Interview de Mme Barbara Pompili, ministre de la transition écologique, à France Info le 8 octobre 2020, notamment sur l'aide aux sinistrés des Alpes-Maritimes, les néonicotinoïdes et les propositions de la Convention citoyenne sur le climat.

Texte intégral

MARC FAUVELLE
Bonjour Barbara POMPILI.

BARBARA POMPILI
Bonjour.

MARC FAUVELLE
Vous étiez hier aux côtés d'Emmanuel MACRON qui a rendu visite aux sinistrés des Alpes-Maritimes, cinq jours après le passage de la tempête Alex. Le chef de l'État qui a annoncé le déblocage d'au-moins cent millions d'euros d'argent public, peut-être plus, dans les semaines et les mois qui viennent pour reconstruire ces villages qui ont été détruits par les crues. Comment est-ce qu'on reconstruit pour que ça ne se reproduise plus à l'avenir ?

BARBARA POMPILI
Vous posez exactement la bonne question. Ce qu'on a vu d'abord hier, c'était des gens qui avaient été complètement isolés et qui étaient heureux de voir qu'une chaîne de solidarité s'était créée autour d'eux et par eux-mêmes aussi, parce qu'eux-mêmes ont été très solidaires entre eux et puis l'État, les collectivités. Tout le monde était là pour leur apporter de l'électricité, de l'eau, remettre en état les réseaux, remettre en état les routes. Enfin, c'est ça dont il s'agit aujourd'hui. C'est du concret. C'est de la vie de tous les jours, simplement revenir à la vie normale. Mais ce qu'on a vu aussi, c'est une violence énorme dans cette crue, une violence dans les précipitations qui, malheureusement, va se répéter et se répéter. Là c'est le réchauffement climatique qu'on voit.

MARC FAUVELLE
Et donc il faut changer les règles de construction, d'urbanisme ?

BARBARA POMPILI
Il faudrait déjà globalement plus les appliquer, c'est-à-dire qu'on arrête de croire que les règles sont là pour embêter le monde. Non. Elles sont là pour protéger les gens. Il faut absolument maintenant que quand on construit une maison, on pense à éviter d'artificialiser parce que l'artificialisation est un des facteurs - la bétonisation, si vous préférez - est un des facteurs d'aggravation de ces crues. Vérifier aussi les lits des rivières et les possibilités d'extension des lits des rivières, et puis penser aussi à des matériaux plus résistants. Enfin, on a énormément de points d'attention à avoir. Mais ce que je peux vous dire, c'est que ne pas penser événement climatique majeur, c'est une erreur majeure si on veut faire de l'urbanisme et de la construction à l'avenir.

SALHIA BRAKHLIA
Si on vous écoute Barbara POMPILI, vous venez de dire à l'instant que les règles n'avaient pas été respectées jusqu'à présent. Est-ce qu'il y a d'autres endroits en France où les intempéries risquent de provoquer les mêmes conséquences ? Et donc on attend et on ne fait rien ?

BARBARA POMPILI
Vous savez, on paye le passé aussi. Moi quand je suis arrivée à Nice en avion, puisque on y est allé en avion, vous arrivez, vous voyez tout le littoral qui manifestement a été construit avant la loi littoral. Il y a eu des erreurs qui ont été faites qu'aujourd'hui on paye. Donc maintenant, il faut essayer de les rattraper. Donc on ne va pas raser tout ce qui existe, simplement il faut s'adapter. Donc il faut aussi par exemple re-méandrer les lits des rivières pour pouvoir leur permettre de…

MARC FAUVELLE
Re-méandrer, c'est-à-dire leur rendre leur cours naturel.

BARBARA POMPILI
Oui, voilà. On a mis du béton partout en fait, on a canalisé partout. Le problème c'est que ça déborde et qu'on n'a plus de place pour que les lits se répandent et évitent d'aller partout. Il faut, encore une fois, laisser l'eau pouvoir s'écouler.

MARC FAUVELLE
Il faut parfois détruire volontairement des maisons lorsqu'elles sont construites sur des zones inondables, dangereuses ?

BARBARA POMPILI
Quand il y a grand danger, il faut y réfléchir. Il y a les zones inondables, on a aussi les submersions marines puisque la mer monte aussi. On appelle ça le trait de côte. La question du trait de côte est très importante aujourd'hui, donc il y a aussi un système d'assurance à mettre en place. Là on a des assurances qui vont être débloquées pour les Alpes-Maritimes, le fonds Barnier….

MARC FAUVELLE
Et pour les Côtes-d'Armor également.

BARBARA POMPILI
Et pour les Côtes-d'Armor mais qui vont permettre à des personnes justement qui ont leur maison très abîmée et qu'il faut reconstruire ailleurs de pouvoir rembourser leur maison, et pour qu'ils puissent après reconstruire un petit peu plus loin pour éviter de se reprendre cette menace qui est dans toutes les têtes là. Quand on voit ce qu'ils ont vécu, ils n'ont pas forcément envie de revivre la même chose.

SALHIA BRAKHLIA
Barbara POMPILI, l'Assemblée nationale a voté mardi soir la réintroduction temporaire des néonicotinoïdes. Ils seront utilisés uniquement dans les champs de betteraves et seulement pour trois ans. C'est ce que vous promettez avec le gouvernement. Ecoutez la réaction du député de la France insoumise du Nord, Adrien QUATTENENS. Il était à votre place hier.

ADRIEN QUATTENENS, DEPUTE LA FRANCE INSOUMISE DU NORD
Ce qu'il faut dire à travers cette réintroduction des néonicotinoïdes, c'est quelle est la politique du gouvernement, la politique écologique du gouvernement. C'est un glyphosate bis. Vous vous souvenez qu'Emmanuel MACRON nous avait dit : pour aller vers l'interdiction du glyphosate, on va prolonger son utilisation. C'est absolument incroyable, on marche sur la tête.

SALHIA BRAKHLIA
Il a raison ? C'est un glyphosate bis ? C'est un recul, un renoncement ?

BARBARA POMPILI
Vous savez, moi j'adore la philosophie politique. Moi je suis militante écologique depuis vingt ans et ce que je veux, c'est que ça change et qu'on avance. Sur les néonicotinoïdes, il y a quatre ans j'étais bien seule à défendre cette interdiction. Je suis très heureuse qu'on ait voté et je suis très heureuse qu'aujourd'hui, on se soit quasiment complètement débarrassés de ces saletés puisque ce sont des saletés.

SALHIA BRAKHLIA
Mais est-ce qu'aujourd'hui c'est un recul ?

BARBARA POMPILI
Et là, on a un obstacle. On a un obstacle. Alors moi je veux bien qu'on vive dans le monde des Bisounours où tout va bien, où quand on fait des mesures de transition écologique tout le monde est content, ça se passe bien, tout le monde suit, c'est formidable. Non, ce n'est pas comme ça que ça se passe. C'est un combat. C'est un combat parce qu'il faut changer les habitudes, parce qu'il y a des modes agricoles qui sont encouragés depuis des années et qui nous ont emmenés dans le mur, qui emmènent les agriculteurs dans le mur et qu'on ne change pas en cinq minutes. Moi j'ai poussé pour qu'on puisse changer le plus vite possible, on y est quasiment arrivé. Il nous reste cet obstacle-là qu'on essaie de passer pour ne pas tuer, parce que là on tuerait complètement une filière en France et qui ferait que, du coup, on importerait du sucre qui aurait été fait aux néonicotinoïdes, donc tout ça d'une hypocrisie totale. Voilà, on a un obstacle. On le passe en responsabilité. C'est ça aussi être vraiment écolo. C'est être responsable et se battre et ne pas faire des  "y'a qu'à, faut qu'on" pour faire joli à la télé ou à la radio.

MARC FAUVELLE
Ce vote, Barbara POMPILI, il est quelque part assez cruel pour vous. Vous l'avez dit rapidement.

BARBARA POMPILI
Oui.

MARC FAUVELLE
C'est vous qui avez porté l'interdiction des néonicotinoïdes. Vous étiez secrétaire d'État à l'époque en 2007.

BARBARA POMPILI
C'est vrai.

MARC FAUVELLE
Je voudrais vous faire réécouter, pas par cruauté, mais vos mots à l'époque à la tribune de l'Assemblée.

BARBARA POMPILI – ARCHIVES DE 2007
Les néonicotinoïdes sont extrêmement dangereux. Ils sont dangereux pour les abeilles, mais bien au-delà des abeilles ils sont dangereux pour notre santé, ils sont dangereux pour notre environnement. Ils restent dans les sols très longtemps. Nous avons une responsabilité vis-à-vis de nos enfants. Nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas.

MARC FAUVELLE
Vous rediriez la même chose mot pour mot aujourd'hui ?

BARBARA POMPILI
Ah mais mot pour mot.

MARC FAUVELLE
Y compris là on va les réintroduire ?

BARBARA POMPILI
Mais mot pour mot. On ne va pas les réintroduire. Arrêtez de faire peur aux gens.

MARC FAUVELLE
On va les réintroduire autour des graines de…

BARBARA POMPILI
On a juste quelques dérogations ultra-ciblées sur une filière qui est la betterave.

MARC FAUVELLE
Ça a été rappelé par Salhia.

BARBARA POMPILI
Voilà. Donc on ne va pas réintroduire. C'est juste que là, on se donne un tout petit peu de temps sur un point qui pose problème. Mais encore une fois, je ne retire rien à ce que j'ai dit : je suis très fière de ces moments-là parce que c'était des moments de bataille, on a gagné à trois voix. C'était des moments très durs parce que personne ne voulait de cette interdiction. Aujourd'hui cette interdiction elle est là. Moi quand je vais me retourner, quand j'aurai arrêté ma carrière politique parce que ça s'arrête un jour, une carrière politique…

MARC FAUVELLE
Vous allez nous annoncer que vous quittez le gouvernement vous aussi ?

BARBARA POMPILI
Non mais quand j'arrêterai ma carrière politique…

MARC FAUVELLE
Ah, ce n'est pas aujourd'hui !

BARBARA POMPILI
Je pourrai me dire : grâce à moi et à d'autres qui se sont battus avec moi, aujourd'hui il n'y a plus de néonicotinoïdes en France, et ça je l'aurai à mon crédit. Donc oui, voilà, il y a des…

MARC FAUVELLE
Ça veut dire que vous n'avez pas à rougir de la décision que vous avez prise aujourd'hui.

BARBARA POMPILI
Non, non. Parce que c'est une décision…

MARC FAUVELLE
Même si ce n'est pas vous qui avez été envoyée à l'Assemblée nationale pour défendre ce texte. C'est votre collègue de l'Agriculture Julien DENORMANDIE.

BARBARA POMPILI
Oui. Alors vous pouvez fantasmer sur qui a été envoyé, pas envoyé.

MARC FAUVELLE
Il se trouve que c'est vous, ministre, qui l'avez interdit et c'est lui, ministre, qui le réautorise partiellement.

BARBARA POMPILI
Il s'avère que le ministre en charge de l'Agriculture, c'est Julien DENORMANDIE, donc il était au banc. Moi j'ai été à l'Assemblée, j'ai été auditionnée trois fois à l'Assemblée nationale sur les néonicotinoïdes, donc j'ai eu le temps de m'expliquer largement…

MARC FAUVELLE
En 2016, il y avait déjà un ministre de l'Agriculture.

BARBARA POMPILI
Oui, mais c'était dans la loi biodiversité. C'était une loi sur la biodiversité en général et dedans il y avait un article qui touchait - un ou deux, je ne sais plus - qui touchait les néonicotinoïdes. Donc c'était dans une loi plus globale, donc là on prenait le ministre qui s'occupait globalement de tous les sujets. Là c'est un sujet purement agricole mais il y a de l'écologie dedans et, encore une fois, j'assume complètement. J'ai été auditionnée et j'ai répondu 150 fois sur le sujet, et je vous réponds encore. Oui, la transition écologique n'est pas un long fleuve tranquille. Il faut se battre pied à pied mais à la fin, on y arrive et c'est ça l'essentiel. (…)

SALHIA BRAKHLIA
Toujours avec Barbara POMPILI, ministre de la Transition écologique, plusieurs propositions de la Convention citoyenne sur le climat ont été enterrées le moratoire sur la 5G, la taxe sur l'aérien, la baisse de la TVA sur les billets de train, ça veut dire que la Convention citoyenne sur le climat, ça commence à bien faire, c'est le message qu'on doit entendre ?

BARBARA POMPILI
Mais vous l'avez le texte de la convention citoyenne pour le climat parce que moi je l'ai pas encore fini, donc je ne sais pas.

SALHIA BRAKHLIA
On connaît pas mal de leurs propositions, là il y en avait 149.

BARBARA POMPILI
Moi la commande que j'ai, qui m'a été réitérée encore hier soir le président de la République, c'est qu'il y a 146 propositions qui ont été retenues par le président de la République sur 149, et que ces 146 propositions, elles doivent déboucher d'une manière ou d'une autre puisqu'elles n'ont pas tout un débouché législatif. Voilà la commande que j'ai du président de la République.

SALHIA BRAKHLIA
Celles que je viens de citer, ont été rejetées par plusieurs ministres en charge de ces dossiers.

BARBARA POMPILI
Il s'avère que sur la taxation, sur l'aérien, le président hier soir a bien dit les choses. Il a dit que le secteur aérien a été durement touché par le Covid, ce que vous ne savez pas les citoyens quand ils ont fait leurs propositions puisque je rappelle qu'ils les ont travaillé avant la crise Covid, donc il a dit ces propositions sont des bonnes propositions, mais simplement on va essayer de les repousser un tout petit peu dans le temps pour les appliquer au moment où le secteur aura un petit peu repris son souffle. Et donc elle sera appliquée simplement et ça moi j'en ai déjà parlé avec eux, ils entendent le fait qu'on tienne compte quand même de ce qui s'est passé pendant une crise Covid.

MARC FAUVELLE
La baisse de la TVA sur les billets de train, ça c'était bien dans les propositions de la Convention citoyenne, rejetée déjà par Bruno LE MAIRE, votre collègue de Bercy, c'est le cas.

BARBARA POMPILI
On est en train de travailler.

MARC FAUVELLE
Ce n'est pas fini, ce n'est pas arbitré ?

BARBARA POMPILI
Les arbitrages ne sont finis sur rien.

MARC FAUVELLE
Le moratoire sur la 5G, il pourrait revenir ?

BARBARA POMPILI
Sur la 5G, vous avez bien lu évidemment comme moi les 146 propositions, vous avez lu que sur la 5G, les citoyens avaient dit nous on a besoin d'avoir des éléments sur les risques sanitaires et sur la question environnementale sur le numérique. Et à partir de, tant qu'on n'a pas ça, il faut faire un moratoire. Or justement, moi dès que je suis arrivée, j'ai lancé avec mes collègues des études sur le côté sanitaire et sur le côté environnemental. Sur le côté sanitaire, on a les réponses qui sont les réponses…

SALHIA BRAKHLIA
On attend encore le rapport de l'ANSES en mars 2021.

BARBARA POMPILI
Oui alors le rapport de l'ANSES sera un rapport plus global sur toutes les bandes, vous savez, gigahertz qui peuvent être touchées par la 5G. Or celles qui sont touchées là maintenant dans les enchères, c'est les 3,6 gigahertz et 3,6 gigahertz, on a une littérature scientifique très ancienne parce qu'en fait c'est déjà utilisé qui explique que si on respecte les règles, il y a pas de problème particulier, on n'a pas de problème sanitaire. Et donc c'est sur cette bande-là qu'ont été ouvertes les enchères. Sur le reste il y a effectivement des études qui continue et après il y a un sujet sur la sobriété numérique et sur la sobriété numérique on va faire un certain nombre d'annonces tout à l'heure parce que je rappelle que l'empreinte environnementale du numérique 75 %, c'est la fabrication de ces objets-là.

MARC FAUVELLE
Et pour passer à la 5G, il faudra en théorie justement changer de téléphone.

BARBARA POMPILI
Oui mais on pourra, c'est comme à chaque fois qu'on passe d'une technologie parce qu'on est à la cinquième, donc il y en a déjà eu quatre avant, quand on passe à une nouvelle technologie, on a encore, on peut encore utiliser les anciens téléphones pendant très longtemps.

SALHIA BRAKHLIA
Pour la 5G apparemment il va falloir acheter un téléphone portable, sauf que vous, vous dites aux Français, il faut se diriger vers les portables reconditionnés, ce n'est pas possible avec la 5G.

BARBARA POMPILI
Il faut les réutiliser le plus possible, la 5G, l'utilisation essentielle de la 5G, c'est pour des utilisations professionnelles, pour vous et moi franchement regardez sur un téléphone un film en 4K, je ne vois pas l'intérêt. Aujourd'hui on n'a pas besoin de la 5G pour regarder un film sur son téléphone et puis bon moi j'aime autant regarder un film sur une télé, mais bon ça c'est chacun ses habitudes, ma fille n'est pas d'accord, elle, elle regarde toujours sur son petit téléphone.

MARC FAUVELLE
Est-ce que vous diriez, Barbara POMPILI, que c'est une technologie, la 5G, écologique ?

BARBARA POMPILI
Non c'est, mais le numérique a des aspects intéressants d'un point de vue écologique parce que ça permet de dématérialiser des choses et des réunions, de pouvoir faire du télétravail, etc. Donc ça a un côté intéressant, à côté de ça les données, ça émet des émissions de gaz à effet de serre et surtout, surtout j'insiste, pour 75% la construction des Smartphones, des ordinateurs, c'est ça qui pèse. Donc oui, il faut travailler sur le réemploi, on n'a pas besoin de racheter un téléphone tout de suite parce que sur la 5G, ça n'arrivera que bien plus tard, donc étalons dans le temps et puis surtout appliquons-nous aussi à essayer de trouver des solutions sur numérique sobre. Je pense aux data center par exemple. Les data center émettent des émissions de gaz à effet de serre, aujourd'hui ils ont des tarifs préférentiels d'électricité, eh bien là on va annoncer justement que pour le PLF, on va leur demander des conditions pour pouvoir bénéficier encore de ces tarifs notamment par exemple l'utilisation de la chaleur fatale, qu'ils émettent quand ils produisent leurs données.

MARC FAUVELLE
On parlait il y a quelques instants des propositions de la Convention citoyenne sur le climat, en voici une autre Salhia BRAKHLIA.

SALHIA BRAKHLIA
Sur les produits polluants, la publicité pour les produits polluants le ministre de l'Economie Bruno LE MAIRE était à votre place il y a 2 jours, écoutez ce qu'il pense de la restriction de la limitation, voire de l'interdiction de la pub pour les produits polluants.

BRUNO LE MAIRE, MINISTRE DE L'ECONOMIE, DES FINANCES ET DE LA RELANCE
Vous avez le choix entre interdire ou informer. Je suis convaincu que si on informe très clairement les Français sur les dommages que causent à l'environnement certains véhicules très polluants, ils changeront leurs habitudes de consommation. Il y a une autre voie à laquelle je suis totalement opposé, chacun le sait, c'est la voie de l'interdiction systématique.

SALHIA BRAKHLIA
Il ne faut pas interdire les pubs pour les SUV par exemple dit le ministre de l'Economie. Vous êtes sur la même ligne ?

MARC FAUVELLE
Alors vous me permettrez de préciser pour ceux qui nous suivent à la radio et pas à la télévision, tout ça fait sourire la ministre de la Transition. Il a parlé en son nom ? Il parle au nom du gouvernement ?

BARBARA POMPILI
Je souris parce que je suis quelqu'un naturellement de bonne humeur. Non mais les interdictions systématiques, moi aussi je suis contre.

SALHIA BRAKHLIA
Sur ce sujet, il faut interdire ?

BARBARA POMPILI
On peut discuter mais les mesures… La Convention citoyenne pour le climat nous incite à réfléchir sur le fait que la publicité… La publicité incite à consommer, et donc qu'elle ait un rôle à jouer dans la consommation des gens en alertant sur : attention, ça c'est dangereux pour l'environnement, est-ce qu'on doit aller plus loin. On est en train d'en discuter.

MARC FAUVELLE
Pardon de vous reprendre, Barbara POMPILI. La Convention citoyenne sur le climat, elle ne nous invite pas à réfléchir à la publicité, elle dit texto : il faut interdire la publicité sur les produits les plus polluants dès 2023.

BARBARA POMPILI
D'accord.

MARC FAUVELLE
C'est mot pour mot ce que les citoyens ont demandé.

BARBARA POMPILI
Oui, tout à fait. Et d'ailleurs ils nous proposent un outil qui est très intéressant qui s'appelle le Carbone Score. C'est-à-dire que sur chaque produit, on pourrait savoir en fait son score carbone, son empreinte écologique carbone. Et donc à partir de là, on pourrait dire : effectivement, ceux qui ont une empreinte écologique pas bonne, qui serait rouge en carbone score, on pourrait dire on ne fait plus de publicité. Mais dans ces cas-là, il faut que cet outil soit mis en place. Aujourd'hui l'outil n'est pas mis en place, donc sur quoi on se base m ? Moi je veux bien qu'on dise : on interdit la pub sur les SUV et diesel. Sauf que c'est simple, dans ces cas-là on mettrait une pub pour un SUV électrique et puis comme ça on aurait la même voiture mais ce serait électrique, et donc on aurait passé le cap. D'ailleurs ça pose la question du poids des véhicules. Les SUV sont un sujet parce qu'on est en train de mettre tout en place pour orienter les gens vers des achats plus responsables, des voitures électriques.

MARC FAUVELLE
WWF s'en est alerté cette semaine en disant que ça représentait aujourd'hui 40% des ventes…

BARBARA POMPILI
C'est ça.

MARC FAUVELLE
Que ces voitures, elles inondent aujourd'hui également le marché de l'occasion…

BARBARA POMPILI
Absolument.

MARC FAUVELLE
Et que les gens qui les achètent consomment plus et payent plus cher que les autres.

BARBARA POMPILI
C'est ça. Et puis aujourd'hui les SUV, ils sont responsables… C'est les deuxièmes responsables de l'augmentation des émissions de gaz à effet de serre dans notre pays.

SALHIA BRAKHLIA
Alors on fait quoi pour les pubs ?

BARBARA POMPILI
Et donc on ne résoudra pas tout avec les pubs mais on est en train d'essayer de travailler à un encadrement, de trouver comment on fait. N'oublions pas aussi que des produits très polluants, c'est les vêtements. On a plein d'autres sujets donc on a aussi nous un problème de quelle pollution on choisit. Est-ce qu'on doit interdire juste les SUV mais on aurait… Enfin, vous voyez, ce n'est pas simple donc on est en train d'en discuter avec y compris les citoyens.

SALHIA BRAKHLIA
Il y a beaucoup de questions et pas beaucoup de réponses pour le moment.

BARBARA POMPILI
Ah mais si on avait des réponses à tout, ce serait formidable mais moi j'ai l'humilité de croire que le monde est complexe. Mais ce que je peux vous dire, c'est qu'ils ont raison : les SUV, ça pose un problème parce que, pardon, ça fiche en l'air ce qu'on essaie de faire en termes de transition écologique des transports. Donc il faut aussi que les gens en aient conscience. (…)

MARC FAUVELLE
Barbara POMPILI, vous avez annoncé il y a quelques jours que vous souhaitiez interdire les animaux sauvages dans les cirques, mais sans donner de date. Là encore c'est pour quand, la fin des tigres, des lions, des éléphants ?

BARBARA POMPILI
Quelques années. On va travailler avec eux pour essayer de faire ça bien, mais on va faire par étapes, on va commencer par des animaux qui sont les moins adaptés aux déplacements…

MARC FAUVELLE
Lesquels ?

BARBARA POMPILI
Les gros animaux, les éléphants, les hippopotames, enfin vous voyez, c'est ces animaux-là qui vont être un peu dans la première salve. Après on va passer sur les fauves…

MARC FAUVELLE
Les premiers de cordée. Une belle cordée.

BARBARA POMPILI
Je n'utilise pas cette expression particulièrement, surtout sur ces sujets-là, mais l'idée, on est en train de demander un énorme effort aux gens du cirque, on est en train de leur demander de réinventer leur métier, et…

MARC FAUVELLE
Tout ça, ça va se faire sur combien d'années ? Sur 2 ans, 5 ans, 10 ans ? On attend que ces animaux-là disparaissent et on n'en remet pas de nouveaux ?

BARBARA POMPILI
Non, c'est ça. 10 ans c'est trop long, il faut avoir un temps raisonnable. 2 ans c'est trop court, 10 ans c'est trop long, voilà, on va le faire comme ça.

MARC FAUVELLE
C'est comme le glyphosate, c'est quelque part entre 3 et un peu plus.

BARBARA POMPILI
J'adore comme vous mélangez tous les sujets. Là on est en train de parler du cirque et de son avenir. Le cirque a un avenir, je crois vraiment que c'est un plaisir d'attendre ces personnes qui arrivent dans des villes et qui nous offrent un spectacle. Simplement, là on demande aux circassiens de se réinventer complètement. C'est un travail qui doit se faire dans le temps, et en plus on doit aussi s'occuper de ce que vont devenir ces animaux. On a plusieurs centaines d'animaux, qu'on ne peut pas lâcher comme ça dans la nature, personne ne le souhaite, donc il faut s'occuper de leur devenir, où on les accueille, comment, et comment on fait aussi avec les personnes qui s'occupent de ces animaux aujourd'hui, qui n'ont pas forcément envie de continuer dans des métiers de cirque. Et donc, tout ça c'est un c'est un sujet qui prend un peu de temps, qu'il faut faire sérieusement. Moi je ne suis pas là pour faire des annonces et puis après laissez les choses se faire n'importe comment.

SALHIA BRAKHLIA
A la télé aussi il faut donner l'exemple ? Je pense à "Fort Boyard" qui a des Tigres.

BARBARA POMPILI
Oui. Je parle, moi je parle des cirques itinérants. On parle des cirques itinérants.

SALHIA BRAKHLIA
Mais moi je vous pose la question sur "Fort Boyard", c'est la télé.

BARBARA POMPILI
Pour tous les autres animaux qui aujourd'hui sont en captivité, ils doivent répondre à des conditions très strictes, qui soient…

SALHIA BRAKHLIA
C'est le cas à "Fort Boyard".

BARBARA POMPILI
Alors là, pour le coup, sur "Fort Boyard", s'ils ne le respectaient pas, j'imagine qu'ils auraient été sanctionnés. Donc il y a des règles dans ce pays, il y a des professionnels dont c'est le métier, qui doivent s'en occuper correctement, mais là, encore une fois, on parle de l'itinérance et on parle de certaines espèces, comme les dauphins par exemple, qui sont inadaptés à la captivité.

MARC FAUVELLE
Les députés vont se prononcer aujourd'hui sur une proposition de loi qui propose d'interdire la chasse à courre. Est-ce que vous y êtes favorable ? Est-ce que vous la défendez cette proposition de loi ?

BARBARA POMPILI
Alors, cette proposition de loi, elle n'est pas proposée par moi-même, puisque c'est une proposition de loi, ça vient de…

MARC FAUVELLE
C'est le sens de ma question, sinon j'aurais dit "projet de loi" et j'aurais précisé que c'est vous qui l'aviez porté. C'est Cédric VILLANI, en l'occurrence.

BARBARA POMPILI
Oui. Oui oui oui oui. Moi, franchement, sur des sujets comme ceux-là, je considère que sur la chasse j'ai déjà avancé, j'ai milité et réussi à faire arrêter la chasse à la glue, qui est une chasse…

MARC FAUVELLE
Pour un an.

BARBARA POMPILI
Non, mais non…

MARC FAUVELLE
Non ?

SALHIA BRAKHLIA
C'est temporaire, la chasse à la glue.

MARC FAUVELLE
C'est définitif ?

BARBARA POMPILI
La chasse à la glue, on l'a arrêtée cette année, en attendant les décisions de la Commission européenne, enfin de la Justice européenne qui va nous dire si effectivement c'est conforme au droit de l'Union européenne. Et ce n'est pas conforme au droit de l'Union européenne…

MARC FAUVELLE
Donc c'est fini la chasse à la glue.

BARBARA POMPILI
Oui, on peut se donner des idées comme ça, parce qu'on n'a pas… Non. Enfin, on verra l'année prochaine.

MARC FAUVELLE
Bon, la chasse à la glue c'est terminé. La chasse à courre, ça continue ou pas ?

BARBARA POMPILI
La chasse à courre, aujourd'hui elle est autorisée, quand on voit ces images…

SALHIA BRAKHLIA
Il faut qu'elle le reste ?

BARBARA POMPILI
Quand on voit certaines images qui sont absolument scandaleuses, on se dit qu'il faut y mettre un terme, à certaines pratiques. La Société de vénerie, a priori, s'est occupée de donner des sanctions. Moi, après, je suis et je regarderai avec intérêt les débats, c'est un débat de société, et un débat de société ça doit se tenir.

MARC FAUVELLE
Vous sentez Emmanuel MACRON sensible à ces questions ?

BARBARA POMPILI
Aux questions de chasse ?

MARC FAUVELLE
Oui.

BARBARA POMPILI
Oui, il y est sensible.

MARC FAUVELLE
Lui, qui a accordé plusieurs choses aux chasseurs depuis qu'il est à l'Elysée.

BARBARA POMPILI
Oui, mais en même temps, encore une fois…

MARC FAUVELLE
Et qui dit : "Il ne faut pas les braquer".

BARBARA POMPILI
Il ne faut braquer personne. C'est pareil, moi j'essaie d'éviter de monter les gens les uns contre les autres, sur les questions écolo, sur les questions de sauvegarde de la biodiversité, c'est tellement complexe que l'on a besoin que tout le monde se mette…

MARC FAUVELLE
Ce n'est pas vous qui diriez les annonces, par exemple.

BARBARA POMPILI
Mais, on a besoin de se mettre tous ensemble. Vous savez, ce qu'on a vu hier, juste un point, ce qu'on a vu hier, et la solidarité qu'on a vue hier, c'est aussi que tout le monde s'est rendu compte qu'on était embarqué sur le même bateau. Et quelles que soient les opinions des uns et des autres, la lutte pour la transition écologique, pour la préservation de la biodiversité, c'est la lutte pour notre bateau commun, donc on a intérêt à tous s'y mettre, quelles que soient nos opinions, quels que soient nos points de vue sur tel ou tel sujet.

MARC FAUVELLE
Un mot sur les régionales, Salhia BRAKHLIA ?

SALHIA BRAKHLIA
Vous êtes pressentie pour les Hauts-de-France, est-ce que vous serez candidate, Barbara POMPILI ?

BARBARA POMPILI
Je suis flattée, mais non.

MARC FAUVELLE
Ah, c'est définitif.

SALHIA BRAKHLIA
C'est sûr, vous ne serez pas candidate.

BARBARA POMPILI
Voilà.

MARC FAUVELLE
Vous l'avez dit Emmanuel MACRON, qui a demandé à ses ministres de mouiller la chemise…

SALHIA BRAKHLIA
De s'engager dans la bataille.

MARC FAUVELLE
… d'y aller dans cette bataille.

BARBARA POMPILI
Oui, oui oui, mais il a aussi demandé à ses ministres d'être au front et de travailler sur leurs dossiers, et c'est ce que je fais.

MARC FAUVELLE
Il n'y a plus d'ambassadrice des pôles, depuis que Ségolène ROYAL a quitté ce poste il y a quelques mois, suite aux révélations de la cellule d'investigation de Radio France. Vous le regrettez ou quelqu'un d'autre va la remplacer ?

BARBARA POMPILI
Oui, je regrette qu'il n'y ait plus personne sur ce poste-là, parce que la question des pôles, et la question notamment ce qui se passe en Arctique et sur la manière dont tout est parti pour qu'on explore et qu'on essaie de vider l'Arctique de toutes ses ressources parce que les routes s'ouvrent, c'est un sujet international qui doit nous interpeller tous, et que la France a un rôle à jouer dans cette interpellation. Donc…

MARC FAUVELLE
Donc on va la remplacer ?

BARBARA POMPILI
J'aimerais bien, mais c'est vrai que…

SALHIA BRAKHLIA
Par qui, vous avez déjà une idée ?

BARBARA POMPILI
Non.

MARC FAUVELLE
Bon. Il faudrait nous le dire.

BARBARA POMPILI
Non non non non, mais il faut quelqu'un qui ait un poids politique suffisant pour pouvoir porter notre parole sur ces sujets.

SALHIA BRAKHLIA
Donc vous avez une petite idée.

MARC FAUVELLE
Ça ne sera pas Ségolène ROYAL.

BARBARA POMPILI
Elle l'a déjà été. Maintenant, il y a, je suis certaine, plein de personnes qui peuvent faire ça très bien.

MARC FAUVELLE
Merci à vous Barbara POMPILI, très bonne journée.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 12 octobre 2020