Interview de Mme Emmanuelle Wargon, secrétaire d'État auprès de la ministre de la transition écologique et solidaire, à CNews le 19 juillet 2019, sur les mesures pour faire face aux canicules et la prime à la conversion automobile.

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Intervenant(s) :

  • Emmanuelle Wargon - Secrétaire d'Etat auprès de la ministre de la transition écologique et solidaire

Texte intégral

SOPHIA ROUSSEAU
Tout de suite c'est l'invité politique de Gérard LECLERC, et ce matin c'est Emmanuelle WARGON, secrétaire d'Etat chargée de la Transition écologique.

GERARD LECLERC
Bonjour Emmanuelle WARGON.

EMMANUELLE WARGON
Bonjour Gérard LECLERC.

GERARD LECLERC
La nouvelle ministre de la Transition écologique, Elisabeth BORNE, est une polytechnicienne, ce n'est pas une écologiste comme ses deux prédécesseurs, et elle n'est plus ministre d'Etat. Est-ce que ce n'est pas le signe, j'allais dire d'un déclassement, d'une dégradation de l'environnement, de l'écologie, qui ne seraient plus les priorités du gouvernement ?

EMMANUELLE WARGON
Non, pas du tout en fait. Je crois qu'on est arrivé à un moment où la prise de conscience sur l'urgence écologique, le besoin de lutter contre le réchauffement climatique, protéger la biodiversité elle est là. Et ce qu'on attend du gouvernement, ce n'est pas un titre, ce sont vraiment des actes. Elisabeth BORNE c'est quelqu'un de déterminé, d'extrêmement efficace, elle est engagée sur ces sujets, elle l'a montré à différents moments de son parcours, elle a travaillé avec Ségolène ROYAL, à la RATP elle a engagé la conversion de la flotte des bus diesel par exemple, donc elle est engagée, elle est déterminée, elle est efficace. Et puis le président et le Premier ministre se sont aussi appropriés les sujets de l'écologie, le Premier ministre en disant que ce sera au coeur de l'acte 2 du quinquennat, le président en créant le Conseil de défense écologique qui nous réunit autour de lui, environ tous les mois, pour mobiliser tout le gouvernement sur les sujets écologiques. Donc vraiment le passage à l'acte on y est.

GERARD LECLERC
Oui, mais est-ce qu'elle ne va pas quand même manquer de poids politique ? Ce n'est pas une élue, elle n'a pas de parti derrière elle, dans un ministère qui est très difficile, c'est un ministère horizontale, il faut pouvoir peser face aux autres ministres.

EMMANUELLE WARGON
Le poids politique c'est la capacité à gagner des arbitrages, à faire entendre ses vues.

GERARD LECLERC
Ah oui ?

EMMANUELLE WARGON
Ça n'est pas lié au titre, d'ailleurs elle l'a dit elle-même, le titre de ministre d'Etat, c'est aussi la d'Etat c'est aussi la reconnaissance d'un parcours politique précédent, mais avec notamment ce mécanisme de conseil au plus haut niveau, présidé par le président de la République, c'est un mécanisme très puissant pour pouvoir prendre des décisions interministérielles et faire que l'écologie soit le problème de tous, l'affaire de tous dans le gouvernement, l'affaire de tous les Français et l'affaire de tous dans le gouvernement, et c'est ça qui est en train de se produire, et ça c'est un changement assez fondamental.

GERARD LECLERC
Alors on a annoncé une nouvelle canicule la semaine prochaine, comme il en a déjà eu une il y a 3 semaines, on s'en souvient. Déjà 70 départements sont en alerte sécheresse avec des restrictions d'eau. Est-ce que vous allez prendre des mesures particulières ?

EMMANUELLE WARGON
Alors, à court terme on est effectivement très vigilant sur la gestion de l'eau, vous l'avez dit, 70 départements en alerte, plus d'une vingtaine en situation de crise, et donc dans ces départements-là il y a déjà des restrictions d'eau. Les préfets sont à la manoeuvre…

GERARD LECLERC
Oui, mais est-ce que ça suffit, est-ce qu'il ne faut pas aller plus loin, est-ce qu'on continue à voir des champs qui sont arrosés ?

EMMANUELLE WARGON
Alors, dans ces départements-là, les mesures de restrictions c'est l'interdiction de l'irrigation, y compris de l'irrigation agricole, si nécessaire. Mais après il faut traiter le problème plus à la racine, parce que chaque été on constate des crises de l'eau, c'est ce que je fais, j'ai réuni tous les acteurs de l'eau pendant 6 mois, de janvier à juin, on a maintenant une feuille de route, on s'est donné comme objectif d'économiser 10 % d'eau en 5 ans, 25 % d'eau en 15 ans, c'est considérable, et pour ça on requestionne tous nos modèles. Comment est-ce qu'on fait des retenues d'eau pour l'agriculture ? Comment est-ce qu'on fait évoluer l'agriculture pour qu'elle ait moins besoin d'eau ? Et c'est aussi une question de savoir quelles cultures ? A la fois comment on irrigue, comment est-ce qu'on irrigue de façon plus raisonnable et aussi qu'est-ce qu'on cultive ? On a d'autres questions sur la qualité de l'eau, comment est-ce qu'on protège cette eau, ça veut dire protéger les captages, ça veut aussi dire être très vigilant sur les traitements et les stations d'épuration. Vous avez peut-être vu, on a une station d'épuration qui a connu un incendie en région parisienne, donc on travaille avec eux pour savoir comment est-ce qu'ils vont réagir le plus vite possible. On a le même problème à Etretat, on vient d'avoir un incendie. Donc c'est tout le système de l'eau qu'il faut mieux accompagner pour que l'on puisse moins consommer d'eau, avoir une eau plus propre et avoir besoin de moins la traiter. Alors ça c'est pour l'eau, mais lors de la dernière canicule on a vu qu'il y avait des problèmes dans des écoles, dans les bâtiments publics, qui sont mal équipés en volets, en rideaux, en en climatisation. Là aussi il n'y a pas des choses à faire rapidement ?

EMMANUELLE WARGON
Il y a des choses à faire, et on y travaille avec…

GERARD LECLERC
Et c'est engagé déjà ?

EMMANUELLE WARGON
… le ministre de l'Education nationale, Jean-Michel BLANQUER et aussi avec les collectivités territoriales. Lors de l'un des derniers conseils de défense écologique, on a annoncé une enveloppe d'un milliard d'euros supplémentaire pour la rénovation des bâtiments scolaires, la rénovation thermique, parce que bien sûr l'un des endroits les plus importants à rénover ce sont les écoles, les collèges et les lycées. Ça dépend des collectivités mais avec cet argent de l'Etat, on va pouvoir lancer un grand plan pour avoir des bâtiments qui résistent mieux.

GERARD LECLERC
Alors la loi énergie climat a été adoptée par le Sénat, en première lecture, elle décrète l'urgence climatique avec l'objectif de neutralité carbone en 2050, mais sur les moyens, sur le contenu de la loi, on peut se demander si on n'est pas très loin du compte, s'il y a pas un manque d'ambition. On a vu que les députés ont ajouté un dispositif contre les logements passoires thermiques, que les sénateurs voulaient par exemple davantage d'éolien en mer, on a l'impression que le gouvernement freine, qu'il y a un manque de souffle dans cette loi.

EMMANUELLE WARGON
Je ne crois pas. En fait je crois que cette loi elle porte des objectifs au contraire très ambitieux, puisqu'on a un objectif de neutralité en 2050.

GERARD LECLERC
Oui, mais ça c'est pour 2050, mais est-ce qu'on en prend le chemin, est-ce qu'on se donne les moyens ?

EMMANUELLE WARGON
Oui, mais ça c'est l'objectif de l'Accord de Paris. La première critique qu'on nous fait parfois c'est de nous dire : vous signez des accords internationaux mais ils ne sont pas contraignants en France. Avec cette loi, et on va être un des rares pays qui est allé aussi loin, on aura un objectif contraignant pour 2050, ça veut dire diviser par six nos émissions de gaz à effet de serre. Donc c'est considérable. Après bien sûr la question c'est le chemin. C'est bien de se donner un objectif à très long terme, mais quel chemin ? Je vais prendre le sujet de la rénovation des bâtiments parce que c'est vraiment un sujet qui me tient à coeur. On parlait des écoles, mais il y a aussi bien sûr les logements, les logements de tout le monde, des particuliers. Là on se dit qu'on agit en deux étapes. Une première étape c'est d'améliorer considérablement notre système d'aide et d'accompagnement. C'est trop compliqué, on a trop de guichets, ton a trop de dispositifs, les gens ne savent pas à qui s'adresser. Il y a aussi de l'escroquerie, de la fraude. Avec Julien DENORMANDIE on travaille à la simplification des aides, à la refonte complète de « à qui doit-on s'adresser », à l'amélioration du financement privé, parce que c'est bien d'avoir des aides mais après encore faut-il qu'une banque vous prête le reste, à l'amélioration de la situation dans les copropriétés. Beaucoup de sujets très concrets. Ça c'est la partie incitation. Ensuite viendra l'obligation, parce qu'à un moment il faut dire : une fois que tous les outils sont en place, il faut lutter contre les passoires thermiques et donc il faut demander aux propriétaires de ces passoires, de faire les travaux. Et évidemment, le débat politique c'est : à quel moment l'incitation, à quel moment l'obligation ? Je crois qu'on a trouvé un bon compromis dans cette loi.

GERARD LECLERC
Alors il y a en même temps des contre exemples absolument invraisemblables, il y a cette affaire donc du train à Perpignan – Rungis qui est donc suspendu jusqu'en novembre, s'il redémarre un jour, et résultat ça va être des milliers de camions sur les routes, jusqu'à 25 000 par an. On a l'impression qu'on marche sur la tête.

EMMANUELLE WARGON
Alors moi je trouve toute cette histoire extrêmement choquante, et il est indispensable qu'on trouve une solution. Nous avons appris, le gouvernement, Elisabeth BORNE qui était ministre des Transports, seulement il y a 2 mois, vers le mois de mai, que ce train allait s'arrêter. C'est un contresens complet, on ne peut pas dire qu'on veut la transition écologique et laisser un train qui transporte des denrées alimentaires des primeurs du sud de la France à Rungis, s'arrêter, et reporter sur des camions.

GERARD LECLERC
Alors pourquoi ça s'arrête ?

EMMANUELLE WARGON
Ça s'arrête parce qu'en fait on a un peu tous été mis, pour l'instant, devant le fait accompli, parce que quand vous dites aux chargeurs, aux entreprises dont c'est le métier d'acheminer ces produits, quand vous leur dites en mai : « Le train il arrête de rouler au 1er juillet », eh bien forcément ces entreprises elles prennent leurs dispositions et elles trouvent une alternative. Maintenant on leur dit : non, il y a une volonté politique, on trouvera une solution, on trouvera une solution pour que vous puissiez continuer à envoyer les marchandises par le rail. On espérait arriver à avoir bouclé tout ça pour maintenant, c'est-à-dire qu'il n'y ait pas d'interruption. En fait ça prend un petit peu plus de temps, mais on travaille avec la région, avec les entreprises, avec la SNCF, avec bien sûr Rungis, il y aura une solution, je m'y engage avec Elisabeth BORNE, on trouvera une solution pour que ces marchandises soient de nouveau acheminées par le rail.

GERARD LECLERC
Alors, autre contre-exemple semble-t-il, c'est la prime à la conversion auto, elle va être rabotée, restreinte, avec… elle ne concernera plus les ménages aisés, les entreprises, les diesel. Là aussi on ne comprend pas bien. C'est bien de changer des voitures pour prendre des voitures plus propres.

EMMANUELLE WARGON
Alors c'est très bien de changer de voiture pour prendre des voitures plus propres. Cette prime à la conversion c'est un mécanisme qui marche bien. Au début tout le monde nous a dit : c'est trop compliqué votre truc, vous ne trouverez pas votre public. En fait on l'a très bien trouvé. L'objectif du gouvernement sur cette prime c'était 500 000 primes, pendant la durée du quinquennat. Au moment de la discussion de l'acte 2 du quinquennat post-Grand débat on a dit : on va aller à un million de primes, donc on a doublé l'objectif. En réalité on en a fait 300 000 l'année dernière et 250 000 au 1er semestre cette année. Donc on a déjà fait la moitié en un an et demi. Donc…

GERARD LECLERC
Eh bien oui, pourquoi, si ça marche bien, pourquoi la restreindre ?

EMMANUELLE WARGON
Donc, pour rester dans l'idée qu'on va essayer de faire un million, environ, de primes d'accompagnement, on est un peu plus exigeant, à la fois sur les ménages, sur les voitures et sur les critères. Alors il y a des choses qui sont un peu anecdotiques, de l'ordre du symbole, mais les voitures très chères type TESLA, 50 000, 60 000 euros, on n'a pas vraiment besoin de subventionner. Après il y a la question de quels autres véhicules on subventionne ? On a augmenté un peu les exigences de qualité pour aller uniquement vers les voitures avec une vignette Crit'Air 1 ou les diesels les plus récents, c'est-à-dire ceux qui arrivent sur le marché maintenant. C'est aussi un choix d'accompagner et de mettre des moyens publics pour mettre à la casse des vieilles voitures, et c'est très bien, mais permettre aux Français de remplacer avec des voitures qui sont vraiment les voitures les moins polluantes et la prime est assez élevée pour les ménages les plus modestes ou pour ceux qui roulent beaucoup.

GERARD LECLERC
La réforme des retraites, Jean-Paul DELEVOYE a fait ses recommandations hier, donc un régime universel à la place de 42 régimes, régime par points, mais il a quand même clairement cette idée que les Français travaillent davantage puisque l'âge pivot, l'âge d'équilibre, eh bien il va aller à 64 ans, pour avoir sa pension complète il faudra travailler jusqu'à 64 ans. Donc clairement vous demandez aux Français de travailler plus longtemps.

EMMANUELLE WARGON
Là on est vraiment à un moment où le Haut commissaire Jean-Paul DELEVOYE rend le résultat de près de 2 ans de travail, de concertation avec les spécialistes. A partir de là s'engage un débat, avec le pays, les différentes parties prenantes, les Français, pour présenter ces hypothèses, présenter le produit du travail du Haut commissaire et ensuite permettre au gouvernement d'élaborer une réforme. Donc à ce stade, les décisions ne sont pas encore prises, le projet de loi n'est pas encore écrit et avec Agnès BUZYN, le gouvernement ira un cran plus loin pour discuter, négocier, présenter, convaincre, jusqu'à ce que le projet soit prêt. C'est un projet d'ampleur considérable puisqu'on va faire évoluer les retraites de tous les Français, avec des objectifs très forts, plus de justice, plus de simplicité, plus d'équité, une solidarité renouvelée, notamment pour la prise en compte des enfants. Tout ça ce sont les grands principes de la réforme et après il faut travailler encore un peu avant que ça devienne un projet du gouvernement.

GERARD LECLERC
Voilà, donc on va encore négocier. On termine avec Benjamin GRIVEAUX qui tenait hier soir son premier meeting à Paris, sur fond il faut bien le dire de Polémique, puisqu'il a étrillé ses rivaux en les traitant d'abrutis et de d'autres noms d'oiseaux. Cédric VILLANI n'a toujours pas dit ce qu'il allait faire, il était absent hier. Est-ce que vous n'avez pas le sentiment que cette campagne elle est mal partie ?

EMMANUELLE WARGON
En ce qui concerne la polémique concernant Benjamin GRIVEAUX, il s'est excusé, je crois que le sujet est derrière nous. On a besoin de rassemblement à Paris, la République En Marche a investi, la majorité présidentielle a investi Benjamin GRIVEAUX, c'était un premier meeting de lancement, moi je fais confiance à Cédric VILLANI pour prendre la bonne décision, le plus vite possible. Quand on se présente à un débat à l'intérieur d'un parti, il y a plusieurs candidats et chacun porte son projet, et puis après tout le monde se rassemble, c'est normal. Ensuite il peut y avoir des maladresses de langage, ça arrive à tout le monde, surtout dans un cadre privé, parce que je pense que c'est aussi difficile de savoir à quel moment on peut juste exprimer quelque chose, qui, enfin voilà, qui est du domaine du ressenti, dans un cadre purement privé. Donc voilà, attention à la surveillance 24/24 aussi.

GERARD LECLERC
Ce sera un ministre… un maire écologiste ?

EMMANUELLE WARGON
Oui, ce sera maire écologiste et d'ailleurs tous les maires seront écologistes, tous les maires qui seront soutenus par la majorité porteront un programme écologiste, parce que l'écologie ça se fait sur les territoires, l'écologie c'est du concret, c'est des projets locaux. Moi j'accompagne 61 territoires, avec des contrats de transition écologique pour faire de l'écologie près de chez vous, et je crois que chaque maire qui sera soutenu par notre majorité, portera cette vision.

GERARD LECLERC
Merci Emmanuelle WARGON, bonne journée, bon week-end.

EMMANUELLE WARGON
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 24 juillet 2019 
 

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