Interview de M. Gérald Darmanin, ministre de l'intérieur, à France Bleu Provence le 26 février 2021, sur l'arrivée de renforts de police à Marseille.

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Prononcé le

Texte intégral

PHILIPPE RICHARD
Ce matin, Maxime, notre invité est le ministre de l'Intérieur, il est en visite à Marseille depuis hier.

MAXIME FAYOLLE
Bonjour Gérald DARMANIN.

GÉRALD DARMANIN
Bonjour.

MAXIME FAYOLLE
Vous êtes arrivé hier à Marseille, avec des renforts de police pour la ville, on va en parler. Est-ce que pour vous, Monsieur le Ministre, les pouvoirs publics ont abandonné Marseille et ses cités depuis plusieurs années ?

GERALD DARMANIN
Il y a en tout cas un rattrapage à faire. La politique ce n'est jamais évident, c'est toujours gérer des contraintes, et le président de la République a souhaité, depuis le début de son mandat, créer des policiers et des postes de gendarmes supplémentaires, 10 000. On les voit arriver seulement maintenant, si j'ose dire, parce qu'il a fallu d'abord donner au contre-terrorisme beaucoup d'effectifs, et puis il a fallu former, recruter ces policiers. Et sur décision du président de la République lui-même, nous avons augmenté considérablement en effet les effectifs à Marseille, qui connaissait un défaut du nombre de policiers, puisque la ville en a perdu beaucoup, comme les grandes villes de France, mais sans doute un peu plus important ici, d'autant que les trafics sont plus importants ici, vous le savez bien.

MAXIME FAYOLLE
Oui, justement, Samia GHALI le disait à votre place hier, ce n'est qu'un rattrapage en fait, ces 300 postes.

GERALD DARMANIN
Oui, alors j'aurais l'occasion de discuter avec les élus marseillais tout au long de mes 5 jours de visite. Effectivement, c'est un rattrapage, mais c'est un rattrapage qui est bienvenu et qu'aucun gouvernement n'a fait, et aucune ville de France de connaît le renforcement, même Paris, de 300 effectifs de police supplémentaires, plus 140 CRS, que j'ai annoncé dès cette année, et qui sont à Marseille au moment où je vous parle. Ces effectifs d'ailleurs ils commencent déjà à arriver, avant même ma venue, il y avait déjà des élèves sortis de l'Ecole de police qui sont arrivés, j'ai même pu les rencontrer hier dans les quartiers Nord, ces policiers nouveaux. Après j'ai été maire moi aussi, je sais qu'il faut toujours demander plus au gouvernement pour obtenir ce qu'on doit obtenir, c'est normal de défendre les intérêts de sa commune et de ses habitants, et je voudrais souligner l'effort exceptionnel que fait l'Etat, dans un contexte évidemment peu facile, ce contexte de Covid et ce contexte de manière générale sécuritaire pour tout le pays.

MAXIME FAYOLLE
Marseille connaît un problème avec la drogue, c'est une surprise pour personne. Vous avez parlé Monsieur le Ministre de harcèlement des points de deal, avec des chiffres assez probants. Je vais vous citer : 1 000 affaires de trafic présentées à la justice l'an passé. Mais la réalité des habitants des quartiers Nord, ce sont des check points mis en place par des dealers, des trafiquants, qui font des soldes, qui offrent des briquets aux consommateurs pour les fidéliser, qui s'affichent sur les réseaux sociaux. Vous voyez bien qu'il y a quand même une différence entre les chiffres et la réalité.

GERALD DARMANIN
Je le vois d'autant plus que moi, mon bureau c'est le terrain, et je suis encore une fois un élu local, j'ai été maire de ma commune, je reste toujours élu local, je ne pense pas du tout être enfermé dans mes suppositions de Paris, bien au contraire, c'est d'ailleurs pour ça que je fais des déplacements longs et qu'à chaque fois que je rencontre tout le monde. Et hier par exemple j'ai bien sûr longuement rencontré les policiers, la journée et la nuit, mais aussi les élus locaux, les acteurs associatifs, les conseils de quartiers, je ne sais pas si beaucoup de mes prédécesseurs ont pu faire ce que nous pouvons faire aujourd'hui, grâce au président de la République, pour des moyens supplémentaires. Alors, vous dites, oui, il y a des check points ; oui il y a des halls d'immeubles occupés ; oui il y a des moments où des quartiers sont en train de sombrer dans le mauvais côté ; c'est tout à fait vrai ; et c'est pour ça qu'on ne s'y résigne pas, on y met des moyens, on y met des moyens de police et de justice, j'en ai discuté de la situation marseillaise avec le garde des Sceaux, et on a besoin aussi de la ville pour nous aider, j'aurai l'occasion de discuter avec Monsieur le Maire de Marseille ce midi, et lui proposer un million d'euros pour qu'il puisse équiper notamment les quartiers Nord de caméras de vidéo-protection. Demain la loi de Sécurité globale nous permettra d'utiliser des drones, également dans la lutte contre les stupéfiants, et surtout, moi je me satisfais de la tendance très positive malgré le manque d'effectifs des policiers marseillais, rien que les avoirs criminels, l'argent, c'est-ce qu'il y a de plus important c'est l'argent qui fait tourner le trafic de drogue évidemment, c'est 16 millions d'euros saisis en 2020 malgré le Covid, contre 8 l'année d'avant, on a doublé la saisie de ces avoirs, il faut continuer comme ça, même s'il y a encore évidemment beaucoup de travail pour que ce soit réel pour tous les habitants de Marseille.

MAXIME FAYOLLE
On va revenir sur ce volet drogue et sécurité avec nos auditeurs dans quelques instants. Je voudrais, avant cela, qu'on écoute cet habitant des quartiers Nord de Marseille, rencontré hier par Laurent GROLLET, Ashraf, il a un message pour vous.

ASHRAF
Ils disent qu'il y a une partie des musulmans qui est intégriste, islamiste, enfin tous les trucs en « iste », mais non. Ils disent, ouais, le voile, c'est le seul moyen de pression sur la femme musulmane. Ma soeur porte le voile, je n'ai jamais entendu mon père lui obliger à mettre le voile. Je ne pense pas que c'est le plus gros problème en France, c'est un moyen pour eux de faire diversion en fait.

MAXIME FAYOLLE
Est-ce que l'islam c'est un moyen de faire diversion, Gérald DARMANIN ? Ou est-ce que vous affirmez ce matin que c'est un problème dans les cités à Marseille où de nombreux habitants sont de confession musulmane ?

GERALD DARMANIN
Non, moi je suis quelqu'un qui aime la France et la France laïque, et la laïcité c'est que chacun peut vivre sa religion comme il le souhaite, être catholique, être protestant, être orthodoxe, être juif, être musulman, être bouddhiste ou ne croire en personne, et c'est ça la République. Il y a 2 500 lieux de culte musulman en France, plus d'une centaine à Marseille, ça c'est la République laïque qui a permis aux musulmans, et c'est bien heureux, de vivre leur religion comme ils l'entendent. Mon grand-père était musulman, mon grand-père il a prié Allah, il a aimé la République, il était par ailleurs soldat français, je n'ai jamais considéré qu'il était évidemment ni Patriote, ni Républicain, ni Français. En revanche, et les musulmans eux-mêmes sont les premières victimes, les islamistes eux existent, ils sont une minorité, mais une minorité agissante, chacun le sait. Ils ont tué des milliers de personnes en Afrique et dans les pays arabes, ils ont tué des milliers de personnes par des attentats terroristes, et ces islamistes, il faut que nous les combattions, et nous les combattions avec les musulmans. Et la dérive sectaire que représente l'islam politique, c'est un combat de tous les jours. Alors il faut bien sûr ne pas considérer que le problème de la France, et le seul problème de la France, c'est son rapport avec les islamistes, mais enfin c'est un problème quand même très important, chacun le sait, chacun le voit, et nous devons absolument sauvegarder la liberté de culte, absolument sauvegarder la protection des musulmans, des juifs, des catholiques, des croyants dans notre pays, tout en combattant très fortement tous ceux qui sont radicalisés. La loi est toujours au-dessus de la foi et la foi doit être protégée par la loi.

MAXIME FAYOLLE
Il est 07h52, vous écoutez France Bleu Provence, Gérald DARMANIN le ministre de l'Intérieur est notre invité jusqu'à 08h00, et avec vous, vos questions au 04 42 38 08 08. Valérie est avec nous depuis la Pointe Rouge à Marseille, le 8ème arrondissement. Bonjour Valérie.

VALERIE
Bonjour, bonjour Monsieur le Ministre.

MAXIME FAYOLLE
Vous avez une question au ministre, on vous écoute.

VALERIE
Absolument. Bonjour monsieur.

GERALD DARMANIN
Bonjour madame.

VALERIE
Voilà, j'ai entendu la bonne nouvelle avec 300 policiers supplémentaires. Moi je voulais vous poser la question des moyens. Je vous explique, j'habite dans les quartiers Sud, alors à ce propos je voudrais dire haut et clair qu'il n'y a pas de quartiers Sud et quartiers Nord. Je m'explique. Depuis au moins 5 ans maintenant nous avons des dealers dans les rues, en plein jour, au coin de ma rue, et c'est une rue on va dire c'est le quartier entre guillemets chic de Marseille. Nous avons des gens qui vendent à 03h00 de l'après-midi, à 10h00 du matin, avec des balances, des petits poids, ils vous pèsent au gramme, ce que vous voulez, enfin etc., voilà c'est à la vue de tout le monde, donc, et nous sommes dans les quartiers Sud Il y a dans beaucoup, dans les quartiers Est, ils ont le même problème, dans les caves, elles sont réquisitionnées par des personnes qui viennent et qui obligent les gens à faire pousser des produits dans les caves…

MAXIME FAYOLLE
Et vous avez une question sur les moyens, Valérie, parce qu'il y a beaucoup de monde.

VALERIE
Oui, pardon. La question est la suivante : moi, quand pratiquement toutes les nuits à partir du printemps il y a des rodéos, j'appelle la police, on me dit : oui madame, mais nous n'avons pas de voiture pour intervenir. Donc entre minuit et 02h00 du matin il y a des rodéos, et chaque fois qu'on appelle, on nous dit : ah ben oui, mais là, la seule voiture disponible ne sera pas, ne peut pas venir avant 2 heures, enfin on n'a pas de moyens. Voilà. Alors, est-ce que vous allez aussi mettre des moyens sur la ville ? Merci.

MAXIME FAYOLLE
La réponse du ministre de l'Intérieur.

GERALD DARMANIN
Si on met des effectifs supplémentaires, c'est effectivement pour qu'il y ait des voitures supplémentaires, des patrouilles supplémentaires et être plus présents auprès des habitants, c'est sûr et c'est sûr qu'il manquait des effectifs à Marseille. Et je voudrais dire à madame que je sais que les policiers, je prends l'exemple des quartiers Nord, même si j'ai bien compris que pour vous tous les quartiers étaient importants et je le comprends bien. Hier c'était 76 motos et quads qui ont été saisis en 3 mois pour lutter contre ces rodéos urbains. Et je comprends très bien madame que les trafics de stupéfiants et des rodéos, ça vous empoisonne la vie et ce n'est pas acceptable. Ensuite, je voudrais dire à quel point les caméras de vidéo-protection aident à la résolution de ces enquêtes, parce que souvent ces motos et ces quads, vous le savez bien, ils n'ont pas de plaque d'immatriculation, on arrive à les avoir puisqu'ils roulent à des vitesses folles et dans des conditions évidemment très dangereuses pour tout le monde, quand ils rentrent dans les garages, quand ils rentrent dans des lieux fermés, et c'est grâce aux caméras de vidéo-protection, c'est grâce aux réquisitions du procureur de la République, que je voudrais remercier vu l'excellent travail qu'il y a entre la police et la justice à Marseille, dans ces conditions difficiles, qu'on peut arriver à saisir par exemple ces rodéos et ces quads. Et donc voyez, madame, on peut mettre des effectifs en plus et c'est ce que nous faisons, il faut aussi qu'on ait des moyens de vidéo-protection qui nous permettent de faire des enquêtes, de confondre les auteurs d'infractions, et de les faire condamner. Donc c'est tout un tout qui permet de lutter contre l'insécurité. Il y a des quartiers dans certaines villes de France, ça a été le cas chez moi dans le Nord de la France, où nous avions des choses similaires, des trafiquants de drogue et des rodéos urbains, et après des années de caméras de vidéo-protection, et d'effectifs de police, et d'action municipale et nationale, on n'arrive à en venir au bout, donc il y a toujours un espoir, et c'est d'ailleurs pour ça qu'on se bat.

MAXIME FAYOLLE
Du Sud de Marseille au Nord, dans le 14ème, à Saint Marthe. Salah est avec nous ce matin. Bonjour Salah.

SALAH
Bonjour.

MAXIME FAYOLLE
Vous avez une question au ministre.

SALAH
Oui, Monsieur le Ministre, bonjour.

GERALD DARMANIN
Bonjour monsieur.

SALAH
Moi, tout simplement, ce que je veux dire, ce qui est important c'est la remise en place de la police de proximité, parce que ça joue un rôle qui est très important, les îlotiers, ce qu'on appelle les îlotiers, il faut que l'on ait ne une présence de façon continue, et ensuite, comme j'ai dit à l'opérateur tout à l'heure, il serait bien de remettre en place le Service national, pas obligatoirement pour tous les jeunes, mais pour ceux qui sont susceptibles de décrocher, et pour une période je pense de 24 mois. De les récupérer dès l'âge de 16 ans, parce que je pense que c'est quand les petits sont adolescents, qu'ils sont le plus susceptibles de s'en sortir, et il ne faut pas qu'ils aillent…

MAXIME FAYOLLE
Merci Salah, le ministre vous répond sur ces deux points.

GERALD DARMANIN
Non mais d'abord, que les policiers soient plus présents sur le terrain, plus présents sur la voie publique, comme on dit faire plus de patrouilles à pied, en vélo, être plus présent au contact des commerçants, des associations, des habitants, vous avez raison monsieur, et c'est le travail que fait la nouvelle préfète sous mon autorité ici à Marseille, c'est de remettre les effectifs dans la police du quotidien, comme dit le président de la République, parce que la police c'est des gens qui avant tout arrivent, parce qu'ils ont des informations et ils arrivent parfois à dénouer des problèmes, parce qu'ils ont ces informations. Donc vous avez raison et c'est ce que nous faisons. Le deuxième sujet sur le Service national, c'est sûr qu'il faut pouvoir surveiller notre jeunesse et notamment l'autorité parentale, les parents en premier lieu doivent être rappelés à leur devoir de parents, et lorsqu'il a décrochage scolaire, lorsqu'il y a difficultés de jeunesse, il faut qu'on s'en occupe avant de les voir sombrer dans la drogue ou dans le trafic. Alors il y a plusieurs raisons, il y a raison d'espérer, il y a le Service national que vous évoquez, le président de la République a mis en place le Service civique qui prend de plus en plus de place dans les quartiers. Il faut qu'on continue et ce n'est pas encore assez rapide et assez loin, c'est ce que nous dit le président, et il a raison. Et par ailleurs, moi je vais créer la Réserve opérationnelle de la police nationale, comme une réserve dans la gendarmerie. Il y a 30 000 jeunes souvent, qui dans le civil travaillent, sont étudiant, sont boulangers, et qui vont donner quelques jours par mois de travail pour la gendarmerie nationale et remettent ainsi un peu de sens patriotique, d'engagement, d'intérêt général dans leur action. Eh bien on va faire la même chose pour la police nationale. Et je veux dire à tous ceux qui nous écoutent, quel que soit votre âge et quel que soit votre métier, et notamment pour les plus jeunes, si vous voulez quelques jours par mois donner de votre temps à votre pays, à la police nationale, et aider par exemple la lutte contre les violences conjugales, aider la lutte contre les violences sur les enfants, nous allons créer cette réserve pour vous, pour que vous puissiez saisir l'occasion d'aider votre ville, indépendamment de votre métier, sans devenir policier professionnel si j'ose dire, vous pouvez faire partie de la police et donc faire partie des gens qui protègent.

MAXIME FAYOLLE
Nous avons une dernière question Monsieur le Ministre ce matin, question posée par Carole : si les policiers ne peuvent pas rentrer dans les cités, à quoi cela sert-il ?

GERALD DARMANIN
Alors, les policiers, moi j'ai passé la nuit avec la BAC Nord, ils m'expliquent, et c'est leur travail quotidien, vraiment je voudrais les remercier parce qu'ils font un travail très difficile, et ils sont très courageux, rentrent partout. Mais ils rentrent partout parfois dans des conditions extrêmement difficiles, très très violentes, évidemment des insultes, des caillassages, parfois des coups, parfois des tirs à balles réelles. Mais je peux vous assurer que la police de la République elle rentre partout. Elle rentre partout dans des conditions où parfois il faut 20, 30, 40 CRS pour les aider à rentrer partout, mais elle rentre partout. Donc oui, il ne faut pas laisser les quartiers sombrer. J'ai vu hier on est passé à la Castellane, hier on est passé par de nombreux quartiers dont je sais aussi que par ailleurs il doit y avoir des milliers de personnes qui vivent avec la création, la vie associative, l'envie de faire réussir leurs enfants, et je ne veux en aucun cas les confondre avec les délinquants, mais il faut effectivement donner plus de moyens pour que les policiers rentrent partout et rentent partout sans crainte pour leur propre vie, c'est l'objectif que l'on se donne par ce renforcement de moyens, d'effectifs et aussi de soutien que nous devons tous avoir pour les policiers qui font un travail si difficile et si essentiel pour que notre liberté puisse exister.

MAXIME FAYOLLE
Merci beaucoup Gérald DARMANIN, ministre de l'Intérieur, d'être sur France Bleu Provence ce matin avec nous.

PHILIPPE RICHARD
Et nos Marseillais ont donc posé les questions au ministre, mais vous pouvez continuer à réagir à ses propos.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 1er mars 2021
 

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