Interview de M. Joël Giraud, secrétaire d'État à la ruralité, à Sud radio le 7 octobre 2020, sur les intempéries meurtrières dans les Alpes maritimes, la protection de l'environnement et les efforts en faveur des zones rurales.

Texte intégral

PATRICK ROGER
Bonjour Joël GIRAUD.

JOËL GIRAUD
Bonjour.

PATRICK ROGER
Beaucoup de questions sur la table. Tout d'abord Emmanuel MACRON au chevet des sinistrés des Alpes-Maritimes cet après-midi, vous êtes un élu du département voisin, les Hautes-Alpes, qu'est-il urgent de faire là ?

JOËL GIRAUD
Pas tout à fait voisin…

PATRICK ROGER
Oui, c'est juste au-dessus !

JOËL GIRAUD
Ce qu'il est urgent de faire, pour ce qui nous concerne, enfin pour ce qui concerne mon ministère, c'est effectivement de faire en sorte qu'il y ait une mission d'évaluation extrêmement rapide des Inspection générales, l'environnement, le développement durable et l'administration, pour qu'on ait sous 45 jours une évaluation qui soit à peu près correcte de ces dégâts et ensuite mettre en marche un mécanisme de solidarité, qui existe, et qui a déjà été utilisé dans pas mal de catastrophes naturelles, qui permet cofinancer tout ce qui n'est pas assurable, les ponts, les routes, dont vous avez vu les dégâts…

PATRICK ROGER
C'est ça, donc l'état de catastrophe naturelle, c'est sûr, va être…

JOËL GIRAUD
L'état de catastrophe naturelle, il n'y a aucun problème, le sujet n'est pas là, mais ça, ça concerne les biens assurables, le problème c'est les biens non-assurables et il y a notamment tous les ouvrages d'art, et les ouvrages d'art ça représente quelque chose d'important, comme vous avez pu le voir sur les images, des ponts, ancestraux d'ailleurs, ont disparu.

PATRICK ROGER
C'est ça, il y a cette reconstruction des ponts, et puis après il y a le réaménagement, ça pose quand même un certain nombre de questions sur notre ruralité, sur nos campagnes, alors là effectivement ce sont des vallées, quoi !

JOËL GIRAUD
Ça pose des questions sur l'évolution du climat, parce qu'en fait… aussi, c'est aussi ça, parce qu'il y a un secteur… alors, lorsqu'on est sur des zones où il y a des lotissements neufs qui ont été inondés parce qu'on a fait, j'allais dire des bêtises au niveau des plans d'occupation des sols, des PLU, bon, on peut comprendre qu'on ré-édicte un certain nombre de règles, là on est dans une situation qui est un peu différente, parce qu'il y a des maisons, qui sont des maisons très anciennes, qui ont été emportées, donc il faut regarder, j'allais dire les problématiques d'urbanisme au regard de ce qui est en train de se passer, et qui deviennent, dans les Alpes, de plus en plus difficiles, parce que vous avez le permafrost qui est en train de complètement fondre, et en altitude vous avez des mobilisations de matériaux qui arrivent plus bas dans les vallées.

PATRICK ROGER
Oui, mais très concrètement Joël GIRAUD, on avait le maire de Lastours, dans l'Aude, où ils ont connu ça il y a 2 ans, il nous disait, en fait il y a une vingtaine de minutes à ce micro il disait, "en fait on n'entretient plus suffisamment les prairies, on coupe les arbres, mais on laisse des troncs d'arbres dans les rivières, alors qu'il faut laisser en fait les racines, on n'entretient pas suffisamment avec du bon sens", dit-il, « nos territoires ruraux » Qu'est-ce que vous lui répondez ?

JOËL GIRAUD
Je lui dis que c'est souvent vrai, et que d'ailleurs il y a des secteurs pour lesquels des services de l'Etat existent, ça s'appelle la "Restauration des terrains en montagne", et dans ces secteurs-là on a moins de difficultés parce que tout simplement on fait en sorte qu'il n'y ait pas d'embâcles, c'est-à-dire de trucs en travers justement des cours d'eau…

PATRICK ROGER
Vous avez vu le bois qui est arrivé en bas des Alpes-Maritimes…

JOËL GIRAUD
J'ai vu, j'ai vu.

PATRICK ROGER
Ce n'est pas normal ça !

JOËL GIRAUD
Je pense que, très sincèrement, enfin ces politiques où il y avait beaucoup d'agents, qui étaient des agents en fait originaires de l'ONF, qui faisaient ce travail-là, ont été un petit peu dévoyés au fur et à mesure des années, et qu'il convient de revenir à l'essentiel, qui est la protection des populations, or là, effectivement, je pense qu'il y a un problème de protection des populations dans tout le massif alpin.

PATRICK ROGER
Joël GIRAUD, les députés ont voté hier en faveur de la réintroduction de l'insecticide, pour sauver la filière betterave, ça a été quand même très chaud du côté de La République en marche, il y a eu beaucoup de votes contre. Vous, vous auriez voté quoi ?

JOËL GIRAUD
Moi j'aurais voté la réintroduction, temporaire bien évidemment, comme c'est prévu, tout simplement parce que je n'ai pas envie que demain on ait exclusivement de la betterave qui vienne de certaines importations au motif qu'on aurait tué une filière chez nous, ça ne veut pas dire que pour autant il ne faut pas que la recherche progresse et qu'on arrive petit à petit à enlever, je dirais, de l'alimentation, absolument tout cela. Après, vous savez, il faut se méfier, j'allais dire de celles et ceux qui sont des cavaliers blancs, moi je me rappelle avoir vu des gens…

PATRICK ROGER
Des cavaliers blancs c'est quoi, les ayatollahs verts, c'est ça ?

JOËL GIRAUD
Oui, c'est ça, vous allez faire… mais il y a quand même un sujet, c'est-à-dire que si vous voulez vraiment, moi j'ai eu le cas, j'ai été maire pendant presque 30 ans de ma commune, on voulait qu'il y ait du bio à 100 % dans les écoles, alors qu'on avait simplement des abattoirs de proximité. Lorsque je voyais du bio qui arrivait avec marqué dessus "GMBH" au lieu de "SARL", donc c'était allemand, qui passait par une plateforme à Stuttgart et qui avait un importateur à Ankara, et qui finalement traversait toutes les Alpes pour arriver dans nos assiettes, je pense que le bilan carbone global n'était pas franchement bon. Donc, oui à des politiques locales, oui effectivement à quelque chose qui est plus local que global, mais pour autant, au bout d'un moment, il faut quand même nourrir les gens et surtout éviter que des groupes de pression s'emparent de quelque chose, alors c'est aussi valable pour..

PATRICK ROGER
C'est qui les groupes de pression ?

JOËL GIRAUD
Des groupes de pression, vous recevez, moi quand j'étais député je recevais 10.000 mails, rigoureusement les mêmes, pour m'expliquer un truc avec des trucs qui étaient faux, c'est comme le coup de la betterave, je suis désolé, mais il n'y a rien sur la filière abeille dans la mesure où la betterave que l'on mange c'est une betterave qui a été consommée, récupérée, avant la floraison, voilà, c'est simplement ça, donc il faut se méfier quelquefois des fausses bonnes idées, je crois qu'en matière d'écologie c'est quelquefois le cas.

PATRICK ROGER
Alors, vous êtes ministre en charge de la ruralité, les ruraux sont-ils les oubliés du quinquennat Macron ? On l'a vu notamment lors de la crise des Gilets jaunes, on se disait qu'il y avait une fracture territoriale aussi.

JOËL GIRAUD
Ce n'est pas les oubliés, parce que sans ça je ne serais pas arrivé avec, sur mon bureau, 181 mesures d'un agenda rural, pour justement le mettre en oeuvre. Donc, l'agenda rural est quelque chose qui existe, qui est programmé au-delà de la crise des Gilets jaunes, et moi je suis chargé de le mettre en oeuvre.

PATRICK ROGER
Votre priorité alors, quelle sera votre priorité ?

JOËL GIRAUD
Ma priorité, elle est très simple. Si on ne parle pas beaucoup de ruralité c'est parce qu'il n'y a aucun réflexe, dans les administrations centrales, de s'occuper de la spécificité de la ruralité, c'est un peu, j'allais dire, le préalable à la loi 3D de Jacqueline GOURAULT, c'est-à-dire de considérer que la différenciation existe dans ces territoires. Ce n'est pas les ruraux contre urbains et les urbains contre les ruraux, ça n'a absolument aucun sens, pour autant, la priorité des priorités, c'est que, je l'ai demandé, dans chaque ministère il y ait un correspondant ruralité, et en ce moment je fais des bilatérales avec tous les ministres pour voir comment on peut adapter les politiques publiques. D'ailleurs, en post-Covid c'est intéressant, parce qu'il y a des mesures, qui sont des mesures provisoires qui ont été prises, de simplification, qui nous arrangent bien au niveau, je dirais de la ruralité, et on essaye de faire en sorte d'avancer petit à petit, et petit à petit on y arrive, regardez dans le plan de relance ferroviaire, il y a de l'argent pour les lignes capillaires, on n'avait plus mis d'argent du tout sur les lignes capillaires…

PATRICK ROGER
Les lignes capillaires, pour les auditeurs, c'est ?

JOËL GIRAUD
Pardonnez-moi, les petites lignes qui vous desservent, pour ces petits TER du quotidien…

PATRICK ROGER
Qu'on a voulu tuer il y a 3 ans.

JOËL GIRAUD
Que la SNCF a voulu tuer, oui, absolument…

PATRICK ROGER
Il n'y a pas que la SNCF, même le gouvernement.

JOËL GIRAUD
Mais elle s'y est employée. Le gouvernement est en pleine réflexion. Moi, vous savez, ça fait des années que je défends ces lignes capillaires, ça fait des années que je défends les trains de nuit, je constate que le président de la République a annoncé des choses intéressantes en la matière. Il remet des trains de nuit en France, c'est-à-dire comme partout ailleurs en Europe, alors que la SNCF nous disait qu'il ne fallait surtout pas en faire. Quelquefois il faut un peu forcer les, j'allais dire les anciens établissements publics de l'Etat.

PATRICK ROGER
Donc votre mission, Joël GIRAUD, si je comprends bien, c'est de redensifier, de restructurer les services, notamment dans les territoires ruraux.

JOËL GIRAUD
C'est de recréer des services adaptés à la population, parce qu'on vit toujours sur quelque chose qui est le service public de papa, vous n'allez plus de la même façon au bureau de Poste, vous n'allez plus de la même façon à votre trésorerie, alors là encore moins j'allais dire, parce qu'avec le prélèvement à la source et la taxe d'habitation, et pour autant, effectivement, on est quelquefois très très loin des services publics, d'où une idée de l'Agenda rural qui était de faire en sorte qu'il y ait une bonne fois pour toute une labellisation de Maisons France Services, où on regroupe les services qui sont utiles au territoire, c'est-à-dire c'est le territoire qui dit voilà, moi j'ai besoin de ça, de ça, de ça, comme services, je n'ai pas forcément besoin de tout parce que j'ai à côté un bourg-centre qui fait très bien l'affaire et qui a ce genre de services, voilà mon projet, est-ce qu'il est, on va dire suffisamment dense pour avoir une labellisation, parce qu'il ne faut pas que ce soit une mairie bis avec pas grand-chose à faire. Et au sein de ces services, qu'est-ce que vous avez ? Des agents qui sont formés à quelque chose qui est pratiquement de la pluriactivité, puisqu'en fait vous avez un tas de choses intéressantes à faire dans la journée, ce qui est quand même mieux que de rester à attendre le client, et vous avez des agents qui sont plus heureux, des citoyens qui sont plus heureux. Regardez Pôle emploi. Au travers de ce qu'on est en train de faire dans les Maisons France Services, beaucoup de gens ont choisi que Pôle emploi ait une représentation, alors qu'il fallait aller à la ville la plus proche, et Pôle emploi fait des choses adaptées aux territoires, chez moi il y a des Pôle emploi réservés pour les saisonniers.

PATRICK ROGER
Joël GIRAUD, il y a une grosse polémique en ce moment autour du déploiement de la 5G, est-ce que c'est indispensable pour les territoires ruraux justement la 5G, et est-ce qu'ils l'auront la 5G ?

JOËL GIRAUD
Ecoutez, première chose, déjà, on a mis 500 millions d'euros pour accélérer le déploiement de la fibre et de la 4G, donc déjà il faut ça sur les territoires, et je vous prie de croire que je fais des voyages officiels toutes les semaines, et toutes les semaines je vois des gens qui n'ont pas le téléphone mobile, qui n'ont plus le téléphone fixe pratiquement parce qu'il n'est pas maintenu, et qui n'ont ni la fibre, ni rien du tout, vaguement un bout d'ADSL dans le meilleur des cas, donc déjà il faut s'occuper de ceux-là, mais la 5G ce n'est pas réservé aux urbains. La 5G c'est fait pour envoyer des choses qui sont très volumineuses, et des choses très volumineuses vous en avez besoin où ? Vous en avez besoin par exemple lorsque vous avez une entreprise, peut-être petite, mais 50 emplois dans un village de 100 habitants c'est colossal, et qui a à envoyer de la modélisation parce qu'ils font des…

PATRICK ROGER
Donc vous allez tout faire pour la 5G dans les territoires ruraux justement ?

JOËL GIRAUD
Absolument, et nous avons déjà, avec Cédric O, et avec le Premier ministre et Jacqueline GOURAULT, nous avons fait une réunion de calage de tout cela, il y aura du déploiement de la 5G là où il y a des gros volumes, en milieu rural, de la même façon que…

PATRICK ROGER
C'est une priorité quoi !

JOËL GIRAUD
Pour moi c'est une évidence j'allais dire, la priorité étant de finir le réseau classique 4G, et bien sûr la fibre, dans l'ensemble de ces territoires.

PATRICK ROGER
Question avec Cécile de MENIBUS.

CECILE DE MENIBUS
Vous avez apporté votre soutien au référendum d'initiative partagée pour les animaux, soutenu bien sûr par les militants antispécistes, et qui interdit justement la chasse à courre. Est-ce que vous êtes, vous, vous souteniez les chasseurs, c'est quoi votre avis sur la chasse à courre ?

JOËL GIRAUD
Ecoutez, à titre personnel il y a un certain nombre de chasses dont je ne suis pas le défenseur absolu, j'ai dit clairement les choses sur la chasse à la glu quand le sujet est arrivé sur la table, je pense que c'est un peu « wide », pour ne pas employer d'autre terme, je ne fais pas partie des grands défenseurs de la chasse à courre. Je pense qu'il y a, en la matière, des chasses qui sont des chasses sportives, je suis né dans les Alpes, je connais très bien les gens qui font de la chasse au chamois, et qui considèrent que d'autres formes de chasse sont, j'allais dire, un petit peu des, allez, des amusements pour certaines catégories socioprofessionnelles, voilà la réalité, donc je ne fais pas partie des gens qui sont favorables à ce type de chasse.

CECILE DE MENIBUS
Mais chasseurs, si. Vous soutenez les chasseurs.

JOËL GIRAUD
Je soutiens absolument les chasseurs. Je suis d'une famille où tout le monde était chasseur, donc le sujet n'est pas là, le sujet c'est simplement certaines formes. La chasse à la glu, pour moi, était le sommet de l'horreur, enfin je veux dire, si un jour vous vous étiez promené, comme moi, dans un département du Sud, en voyant un animal désailé, au sol, qui n'était pas encore mort, ce n'est pas possible, voilà, ce n'est pas possible, on ne peut pas faire ça. La chasse au chamois c'est noble, la chasse au sanglier c'est noble, enfin voilà. Il y a des formes de chasse qui effectivement relèvent, je dirais, du droit que les citoyens ont pris, à l'époque, sur la noblesse française…

CECILE DE MENIBUS
Du divertissement…

JOËL GIRAUD
Et d'autres qui relèvent d'un certain divertissement, qui pour moi n'est pas quelque chose qui, dans la société, demeure in fine acceptable, voilà.

PATRICK ROGER
Merci Joël GIRAUD, secrétaire d'Etat auprès de la ministre de la Cohésion des territoires, en charge de la Ruralité.

JOËL GIRAUD
Merci à vous.

PATRICK ROGER
Merci d'avoir été avec nous ce matin sur Sud Radio.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 13 octobre 2020