Interview de M. Gérald Darmanin, ministre de l'action et des comptes publics, à CNews le 25 juin 2019, sur l'action du gouvernement face à la canicule et la préparation du budget pour 2020.

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Texte intégral

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Bienvenue, vous êtes le bienvenu, Gérald DARMANIN bonjour.

GERALD DARMANIN
Bonjour.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
L'urgence c'est de se protéger contre cette canicule qui est historique, etc., tout est fait pour cela, on voit que les examens, par exemple le brevet est retardé, que les écoles seront ouvertes, fermées, est-ce que vous allez donner congé, vous, à votre personnel et fonctionnaires de Bercy ?

GERALD DARMANIN
Non, on n'a pas donné congé, mais comme tout employeur nous faisons très attention à notre personnel, il faut évidemment accepter l'idée des horaires décalés, il faut accepter l'idée, effectivement, que les gens rentrent dans une tenue un peu plus décontractée. Bercy, notamment, a la chance d'être climatisé, ce n'est pas le plus beau des ministères, mais c'est le plus fonctionnel peut-être, et donc…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et puis quelques-uns peuvent descendre, à l'heure du déjeuner, se tremper dans la Seine ou au bord de la Seine.

GERALD DARMANIN
La liberté, en tout cas, est grande, pour qu'effectivement ceux qui travaillent auprès de la République puissent le faire dans les meilleures conditions.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Les étrangers qui nous regardent sont assez surpris. Il fait froid, la France s'arrête, il fait chaud, ou très chaud, la France s'arrête.

GERALD DARMANIN
Non, je crois qu'on fait surtout très attention au bon sens, et je vois que le ministre de l'Education nationale, par exemple, lorsqu'il a reporté les épreuves du brevet, a fait preuve de bon sens, parce qu'on allait avoir un pic de chaleur, et que la pire des décisions aurait été de maintenir des épreuves dans une chaleur caniculaire, et en même temps on voit bien que le ministre de l'Education nationale donne la possibilité aux chefs d'établissement de donner à ceux qui ne pouvaient pas être là, par exemple, lundi et mardi prochain, de pouvoir passer leurs examens différemment, à d'autres dates, donc c'est le bon sens qui l'emporte en France.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Jean-Michel BLANQUER sera là demain matin, à la place que vous occupez aujourd'hui. En 2003 il y avait eu une canicule, des vagues de chaleur qui avaient été moins fortes et de moins longue durée qu'aujourd'hui, ça avait coûté 0,1, 0,2 % de croissance. Cette canicule aura des conséquences, on peut la prévoir, est-ce que vous avez déjà un coût prévu, au moins une fourchette ?

GERALD DARMANIN
Non, ce n'est pas le cas, d'abord parce qu'on rentre dans l'épisode dit caniculaire par Météo France, donc on va voir combien de temps cela dure exactement, nous sommes au coeur de l'été, nous arrivons effectivement à une période où la France commence tout doucement à arrêter son activité économique par rapport à des mois plus complets, de avril, mai ou par exemple septembre/octobre, donc on aura l'occasion sans doute de regarder ça a posteriori. Vous savez, souvent, les prévisions faites par les économistes ne se vérifient pas toujours. Donc, bien sûr, s'il y a une chaleur trop importante, si l'économie devait s'arrêter de façon plus importante, il y aurait des conséquences, mais le pire n'est jamais certain, attendons de voir comment les choses se passent dans les prochains jours.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais vous ne prévoyez rien ?

GERALD DARMANIN
Non. Il y a des fonds d'urgence qui existent déjà dans le budget de la Nation, il y a, pour le ministère de l'Agriculture par exemple, pour la sécheresse, un certain nombre de choses qui sont déjà prévues, et je l'ai fait d'ailleurs en 2017 avec mes collègues, on a prévu un certain nombre de poches d'argent, si j'ose dire, qui accompagnent les calamités, et parmi les calamités il y a les canicules.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Les agriculteurs, vous en parlez, sont inquiets, ils vont manquer d'eau, il y a déjà une trentaine de départements qui sont en restriction d'eau. Après 8 jours de canicule ils redoutent une forte sécheresse et ils attendent que l'Europe les autorise à faire d'ores et déjà des stocks de fourrages. Il y a eu les ravages du soleil, il y a aussi eu les dégâts provoqués par la grêle, qui atteignent les récoltes, en particulier pour les arboriculteurs. Qu'est-ce que vous faites, est-ce qu'il n'y a pas, dans la prévision, un impôt climatique, ou disons une taxe climatique, ou une contribution climatique ?

GERALD DARMANIN
Il faut que les Français, les journalistes, les hommes politiques, arrêtent de penser impôts quand il y a problème, parce que sinon on ne va pas y arriver, on va toujours continuer à augmenter les impôts et il y aura un ras-le-bol fiscal à la fin. Donc, ce qu'il faut en revanche, c'est prévoir, et la gestion en bon père ou en bonne mère de famille c'est de prévoir qu'il peut y avoir des calamités, et ces calamités elles sont prévues, depuis 2017, je l'ai fait avec Stéphane TRAVERT…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais est-ce que c'est déjà une calamité ?

GERALD DARMANIN
J'ai vu hier le ministre de l'Agriculture pour parler du budget de l'année prochaine, on a prévu une poche, d'argent, très importante, de calamités, qui va évidemment pour les agriculteurs en cas de sécheresse ou en cas de calamités agricoles, cela a été dit notamment dans la Drôme.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais est-ce que nous sommes déjà dans une prévision de calamités ?

GERALD DARMANIN
Il y aura sans doute des conséquences, mais, vous savez, ce n'est pas très nouveau. Aujourd'hui la canicule, elle est à la Une de tous vos journaux, mais il y a encore 3 mois, juste avant les élections européennes, dans mon département, dans le Nord, sans doute du fait du réchauffement climatique, il y a déjà eu des périodes de sécheresse - je pense aux gens, aux agriculteurs de l'Avesnois par exemple - des périodes de sécheresse, et déjà le préfet du Nord avait, il y a 3 mois, pris un certain nombre de dispositions. Donc, nous avons aujourd'hui un temps qui change, des conséquences très fortes pour l'agriculture française, eh bien nous avons à la fois les assurances privées, c'est bien normal, et aussi de la puissance publique qui est là pour remplacer lorsque les choses…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc il y aura une contribution pour aider ceux qui vont souffrir des conséquences de la canicule.

GERALD DARMANIN
Nous le verrons bien, et de toute façon le droit français est bien fait, il y aura des arrêtés qui seront pris par l'Etat et par les préfets, et en l'occurrence l'Etat sera toujours au rendez-vous des calamités agricoles.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
A tout moment vous pouvez y répondre…

GERALD DARMANIN
Exactement, il appartient au ministre de l'Agriculture de mettre cela en place, mais il y a l'argent pour y répondre.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, mais parce que vous êtes le maître du budget, vous avez une réserve de combien chaque année, 6, 7, 8 milliards ?

GERALD DARMANIN
Alors, les réserves de la France sont limitées, vu qu'on est toujours en déficit et en dette publique…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, il y a toujours 5, 6.

GERALD DARMANIN
Mais ce qui est sûr c'est que notamment, si je prends l'exemple de l'agriculture, c'est plus de 200 millions qui sont mis chaque année, rien que pour l'agriculture, en cas de calamités, et puis on sait tous qu'il y a, ici ou là, à la fin de l'année, des moments où on peut annuler un certain nombre de crédits qui n'ont pas été utilisés, pour les utiliser pour des calamités. Alors, il y a des choses qui se passent en Outre-mer, rappelez-vous Saint-Martin, il y a des choses qui se passent effectivement dans la Drôme ou dans l'Ardèche, je crois que vous avez les épisodes de grêle, mais ça peut être des épisodes de sécheresse. Mais l'Etat ne peut pas toujours tout, puisque souvent les gens sont assurés, et il faut aussi que les assureurs, qui sont payés pour ça, dont c'est le métier, puissent être au rendez-vous de la solidarité lorsqu'on a besoin d'eux.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est ce que vous leur demandez ce matin. Pour financer les baisses d'impôt, vous avez besoin de 5 milliards, vous les avez trouvés ?

GERALD DARMANIN
Nous avons trouvé ces 5 milliards, oui.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous les avez trouvés ?

GERALD DARMANIN
En ce moment je réunis les ministres un par un, si j'ose dire, traditionnellement, et nous montons, à la demande du Premier ministre, un budget qui prévoit 5 milliards de baisses d'impôt, d'impôt sur le revenu, dès le mois de janvier prochain, à peu près 1 milliard de niches fiscales en moins et 4 milliards de dépenses qui sont revues.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et qui doit faire les plus gros efforts ? Parce que vous recevez les ministres, hier vous en avez reçu six ou sept, je pourrais faire la liste, en général c'est la saison des larmes, la préparation du budget, on rentre à Bercy chez le ministre du Budget et…

GERALD DARMANIN
Ce n'est pas vrai, tout le monde est très heureux de faire des économies, parce que tout le monde est très heureux de baisser l'impôt des Français.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Très bien, quelle discipline ! Et alors, qui va baisser le plus, qui va avoir le plus possible d'économies ?

GERALD DARMANIN
Le projet de loi de Finances est présenté au mois d'octobre, avant l'heure ce n'est pas l'heure, ce qui est sûr c'est que le Premier ministre il a communiqué à ses ministres, avec le ministre des Comptes publics, des cibles de dépenses, c'est-à-dire un montant de dépenses qu'on ne doit pas dépasser, et ce montant de dépenses qu'on ne doit pas dépasser, avec des ministères qui vont faire effectivement un certain nombre de réformes, regardez ce que fait la ministre du Travail sur l'assurance chômage, ce que fait le ministre du Logement sur la « contemporanéisation » des APL, de verser des APL au moment où vous devez les avoir et pas à des moments décalés, ce que va faire Franck RIESTER sur l'audiovisuel public, par exemple…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Pas tout en même temps !

GERALD DARMANIN
Eh bien au mois d'octobre prochain on présentera un budget qui permettra de faire 5 milliards de baisses d'impôt.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On prend quelques exemples. L'assurance chômage, il y a des syndicats qui vont défiler aujourd'hui sous les fenêtres de Madame PENICAUD, qu'est-ce que rapportent, comme économies, les mesures qui ont été préparées pour l'assurance chômage ?

GERALD DARMANIN
C'est connu, c'est un peu plus de 3 milliards, on le dit dès le mois de janvier dernier.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Pour 3 ans.

GERALD DARMANIN
Pour effectivement les trois années du quinquennat. Mais la réforme de l'assurance chômage elle n'est pas simplement faite pour faire des économies, elle est faite pour les chômeurs, excusez-moi de le dire. Il n'est pas normal, dans notre pays, de garder un certain nombre de personnes qui, quand ils vont être embauchés, à 90 % sont embauchés en CDD, et un tiers d'entre eux sont embauchés pour moins d'1 mois. Comment voulez-vous construire une vie de famille ? A Tourcoing, où je suis élu par exemple, lorsque des gens viennent me voir et me disent « tous les mois j'ai le même employeur, qui parfois se sépare de moi et me réembauche », il y a 400.000 réembauches…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et la dégressivité des indemnités des cadres ? Parce que ça proteste là.

GERALD DARMANIN
Non, mais la dégressivité des cadres c'est très important. Aujourd'hui nous avons le système le plus généreux de l'Union européenne, et après la réforme ce sera encore le plus généreux de l'Union européenne. Des cadres qui pendant 2 ans sont payés jusqu'à 7500 euros, c'est le plafond, alors qu'on est à 3 % de chômage des cadres, c'est-à-dire quasiment au plein emploi, il n'est pas normal que la solidarité nationale contribue à continuer à faire cela, il faut effectivement qu'on puisse inciter les gens à reprendre le travail.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et l'UNEDIC c'est 35 milliards après la réforme, d'ici 3 ans, 35 milliards à peu près, 36 milliards, de déficit, c'est l'Etat qui va éponger ?

GERALD DARMANIN
C'est un tiers de la dette totale de l'Etat.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et l'Etat va éponger les 35 milliards ?

GERALD DARMANIN
Non, mais on doit réduire ce déficit. Vous savez, on peut toujours continuer à faire du déficit et de la dette, mais on laisse à nos enfants et à nos petits-enfants le soin de soigner le courage qu'on n'a pas eu.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Justement, qu'est-ce qui reste dans les caisses de l'Etat aujourd'hui ?

GERALD DARMANIN
Il reste beaucoup d'efforts à faire, puisque nous avons…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et… (geste des mains - sous-entendu de l'argent)

GERALD DARMANIN
Il reste beaucoup d'efforts à faire, nous avons diminué largement le déficit, lorsque je suis arrivé ministre des Comptes publics, du président de la République, nous avions 3,4 % de déficit, l'année prochaine nous serons autour de 2 %, on a baissé le déficit…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, et vous avez même dit 1,2 en…. Mais comment vous faites ?

GERALD DARMANIN
De 1,4, ça fait 20 ans…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Comment vous faites ?

GERALD DARMANIN
Monsieur ELKABBACH, je n'avais pas encore le baccalauréat, qu'on n'avait pas atteint ce niveau de déficit, donc je suis très fier d'appartenir au gouvernement d'Emmanuel MACRON, qui baisse le chômage, qui baisse les impôts, et qui rétablit les comptes de la Nation, c'est-à-dire qui laisse, à nos enfants, à nos petits-enfants, des meilleurs comptes que ses parents lui ont laissé manifestement.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais comment vous faites…

GERALD DARMANIN
On fait des efforts.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Par exemple pour arriver à 2 % l'année prochaine ?

GERALD DARMANIN
Lorsqu'on fait la réforme des contrats aidés, depuis le début du quinquennat, lorsqu'on fait la réforme de la politique logement, lorsqu'on fait la réforme de l'audiovisuel public, la réforme de l'assurance chômage, on fait des efforts, et ces efforts, ce qu'ont fait d'autres pays avant nous, eh bien ça produit un certain nombre d'économies, qui nous permettent de baisser les impôts et le déficit.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
A deux reprises vous avez cité ce matin l'audiovisuel public, est-ce que vous pouvez aller un peu plus loin ? Quelle idée vous vous faites de l'audiovisuel public en 2020, 21, 222 ?

GERALD DARMANIN
Mais le ministre de la Culture va présenter bientôt un projet de loi de réforme de l'audiovisuel public pour renforcer l'audiovisuel public, j'en ai encore parlé hier avec Franck RIESTER…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et il faut faire quel effort là ?

GERALD DARMANIN
C'était prévu d'ailleurs dans les trajectoires budgétaires, on est un petit peu autour de 200 millions, je vois des patrons de service public courageux, je pense à la patronne de FranceTélévisions, mais aussi à la patronne de Radio France, qui fait des économies courageuses, tout en sauvegardant un service public qui est dans un système très concurrentiel, et il faut à la fois qu'il y ait des critères de service public, la culture, l'accès évidemment à quelque chose qui n'est pas la même chose que des chaînes privées, et en même temps faire attention à l'argent public du contribuable.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce que vous allez supprimer, augmenter, réduire, la redevance, après la réforme ?

GERALD DARMANIN
Non… manifestement, d'abord, on va faire la réforme, ce qui est sûr c'est que la redevance télé n'augmentera pas, contrairement aux années précédentes, dans le prochain budget qui je présenterai…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais après elle peut disparaître…

GERALD DARMANIN
Avec le ministre de la Culture.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Après la réforme.

GERALD DARMANIN
On va d'abord supprimer la taxe d'habitation…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous ne l'excluez pas ?

GERALD DARMANIN
On va d'abord supprimer la taxe d'habitation…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et après, par étapes.

GERALD DARMANIN
Et après, dans le prochain quinquennat, ou dans le prochain quinquennat du président de la République peut-être, il y aura une question autour de la fiscalité de l'audiovisuel, mais ce n'est pas le moment.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous avez dit que vous avez 5 milliards, que vous les avez pratiquement trouvés, vous avez dit 1 milliard sur les niches et 4 milliards. Les niches, le Premier ministre prévient, celles qui seront concernées ce sont les niches qui sont anti-écologiques et antisociales, c'est-à-dire lesquelles ?

GERALD DARMANIN
Il y en a deux, le gasoil non-routier, par exemple, c'est-à-dire le fait que lorsque, notamment dans les entreprises de bâtiment, mais pas simplement, vous avez accès au gasoil, il y a une niche fiscale sur ce gasoil, il faut accompagner tous ces entrepreneurs. Alors, on a plein d'idées pour les accompagner, pour pas que ce soit des défaites, si j'ose dire, dans leurs petits budgets, parce qu'il y a des petits entrepreneurs du BTP qui sont très courageux et qu'il faut aider, le président CAVAGNE notamment, nous a beaucoup interpellés, donc on va faire un certain nombre de choses pour les accompagner, pour que ce soit moins polluant et qu'il n'y ait plus de niche fiscale, et sans qu'ils aient perdu de leur chiffre d'affaires. Et puis il y a ce qu'on appelle la DFS, c'est un peu technique, c'est une niche sociale, un abattement qui touche un certain nombre de professions – je dois le dire, d'ailleurs, ça touche en partie les journalistes aussi, pas que – et nous avons la possibilité de revenir sur cette niche, qui date de 1930, et qui est une niche antisociale, pourquoi ? Parce qu'une dame, par exemple, elle cotise, à cause de cette niche, sur moins de masse salariale, et lorsqu'elle part, par exemple notamment lorsqu'elle est en congé maladie, elle a moins de revenu de remplacement que la dame qui travaille chez CARREFOUR ou chez AUCHAN. Eh bien ça ce n'est pas normal. Quand on est enceinte et qu'on part en congé, parce qu'on a moins cotisé, on a moins de droits.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
J'ai envie de dire, et pourquoi pas une ressource de plus, la lutte contre la fraude ?

GERALD DARMANIN
Eh bien on y travaille, notamment dans le projet de loi de Finances que je présenterai au mois de septembre prochain, un très gros paquet sera réservé à la lutte contre la fraude à la TVA, notamment… le « carrousel » à la TVA ce sont des milliards d'euros, et on escompte entre 1 et 2 milliards d'euros, d'ici la fin du quinquennat, de récupération de fraude à la TVA, dans ce que je vais présenter au mois de septembre.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ça concerne aussi les plateformes en ligne…

GERALD DARMANIN
Etrangères.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, c'est ça, qui ne sont pas européennes, qui sont étrangères…

GERALD DARMANIN
Exactement.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire chinoises, indiennes, etc. Qu'est-ce qu'elles font ? Elles profitent et elles ne sont pas taxées.

GERALD DARMANIN
Aujourd'hui, quand vous commandez sur Internet à des plateformes qui sont par exemple asiatiques, vous ne savez pas si le prix avec lequel vous achetez ce gobelet ou ce carnet de notes a TVA, est-ce qu'il y a 20 % de TVA, comme les plateformes françaises qui vous vendent le même produit, donc il y a une différence qui n'est pas acceptable, et si jamais elles vous signalent qu'il y a une TVA, on n'est pas sûr qu'on la récupère.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et ça, ça peut rapporter gros ?

GERALD DARMANIN
Et ça, ça peut rapporter beaucoup d'argent, vu les échanges très importants qu'il y a sur Internet, évidemment.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Un montant de combien ?

GERALD DARMANIN
On peut penser que quelques milliards d'euros sera de plus dans les caisses de l'Etat si effectivement nous arrivons à faire comme nos amis Anglais, comme nos amis Italiens, la traçabilité, le paiement de la TVA à la source.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et vous mettez en route vos commandos secrets de Bercy.

GERALD DARMANIN
La semaine prochaine nous lançons la police fiscale, celle que nous avons créée dans la loi contre la fraude l'année dernière…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Contre qui ?

GERALD DARMANIN
Une police fiscale qui sous l'autorité d'un magistrat à Bercy, et qui sera encore plus spécialisée dans la lutte contre la fraude fiscale.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Aujourd'hui le Conseil économique, ou d'analyse économique, est indépendant, qui est rattaché quand même à Matignon, publie un rapport sur les impôts des entreprises, Les Echos en font toute, j'allais dire une tartine, mais beaucoup de place, il trouve que la fiscalité sur la production affaiblir tout le secteur productif en France, il dit c'est une punition, même une autopunition, et il vous demande de supprimer des taxes qui s'appellent C3S, qui sont évaluées à 72 milliards d'euros. Qu'est-ce que vous faites, est-ce que vous pouvez… je sais que vous êtes, paraît-il, vous voyez ça d'un mauvais oeil, mais est-ce que vous pourriez évoluer là-dessus ?

GERALD DARMANIN
Non, mais je ne vois pas ça d'un mauvais oeil. Je suis issu d'un terrain industriel, et je vois bien que les impôts de production, les impôts qui touchent notamment les entreprises qui sont sur les territoires de France, ça les handicape dans la concurrence internationale. Alors, on a fait un choix, qui était un choix de baisse de l'impôt sur les sociétés, c'est la plus grande baisse de l'impôt sur les sociétés qu'ait mis en place le président de la République, et l'impôt sur le revenu pour les ménages…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais vous la retardez.

GERALD DARMANIN
Et la taxe d'habitation.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
L'impôt sur les sociétés vous le retardez.

GERALD DARMANIN
Pour l'instant, Monsieur ELKABBACH, je suis quelqu'un de raisonnable, nous n'avons pas les moyens de supprimer tous les impôts, puisque par ailleurs on me demande beaucoup de dépenses, donc il faut être raisonnable, ce qui est sûr c'est qu'un jour il faudra réfléchir, Bruno LE MAIRE le fait, sur les impôts de production, mais vous savez, les impôts de production…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous ne l'excluez pas.

GERALD DARMANIN
Non, mais les impôts de production, ce sont des impôts qui vont souvent dans les caisses des collectivités locales, et l'Etat serait un bien mauvais Etat s'il disait je suis généreux avec l'argent des autres, et je supprime, sur votre plateau, les impôts de production, alors que c'est les communes de France, c'est les départements de France, qui doivent faire un certain nombre de dépenses…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais vous réfléchissez à l'évolution possible.

GERALD DARMANIN
On va travailler avec ces collectivités locales. Le choix qui a été fait par le président de la République c'est de baisser l'impôt des ménages, et notamment des Français les plus modestes, par la suppression de la taxe d'habitation. Aucun gouvernement de la République n'a jamais supprimé un impôt de 22 milliards, c'est le cas de la taxe d'habitation en 5 ans, 22 milliards, sans le remplacer par un autre impôt, eh bien c'est ce que nous ferons et on donnera 700 euros, en moyenne, de pouvoir d'achat à nos concitoyens, par an.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'ici à ?

GERALD DARMANIN
D'ici la fin du quinquennat, en 2022, les Français ne paieront plus de taxe d'habitation.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Alors, Emmanuel MACRON a promis aussi plus de fonctionnaires sur le terrain, le gouvernement et vous, vous allez délocaliser un certain nombre d'agents de l'administration… de Paris vers les régions, 4000. Pourquoi pas 2000, ou pourquoi 6000, ou 8000 ?

GERALD DARMANIN
Là, pour l'instant il y a un premier type d'annonce, le ministère des Armées a annoncé un certain nombre de déconcentrations…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Sept cent.

GERALD DARMANIN
Et le ministère des Comptes publics, c'est-à-dire le mien, un certain nombre de déconcentrations. Il faut désormais travailler avec les syndicats, avec les agents, ce n'est pas si évident que ça de dire à des gens qui sont à Paris, ou en Ile-de-France, il faut aller travailler dans le bassin minier…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ce sont des volontaires…

GERALD DARMANIN
Ou à Châlons, chez Benoist APPARU, ou aller travailler peut-être en ruralité, peut-être que ça peut être un projet de vie, ce sont des volontaires, il y aura un accompagnement salarial, il y a des services qui peuvent…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire, salarial ?

GERALD DARMANIN
On va mettre de l'argent, en tout cas dans mon ministère, j'ai prévu de l'argent pour faire cette transformation, pour accompagner ceux qui souhaitent partir de la région Ile-de-France, pour renforcer les villes dites moyennes, les sous-préfectures…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il peut y avoir plus que les 4000, c'est-à-dire c'est une première vague ?

GERALD DARMANIN
Le Premier ministre a souhaité que chaque ministère fasse ce travail…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc il y en aura d'autres.

GERALD DARMANIN
Je crois que le ministère des Armées et que le ministère des Comptes publics l'ont fait, et je crois que chacun des autres ministères doit travailler avec le Premier ministre pour le faire.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et ils iront là où ils veulent, ou là où on a besoin d'eux ?

GERALD DARMANIN
Il y aura d'abord discussion avec les élus locaux, évidemment, le but du gouvernement ce n'est pas de renforcer les capitales régionales, ce n'est pas d'aller à Lille ou à Lyon, ce qui est intéressant c'est d'aller à Châlons, encore une fois, ou à Valenciennes, et non pas dans les grandes capitales régionales, qui ont déjà beaucoup d'emplois publics.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce que vous pouvez tordre le cou à une critique qui est faite par des élus et des syndicats, ils disent que vous allez fermer 13 des 19 centres des impôts, c'est vrai ou c'est faux ?

GERALD DARMANIN
C'est totalement faux. Ce que nous faisons c'est que nous transformons, c'est vrai, les centres des impôts. Suppression de la taxe d'habitation, impôt à la source, vous avez vu, ça a bien fonctionné finalement, l'impôt à la source…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
…fonctionnement par Internet.

GERALD DARMANIN
Grâce notamment aux agents de Bercy. La déclaration d'impôt qui sera supprimée dans les années à venir, déjà 11 millions de nos compatriotes, l'année prochaine, n'auront plus besoin de la renvoyer, et lorsque l'on fait toutes ces simplifications, il y a évidemment des conséquences dans le métier de ceux qui traitent les personnes qui, comme vous et moi, vont dans les centres des finances publiques pour poser des questions ou pour payer son impôt. Par exemple, au mois de septembre/ octobre prochain, plus personne n'ira au centre des impôts payer son dernier tiers, puisqu'il y a l'impôt à la source.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc ?

GERALD DARMANIN
Donc, quand on modernise, quand on simplifie, il y a évidemment des conséquences…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On concentre…

GERALD DARMANIN
Non, on fait le contraire même, on fait le contraire, on met plus de fonctionnaires sur le terrain, je redéploie des fonctionnaires, peut-être qui étaient en central aujourd'hui, sur le terrain demain, et il y aura 30 % de contacts en plus dans la ruralité, par les agents des impôts, c'est la demande du président de la République.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Un mot. L'autre réforme c'est de changer le langage, hermétique, Le Parisien dit ce matin « le charabia », qui est incompréhensible, de l'administration, là il y a un sacré boulot.

GERALD DARMANIN
Exactement. Si vous allez sur Oups.gouv.fr, Oups comme dans les bandes dessinées, eh bien vous pourrez signaler tous les courriers administratifs qui vous paraissent absurdes, absconds, vous n'avez pas bien compris, et notre travail, au ministère de l'Action publique, c'est de les simplifier, donc envoyez-nous ces courriers, et si vous avez des propositions de simplification, nous le faisons. Une administration qui se fait bien comprendre et qui parle français ça va beaucoup mieux, elle doit être à l'écoute de ses concitoyens et pas l'inverse.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Selon Eric de RIEDMATTEN le projet de fusion de RENAULT avec FIAT et CHRYSLER n'est pas tout à fait enterré, il n'est pas mort. Après une phase d'incompréhension les discussions, paraît-il, ont repris ?

GERALD DARMANIN
Alors, je sais que Bruno LE MAIRE travaille beaucoup sur le dossier RENAULT, la première des choses c'est de consolider l'alliance avec NISSAN, c'est ce qu'il y a de plus important, et manifestement on continue à discuter avec FIAT, c'est une bonne chose, tant que les intérêts de RENAULT et les intérêts des emplois en France sont sauvegardés…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire que les discussions ont repris, on avait dit que c'était fermé, c'était fini, là ça a repris ?

GERALD DARMANIN
Le plus important, Monsieur ELKABBACH, c'est bien de consolider avec NISSAN notre alliance.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ce qui est en train de se faire au Japon à Tokyo, en ce moment, en assemblée générale de NISSAN…

GERALD DARMANIN
Exactement, ça c'est très important. Et la deuxième des choses, cette discussion avec FIAT, comme avec peut-être d'autres, je ne suis pas ministre de l'Economie, c'est qu'on garde les emplois industriels en France et les intérêts de RENAULT en France. C'est une grande entreprise française, il y a de grands dirigeants chez RENAULT, il y a de très belles qualités de travail, il y a de magnifiques défis, la batterie électrique, la voiture autonome, c'est une très belle entreprise française, je sais que Bruno LE MAIRE veille sur cette belle entreprise française.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Deux remarques. Il y a peut-être une heureuse nouvelle, qui était inattendue, la Coupe du monde féminine de football, elle est en train de remplir les stades et les villes qui accueillent les matchs, là aussi c'est peut-être bon signe pour le moral des Français et peut-être aussi pour un peu la croissance, non ?

GERALD DARMANIN
Alors j'espère que, effectivement, la Coupe du monde de football féminine apportera autant de joie, de bonheur, de victoires, et aussi peut-être de croissance, pardon d'y penser, y peu d'argent, que la Coupe du monde masculine, ça serait une belle égalité.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, oui, c'est bien, pour compenser ce qu'on va perdre avec la canicule. Merci à Amandine HENRY, à toute l'équipe féminine. Dernière chose, votre ex-parti, LR, peut disparaître, il est coincé entre Marine LE PEN et avec les macronistes ?

GERALD DARMANIN
Non, je ne commente pas, malheureusement, une situation très désastreuse. J'ai regretté, il y a plus de 2 ans, qu'ils m'aient, avec Edouard PHILIPPE ou Sébastien LECORNU, exclu, en nous excluant ils ont manifestement exclu une partie de leurs électeurs qui voulaient travailler pour la France, moi j'ai toujours préféré mon pays à mon parti.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Le maître à penser, le sauveur, ça reste Nicolas SARKOZY ? Il va publier un livre dans quelques jours…

GERALD DARMANIN
Que je lierai avec attention. Le président SARKOZY il a mon affection, et il a mon respect, j'ai cru comprendre que lui-même il avait évoqué la fin de sa vie politique, il faut donc l'écouter, mais je ne crois pas que ce soit désormais un acteur.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il a d'autres passions, comme il dit, avec un « S. » Merci d'être venu, demain je recevrai Jean-Michel BLANQUER, d'abord les conséquences du pic de la canicule sur l'école, les examens, etc., mais en même temps sur un rapport qui est publié demain par deux députés, de droite et macroniste, sur la radicalisation dans les écoles et les administrations publiques. Merci d'être venu, revenez quand vous voulez…

GERALD DARMANIN
Merci à vous.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est important le budget, et l'économie


source : Service d'information du Gouvernement, le 26 juin 2019