Entretien de M. Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d'Etat au tourisme, aux Français de l'étranger et à la francophonie, avec TV5 Monde le 15 mars 2021, sur la Francophonie.

Intervenant(s) :

  • Jean-Baptiste Lemoyne - Secrétaire d'Etat au tourisme, aux Français de l'étranger et à la francophonie

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Texte intégral

Q - On va parler, dans quelques secondes, de cette semaine de la langue française et de la francophonie. Evidemment, TV5 Monde la chaîne de la francophonie en est partenaire. D'abord, quand même, un mot de la crise sanitaire : suspension jusqu'à demain des vaccinations pour l'AstraZeneca, après l'Allemagne, qui a fait de même. Est-ce que cela va ralentir la situation, l'espérance de sortie de crise que tous avaient, et peut-être éviter le risque d'un reconfinement de l'Île-de-France ?

R - Ecoutez, c'est un arrêt temporaire, afin d'avoir un certain nombre d'éléments, d'ici demain. Mais ce qui est sûr, c'est qu'il y a une stratégie vaccinale. Et moi, je vois, d'ailleurs, dans mon territoire de l'Yonne combien elle monte en puissance. Nous avons ouvert des centres secondaires. Dans les EHPAD, j'ai pu le constater de mes yeux, à Chéroy, par exemple, tous les aînés ont été vaccinés ou presque. Beaucoup se sont portés volontaires. Donc, c'est grâce à cette vaccination que l'on va pouvoir, je pense, s'en sortir, retrouver la vie d'avant. Mais pour cela, il faut continuer, et cela va nous prendre encore quelques semaines. On en est déjà cinq millions de primo-vaccinés. Regardons le chemin parcouru en un peu plus de deux mois.

Q - La Semaine de la langue française et de la francophonie, Jean-Baptiste Lemoyne, 500.000 mots et expressions dans un dictionnaire des francophones, que vous allez inaugurer, demain, avec Louise Mushikiwabo qui dirige l'Organisation internationale de la francophonie, Leïla Slimani qui est la marraine de cette Semaine, et Roselyne Bachelot, la ministre de la culture. C'est quoi, ce dictionnaire ?

R - Voyez, là, je l'ai en ligne. C'est la version test, mais elle sera disponible, du coup. Cela permet d'avoir tous les mots de la langue française, parce que les acceptions, parfois, sont différentes d'un pays à l'autre. Par exemple, le mot char. En France, le char, c'est un matériel militaire. Mais le char, au Québec, par exemple, c'est la voiture. Si je prends la Suisse, c'est une voiture agricole. Donc, on voit qu'un terme a parfois des acceptions, des significations différentes, selon les pays. Et donc, la langue française, on le voit, elle est diverse. Et je trouve qu'il y a un très beau mot de Tahar Ben Jelloun, qui dit : la francophonie, finalement, c'est cette maison où il y a plus de locataires que de propriétaires. Eh bien, oui, c'est vrai que la langue française est utilisée, usitée, prise à son compte par tous les peuples du monde entier qui l'utilisent. Et cela donne ces différences. Et donc, c'est ce que le Président de la République a voulu : montrer que cette langue unit, fédère, des peuples très différents. Et c'est fantastique, parce que grâce à la langue française, vous pouvez travailler, étudier, voyager, aimer sur tous les continents, en français. Et je trouve que c'est un très beau message.

Q - Oui, avec des accents différents...

R - Exactement.

Q - Que l'on retrouve d'ailleurs dans ce dictionnaire. "Un bol d'air" : c'est le thème cette année de cette Semaine - on a bien besoin d'un bol d'air, avec ce Covid, avec tout ça -. Mais au-delà, la langue française se porte mieux, malgré ce que l'on dit, bien sûr, il y a le multilinguisme, malgré ce que l'on dit de la montée de l'anglais.

R - Alors, je dirais que la réalité est différenciée. D'un côté, il y a une forte dynamique démographique de la francophonie, parce que, quelque part, son centre est, comme aime le dire le Président de la République, quelque part du côté du bassin du Congo. Et donc, c'est vrai que l'on voit ce fort dynamisme démographique. Mais pour qu'il se réalise, encore faut-il que nous puissions avoir suffisamment d'enseignants en langue française qui soient formés, suffisamment également d'établissements enseignant en français. C'est pourquoi on a mis l'accent sur le partenariat mondial pour l'éducation, le doublement des effectifs dans l'enseignement français à l'étranger. Et dans le même temps, il y a un combat qui reste à mener, notamment au sein des institutions internationales, et je pense, par exemple, à l'Union européenne. Parce que, il faut se le dire, on assiste quand même à une sorte d'émergence de l'anglais comme esperanto. Et moi, je ne m'y résous pas. Je serai le 8 avril avec Louise Mushikiwabo et mon collègue aux affaires européennes, pour défendre le multilinguisme, le fait qu'on doit plus utiliser le français et les autres langues nationales, au sein des institutions, parce qu'utiliser uniquement l'anglais est d'un appauvrissement total : parler avec les mêmes 300 mots dans ce sabir n'est pas satisfaisant, et c'est une clé de la démocratie, finalement, pouvoir s'exprimer dans sa langue, pouvoir s'exprimer en français, en allemand, en espagnol, c'est très important.

Q - Le français est la troisième langue des affaires, la quatrième langue, donc, internationale, et la cinquième langue du monde. On peut faire mieux, encore ?

R - Je pense qu'on a un grand défi sur le numérique, parce qu'il faut rendre visibles tous les contenus en français, en langue française, sur le numérique. Là aussi, c'est un chantier que la France, avec le Canada, le Québec, les francophones, mènent : la " découvrabilité " des contenus sur internet. Parce qu'aujourd'hui, tout est digital et vous le voyez, l'important c'est de pouvoir être bien référencé, de bien apparaître. La langue française est vénérable, elle a quelques siècles derrière elle. Souvenez-vous de Villers-Cotterêts qui en a fait cette langue de référence en France, déjà. Aujourd'hui, il faut continuer sur les nouveaux espaces, les autoroutes de l'information, etc. Beaucoup de pain sur la planche, mais aussi une grande détermination des chefs d'Etat et de gouvernement. Le Président de la République porte haut cette ambition, et nous avons, dans quelques mois, le sommet des chefs d'Etat et de gouvernement. Cela sera en Tunisie, à Djerba, un hommage aussi aux fondateurs de cette francophonie. Souvenez-vous, c'était il y a 51 ans. Les cinquante ans, c'était l'année dernière, mais hélas, nous n'avons pas pu les fêter comme il se devait avec la pandémie. Mais c'est un héritage qui, je crois, nous impose beaucoup de devoirs et avec Jean-Yves Le Drian, avec le Président de la République, on veille à cela.

Q - Au-delà de cela, on parlait tout à l'heure des déplacements, de géographie. Le Covid n'a-t-il pas cassé cette union de cette grande famille francophone, quand même ?

R - Alors, le Covid a fait qu'on a travaillé différemment, on a tous eu notre lot de visioconférences et c'est vrai que la visioconférence a parfois induit, au niveau international, le recours, hélas, à l'anglais. Et là aussi, c'est un combat, pour faire en sorte que le monde d'après, ce monde d'après Covid, avec des habitudes qui ont changé, ne soit pas un monde qui nie la diversité linguistique. Et donc, vous avez raison, il y a des enjeux très forts avec cette pandémie ; pouvoir reprendre aussi le flux des échanges, des étudiants. Nous avons une maison des étudiants francophones sortie de terre, à Paris, à la Cité internationale universitaire. Et c'est heureux. J'y serai mercredi avec le recteur de l'AUF, l'Agence Universitaire de la Francophonie. Nous avons besoin de reprendre ces échanges, non seulement d'étudiants, de stagiaires, d'apprentis, et c'est vrai que c'est rendu compliqué. Donc, il faut poursuivre différemment, beaucoup sur le net. Mais nous ne renonçons pas parce que cette francophonie c'est un champ des possibles formidable, considérable. Imaginez-vous sur cinq continents cette capacité à communiquer. Je crois que c'est également un vecteur pour le monde économique. Je salue, d'ailleurs, le MEDEF qui veut, fin août, réunir, véritablement, un sommet économique francophone autour de ces journées. Cela sera l'occasion, je pense, de donner un coup de fouet à cette francophonie économique qui a fait l'objet de beaucoup de colloques, de beaucoup de rapports, mais que l'on a un peu peiné à voir dans les faits. Cela tombe bien, parce que l'OIF a justement une nouvelle stratégie économique francophone. Donc, vous le voyez, tout le monde va dans le même sens.

Q - Oui, et TV5 Monde est la chaîne de la francophonie, avec sa nouvelle plateforme gratuite TV5 Monde +.

R - Qui est formidable. Je ne cesse d'en parler à chaque fois qu'on m'interroge parce qu'il y a cette capacité à avoir accès justement à des formats différents et des centaines et centaines d'oeuvres, en plus de façon gratuite, donc je trouve que c'est formidable.

Q - Merci beaucoup, Jean-Baptiste Lemoyne, d'avoir été notre invité sur TV5 Monde.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 17 mars 2021