Entretien de M. Franck Riester, ministre du commerce extérieur et de l'attractivité, avec "La Nouvelle République" le 25 février 2021, sur l'attractivité de l'économie française.

Intervenant(s) :

  • Franck Riester - Ministre du commerce extérieur et de l'attractivité

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Texte intégral

Q - En quoi vos visites chez BBraun, Duvivier et chez Sécatol illustrent-elles les enjeux d'attractivité et d'exportation portés par votre ministère ?

R - Prenez Secatol. Vous avez une entreprise familiale sur trois générations, spécialisée dans l'outillage pour le BTP, qui a fait le pari du fabriqué en France, mais aussi du tout local en ne faisant appel qu'à des sous-traitants de la Vienne. Pari réussi, puisque c'est un véritable atout à l'export pour cette entreprise dont on retrouve les produits sur les chantiers de plus de 50 pays ! Les canapés Duvivier, c'est un savoir-faire reconnu que l'on retrouve d'ores et déjà aux quatre coins du monde et qui demain rayonnera à l'Exposition universelle de Dubaï, où l'entreprise est partenaire du pavillon France. Quant à BBraun, c'est un bel exemple du lien entre attractivité et exportations. Nombre d'entreprises étrangères s'installent en France pour exporter dans le monde entier comme BBraun, dont le site de Chasseneuil-du-Poitou exporte 80% de sa production de matériel médical vers 120 pays. Concrètement, c'est un chiffre d'affaires qui explose grâce à l'export, 50 CDI créés, et 6 millions d'euros investis en dix ans.

Q - La France se flattait d'être le pays le plus attractif d'Europe pour les investisseurs étrangers, avant la crise. Cela reste-t-il une priorité ?

R - Plus que jamais ! Les investissements étrangers, c'est de la croissance, ce sont 2 millions d'emplois partout en France, ce sont des entreprises qui contribuent au dynamisme de nos régions, c'est une richesse dont nous avons besoin pour accélérer la relance de notre économie. Autour du président de la République, nous sommes déterminés pour rééditer la performance de 2019, que vous évoquiez. C'est le sens de la stratégie Choose France, que nous portons depuis trois ans pour montrer la France et ses territoires tels qu'ils sont : compétitifs, innovants et attractifs.

Q - Quelles sont les conditions de cette attractivité ?

R - La recette, nous la connaissons, nous l'appliquons depuis 2017, et elle fonctionne. Nous rendons le site France plus compétitif, en baissant les impôts des entreprises et des particuliers et en dynamisant le marché du travail. Le cap est bon, nous le maintiendrons : c'est notamment l'objet de la baisse inédite et pérenne des impôts de production que nous avons engagée dès le 1er janvier 2021. Avec France Relance, nous faisons le choix d'investir massivement dans tous les secteurs d'avenir pour augmenter notre compétitivité. Nous continuerons également à simplifier les démarches des entreprises, comme avec la loi ASAP (Accélération et simplification de l'action publique) votée il y a quelques semaines.

Q - Est-ce compatible avec la souveraineté économique dont notre pays se réclame aussi ?

R - Il n'y pas d'opposition entre attractivité et souveraineté. Toutes les entreprises étrangères sont les bienvenues dès lors qu'elles s'inscrivent dans le cadre, clair et connu de tous, que nous avons mis en place pour protéger nos intérêts stratégiques. Jacques Delors disait de l'Europe qu'elle devait être "ouverte, pas offerte". Il en va de même pour la France.

Q - Notre région a une agriculture qui est très orientée vers l'export (céréales, spiritueux). Ce modèle a-t-il un avenir ?

R - Bien sûr ! D'ailleurs c'est l'une des leçons que nous pouvons tirer de cette année 2020 pourtant si difficile pour notre commerce extérieur : même dans la tempête, notre agriculture exporte ! Les produits de nos terroirs sont reconnus, demandés et recherchés à l'international. Le contentieux tarifaire entre les Etats-Unis et l'Europe dans l'affaire Airbus-Boeing, qui pénalise particulièrement les vins et spiritueux, ne doit pas remettre en cause ce modèle qui fonctionne. Avec nos partenaires européens, nous sommes totalement mobilisés aux côtés de nos producteurs pour obtenir le retrait des surtaxes américaines et pour les aider à conquérir de nouveaux marchés.

Q - Les leviers mis en place pour aider les ETI et PME à exporter doivent-ils être améliorés ?

R - On peut toujours mieux faire, mais je crois que nos outils de soutien aux exportations des PME et ETI sont adaptés et agiles. Avec la Team France Export, nous disposons d'une organisation efficace qui fédère l'ensemble des partenaires sous la houlette des Régions. Cette organisation s'appuie sur l'expertise d'acteurs bien connus des entreprises : Business France, Bpifrance, CCI France et tous leurs partenaires privés. J'ajoute que, depuis octobre 2020, nous n'avons cessé d'enrichir les mesures destinées à accompagner nos entreprises au titre du volet export de France Relance, qui mobilise 250 millions d'euros.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 26 février 2021