous le disait hier, on évoque la réouverture des parcs d'attractions, mais sans les attractions. C'est jouable, ça ?

R - Tout ce qui est parc à thèmes, effectivement, pourra rouvrir dès le 19 mai, mais les attractions resteraient fermées, dans un premier temps. En revanche, au 9 juin, ouverture des attractions. J'ai reçu, hier, avec Alain Griset, les représentants du secteur, avec le Puy-du-Fou, avec le Snelac, avec Disney, etc. Donc, on est là aussi à la tâche...

Q - Vous dites "resteraient", cela veut dire qu'il y a quand même éventuellement la possibilité qu'ils rouvrent, les parcs d'attractions, les attractions ?

R - Ah, mais tout à fait, c'est prévu.

Q - Parce que vous avez dit "les parcs à thèmes, oui, les attractions, il faudra attendre".

R - Mais les attractions c'est prévu à partir du 9 juin.

Q - Donc voilà, ils ne vont pas avancer la date comme ils l'espéraient.

R - Sur le 19 mai, on est sur les activités de plein air, les zoos, avec quelques espaces du type aquarium, etc., mais les attractions en elles-mêmes, au sens juridique du terme, cela sera à compter du 9.

Q - Qu'en est-il des fêtes foraines ? Les forains réclament une ouverture dès le 19 mai.

R - On est aussi sur le même pas de temps du 9 juin pour le moment.

Q - Il n'y aura pas d'avancée. Mais quand ils vous disent "on est en extérieur" ?

R - Je vais vous dire, le Président de la République a fixé un cap avec différentes dates, différentes phases, et l'idée, c'est que sur les toutes premières phases, naturellement, on reste assez prudents, parce qu'il ne faut pas compromettre les phases ultérieures. Je crois que rien ne serait pire pour les Français que de se dire "finalement au 30 juin, patatras, parce qu'on a été peut-être trop vite, trop fort au début". Donc, il est important de rester prudents, vigilants. Vous savez, c'est un peu comme dans un marathon, là : on est au 41e kilomètre sur le 42e, il ne reste plus que 1000 mètres, mais c'est vrai que ces 1000 mètres on a envie de les franchir très vite. Mais encore une fois, il faut y aller en bon ordre.

Q - Jean-Baptiste Lemoyne, la vaccination, certains réclament qu'il y ait davantage de doses de vaccins pour les zones touristiques, notamment pour tous ceux qui vont rouvrir et qui seront en contact du public. Est-ce que vous allez le faire de manière massive ?

R - Effectivement on est vraiment là-dessus, au travail avec le ministère de la santé, pour pouvoir allouer des doses en fonction aussi de la fréquentation des départements, parce qu'il y a des départements très touristiques, la Côte du littoral atlantique, par exemple, la Côte méditerranéenne. Il est important que les Français, qui peut-être auront reçu leur première dose dans leur département de résidence, puissent recevoir leur deuxième dose, peut-être, sur leur lieu de vacances. Donc, on est là-dessus, pour pouvoir achalander, si je puis dire, correctement les départements.

Q - Donc, vous ferez en sorte que l'on puisse se faire vacciner sur son lieu de vacances ?

R - Exactement.

Q - Merci beaucoup, Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d'Etat chargé du tourisme, d'avoir répondu à toutes ces questions, ce matin.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 7 mai 2021