Interview de Mme Nathalie Élimas, secrétaire d'État à l'éducation prioritaire, sur France Info le 2 avril 2021, sur la certitude ou non du retour des élèves en classe après le 26 avril, l'enseignement à distance en télétravaillant, les vacances et les centres de loisirs pendant cette période de fermeture des écoles.

Intervenant(s) :

Prononcé le

Texte intégral

DAÏC AUDOUIT
Bonjour Madame.

NATHALIE ELIMAS
Bonjour.

DAÏC AUDOUIT
Merci d'être avec nous. Vous travaillez aux côtés de Jean-Michel BLANQUER, on va essayer de répondre le plus concrètement possible à toutes les questions que peuvent se poser les parents d'élèves, déjà la date de retour à l'école, Emmanuel MACRON a détaillé un calendrier précis, 26 avril pour les maternelles, le primaire, la semaine d'après pour les lycées et les collèges, c'est certain ces dates ou est-ce que c'est conditionné à une situation épidémique ?

NATHALIE ELIMAS
Le calendrier qui a été donné est le plus logique, c'est une perspective, c'est un objectif bien évidemment, après je n'ai pas de boule de cristal, je ne peux pas vous dire que le virus ne circulera plus dans 4 semaines, donc voilà, nous avons aujourd'hui cranté, sur 4 semaines, l'organisation pour l'ensemble de nos élèves, en espérant qu'effectivement il puisse se tenir.

DAÏC AUDOUIT
Donc ce n'est une certitude, il faut peut-être se préparer à ce que ça dure plus longtemps, personne ne le souhaite évidemment, mais ça peut durer plus longtemps ?

NATHALIE ELIMAS
Nous avons aussi une perspective très intéressante, vous le savez, c'est la vaccination des professeurs qui va arriver, et qui correspond à peu près à ce calendrier, donc normalement tous nos élèves devraient reprendre le chemin de l'école tel que l'a annoncé le président de la République.

DAÏC AUDOUIT
Mais ce n'est pas certain

NATHALIE ELIMAS
Ce n'est pas certain parce que personne ne peut dire ce que sera le virus dans 4 semaines.

DAÏC AUDOUIT
On avait dit que ce serait les écoles qui fermeraient en dernier, là on est d'accord, ce n'est pas ce qui ferme en dernier ?

NATHALIE ELIMAS
Nous avons observé une circulation du virus dans nos établissements, une circulation… ce n'est pas plus dans les établissements qu'ailleurs, disons que c'est proportionnel à la circulation du virus dans la population en général, et parce que notre premier objectif c'est de protéger nos élèves et nos personnels, là encore nous avons… nous nous sommes adaptés, vous savez nous ne cessons de le faire depuis septembre dernier.

DAÏC AUDOUIT
… Un changement quand même, par rapport à la doctrine, de dire que c'est les écoles qui ferment en dernier, on est d'accord que ce n'est pas ce qui ferme en dernier ?

NATHALIE ELIMAS
Ce n'est pas un renoncement, c'est une adaptation pour protéger nos élèves et nos personnels.

DAÏC AUDOUIT
Deuxième question qui se pose, sur l'enseignement à distance, qui finalement, si tout va bien, va concerner, soit une semaine, soit deux semaines, personne ne va s'investir en énergie, ou même financièrement pour acheter du matériel, pour deux semaines d'enseignement à distance, c'est en fait 4 semaines de vacances qui va avoir lieu.

NATHALIE ELIMAS
Absolument pas. L'enseignement à distance, aujourd'hui, nous maîtrisons parfaitement les contours, c'est vrai qu'on l'a éprouvé un peu dans la difficulté il y a 1 an, il faut être très clair, aujourd'hui nous avons de beaux outils, à destination des élèves, à destination des professeurs, il y a beaucoup de ressources en ligne, je pense à Eduscol, je pense à Ma classe à la maison, par le CNED, tout ce qui a été fait aussi pour équiper nos élèves, parce que, vous l'avez dit, il y a 1 an, nous avons constaté qu'il y avait une vraie fracture numérique sur notre territoire, nous avons équipé, et nous regardons encore aujourd'hui comment nous pouvons resserrer la maille, donc ce ne sont pas 4 semaines de vacances. La semaine prochaine, c'est vrai que c'est court, 3 jours, ou 4 jours, puisqu'il y a le lundi de Pâques, mais tout est mis en place et en oeuvre pour que les élèves puissent bénéficier de cette continuité pédagogique, et de l'enseignement à distance justement.

DAÏC AUDOUIT
Est-ce qu'on peut télétravailler et donner des cours en même temps à ses enfants ?

NATHALIE ELIMAS
Alors, c'est une question très pertinente, parce qu'évidemment, quand on télétravaille et qu'on a un enfant au collège, ou au lycée, c'est beaucoup plus simple que quand on a un enfant en bas âge, et là encore, parce que nous sommes souples et pragmatiques, eh bien si vous avez un enfant en bas âge, si vous devez travailler avec votre élève, par exemple, qui est en classe de CP, vous pourrez demander à bénéficier de du chômage partiel…

DAÏC AUDOUIT
Pour le second conjoint, parce que c'est ça la question.

NATHALIE ELIMAS
La règle reste la même, il faut qu'un seul parent en fasse la demande effectivement, normalement on ne peut pas en bénéficier si le travail n'est pas télétravaillable.

DAÏC AUDOUIT
Mais on est d'accord que dans un couple on peut avoir un parent qui est en télétravail, et un autre qui pourra bénéficier du chômage partiel pour s'occuper de son enfant ?

NATHALIE ELIMAS
D'un enfant…

DAÏC AUDOUIT
Ça ce n'est pas ce qui est dans la loi, ça serait…

NATHALIE ELIMAS
Pour s'occuper d'un enfant en bas âge, exactement.

DAÏC AUDOUIT
Et alors c'est quoi la définition de l'enfant en bas âge ?

NATHALIE ELIMAS
Si vous avez un enfant qui est en maternelle, par exemple, ou début d'année d'école élémentaire, si vous avez un enfant de 6 ans, et que vous devez le faire travailler, en effet, quand on télétravaille ce n'est pas simple, et donc nous avons pris bien conscience de cela, et c'est tout à fait possible.

DAÏC AUDOUIT
Mais pour un enfant qui est en CM1, CM2, qui a 9, 10 ans, ça, ça sera moins possible ?

NATHALIE ELIMAS
Ce sera probablement moins possible, mais là c'est le champ de Madame Elisabeth BORNE, qui est ministre du Travail, qui vous répondrait plus précisément.

DAÏC AUDOUIT
Justement, vous, votre champ c'est l'éducation prioritaire, c'est pour réduire les inégalités, on le sait, la suspension de l'école, des cours, même si c'est sur 2 semaines, ça ne sera pas dramatique, mais ça creuse les inégalités sociales. Est-ce qu'il y a des aménagements, des exceptions qui sont prévues à la fermeture des écoles, pour lutter contre ce déclassement, et même ces inégalités ?

NATHALIE ELIMAS
Alors d'abord, nous avons lutté pour laisser les écoles ouvertes parce que justement nous voulions vraiment faire face à ces inégalités-là.

DAÏC AUDOUIT
Justement, elles ne sont plus ouvertes.

NATHALIE ELIMAS
Alors, les écoles ne sont plus ouvertes aujourd'hui, pour autant, nous ne restons pas sans rien faire. D'abord, vous l'avez dit, il y a l'enseignement à distance, j'ai dit, et je répète, il y a des supports qui sont extrêmement riches, ensuite il y a l'équipement des élèves, leur permettre de pouvoir suivre les cours à distance c'est avoir un équipement informatique, nous les avons dotés…

DAÏC AUDOUIT
Au-delà de l'enseignement il y a une… sociale aussi, à l'école…

NATHALIE ELIMAS
Evidemment, j'allais y venir…

DAÏC AUDOUIT
Y compris vitale, qui est les cantines. Vous aviez lancé une opération « les petits-déjeuners à l'école », est-ce qu'elle va être poursuivie, même si les écoles sont fermées. ?

NATHALIE ELIMAS
Je voulais effectivement anticiper les conséquences de la crise, et j'ai proposé le redéploiement des « petits-déjeuners à l'école », c'est-à-dire des petits-déjeuners distribués maintenant hors éducation prioritaire d'une part, et d'autre part, jusqu'à tous les jours, tous les matins si c'est nécessaire, donc ça, ça continue évidemment, en tout cas ça doit être opérationnel pour la rentrée prochaine, mais vous avez dit…

DAÏC AUDOUIT
…pendant la période d'interruption.

NATHALIE ELIMAS
Très justement, nous devons absolument lutter contre la précarité alimentaire, et donc nous travaillons, puisque là la cantine, par exemple, c'est du ressort des collectivités territoriales, donc nous travaillons avec les collectivités territoriales pour apporter des solutions, je précise que le Premier ministre a pris cet engagement hier devant la représentation nationale, à l'Assemblée nationale, donc nous travaillons à cela, nous aurons des arbitrages qui seront rendus dans la journée, pour voir comment, pour nos élèves les plus socialement fragiles, nous pouvons lutter contre cela, parce qu'on sait qu'un mois sans école, pour certains de nos élèves, c'est potentiellement un mois sans avoir ce repas chaud et équilibrés servis tous les jours le midi.

DAÏC AUDOUIT
Vous dites que c'est arbitré dans la journée, ce qui va être arbitré dans la journée c'est aussi la possibilité de recourir à des assistantes maternelles, on a l'impression qu'il y a beaucoup de choses qui sont arbitrées dans la journée une fois que les choses sont annoncées, qu'il y a un peu beaucoup de précipitation, à chaque fois c'est la même chose.

NATHALIE ELIMAS
Non, il n'y a pas beaucoup de précipitation, à chaque fois, en effet, nous nous adaptons, il faut quand même regarder la situation dans son ensemble, il y a des équilibres à trouver partout. D'abord, et toujours, le sanitaire et la protection des Français, ensuite les enjeux de société, qui sont divers, on vient de parler d'éducation, on vient de parler des conséquences sociales, on regarde les conséquences sur l'emploi, on regarde les conséquences économiques, et donc finalement on fait de la dentelle à chaque fois, donc il y a une annonce, et comme toujours, dans les 48 heures, nous prenons les situations les unes après les autres et nous les arbitrons, et les arbitrages seront rendus pratiquement tous dans la journée d'aujourd'hui.

DAÏC AUDOUIT
Mais ça ne veut pas dire qu'il y a de la précipitation dans la prise de décisions ? Si on avait décidé il y a une semaine de fermer les écoles en disant « c'est dans une semaine », on aurait eu le temps de se préparer.

NATHALIE ELIMAS
Non, non, il n'y a pas de précipitation, encore une fois on s'adapte. Vous avez bien vu comment le virus évolue, comment les variants, c'est une épidémie dans l'épidémie, sont venus complètement bousculer la donne, eh bien nous regardons les chiffres, les situations au jour le jour, le nombre de cas positifs en population générale, dans les écoles, la tension en réanimation, et vous voyez bien qu'en fonction de cela, eh bien il y a des décisions qui sont parfois douloureuses à prendre, mais toujours, toujours, je le précise, avec une recherche d'équilibre.

DAÏC AUDOUIT
Dernière question qui se pose pour les vacances, les centres de loisirs, ça ne dépend pas directement de l'Education nationale, mais ça se passe dans les écoles, est-ce qu'ils vont être fermés ou il y a une possibilité qu'ils ouvrent sous certaines conditions ?

NATHALIE ELIMAS
Alors, pour les « vacances apprenantes », enfin, pour les vacances pardon, nous voulons absolument occuper nos élèves, donc il y a en effet ce dispositif « vacances apprenantes », nous allons continuer à proposer des stages de réussite, mais à distance, donc 3 heures avec un professeur, chaque jour, par petits groupes de 4, 5, pour travailler la lecture et les mathématiques par exemple, sur le premier degré, parce qu'on a vu que c'était là que ça coinçait un peu pendant le premier confinement, pour travailler à l'oral avec le second degré, donc tout ça va être mis en place, et ça je vous l'annonce et je vous l'affirme. En revanche, pour les centres de loisirs, eh bien là encore il faut qu'il y ait des arbitrages, et qui seront rendus aujourd'hui. En tout cas nous voulons absolument que nos élèves, en particulier dans les quartiers un peu difficiles, puissent être occupés, et pour cela je précise que nous savons déjà mobiliser nos alliances éducatives, quand on parle d'éducation prioritaire on oublie que c'est un réseau, un réseau qui connaît bien ses élèves, qui connaît bien ses familles, qui travaillent avec les acteurs, nous pensons également aux cités éducatives, aux territoires éducatifs ruraux, ces écosystèmes qui mobilisent tous les acteurs d'un territoire pour être au plus près de nos élèves, et c'est ce que nous allons faire pendant ces vacances.

DAÏC AUDOUIT
Merci Madame d'avoir apporté ce matin quelques réponses, on a compris qu'il y en a d'autres qui vont être amenées au fil de la journée, notamment sur les centres de loisirs, donc on va évidemment suivre ça sur France Info, bonne journée, au revoir.

NATHALIE ELIMAS
Merci, au revoir.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 2 avril 2021