Entretien de M. Franck Riester, ministre du commerce extérieur et de l'attractivité, dans "La Charente libre" le 24 février 2021, sur les relations commerciales entre l'Union européenne et les Etats-Unis et les exportations de la filière vins et spiritueux.

Intervenant(s) :

  • Franck Riester - Ministre du commerce extérieur et de l'attractivité

Prononcé le

Texte intégral

Q - Vous venez en Charente à la fois pour rencontrer le premier employeur privé du département, Nidec Leroy Somer, mais aussi les représentants du négoce, le poumon économique de la Charente. Pourquoi ces rendez-vous ?

R - Cette séquence en Charente s'inscrit dans un déplacement qui passera aussi par la Vienne. Je viens à Cognac pour souligner le rôle crucial de la filière pour nos exportations et leur poids positif dans notre balance commerciale. Cette filière vit un moment difficile, à la fois en raison de la crise sanitaire mais aussi à cause des taxes américaines qui la frappent depuis janvier. La filière est une victime collatérale de la guerre commerciale entre Airbus et Boeing.

Q - L'administration américaine a changé, cette taxe a été l'une des dernières décisions de Donald Trump. Avez-vous des premiers signes d'un changement de cap ?

R - On souhaite sortir de cette crise par le haut. Mes équipes travaillent et vont travailler dans les semaines qui viennent sur ce dossier pour trouver une issue, pour s'engager dans une voie de désescalade avec Katherine Tai, la future représentante au commerce (USTR) de l'administration Biden. Elle devrait rapidement s'entretenir avec le commissaire européen au commerce, Valdis Dombrovskis, sur cette question. Mais des premiers gestes nous rendent optimistes.

Q - Lesquels ?

R - L'administration Biden a délivré des signes positifs sur le multilatéralisme et son souhait d'une coopération forte avec les alliés, avec notamment le retour des Etats-Unis dans l'accord de Paris, la volonté de trouver un accord international sur la fiscalité du numérique et la levée du veto américain pour la nomination de Ngozi Okonjo-Iweala à la tête de l'OMC (organisation mondiale du commerce).

Q - César Giron, le PDG de Martell Mumm Perrier-Jouët et président de la Fédération des exportateurs de vins et spiritueux, en appelle à l'Europe sur le dossier de la taxe américaine. Qui va négocier, la France ou l'Europe ?

R - La discussion technique et politique est engagée par la Commission européenne, en lien étroit avec nous, car c'est aussi un enjeu de notre relation avec les Etats-Unis. Nous sommes très en phase avec la Commission.

Lors de la première discussion entre le président Biden et le président Macron, la question a été abordée. C'est une priorité politique dans le cadre de la nouvelle relation transatlantique. Dans un premier temps, nous proposerons de suspendre mutuellement les taxes en vigueur qui frappent Airbus et Boeing, mais aussi d'autres produits comme le cognac. Je reste prudent mais ça peut aller très vite. La mobilisation est totale de notre côté.

Q - Par ailleurs, la filière viticole demande un fonds de compensation. Ce dossier avance-t-il ?

R - Le gouvernement reste mobilisé sur le sujet, j'ai écrit avec mes collègues Julien Denormandie et Bruno Le Maire à la Commission européenne pour qu'elle réagisse et une réunion a eu lieu avec le Premier ministre récemment pour faire le point.

Q - Vous allez aussi visiter Nidec Leroy-Somer, une entreprise désormais sous pavillon japonais...

R - C'est une entreprise qui montre l'attractivité de notre pays pour des entreprises étrangères qui investissent en France. Notre volonté est aussi d'aider les entreprises françaises à exporter avec le plan de relance Export mis en oeuvre par la Team France export.

Q - Que prévoit ce plan ?

R - Ce sont 247 millions d'euros mobilisés pour permettre aux PME et ETI (entreprises de taille intermédiaire) exportatrices de repartir à l'offensive sur les marchés étrangers. Il y a par exemple des "chèques relance export" qui prennent en charge jusqu'à 50% des dépenses de prospection mais aussi un soutien à la création de postes de VIE (volontariat international en entreprise) pour accompagner les entreprises. Nous avons aussi lancé des e-vitrines sectorielles, notamment pour les vins et spiritueux, permettant aux entreprises de repartir à la conquête des parts de marchés à l'international sans se déplacer, particulièrement avec les contraintes sanitaires qui perdurent. On mise sur le numérique et les outils dématérialisés pour aider nos entreprises à se projeter au-delà de nos frontières. Pour la filière des vins et spiritueux, c'est plus de 450 000 euros qui ont déjà été engagés pour réduire les coûts de la prospection de nouveaux marchés.

Q - Un dernier mot, sur la culture. Votre dernier déplacement en Charente, c'était pour le salon de la BD en 2020 avec notamment le sujet de la protection sociale des auteurs de BD.

R - C'est un sujet majeur pour lequel j'avais demandé un rapport à Bruno Racine (haut fonctionnaire et ancien président de la Bibliothèque nationale de France) qui a débouché sur un plan d'action. C'est à ma successeure Roselyne Bachelot de faire le point sur l'avancée de ce sujet.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 25 février 2021