Interview de M Cedric O, secrétaire d'Etat à la transition numérique et aux communications électroniques, à Public Sénat le 19 février 2021, sur le vote anticipé pour l'élection présidentielle, l'application TousAntiCovid et les cyberattaques notamment contre les hôpitaux et la place des écrans dans les familles.

Intervenant(s) :

  • Cédric O - Secrétaire d'Etat à la transition numérique et aux communications électroniques

Prononcé le

Texte intégral

ORIANE MANCINI
Et notre invité politique ce matin, c'est Cédric O. bonjour.

CEDRIC O
Bonjour.

ORIANE MANCINI
Merci beaucoup d'être avec nous, secrétaire d'Etat chargé de la Transition numérique. On est ensemble pendant 20 minutes, pour une interview en partenariat avec la Presse quotidienne régionale. Bonjour Fabrice VEYSSEYRE-REDON.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Bonjour Oriane. Bonjour monsieur.

ORIANE MANCINI
Pour les journaux du groupe EBRA, les journaux régionaux de l'Est de la France. Avant de parler de vos dossiers qui sont nombreux et qui sont dans l'actualité, Cédric O, un mot sur une autre actualité, et notamment cet islamo-gauchisme dénoncé par Frédérique VIDAL, des propos qui suscitent un certain malaise, notamment dans la majorité. Est-ce qu'elle a eu raison de le faire et est-ce que ce n'est pas finalement un moyen de faire diversion, alors que la précarisation des étudiants s'accroît ?

CEDRIC O
Non, je ne crois pas. Je pense que Gabriel ATTAL a été très clair sur le sujet hier au sortir du conseil des ministres. A titre personnel, je ne fais pas partie des adeptes d'une utilisation intensive de ce terme, pour plein de raisons. Je pense que…

ORIANE MANCINI
Elle n'aurait pas dû l'employer, pour vous ?

CEDRIC O
Il n'y a pas que Frédérique VIDAL, je pense qu'en fait il y a une forme de simplification de la pensée dans le débat avec l'utilisation de ce terme qui n'est pas bienvenue, en tout cas je pense que la priorité sur les étudiants c'est la gestion de la situation dans la crise pandémique, que Gabriel ATTAL l'a rappelé, que c'était ça la priorité du gouvernement. Je pense que cet incident est clos et que maintenant il faut passer à autre chose.

ORIANE MANCINI
Et c'est une manière de la recadrer, de dire ça ?

CEDRIC O
Je ne vais pas faire l'exégèse des comportements des uns et des autres, je pense le ce qu'a dit Gabriel ATTAL était clair.

ORIANE MANCINI
Et ça vous met mal à l'aise, quand même, ce qu'elle a dit Frédérique VIDAL ?

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Oui, on a le sentiment quand même qu'il y a un problème de politiquement correct ou d'impolitiquement correct.

CEDRIC O
Non, je pense que, en l'espèce, si on regarde le terme islamo-gauchisme, ce qu'on peut dire, c'est que scientifiquement sa définition et son utilisation ne sont pas extrêmement précis, et donc je pense que la question de l'indépendance des chercheurs est essentielle pour le gouvernement, que l'université a bien d'autres problèmes en ce moment, et que la priorité c'est vraiment la crise pandémique.

ORIANE MANCINI
L'autre sujet, c'est le Sénat qui a enterré hier la proposition du gouvernement de mettre en place un vote anticipé pour la présidentielle, via des machines à voter. Avant de parler du fond, est-ce que vous reconnaissez qu'il y a eu un problème de méthode de la part du gouvernement ? Est-ce que vous vous y êtes mal pris sur ce sujet ?

CEDRIC O
Non, je ne pense pas. Je pense que c'est un sujet dont on débat depuis assez longtemps, par ailleurs l'évolution qui était proposé n'est pas non plus je trouve extrêmement si révolutionnaire qu'il faille s'en émouvoir de cette manière et en tout cas en faire un point d'accroche politique sur la manière dont cela a été fait. Il y a eu des débats…

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Donc, si ce n'est pas si révolutionnaire que ça, ça aurait dû passer, ça aurait dû fonctionner, c'est bien qu'on a loupé une marche quelque part.

CEDRIC O
Oui, je pense qu'après il y a une instrumentalisation politique, d'un sujet, dans une période, etc. Je pense que la question du vote électronique, la question du vote par Internet qui se pose depuis très longtemps, qui va bien au-delà, c'est la question de : est-ce que demain on pourra voter de chez soi ? Qui pose d'autres questions. Là il y avait l'occasion de faire un premier pas, qui posait moins de problèmes, on sait que pour le vote de chez soi ça pose des questions sur l'indépendance, bon là on va sur place une semaine plus tôt, on vote de manière électrique. Bon, je pense que c'était l'occasion de faire un pas intéressant, qui aurait permis peut-être de lutter un peu contre l'abstention. C'est dommage d'avoir saisi le sujet pour, voilà, en créer un point de cristallisation politique.

ORIANE MANCINI
Mais, au-delà, pour vous ils ont fait de la politique, les sénateurs, c'est ça que vous nous dites ?

CEDRIC O
Oui, et je pense qu'il arrive à la Chambre haute de faire de la politique. Là, il aurait pu y avoir au moins un débat, en tout cas rentrer dans le sujet. Il ne me semblait pas que ce qui était proposé était si révolutionnaire et si attentatoire à la démocratie qu'il faille…

ORIANE MANCINI
Et pourquoi ne pas l'avoir proposé dès le début du texte, si vous souhaitiez un débat ? Est-ce que la majorité n'a pas aussi suscité ce genre de réaction de la part des sénateurs, en le déposant un peu à la dernière minute, alors que le texte avait déjà été voté à l'Assemblée ?

CEDRIC O
Bon, je ne suis pas un très certains que ce soit ainsi, enfin en tout cas qu'il s'agisse, qu'il soit si important d'en faire un si gros point de cristallisation. Il n'était pas totalement illogique compte tenu de la fonction du Sénat dans la démocratie française, de le faire au Sénat, en tout cas d'avoir la discussion avec les sénateurs. Qu'il y ait y ait à un moment, une décision des sénateurs de dire : il faut avoir plus de temps de discussions, en tout cas dans une version plus apaisée, on veut en reparler un peu plus tard, ça n'a pas été la réaction. La réaction a été immédiatement de faire du judo avec cette proposition, qui honnêtement est à mon avis plutôt plébiscitée par les Français, correspond plutôt à une modernisation de la démocratie.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Mais c'était l'une des promesses d'Emmanuel MACRON : numériser la démocratie française. Vous allez faire d'autres propositions dans ce sens ?

CEDRIC O
Non, alors, en ce moment on continue à avancer sur la numérisation, mais on a une préoccupation majeure, c'est de faire en sorte d'accompagner tous ceux qui ne sont pas dans numérique, c'est-à-dire qu'il faut à la fois avancer sur la dématérialisation, faire en sorte qu'on dématérialise plus de procédures parce que c'est plus simple, mais on a aussi 20% de Français qui se sentent éloignés du numérique, qui n'utilisent pas l'informatique, et donc dans le même temps il faut conserver des guichets, il faut faire en sorte de réinjecter des numéros de téléphone, et puis il faut déployer ce qu'on fait à travers les conseillers numériques, c'est-à-dire former les gens pour lutter contre…

ORIANE MANCINI
Mais donc ça veut dire clairement qu'on n'est pas prêt aujourd'hui à avoir un type de procédure de vote, différent que la procédure classique par l'isoloir, c'est ce que vous nous dites.

CEDRIC O
Non, parce qu'en fait ça aurait été pour ceux qui sont, qui se sentent à l'aise avec cette possibilité-là. C'est-à-dire que vous ne forcez pas les gens à aller voter…

ORIANE MANCINI
Oui, mais est-ce que ça ne crée pas deux catégories de Français ? Est-ce que ça ne crée pas, ceux qui peuvent aller voter par différents moyens, parce qu'ils sont à l'aise avec le numérique, parce qu'ils sont à proximité de ces machines à voter aussi, et ceux qui sont moins à l'aise, qui sont loin des communes où se seraient déroulées ces machines à voter, et qui donc se retrouveraient avec moins de possibilités de vote ?

CEDRIC O
Alors là, pour le coup je ne suis pas du tout d'accord, parce que je pense que ce n'est pas parce que, enfin, en gros, ceux qui voulaient aller voter, ceux qui auraient voulu aller voter par les machines à voter, auraient pu le faire, ça représentait un progrès. Tous ceux qui votent naturellement, qui connaissent la date des élections ou qui vont voter physiquement, auraient pu le faire. Donc ça représentait un progrès, et ce n'est pas parce que tout le monde ne peut pas le faire ou ne veut pas le faire, qu'il ne faut pas continuer à progresser. Ce qui était important, c'est qu'on garde la forme traditionnelle du vote, le jour traditionnel du vote, et que ça permette à la démocratie française de se dérouler normalement. Ça me semblait en tout cas un pas dans une forme de modernisation, qui offrait une option à ceux qui pouvaient, ceux qui voulaient. Fallait-il, comme l'a fait la Chambre haute, en faire un point de cristallisation politique, je ne pense pas, je pense que de toute façon le sujet reviendra sur la table.

ORIANE MANCINI
Et justement, un dernier mot, au-delà de cette proposition de loi et au-delà de cette proposition du gouvernement, qui n'est pas une proposition de loi, une proposition du gouvernement, sur le vote électronique et sur la numérisation du vote, il y a aussi des questions qui se posent sur la sécurité, sur la confidentialité, est-ce qu'aujourd'hui vous en tant que secrétaire d'Etat au Numérique vous pouvez garantir que le vote électronique serait sûr, et que la confidentialité serait assurée ?

CEDRIC O
Alors, il y a deux questions. Les machines à voter, probablement. Aujourd'hui, je pense que nous ne sommes pas prêts, aucun très grand pays occidental n'est prêt à passer au vote par Internet de chez soi. Là, le risque est beaucoup trop grand, en tout cas pour des grandes élections comme les élections présidentielles ou les élections législatives, encore faudrait-il qu'on ait l'identité numérique, en tout cas je pense que sur ce sujet nous ne sommes pas prêts. Sur l'autre version du vote électronique qui consiste à aller voter sur une machine, sur place, dans un cadre sécurisé, là je pense que nous sommes beaucoup plus matures, les Américains le font, mais le je pense que la dernière chose qu'on dématérialisera en termes de vote, enfin par internet, c'est vraiment le vote, c'est trop dangereux s'il devait y avoir une interférence étrangère ou quelque chose comme ça.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Ça veut dire, pour revenir sur la question d'Oriane, la question de la confidentialité reste centrale, la confidentialité n'existe plus en réalité avec le numérique.

CEDRIC O
Alors, ce n'est pas tant ça que je disais, c'est-à-dire l'action de la confidentialité, qu'on a vu que notamment dans le domaine du numérique, et on y viendra tout à l'heure…

ORIANE MANCINI
On va y venir.

CEDRIC O
… il peut y avoir des interférences étrangères. Moi j'étais plutôt sur la question de la perturbation du résultat lui-même. Si le résultat est extrêmement serré et que parce que vous votez par internet il peut y avoir une interférence sur la modification d'un certain nombre de votes, sans même passer aux questions plus essentielles ou philosophique sur le vote dans l'isoloir, ça pose un énorme problème démocratique, et donc il faut être vraiment extrêmement sûr de la sécurité des réseaux, avant de pouvoir développer cela, et je pense que nous n'en sommes pas là.

ORIANE MANCINI
On va parler de la crise sanitaire et notamment de cette application TousAntiCovid, il y a plus de 13 millions de Français qui l'ont téléchargée désormais. Et je suis allée regarder sur l'appli, il y a moins de 82 000 personnes qui ont été notifiées par cette application. Est-ce que vous dites que ça a fait réellement ses preuves, est-ce que c'est vraiment un outil efficace de lutte contre le Covid ?

CEDRIC O
Alors, ça dépend comment vous le prenez. Aujourd'hui il y a effectivement 80 000 personnes qui ont été notifiées, il y en a en ce moment à peu près 1 000 par jour, et ça veut dire que derrière, ce qu'ont montré les scientifiques, on a sauvé quelques dizaines de vies, on a évité quelques centaines d'hospitalisation. Donc de ce point de vue, oui, nous ne regrettons pas du tout de l'avoir lancée, ça a bien marché, probablement qu'en Angleterre, en Allemagne, ils ont sauvé un peu plus de vies, mais en tout cas ça valait le coup et c'était bien de le lancer, au-delà de la facilité que ça introduit dans la vie quotidienne.

ORIANE MANCINI
Mais ce n'est pas un vrai outil de lutte contre l'épidémie à l'heure actuelle.

CEDRIC O
Alors, c'est un vrai outil de lutte contre l'épidémie, ça évite des morts qui n'auraient pas été évitées sinon, donc je pense que de ce point de vue-là. Après, la question que vous posez c'est : est-ce que ça a permis d'arrêter des vagues ? Non, dans aucun pays du monde. Et donc de ce point de vue là ça n'a pas été quelque chose qui nous a permis d'arrêter systémiquement l'épidémie, mais rien n'a permis d'arrêter systémiquement l'épidémie. Je reviens au sujet, c'est aussi pour ça qu'on veut continuer à la développer. Vous avez vu, il y a une étude qui a montré que la fonctionnalité des QR Code dans les restaurants, qui remplaçait les cahiers de rappel, en Angleterre avait permis d'éviter 600 000 contaminations. Ça n'a pas non plus, là, arrêté les vagues, mais ça a permis d'éviter 600 000 contaminations. Cela fait partie des options sur lesquelles nous travaillons, pour faire en sorte de mieux sécuriser la réouverture des restaurants.

ORIANE MANCINI
Donc, concrètement, ça veut dire que quand les restaurants rouvriront, il faudra avoir téléchargé tous l'appli Covid, tous TousAntiCovid pour s'y rendre ?

CEDRIC O
Non, vous aurez toujours l'option de passer par un cahier de rappel, mais on veut faire en sorte de systématiser le fait qu'il y ait un QR Code, c'est plus simple, ça va plus vite, c'est plus simple d'ailleurs pour le restaurateur aussi, c'est plus protecteur de la vie privée, et la manière dont ça marche c'est : vous flasher le code à l'entrée du restaurant, si jamais ensuite quelqu'un qui était là sur la même plage horaire que vous, se signale, vous êtes automatiquement prévenu, ce qui permet de mieux sécuriser les restaurants.

ORIANE MANCINI
Mais ça fait partie des conditions de réouverture des restaurants, ça ?

CEDRIC O
Ça fera partie du protocole de réouverture des restaurants, a priori.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Cette application, elle est amenée à être pérennisée dans d'autres fonctionnements sanitaires en France ? Dans votre esprit, c'est quelque chose qui peut être utile, au-delà du Covid, pour les autres formes d'épidémies ?

CEDRIC O
Au-delà du Covid, non, enfin, en tout cas on a toujours été très clair, c'est une application de lutte contre l'épidémie, mais un peu plus, c'est-à-dire qu'aujourd'hui on en fait un outil dans la gestion quotidienne de l'épidémie, il y a l'attestation de sortie, il y a les statistiques, il y a un certain nombre de conseils, demain il y aura cette fonctionnalité QR Code restaurants. On essaie de faciliter un peu la vie des gens au jour le jour, ça sauve des vies par ailleurs. Mais c'est une bonne expérience…

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Et je pensais au passeport vaccinal, aussi…

ORIANE MANCINI
Est-ce que ça peut évoluer vers le passeport vaccinal aussi cette application TousAntiCovid, est-ce que demain TousAntiCovid permettra de savoir si on est vacciné ou pas ?

CEDRIC O
Non, à ce stade je crois que le gouvernement a été très clair sur le passeport vaccinal…

ORIANE MANCINI
Il n'a pas été très clair, il a dit : on n'en parle pas tant que les Français n'ont pas tous la possibilité de se faire vacciner.

CEDRIC O
Exactement, non mais donc il a été très clair. A ce stade, le fait que tous les Français aient la possibilité…

ORIANE MANCINI
Donc une fois que les Français auront la possibilité de se faire vacciner, est-ce que vous travaillez pour que ça serve de passeport vaccinal ?

CEDRIC O
… de se faire vacciner, est encore dans quelques mois. Comment ensuite on présentera le passeport vaccinal, je ne ferme aucune porte mais à ce stade ce n'est pas dans les discussions, c'est-à-dire que la priorité à ce jour c'est de vacciner un maximum de Français, Olivier VERAN, le président, le Premier ministre, ont fixé des objectifs d'ici cet été, dès lors qu'on aura la certitude que l'on peut proposer la vaccination à tous les Français, on pourra discuter des moyens de présenter le passeport vaccinal. Aujourd'hui, ce n'est pas d'actualité.

ORIANE MANCINI
Mais cet été c'est demain en termes de travail sur une application et de travail numérique. Vous ne travaillez pas déjà à ce que ça serve pour un passeport vaccinal ?

CEDRIC O
A ce stade, non. On a encore un peu de temps.

ORIANE MANCINI
On va parler d'un sujet d'actualité, c'est la question des Cyberattaques.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Oui, on parlait de santé, on parle de numérique, Emmanuel MACRON a rencontré les hôpitaux de Villefranche-sur-Saône et de Dax ces dernières heures, hier précisément. Un milliard d'euros consacrés à la cybersécurité suite à ces attaques, 27 en peu de temps, ça va se traduire comment, on va faire quoi de ces un milliard d'euros ?

CEDRIC O
Alors, peut-être revenir sur effectivement la situation. Là vous évoquiez 27 attaques d'hôpitaux en France en 2020, depuis 2021 c'est une par semaine, il faut vraiment l'avoir en tête, et c'est très concret, ce sont les appareils de stérilisation qui s'arrêtent, il n'y a plus d'accès au dossier patient, y compris dans les urgences, donc quand vous avez des pas patients inconscients qui arrivent, vous ne connaissez pas leurs antécédents médicaux. Le téléphone ne marchait plus ni à Dax ni à Villefranche sur Saône et on a vu que l'année dernière il y avait, suite à ce genre d'attaque, une patiente qui était décédée en Allemagne. Donc c'est un problème, c'est un problème pour les hôpitaux, pour le TPE PME, pour les grands groupes, pour les Français, tout le monde connaît quelqu'un qui a s'est vu voler son adresse e-mail, voler ses données. Et donc c'est pour cela qu'on a décidé de faire une séquence, en tout cas de communiquer extrêmement fort sur ce risque, et sur les mesures que nous prenons. Il y a plusieurs éléments sur lesquels nous voulons avancer, d'abord c'est la sensibilisation. Je pense qu'il est extrêmement important que tout le monde comprenne, que tout le monde est une cible, et que donc tout le monde doit adopter certains gestes barrières extrêmement simples, sur la complexité du mot de passe, sur le fait de ne pas ouvrir une pièce jointe de quelqu'un qu'on me connaît pas, qui évite des problèmes personnels et des problèmes pour les organisations. Ça c'est le premier élément, c'est vraiment sensibiliser l'ensemble des Français.

ORIANE MANCINI
Et ça c'est important, vous nous dites : il n'y a pas que les hôpitaux, il n'y a pas que les entreprises, nous aussi dans notre quotidien on peut être touché par ces cyberattaques.

CEDRIC O
Exactement. Pour vous donner un chiffre, il y a un site très important, qui s‘appelle e cybermalveillance.gouv.fr, qui est le site où vous devez aller si vous êtes victime d'une cyberattaque. L'année dernière il y a 84 000 Français qui sont allés sur ce site et qui ont déclaré avoir été victimes d'une cyberattaque. Je veux dire, tous les Français victimes de cyberattaques ne vont pas sur cybermalveillance, je pense que vous ne connaissiez pas forcément le site, et pourtant malgré cela il y a 84 000 Français qui sont allez sur ce site déclarer avoir été victimes. Donc ça c'est le premier élément, c'est vraiment la sensibilisation. Tout le monde…

ORIANE MANCINI
Qui va passer par quoi, juste, la sensibilisation, pour faire mieux connaître ce site, pour faire mieux connaître les procédures ?

CEDRIC O
Alors, nous lançons une campagne de communication sur laquelle nous avons communiqué hier, avec, enfin, pour laquelle nous avons fait un partenariat avec le "Bureau des légendes", en tout cas l'équipe du Bureau des légendes, que je remercie pour leur aide et pour leur diligence sur le sujet. Nous éditons à destination des TPE PME, enfin, l'ANSSI édite un guide qui explique les mesures préventives et ce qu'elles doivent faire. Quand une TPE PME est attaquée, très souvent ça finit par la faillite, parce qu'elle n'est pas préparée et parce qu'elle n'a pas les moyens de répondre à l'attaque ou à la demande de rançon, ça peut être plusieurs centaines de milliers ou plusieurs millions d'euros, elle ne peut plus utiliser ses outils informatiques, elle a perdu son historique technique, et donc ça peut être dramatique. Le deuxième élément sur lequel on investit, c'est les effectifs et la capacité d'action de l'agence nationale de la sécurité et des systèmes d'information, donc c'est…

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Qui est assez faible aujourd'hui en réalité.

CEDRIC O
Ça dépend comment vous comptez. Elle a gagné 200 personnes depuis 2017 et c'est l'agence probablement la plus importante sur le sujet en Europe, donc elle est, en règle générale elle est assez plébiscitée par les grands groupes et par tous ceux qui ont eu à travailler avec eux. A Dax et à Villefranche, c'est l'ANSSI qui arrive sur place en pompier dans la nuit, 7 personnes sur chaque site, et qui aide l'hôpital à continuer à fonctionner et à reconstruire son système informatique, pour continuer à soigner les gens. Donc…

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
On va vers quel effectif ?

CEDRIC O
Aujourd'hui, fin 2022, je crois qu'elle aura 650 personnes. Donc c'est, enfin pour le coup, elle n'est pas vraiment pas faible, c'est-à-dire c'est la l'agence la plus puissante sur le sujet en Europe, et une des plus puissantes dans le monde. Et le dernier élément sur lequel on investit, peut-être plutôt les deux derniers éléments, d'abord c'est une guerre technique et technologique, donc on a besoin d'outils technologiques à la hauteur de ceux des assaillants, qui se développent extrêmement vite, et donc on investit dans de nouvelles solutions, ça peut être des sondes pour détecter les attaques, ça peut être des mécanismes d'intelligence artificielle pour mieux détecter et mieux contrer les attaques. Et enfin dernier élément, c'est aussi un secteur qui se développe extrêmement vite, qui représente beaucoup d'emplois, et donc on investit dans la formation, parce qu'on a besoin d'avoir plus de monde, et puis c'est un secteur d'avenir assez intéressant même pour les jeunes. Enfin dernier élément pardon, c'est le Cyber Campus, donc c'est la création d'un lieu d'excellence français, d'une forme de stations F de la cybersécurité à La Défense, une tour de 25 000 m² où toutes les grandes entreprises françaises de la cybersécurité, des institutions comme l'ANSSI … ou même des start-up, pour venir travailler ensemble pour augmenter le niveau de la Défense.

ORIANE MANCINI
Ces assaillants dont vous parlez, pour reprendre votre terme, est-ce que vous arrivez à les repérer, est-ce que vous arrivez à les retrouver ou est-ce qu'aujourd'hui vous êtes dans l'incapacité de le faire ?

CEDRIC O
Non, on a… D'abord c'est toujours long, mais on a eu ces derniers 15 jours même, d'excellente nouvelles de ce côté-là, puisque vous avez sans doute vu que des criminels ukrainiens ont été arrêtés lors des deux dernières semaines, deux groupes nommé Egregor et Imhotep. Imhotep c'était l'un des plus actifs et des plus dangereux groupes de cybercriminels qui était en action, qui a été complètement démantelé a priori par une action conjointe des Français, des Américains, des Ukrainiens et des Européens.

ORIANE MANCINI
Justement, on en est où de la coopération ?

CEDRIC O
Je finis ça, parce que Egregor c'est intéressant, le deuxième groupe, c'est celui qui a attaqué Ouest France, très intéressant de regarder ce qui s'est passé à Ouest France, et que la PQR est importante ici, la désorganisation totale pendant plusieurs semaines de la production, le journal a failli s'arrêter, ils le racontent très bien dans leur journal, c'était en novembre 2020, donc on voit que ça a été quand même assez rapide, et ils ont été interpellés. Il y avait aussi des interpellations de Français qui habitaient en Ukraine en fin 2019 et qui là avaient plutôt rançonné et harcelé des individus.

ORIANE MANCINI
Quelle est la coopération internationale sur ces questions ? Parce qu'on imagine que la France n'agit pas toute seule, comment ça se passe avec les autres Etats ?

CEDRIC O
On a une bonne coopération internationale au sein de l'Europe…

ORIANE MANCINI
C'est suffisant ?

CEDRIC O
… avec les Américains aussi. Il faut se rendre compte que 99 % des groupes qui agissent, et ils sont très peu nombreux, c'est entre 5 et 10 groupes qui sont responsables de la majorité des attaques, sont situés à l'étranger, et donc on a besoin pour les identifier et pour les interpeller d'une bonne coopération internationale. Et les choses progressent quand même très vite sur ce sujet.

ORIANE MANCINI
Et est-ce que l'arsenal répressif est existant, suffisant ?

CEDRIC O
L'arsenal répressif existant est suffisant, la difficulté c'est que quand vous avez identifié l'attaquant, s'il est en Ukraine ou en Russie, c'est un peu plus compliqué pour la police française d'aller le chercher, donc on les attrape comme pour les Français en novembre 2019, lorsqu'ils mettent un pied à Charles-de-Gaulle, ou sinon il faut la coopération internationale, c'est pour ça que c'est aussi important.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
C'est une criminalité mondiale.

CEDRIC O
Oui, c'est une criminalité mondiale, vous avez, et c'est une criminalité, c'est-à-dire on pense souvent aux actions de pays, mais la majorité, la très grande majorité des attaques, celles qui vous touchent vous et moi, les TPE PME, la plupart du temps ce sont des mafias ou des plus petits criminels qui agissent depuis l'étranger.

ORIANE MANCINI
On va parler d'un autre sujet avec vous Fabrice, c'est la consommation d'Internet qui explose.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Qui a littéralement explosé en 2020, liée au virus, mais c'était un petit peu le sens de l'histoire avec le développement des technologies, notamment des smartphones, entre 2 et 6 heures selon les tranches d'âge. Est-ce qu'on doit s'en inquiéter pour notre société ce temps d'écrans auquel les Français se prêtent de plus en plus ?

CEDRIC O
Non, je ne pense pas qu'on doive s'en inquiéter en soi. D'abord, si on prend le sujet à l'inverse, dans les périodes de confinement, dans les périodes où vous êtes forcé de rester chez vous, heureusement qu'il y avait Internet, sinon le confinement ont été autrement insupportable. Et donc internet, le numérique, les outils numériques, sont même devenus la ligne de vie des Français, particulièrement pendant le premier confinement. Et quand on dit le temps d'écrans…

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
C'est une forme de palliatif comme vous le présentez.

CEDRIC O
Non, mais particulièrement pendant le premier confinement, on peut raisonner en temps d'écrans, mais ça ne veut pas dire grand-chose en fonction de ce que vous en faites, puisqu'en fait le numérique est devenu indispensable pour travailler, pour se soigner, pour se cultiver, pour garder des relations avec ses proches, évidemment que le temps d'écran augmente. Ce que je pense, ce à quoi je pense il faut s'intéresser, c'est la qualité du temps d'écrans. Si c'est pour travailler, si c'est pour se cultiver et si c'est pour se divertir également, ou garder des relations avec ses proches, c'est très bien, il n'y a pas de problème à ce que le temps d'écran augmente. Par contre, il peut effectivement y avoir certains comportements, les écrans nounou, l'utilisation abusive des écrans dans certains cas, qui peuvent problèmes…

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Tout ce qui est addictif.

CEDRIC O
Oui, mais je suis assez contre la diabolisation du sujet numérique, c'est quelque chose qu'il faut accompagner. D'ailleurs il y a une question qui revient souvent, qui est la question des parents et des écrans. C'est-à-dire, on dit : est-ce que c'est bon les écrans pour les enfants ? Ce que montrent les études sociologiques et les études scientifiques, c'est que si le parent regarde l'écran dans une interaction avec l'enfant, ça peut être un formidable moyen d'entretenir la relation, de développer la curiosité des enfants. Ce qui pose problème c'est quand l'écran sert à calmer les enfants, parce que quelque part on ne veut pas s'en occuper, donc il faut…

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Ce qui n'est pas la majorité des cas, hélas, mais ce n'est pas la majorité des cas…

CEDRIC O
Exactement, et c'est pour ça que le sujet n'est pas tant le numérique en soi, et de toute façon ça n'aurait aucun sens, aujourd'hui la demande que j'ai en tant que secrétaire d'Etat Numérique, c'est d'avoir plus d'écrans et plus de connexions, parce que la pression quand on est en confinement, ce sont tous les gens qui n'ont pas à la connexion, et ce sont tous les gens qui n'ont pas d'écran et où les parents et les enfants n'ont qu'un seul écran, et comme le parent est en train de travailler, l'enfant ne peut pas aller à l'école en confinement, et donc c'est la qualité du temps de l'écran à laquelle il faut s'intéresser et sur laquelle il faut accompagner les parents et la société française.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Vous évoquez à demi-mot l'isolement de certains enfants face aux écrans, il y a la question du porno qui reste extrêmement présente dans notre société, comment, enfin, protège-t-on suffisamment aujourd'hui les enfants du porno dans les familles ?

CEDRIC O
Alors, c'est un sujet qui nous préoccupe beaucoup, Adrien TAQUET, donc le secrétaire d'Etat à la Protection de l'enfance et moi-même, et c'est exactement le même sujet que celui qu'on vient d'évoquer. Le sujet c'est que les parents doivent pouvoir jouer tout leur rôle, car aujourd'hui on a un vrai sujet, vous l'avez évoqué, il y a un enfant sur trois qui avant 12 ans est exposé à du contenu pornographique. C'est pour ça qu'on a travaillé notamment avec un certain nombre d'acteurs de l'Internet pour mettre en ligne un site internet « jeprotegemonenfant.gouv.fr », qui explique aux parents comment ça se passe, les outils qu'ils ont à leur disposition, notamment de contrôle parental. L'objectif n'est pas de déposséder les parents de ce qu'ils doivent faire, de les culpabiliser, mais de les accompagner pour qu'ils comprennent mieux, qu'ils comprennent mieux les outils qui sont à leur disposition, pour mieux protéger leurs enfants.

ORIANE MANCINI
Une dernière question sur les régionales, Cédric O, et Audrey PULVAR qui est candidate en Ile-de-France et qui veut la gratuité des transports en commun, et pour la financer elle veut entre autres taxer le e-commerce. Est-ce que vous dites que c'est une bonne idée ?

CEDRIC O
Non, c'est une mauvaise idée qui est financée par une mauvaise idée. Je veux dire, moi je viens du Parti socialiste, c'est quand même une tendance atavique à régler tous les problèmes par une taxe. Encore une fois c'est…

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Mais vous ne voterez pas Audrey PULVAR.

CEDRIC O
Non, je ne voterai a priori pas Audrey PULVAR. Non mais…

ORIANE MANCINI
Pourquoi c'est une mauvaise idée ?

CEDRIC O
Non mais c'est une mauvaise idée dans plein de sens. D'abord, il vaut mieux des gens qui commandent sur Internet avec des camionnettes remplies à ras bord, qui circulent aux heures où il n'y a personne dans les rues, que 10 familles qui prennent leur voiture pour aller au supermarché d'à côté. Donc accuser le e-commerce sur le plan environnemental, c'est une incorrection totale sur le plan scientifique. Deuxième élément, d'abord Audrey PULVAR n'a pas la capacité de taxer le e-commerce, donc elle peut promettre ce qu'elle veut, ça montre surtout de l'incompétence, parce que ce n'est pas dans les prérogatives de la région. Dernier élément, la seule chose qui va se passer si on taxe par exemple les entrepôts de e-commerce, c'est que les grandes entreprises internationales, comme notamment une américaine, vont simplement mettre leurs entrepôts de l'autre côté de la frontière, et envoyer des camions qui pollueront plus depuis la Belgique, l'Italie, l'Espagne ou la Suisse. Et donc on n'aura pas les emplois, plus de pollution, tout ça pour une proposition qui est assez démagogique, pour financer une autre proposition, dont il a été démontré que non seulement elle est infinançable, mais elle est complètement démagogique et complètement antisociale. Donc je pense que sur le sujet il faut revoir sa copie, et qu'il est nécessaire de travailler un peu plus les sujets avant de prétendre d'être présidente de région.

ORIANE MANCINI
Et ce sera le mot de la fin. Merci beaucoup. Merci Cédric O d'être venu nous voir ce matin.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 22 février 2021