Interview de Mme Christelle Dubos, secrétaire d'Etat à la santé à France-Info le 27 juin 2019, sur la canicule et la prévention et la vigilance auprès des personnes âgées.

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Intervenant(s) :

Texte intégral

SAMUEL ETIENNE
Je vous le disais, la canicule, on en parle ce matin avec notre invitée, Christelle DUBOS. Bonjour Christelle DUBOS.

CHRISTELLE DUBOS
Bonjour.

SAMUEL ETIENNE
La secrétaire d'Etat auprès de la ministre des Solidarités et de la santé. Madame la Ministre, nous vous recevons, je le disais, peut-être alors que cette journée de jeudi sera la plus chaude de cette semaine de canicule, aux côtés d'Agnès BUZYN, vous êtes mobilisée, bien sûr, notamment, je le sais, auprès des personnes les plus fragiles…

CHRISTELLE DUBOS
Tout à fait, exactement…

SAMUEL ETIENNE
Les personnes âgées, handicapées, isolées, malgré la mobilisation des autorités, malgré les messages rapportés et répétés par les médias, est-ce que vous craignez un lourd bilan humain de cette canicule ?

CHRISTELLE DUBOS
Par rapport à 2003, si c'est la comparaison que l'on veut faire, 2003, c'était la première fois que le pays se rendait compte que la chaleur, la canicule pouvait tuer, donc nous en avons tiré les conséquences, c'est la mise en oeuvre des plans canicule sur tout le long de l'année et que nous améliorons au fur à mesure des années et des constats que l'on fait. Cette année, nous avons apporté une communication importante et intensive auprès du public, j'imagine que sur vos chaînes, vous avez fait passer vous aussi ces messages et ces préconisations…

SAMUEL ETIENNE
Oui, ça nous a semblé important…

CHRISTELLE DUBOS
Exactement, et auprès des professionnels, qu'il s'agisse des professionnels qui travaillent dans la santé, auprès des personnages âgées, auprès des personnes handicapées, mais aussi auprès de toutes les associations qui interviennent notamment avec les SDF, les personnes isolées chez elles, etc., de façon à prévenir ; cette prévention, nous la souhaitons importante, il faut responsabiliser, il faut mettre les Français en vigilance, je dirais, leur donner les bons gestes, les bons comportements pour qu'ils puissent adapter, je dirais…

SAMUEL ETIENNE
Leurs comportements au quotidien…

CHRISTELLE DUBOS
Leurs comportements au quotidien, pour éviter justement d'avoir des conséquences lourdes et durables.

SAMUEL ETIENNE
Agnès BUZYN a déclaré : il ne peut jamais y avoir zéro mort en période de canicule notamment chez les personnes âgées.

SAMUEL ETIENNE
CHRISTELLE DUBOS

Malheureusement, oui, vous savez, là, en plus, on a une canicule qui va être intense qui est dans un contexte particulier, nous sommes au mois de juin donc avec…

SAMUEL ETIENNE
C'est très tôt…

CHRISTELLE DUBOS
C'est très tôt, des chaleurs très fortes, et un taux d'humidité important, qui va avoir pour conséquence une température en ressenti très importante, plus de 48 degrés en ressenti, donc une chaleur très inconfortable, et le fait que ça se passe au mois de juin, vous avez des nuits très courtes, et qui vont peu se rafraîchir, donc un sentiment aussi de fatigue, qui va se cumuler, et certainement en effet des publics plus vulnérables qui seront plus impactés, je dirais, au moins dans l'inconfort de la chaleur.

SAMUEL ETIENNE
Vous parliez des personnes âgées, est-ce que vous avez vu que les hôtels ACCOR, c'est 1.700 hôtels en France, ont décidé d'ouvrir des espaces climatisés aux personnes âgées, en situation de fragilité, est-ce que c'est quelque chose que vous voulez saluer ?

CHRISTELLE DUBOS
C'est bien évidemment quelque chose que l'on salue, quand on demande à l'ensemble de la population et des acteurs de prendre part à la prévention dans le cadre de cette canicule, c'est une action que nous saluons, c'est quelque chose qui est possible, peut-être le rappeler, dans les EHPAD, donc dans les maisons de retraite, vous avez maintenant des lieux qui sont climatisés et qui sont aussi ouverts aux personnes âgées, aux personnes handicapées ou isolées du quartier qui peuvent se rendre en journée dans ces salles-là, dans ces pièces, de façon à profiter de la fraîcheur, mises à disposition également, c'est quelque chose que l'on connaît peu, et pour les publics fragilisés, peut-être qu'ils se fassent connaître auprès de leurs services de leur mairie, parce que les mairies, dans le cadre du plan canicule, mettent en place des appels téléphoniques, des bénévoles qui peuvent se rendre au domicile de façon à s'assurer à ce que la personne isolée ou fragile, sa journée se passe bien, qu'elle ait de l'eau, qu'elle soit dans une pièce rafraîchie, et si ce n'est pas le cas, on lui apporte les éléments nécessaires.

SAMUEL ETIENNE
C'est important de faire passer ce message, vous avez raison. Hier, le premier rapport du Haut conseil pour le climat a souligné l'insuffisance des autorités françaises sur la politique de lutte contre le réchauffement climatique, je cite : action insuffisante, dispositif trop faible, alors, la France se veut un exemple, un exemple à l'étranger, mais elle ne tient pas ses promesses ?

CHRISTELLE DUBOS
En contrepartie, il a souligné que la France était précurseur dans des actions importantes, notamment peut-être au niveau macro, quand on parle de tout ce que l'on a pu faire sur des hydrocarbures, les centrales à charbon, notre volonté de sortir, d'accompagner cette transition écologique, et protection de l'environnement…

SAMUEL ETIENNE
En tout cas, les mesures prises aujourd'hui ne permettront sûrement pas, dit le Haut conseil, de tenir les promesses.

CHRISTELLE DUBOS
C'est pour ça que nous passons sur l'acte 2, je dirais, du quinquennat, suite au grand débat, suite à la conférence de presse du président et la déclaration de politique générale du Premier ministre, sur lequel nous avons accéléré les mesures justement pour déployer concernant la protection de l'environnement, sur l'amélioration du logement, et on le voit bien avec des périodes comme aujourd'hui, dans le cadre du plan canicule, c'est comment est-ce qu'on réfléchit nos logements, nos villes, nos espaces collectifs pour faire et aussi pour éviter les réchauffements climatiques et les dérèglements météorologiques.

SAMUEL ETIENNE
Une véritable révolution à penser. Dans l'actualité, il y a un dossier que vous suivez de très près, je sais, l'annonce du Premier ministre il y a quelques jours du prélèvement automatique des pensions alimentaires, dues aux parents seuls, en cas d'impayés. C'est un véritable problème, ça c'est une question importante, je ne sais pas si vous pouvez y répondre en termes de précisions, quand cette mesure sera-t-elle appliquée ?

CHRISTELLE DUBOS
Le calendrier a été annoncé par le Premier ministre, nous allons… nous travaillons actuellement sur la mise en oeuvre, annoncé en juillet pour une mise en oeuvre en juin 2020.

SAMUEL ETIENNE
Juin 2020. On va rappeler aujourd'hui, le chiffre est important, 40 %, c'est ça, des familles monoparentales, voient leur pension alimentaire totalement ou partiellement impayée.

CHRISTELLE DUBOS
Tout à fait, c'est une estimation que l'on a, en France nous avons 2,4 millions de familles monoparentales, ça a été multiplié par 10 en 10 ans, donc on est passé de 1 à 4, plutôt… de 1 à 10, pardon excusez-moi, à une sur quatre familles monoparentales. Je vais y arriver. Et ces familles monoparentales, en moyenne c'est 170 € par pension alimentaire et par enfant, et vous avez raison, c'est entre 30 et 40 % de ces familles qui ne perçoivent pas, soit totalement, soit soit partiellement la pension alimentaire, et on peut comprendre la difficulté financière. Avec la transformation, parce que nous avons un système qui permet déjà d'aller chercher, de recouvrer lorsqu'il y a un impayé de pension alimentaire, un nouveau système que nous allons proposer, c'est que les Caisses d'Allocations Familiales iront chercher auprès du conjoint, directement la pension alimentaire, et la reversera à la famille, la maman, souvent c'est le cas, c'est les mamans, et de façon régulière et continuelle.

SAMUEL ETIENNE
Les mamans isolées, c'est vrai. Certains pourtant estiment que la mesure ne va pas assez loin, parce que ce sera toujours aux parents isolés, donc la maman, vous venez de le rappeler dans la plupart des cas, de faire les démarches, de faire les démarches en cas de défaut de paiement. Donc ce n'est pas vraiment un prélèvement automatique de la pension, comme pourrait le penser l'intitulé, il faut aller voir le juge, non ?

CHRISTELLE DUBOS
Non, en fait vous avez un système actuellement qui existe, c'est quand vous avez un impayé, c'est-à-dire votre conjoint qui ne paie pas, vous avez donc une créance, là c'est la famille qui demande en effet à aller chercher, à rembourser ce paiement. Le paiement est réalisé, quand il y a une nouvelle date il faut à nouveau demander. Là lorsque vous avez un premier défaut de paiement, la famille demande, et la même pension alimentaire est versée tout le temps, et tout le temps, et tout le long…

SAMUEL ETIENNE
C'est-à-dire que c'est automatique à partir…

CHRISTELLE DUBOS
C'est automatique, du moment où la famille le demande, et ça peut être aussi automatique lorsque le juge le demandera. L'intermédiation existe déjà, les CAF peuvent le faire, uniquement dans le cadre de violences conjugales, donc nous avons amélioré, et c'est possible, et nous l'améliorerons avec une mise en oeuvre en juin 2020.

SAMUEL ETIENNE
Il nous reste un tout petit moment encore. C'est le débat sur le cannabis thérapeutique dans notre pays, c'est un long serpent de mer, on en parle depuis longtemps. Le comité d'experts chargés de concevoir la future expérimentation, a présenté ses préconisations aux professionnels de santé, aux associations de patients. A titre personnel, est-ce que vous êtes favorable à une éventuelle généralisation du cannabis thérapeutique en France, c'est L'Humanité qui consacre sa Une ce matin à cette question pour soulager les douleurs de certains patients ?

CHRISTELLE DUBOS
Le cannabis thérapeutique, les experts scientifiques disent que c'est possible, nous sommes en retard, c'est une question sur laquelle la France est en retard…

SAMUEL ETIENNE
Par rapport à d'autres pays, oui, c'est vrai.

CHRISTELLE DUBOS
Par rapport à d'autres pays. Nous expérimentons…

SAMUEL ETIENNE
Vous y êtes favorable, à titre personnel ?

CHRISTELLE DUBOS
A titre personnel, je suis favorable, bien évidemment. L'expérimentation, tirons les conclusions de l'expérimentation, et s'il faut le déployer, nous le déploierons.

SAMUEL ETIENNE
Un grand merci Christelle DUBOS, d'avoir été notre invitée ce matin dans la matinale de France Info.

CHRISTELLE DUBOS
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 28 juin 2019