Interview de M. Marc Fesneau, ministre chargé des relations avec le Parlement, à Radio Classique le 27 juin 2019, sur les mesures de prévention face à la canicule, le conflit des urgentistes et les logements mal isolés.

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Intervenant(s) :

  • Marc Fesneau - Ministre chargé des relations avec le Parlement

Texte intégral

RENAUD BLANC
Bonjour Marc FESNEAU.

MARC FESNEAU
Bonjour.

RENAUD BLANC
Ministre chargé des Relations avec le Parlement. Vous lirez le livre de Nicolas SARKOZY ?

MARC FESNEAU
Oui, oui, c'est toujours intéressant quand on est passionné de politique et c'est toujours intéressant, à la fois de voir les galeries de portraits et ce que pensent les uns ou les autres, je trouve que c'est toujours intéressant.

RENAUD BLANC
Alors justement, il taille sévère, sur HOLLANDE, sur François FILLON, il taille également sur votre patron, François BAYROU, « l'homme qui personnifie », et il cite Simone VEIL, « les trahisons successives. » Un commentaire ?

MARC FESNEAU
Oui, ce n'est pas du tout le regard que j'ai sur François BAYROU, je le connais maintenant depuis 20 ans, je pense qu'il a été, au contraire, l'un de ceux qui a été toujours très fidèle à ses convictions et au projet qu'il portait, ce qui a abouti d'ailleurs à l'alliance avec Emmanuel MACRON en 2017, alors je n'ai pas du tout le même regard que Nicolas SARKOZY, mais ça n'étonnera personne. Moi je sais la force des convictions et la volonté qu'a toujours eu François BAYROU, justement d'essayer de tenir un cap, au prix parfois de moments solitaires, que nous avons vécu d'un point de vue politique, et qui ont fait des difficultés pour nous, mais en même temps quand on tient un cap il faut aussi savoir passer des périodes difficiles et François BAYROU l'a fait souvent avec courage.

RENAUD BLANC
Marc FESNEAU, l'actualité c'est bien sûr la canicule. Beaucoup trouvent qu'on en fait trop, avec le report du brevet, la circulation différenciée qui touche, en Ile-de-France, 60 % des véhicules. Manque d'anticipation et précipitation, c'est ce qu'on entend et c'est ce qu'on lit, que répondez-vous ?

MARC FESNEAU
Manque d'anticipation, certainement pas. J'avais eu une discussion avec Agnès BUZYN il y a quasiment 10 jours, puisqu'il y a quand même des prévisions météorologiques moyen terme, et long terme, qui préfiguraient, ou qui pré-annonçaient la canicule, sauf que les événements météorologiques on voit bien que c'est toujours difficile…

RENAUD BLANC
Les voitures Crit'Air à Paris ça a été en 24 heures.

MARC FESNEAU
Oui, mais il a fallu, pour un certain nombre de choses, aller plus vite. Mais, ce que je veux dire, l'anticipation elle est d'abord une anticipation de santé, et moi je voudrais rendre hommage à la mobilisation des services de santé, des services de secours, et à la responsabilité de chacun. Moi je suis l'élu d'une commune de 700 habitants, c'est la première fois qu'on nous a indiqué le nom des personnes sur lesquelles il fallait veiller, qui n'étaient pas forcément dans des structures d'accueil, qui étaient chez elles, mais dont on voit bien que la désocialisation pouvait porter, en germe, des risques. D'abord je pense que depuis 2003 on a fait des progrès, la grande canicule de 2003, on a fait des progrès en termes de sensibilisation, en termes de veille sur les uns et les autres. Alors après, on est toujours dans le même débat, si vous ne faites rien vous êtes coupable, et quand vous en faites on vous accuse toujours d'en faire trop, moi je pense que les choses se font en bon ordre. Après, vous avez des communes qui ont décidé, pas de façon unilatérale, mais dans certains cas, de fermer les écoles, parce qu'il y a des situations, dans des écoles, où l'isolation est mal faites, où l'orientation n'est pas bonne…

RENAUD BLANC
Oui, mais si la canicule se poursuit par exemple Marc FESNEAU, ça veut dire que le brevet des collèges on le reporte en septembre ?

MARC FESNEAU
Non, alors manifestement…

RENAUD BLANC
Parce que ça va encore grimper dans les jours qui viennent.

MARC FESNEAU
Moi je suis ministre et je fais de la politique, je ne suis pas météorologue, mais manifestement lundi et mardi nous devrions avoir une météo – c'est une annonce importante, effectivement, si on peut dire – la météo devrait retrouver des températures plus moyennes et plus normales. Le ministre avait dit que si l'épisode de canicule se prolongeait, la question se poserait, mais manifestement, en tout cas lundi et mardi, nous devrions avoir un répit, on n'est pas tellement sûr de la semaine, la fin de la semaine suivante, mais ça on verra parce que la météo ce n'est pas une science prédictive toujours très précise et très exacte, parce que 2 degrés de plus ou de moins ça fait la différence sur un épisode de canicule.

RENAUD BLANC
Vous parliez de 2003, en ce moment il y a un bras de fer énorme entre Agnès BUZYN et les urgentistes, qui réclament plus de moyens, 9 Français sur 10 soutiennent le mouvement. Qu'est-ce qu'il faut faire, parce qu'on est dans une situation extrêmement préoccupante ?

MARC FESNEAU
Il y a plusieurs choses, là aussi il y a des situations d'urgence auxquelles il faut répondre, c'est un certain nombre de moyens supplémentaires qui ont été donnés, et puis par ailleurs les urgentistes c'est aussi une affaire de personnel et d'organisation des systèmes de soins, c'est tout le sens du projet…

RENAUD BLANC
De plus en plus de médecins quittent les urgences.

MARC FESNEAU
Oui, et puis de plus en plus de médecins libéraux, qui traitaient parfois les premières urgences, ou quelque chose qui ne relevait pas de l'urgence, partent à la retraite, et la désertification médicale, on reconnaîtra les uns et les autres, et nous nous avons la part de responsabilité de ceux qui sont en responsabilité, mais si nous avions ouvert le numerus clausus il y a 20 ans, on ne serait peut-être pas dans ces situations-là. On a eu une logique malthusienne en termes de nombre de médecins, accréditant l'idée un peu iconoclaste, quand on y pense, que moins il y aurait de médecins, moins il y aurait de dépenses de santé, comme si c'était, comment dirais-je, indexé sur le nombre de médecins. Résultat des courses, moi, dans des communes comme les miennes, dans mon département, on est un des départements de France qui est le plus touché par la désertification médicale, résultat, quand vous avez un enfant malade, vous ne trouvez pas de médecin le week-end, vous partez aux urgences, et donc vous venez encombrer les urgences de cas, de patients, qui n'ont rien à faire dans les urgences, et donc ça c'est des mesures structurelles.

RENAUD BLANC
Mais est-ce qu'on ne retrouve pas, pardonnez-moi Marc FESNEAU, mais le problème de ce gouvernement pour traiter un certain nombre de questions justement, qui arrivent avec urgence ? On a toujours le sentiment qu'il y a du mal à installer un dialogue entre le gouvernement et les différents partenaires sociaux.

MARC FESNEAU
Le problème de ce gouvernement c'est de faire ce que les gouvernements précédents – je vais vous dire les choses très franchement comme je le pense – n'ont pas fait.

RENAUD BLANC
C'est la faute des autres des gouvernements précédents.

MARC FESNEAU
Non, ce n'est pas la faute des autres, ce n'est pas le sujet, moi je ne suis pas la querelle, mais en tout cas ceux qui ont été avant devraient regarder, avant de donner des leçons, ce qu'ils ont fait eux-mêmes, pour éviter la crise de la démographie médicale et la crise des urgences. La crise des urgences elle monte depuis longtemps. La crise dans les établissements, les EHPAD, ce n'est pas nous qui avons instauré les 35 heures, dans la fonction publique hospitalière, sans compensation de personnel. On a cru quoi ? On a cru qu'avec autant de personnel et moins d'heures on allait assurer le même service pour les personnes âgées ? Donc voyez, l'irresponsabilité elle est de la part de ceux qui ont laissé dériver le système, dont nous héritons. Alors, je ne leur fais pas grief, nous sommes là pour résoudre les situations, il y a des sujets d'urgence qu'on essaye de résoudre dans l'urgence, c'est la question des moyens, c'est la question de mise à disposition de personnel, si on peut, c'est un certain nombre de sujets comme ça, et puis il y a des sujets structurels. Le projet de loi Santé, il vise à répondre de façon structurelle, et à avoir une réponse graduée pour faire en sorte que territorialement il y ait une première réponse, à niveau départemental il y ait une deuxième réponse, et quand c'est des cas très sévères qu'on ait une réponse à des niveaux supérieurs.

RENAUD BLANC
On va changer de sujet. Hier vous étiez à Matignon pour une réunion sur les passoires thermiques qui concernent 7 millions de logements mal isolés, qui ne pourraient plus bénéficier du certificat de conformité en 2028. Alors, qu'est-ce qui se passe, parce que c'était assez chaud entre le gouvernement et les parlementaires, même de la majorité, sur ce sujet ?

MARC FESNEAU
Non, ce n'était pas assez chaud, c'est le dialogue normal entre une majorité et un gouvernement. L'idée c'est de trouver un point d'équilibre entre… on est sur des questions de transition, les questions de transition doivent être traitées avec sérieux et crédibilité, c'est-à-dire qu'on a trop de fois, parfois - pas nous, je ne crois pas cette majorité - mais globalement la tendance générale c'est réagissons à l'actualité. Dans l'urgence on met un aliéna dans un texte et on dit on a résolu le problème parce qu'on l'a écrit. La question ce n'est pas ça, c'est de trouver les voies et moyens de la transition écologique, et donc le dialogue…

RENAUD BLANC
Sans que ce soit une écologie punitive ?

MARC FESNEAU
A un moment il faut donner des signaux quand même, c'est-à-dire qu'à un moment il faudra bien dire que, il faut sortir le plus possible…

RENAUD BLANC
De ces passoires thermiques, je rappelle, 7 millions de logements.

MARC FESNEAU
Mais il y a deux sujets. Un, il y a des moyens qui sont mobilisés et qui sont sous-consommés paradoxalement, sur la question des passoires thermiques, et donc il faut, par des mécanismes d'incitation, d'information, de communication, montrer à des gens ce qu'on peut faire pour rénover ces logements. Moi j'avais mis en place, dans la Communauté de communes que je présidais, un système qui s'appelle « Habiter mieux », qui fait qu'on est à 70, 80, parfois 90 %, de taux de couverture des frais de travaux, sauf que les gens y avaient assez peu accès, parfois qu'ils étaient socialement défavorisés, ils avaient un peu honte, ils avaient un peu peur d'aller demander des aides, et parfois parce que la communication était mauvaise, donc on essaye de progresser les uns et les autres, et il y a une question de dialogue, d'ailleurs, de ce point de vue là, entre l'Etat et les collectivités territoriales. Donc ça il faut qu'on avance, ça c'est les sujets incitatifs. Et puis à un moment il faut donner un cap et un horizon plus coercitif s'il y a besoin, en disant là ils n'auront pas le certificat, ce que vous avez évoqué tout à l'heure, pour montrer quand même qu'il y a un terme à tout ça. Parce que, les signaux politiques c'est des signaux de court, moyen et long terme, et quand vous montrez le chemin que vous voulez faire avec les gens, et que vous les accompagnez, ça c'est de la transition bien menée.

RENAUD BLANC
Le dossier RENAULT NISSAN, on change de sujet. Couac or not couac, parce que, on a entendu Bruno LE MAIRE dire qu'il faut effectivement baisser la participation de l'Etat dans le capital de RENAULT, et puis Emmanuel MACRON, au Japon, a dit « non, pas question » ?

MARC FESNEAU
C'est une hypothèse qui avait effectivement été levée par Bruno LE MAIRE, il y a eu un dialogue entre le président de la République et…

RENAUD BLANC
Donc c'est un dialogue, ce n'est pas un couac pour vous ?

MARC FESNEAU
Non, mais on peut…

RENAUD BLANC
Non, non, mais je vous pose la question.

MARC FESNEAU
On peut, dans un gouvernement, avoir des positions qui ne soient pas identiques, on n'est pas aligné en rangs d'oignons les uns derrière les autres…

RENAUD BLANC
Ce qu'on vous a souvent reproché.

MARC FESNEAU
Non, mais je peux vous confirmer qu'on ne l'est pas et que le Conseil des ministres est un véritable lieu de débats, et après le président de la République et le Premier ministre tranchent, c'est ça en démocratie. Si on ne peut pas avoir un dialogue et confronter des opinions sans que ce soit un couac, on a un petit sujet démocratique, reconnaissons-le.

RENAUD BLANC
Le retraite, à quand la réforme ? Parce qu'on a le sentiment qu'on la repousse. Dans Les Echos ce matin on évoque le mois de décembre plutôt que la fin de l'été.

MARC FESNEAU
Je suis un de ceux qui connaît un peu mieux le calendrier parlementaire, puisque j'en suis, si je peux dire, le responsable.

RENAUD BLANC
C'est pour ça que je vous pose la question.

MARC FESNEAU
J'ai bien compris – il n'a jamais été question que le texte soit déposé au début de l'automne, il a toujours été question que ce soit sur ces horizons. Le haut commissaire DELEVOYE va poser un certain nombre de principes, des travaux qu'il a menés depuis 18 mois, d'ailleurs des travaux remarquables, au mois de juillet, bon, et ensuite viendra un texte de loi, mais vous voyez bien qu'on a aussi d'autres textes de loi. Ont été annoncées les lois bioéthiques, une loi sur les territoires, une loi anti-gaspillage, qui sera très précieuse me semble-t-il, dans le moment qu'on vit, sur les questions de transition écologique, et puis n'oublions pas non plus qu'entre le 15 octobre et le 20 décembre nous avons le moment budgétaire. Donc tout ça c'était marqué, c'était inscrit, c'était prévu, et donc à ce moment-là se posera la question d'avoir à la fois un texte et puis les conditions du débat.

RENAUD BLANC
La politique et les municipales, Marc FESNEAU. On évoque à nouveau, avec une certaine insistance, la possibilité d'une candidature d'Edouard PHILIPPE à Paris, je sais que cette idée plaît énormément à François BAYROU, est-ce qu'elle vous plaît également ?

MARC FESNEAU
D'abord c'est à Edouard PHILIPPE qui se posera la question…

RENAUD BLANC
Ça serait, pour vous, un bon candidat ?

MARC FESNEAU
Mais je n'ai pas d'avis à avoir là-dessus, parce que je pense que c'est… d'abord il y a des procédures internes à La République en marche, et un dialogue qui doit avoir lieu, avec le MoDem, pour regarder ce que sont les meilleurs candidats, à Paris et dans les autres villes…

RENAUD BLANC
Et alors pour vous justement, qui êtes du MoDem, vous avez bien un avis sur qui est le meilleur candidat pour la majorité ?

MARC FESNEAU
J'aimerais assez, pour tout vous dire, que, comme il y a 36.000 communes en France, on ne polarise tout sur la capitale.

RENAUD BLANC
Non, mais vous permettez que je vous pose plus une question sur Paris que sur une petite commune de…

MARC FESNEAU
Non, mais ça, une petite commune, vous savez, il y a 1000 communes de plus de 10.000 habitants, il faut regarder aussi ces candidatures-là.

RENAUD BLANC
C'est vrai, mais c'est quand même François BAYROU qui dit que Paris est stratégique pour Emmanuel MACRON.

MARC FESNEAU
Attendez, attendez, je vais répondre à votre question, j'ai l'habitude de répondre aux questions. Vous avez un certain nombre d'endroits où il y a manifestement le risque que les villes basculent au Front national, c'est une question qui me paraît aussi assez sérieuse, voyez, dans le champ démocratique dans lequel… il y a une tentation populiste municipale, qui va naître, et qui va être très forte, ça c'est une responsabilité pour les gens comme nous, pour les gens qui pensent qu'il y a une autre alternative à proposer quand on veut balayer, parfois, des systèmes locaux. Et puis il y a le sujet de Paris parce que, évidemment, le sujet de Paris est emblématique. Laissons faire les procédures de La République en marche, si vous voulez interroger Edouard PHILIPPE vous l'interrogerez, mais moi je ne m'immisce pas dans ces affaires-là parce que je pense que ceux qui doivent être candidats doivent le dire, doivent pouvoir l'exprimer, mais l'idée de susciter des candidatures ne me paraît pas nécessaire dans ce moment-là.

RENAUD BLANC
Marc FESNEAU, dernière question. Les négociations justement entre vous et La République en marche sur ces municipales, ça a commencé, ça se passe comment, parce qu'on dit que c'est toujours un petit peu compliqué ?

MARC FESNEAU
Mais, je vais vous dire, quand vous discutez entre partis politiques, que vous avez des ressources humaines, que vous avez des beaux profils, c'est normal que vous discutiez, que parfois les discussions soient un peu vives, si je peux dire, mais enfin je veux dire, quand vous êtes en accord et quand vous êtes en discussion, il ne faut jamais avoir fait de politique pour ne pas penser qu'à un moment il y a des débats, il y a des discussions et qu'après on tranche. Moi ce que je pense ce qu'il faut qu'on fasse c'est qu'on retrouve, en 2020, comme on l'a fait d'ailleurs aux européennes, la conception et l'idée qu'il y a besoin d'un dépassement des clivages, et en particulier sur les affaires municipales. L'affaire municipale n'est pas principalement une affaire de droite/ gauche, c'est qu'est-ce que je fais pour le logement, qu'est-ce que je fais pour la ville, qu'est-ce que je fais pour les transitions écologiques en particulier, c'est ça les sujets qui intéressent les gens, et donc il faut qu'on se mette en ordre de marche les uns et les autres, le MoDem, La République en marche, Agir, et tous ceux qui ont envie et qui ont fait des signaux pour dire qu'ils étaient prêts, non pas à rejoindre la majorité présidentielle en tant que telle, mais à être des relais locaux, ceux qui localement essaient de faire ce qu'on a essayé de faire en 2017, et donc c'est plutôt avec cette vigilance-là qu'on portera les choses, pour faire en sorte que l'esprit de 2017, qui est un esprit de bienveillance, d'ouverture et de rassemblement inédit, puisse se faire aux municipales.

RENAUD BLANC
Merci Marc FESNEAU d'avoir répondu à mes questions, le ministre chargé des Relations avec le Parlement, l'invité de Radio Classique, ce matin sur notre antenne.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 28 juin 2019