Entretien de M. Franck Riester, ministre du commerce extérieur et de l'attractivité, dans "Sud Ouest" le 24 février 2021, sur les relations commerciales entre l'Union européenne et les Etats-Unis et les exportations de la filière vins et spiritueux.

Intervenant(s) :

  • Franck Riester - Ministre du commerce extérieur et de l'attractivité

Prononcé le

Texte intégral

Q - L'urgence est d'"arrêter la surenchère en cours entre Etats-Unis, Union européenne et France" à propos des surtaxes américaines, dit le Bureau national interprofessionnel du cognac. Comment la France avance-t-elle sur ce dossier ?

R - La filière vit un moment difficile du fait du contentieux Boeing-Airbus, dont on souhaite sortir par le haut. On en fait une priorité politique dans le cadre de la nouvelle relation transatlantique souhaitée par les Européens, les Américains et la France.

Q - C'est à la fois l'Europe et la France qui sont à la manoeuvre?

R - La négociation technique et politique est réalisée directement par la Commission européenne, la politique commerciale étant la prérogative de l'Union européenne. Je suis en contact permanent avec le commissaire Dombrovskis notamment à ce sujet. Il n'empêche que vu notre relation bilatérale avec les Etats-Unis, on peut avoir des contacts directs avec nos homologues américains sans empiéter sur la responsabilité de la commission.

Q - Vous évoquez des signaux positifs de la nouvelle administration américaine Biden ?

R - Oui, on pense que les Américains peuvent envoyer un signal tout de suite en direction des Européens en suspendant les taxes sur les produits aéronautiques, vins et spiritueux et quelques autres produits, et que les Européens fassent la même chose, le temps de trouver une solution pérenne au conflit Airbus-Boeing. L'administration Biden a montré des signes positifs : d'abord via le retour dans l'accord de Paris sur le climat, mais aussi sur le fait d'exprimer la nécessité d'une fiscalité internationale pour les services numériques et d'en négocier les modalités au sein de l'OCDE. Et enfin le fait d'avoir levé le véto qui pesait sur la nomination de Ngozi Okonjo-Iweal, nouvelle directrice générale de l'OMC, alors que les Etats-Unis bloquaient jusque-là. C'est un signe très fort des Etats-Unis de retourner dans les instances multilatérales.

Q - Quel est le timing à venir ?

R - Ça commencera dès jeudi avec l'audition de Katherine Tai, nouvelle ministre du commerce extérieur des Etats-Unis. Une fois qu'elle sera officiellement en fonction, il y aura un échange entre elle et le commissaire européen, et je prendrai contact avec elle pour lui réaffirmer combien nous faisons une priorité politique de la désescalade dans ce dossier.

Q - Allez-vous annoncer de nouvelles mesures compensatoires pour la filière cognac en Charente ?

R - Je n'ai pas d'annonces spécifiques. Nous essayons d'obtenir un fonds de compensation spécifique au niveau européen. C'est en cours d'analyse tout comme on se mobilise pour la levée des barrières douanières le plus vite possible. Avec ma casquette ministérielle, on a mis les bouchées doubles pour l'accompagnement des entreprises du secteur à l'export. On sait bien que ça ne compensera pas le manque à gagner, mais il est important d'aller chercher des nouveaux marchés.

Q - Comment ?

R - On a créé et lancé une vitrine sectorielle qui permet aux plus petites entreprises du secteur de pouvoir s'exposer dans le monde entier sans avoir à investir, elle est gratuite cette année. Nous allons financer quelques postes de Volontaires internationaux en entreprises (VIE) pour la filière vins et spiritueux durant deux ans, sur trois marchés cible (USA, Royaume-Uni et Chine) et peut-être d'autres pays comme le Vietnam et le Canada. Nous avons aussi engagé 450 000 euros de chèque relance export pour le secteur vins et spiritueux pour aider les entreprises à réduire le coût du déploiement à l'international.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 25 février 2021