Déclaration de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des affaires étrangères, sur les relations franco-ukrainiennes et le conflit du Haut-Karabagh, à Paris le 26 février 2021.

Intervenant(s) :

Circonstance : Conférence de presse conjointe avec M. Dmytro Kuleba, ministre des affaires étrangères de l'Ukraine

Prononcé le

Texte intégral

Mesdames et Messieurs,


Je suis heureux d'accueillir, aujourd'hui à Paris, Dmytro Kuleba, le ministre ukrainien des affaires étrangères, qui m'a fait l'honneur de répondre à mon invitation malgré le contexte sanitaire difficile.

Notre entretien a été l'occasion d'échanger sur l'ensemble des questions de coopération bilatérale, notamment concernant les relations économiques entre nos deux pays, qui se développent de manière très dynamique grâce à des partenariats structurants entre des entreprises de nos deux pays.

J'ai constaté aujourd'hui le dynamisme de notre relation bilatérale, relancé depuis la visite à Paris en juin 2019 du Président Zelensky et qui s'est également manifesté lors de la réunion de la commission mixte économique qui s'est tenue à Paris en novembre de l'année dernière.

J'ai réitéré le soutien de la France à la volonté de l'Ukraine et du Président Zelensky de poursuivre ses efforts sur la voie exigeante des réformes, notamment en matière judiciaire et dans la lutte contre la corruption.

Nous avons également discuté, ce matin, du conflit dans le Donbass. Notre engagement, aux côtés de l'Allemagne, au sein du Format Normandie, en vue d'une résolution de ce conflit, reste tout à fait déterminé. Nous travaillons donc à la mise en oeuvre des conclusions agréées lors du sommet du Format Normandie, qui s'est tenu à Paris, le 9 décembre 2019. Nous souhaitons que chacun pour ce qui le concerne mette en oeuvre de bonne foi les engagements souscrits et poursuivre les discussions constructives sur l'agenda agréé lors de ce sommet.

Je souhaite par ailleurs rappeler, en ce 7ème anniversaire de la prise de contrôle de la Crimée par la Russie, qui devait conduire à son annexion illégale, que la France ne reconnaît pas et ne reconnaîtra pas cette annexion. Et globalement, nous soutenons la souveraineté et l'intégrité territoriale de l'Ukraine dans ses frontières internationalement reconnues.

Sur l'ensemble de ces sujets, la France et ses partenaires européens continueront de se tenir aux côtés de l'Ukraine, afin de l'accompagner dans la construction d'une société prospère, stable et démocratique.

Je vous remercie.

(...)

Q - Bonjour, je voulais savoir si vos entretiens avaient aussi évoqué des questions de sécurité et de politique régionales, notamment si vous aviez discuté entre vous deux de la situation en Arménie. Je vous remercie.

R - Nous n'avons pas évoqué la question arménienne. Je conçois que vous m'interrogiez sur ce sujet, dans la mesure où nous avons pu constater, hier, des mouvements de manifestation très significative, avec des risques de violences. Nous sommes très attachés à la démocratie arménienne, à la stabilité de ce pays qui a des ressorts démocratiques profonds. Et la France souhaite que le dialogue puisse s'instaurer dans ce pays en s'appuyant sur la légitimité du Président et du Premier ministre arméniens, pour que ce dialogue puisse aboutir à une situation plus sereine, dans un pays qui a connu des heures difficiles, dans le contexte de la guerre intervenue au Haut-Karabagh ; nous pensons que le soutien que nous manifestons, là, maintenant, à l'Arménie, doit permettre une situation plus stable et plus calme. Je constate d'ailleurs que ce matin, à Erevan, la situation était redevenue calme. Je pense que les éléments de la démocratie arménienne doivent tenir le coup.

Q - Ma question est sur le Sommet de Normandie. Est-ce que la date est déjà fixée pour le futur sommet des quatre dirigeants ? En perspective de cela, est-ce que vous pensez que c'est possible de revenir sur le contenu des Accords de Minsk, à savoir peut-être, vers un Minsk III, vu que le contexte a beaucoup changé depuis six ans et que la situation actuelle est un peu une impasse ? Merci.

R - La référence, maintenant, ce sont les Accords de Paris de décembre 2019. Ces accords ont été une avancée. Je crois que l'arrivée du Président Zelensky et sa première présence dans ce type d'instance a été un élément très favorable et très significatif. La feuille de route qui a été actée, à ce moment-là, est toujours sur la table. Il y a eu des progrès en matière de sécurité qui se sont traduits par un cessez-le-feu, qui a été respecté, mais qui commence aujourd'hui à vaciller un peu. Il y a eu des progrès dans l'ouverture de points de passage, il y a eu des progrès dans des zones de désengagement des armes lourdes, il y a eu des progrès dans le déminage. Toute la partie sécuritaire a commencé à faire des avancées significatives. Mais au niveau politique, c'est resté très en-deçà de nos attentes. Il faut donc poursuivre les conclusions de cette réunion de Paris pour réactiver la dimension politique de cet accord, et singulièrement, être vigilant sur la dimension sécuritaire. Le Format Normandie me paraît être le bon format pour poursuivre ces discussions, même si en ce moment, c'est plus compliqué en raison de la Covid, mais ce format a été reconnu par tous comme le bon format pour avancer. Mais pour avancer, il faut évidemment que l'ensemble des acteurs soit décidé à le faire.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 1er mars 2021

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