Interview de M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse à France-Info le 25 juin 2019, sur le report des épreuves du brevet et du baccalauréat à cause de la canicule.

Prononcé le

Intervenant(s) :

Texte intégral

MARC FAUVELLE
Bonjour Jean-Michel BLANQUER.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bonjour.

MARC FAUVELLE
Les épreuves du brevet sont donc repoussées de quelques jours pour 700 000 élèves de 3ème. Est-ce qu'il n'aurait pas été plus facile d'annuler l'épreuve cette année ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, parce que je pense que ça aurait été une mauvaise chose pour le brevet. Le brevet est quelque chose d'important, c'est finalement le premier diplôme que passe un jeune dans sa vie, et donc ça a quelque chose d'important et de solennel, et donc au contraire c'est l'occasion de souligner que nous prenons ça au sérieux, et que ça doit être passé dans des bonnes conditions, ce qui n'aurait pas du tout pu être le cas jeudi et vendredi prochains.

MARC FAUVELLE
Et vous avez la certitude qu'en début de semaine prochaine, les températures seront revenues à la normale ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, normalement. Nous avons évidemment. Beaucoup échangé avec Météo France, avant de prendre cette décision et il nous a été indiqué que c'était au cours du week-end que les températures allaient un peu baisser. On va aérer les collèges pendant le week-end aussi et donc se mettre dans des conditions à peu près normales lundi et mardi.

RENAUD DELY
Vous dites un diplôme important, solennel, pour autant il faut rappeler que ce n'est pas un diplôme obligatoire pour passer en seconde et pour poursuivre sa scolarité, donc il y a en plus une dimension symbolique qu'obligatoire dans ce…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Le brevet, oui, est important, ça signale la fin de la scolarité obligatoire en réalité.

RENAUD DELY
Mais il n'est pas indispensable.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Il n'est pas indispensable, c'est pourquoi d'ailleurs il n'y a rien de grave de ne pas l'avoir, si je puis dire, mais c'est comme…

MARC FAUVELLE
Ou de ne pas le passer ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Comment ?

MARC FAUVELLE
Rien de grave à ne pas le passer.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, je ne dirais pas ça. Je pense que c'est important que chaque élève le passe, et c'est pourquoi d'ailleurs nous l'avons reporté, je pense qu'il y aurait eu beaucoup d'élèves qui auraient été en situation de, soit de le rater, soit de ne pas pouvoir le passer, tant les températures vont être élevées jeudi et vendredi et tant ça va être difficile dans certaines parties de la France. Donc il était normal au contraire pour valoriser le brevet, de dire que nous prenons la chose au sérieux et que pour que ça se passe dans des conditions normales, ça doit être lundi et mardi de la semaine prochaine. Vous savez, ça n'est pas une décision facile à prendre, je n'ignore pas tous les problèmes que ça pose à chacun. Dans ces cas-là vous devez choisir la décision la meilleure possible, tout en sachant que, quelle que soit la décision que vous prenez, elle a des inconvénients, elle comporte ses inconvénients. Donc moi je comprends très bien les familles que j'ai entendues, comme sur votre antenne à l'instant, qui disent que ça bouleverse certains plans. Je rappelle quand même que les vacances sont à la fin de la semaine prochaine et pas à la fin de cette semaine.

MARC FAUVELLE
Alors, vous allez leur répondre à ces familles inquiètes, mais on va d'abord les écouter. Renaud DELY.

RENAUD DELY
Justement, puisque…

MARC FAUVELLE

Ce n'est pas vous la famille inquiète, je précise tout de suite.
RENAUD DELY
Non, en l'occurrence il y a des fédérations de parents d'élèves qui évidemment réagissent à votre décision et notamment une représentante de la PEEP qui était l'invitée de France Info ce matin.

MYRIAM MENEZ, PRESIDENTE DE LA PEEP DU VAL-DE-MARNE
J'ai beaucoup de parents qui m'appellent, qui sont extrêmement embêtés, sincèrement. Il y a des colonies de vacances, et puis il y a dans les familles séparées, bien souvent, le mois de juillet c'est le mois du deuxième parent, donc l'enfant doit intégrer son deuxième foyer au 1er juillet, et souvent ce parent-là avait totalement organisé les vacances dès le 1e juillet.

RENAUD DELY
Voilà, c'était donc Myriam MENEZ, la présidente de la PEEP du département du Val-de-Marne. Qu'est-ce que vous lui répondez ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Je réponds deux choses. La première c'est que je comprends parfaitement ce qu'elle dit, c'est-à-dire que bien sûr cela créé des organisations, c'est difficile pour les principaux de collège, c'est difficile pour les professeurs, c'est difficile pour les parents d'élèves, c'est difficile pour certains élèves, ça pose une série de problèmes, dans certains cas, dans d'autres non, ça n'en pose aucun et de au contraire certains élèves auront un petit temps supplémentaire pour réviser de cette façon. Donc chacun va vivre cela à sa façon, selon les circonstances, et je ne peux que comprendre ceux que ça met dans une situation difficile. Ceci étant, la deuxième chose que je dirais, c'est que, avant de prendre cette décision, j'ai fait le tour des organisations syndicales et des fédérations de parents d'élèves, la PEEP bien entendu et la FCPE, et la PEEP nationale à laquelle appartient madame MENEZ était d'accord avec cette mesure.

RENAUD DELY
Tout le monde était favorable.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bien sûr, mais oui, enfin, chacun comprend, toute personne responsable comprend que c'était, les choses étant ce qu'elles sont, la décision à prendre. Bien entendu que ça ne nous met pas en joie, j'aurais bien sûr préféré 1 000 fois ne pas avoir à prendre cette décision, mais il y a des moments où vous devez prendre vos responsabilités, et que n'aurait-on dit si jeudi et vendredi nous avions eu des élèves dans des situations de santé éventuellement même graves, et que n'aurait-on dit si des milliers d'élèves avaient été en situation en réalité de complètement rater leur examen parce qu'au-dessus de 40° c'est quand même très difficile de se concentrer et de donner le meilleur de soi-même.

MARC FAUVELLE
Alors, on va essayer de répondre à quelques-unes des questions concrètes que se posent peut-être les familles de ces enfants de 3ème. Vous avez dit hier qu'en cas d'empêchement majeur, on pourra passer le brevet au mois de septembre, à la mi-septembre. Qui est concerné par cet empêchement majeur ? Si on avait par exemple des billets de train pour partir la semaine prochaine en vacances, est-ce qu'il suffira de les amener pour passer l'épreuve plus tard ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors, la session de septembre du brevet, elle existe de toutes les façons.

MARC FAUVELLE
Elle existait déjà.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Elle existait déjà, elle était programmée, et en temps normal c'est pour des raisons graves de santé que vous pouvez passer la session de septembre…

MARC FAUVELLE
On conserve évidemment ce critère.

JEAN-MICHEL BLANQUER
… des raisons familiales. Ce critère-là doit rester pour toujours le bon critère. Mais nous sommes dans des circonstances exceptionnelles, et ces circonstances exceptionnelles sont l'occasion de souligner encore une fois l'importance de cet examen. Donc on peut comprendre que certaines familles se soient mises dans des situations exceptionnelles, dans une situation particulière, parce que c'était un peu imprévisible ce qui s'est passé, et donc j'ai demandé aux principaux de collège d'avoir une vision large de ce qu'est un empêchement, et donc en montrant une preuve comme le fait qu'on a un titre de transport qui n'est pas annulable, etc.

MARC FAUVELLE
Un billet d'avion oui, un billet de train oui ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, bien sûr, c'est-à-dire toute… Vous savez, dans toutes ces circonstances…

MARC FAUVELLE
Si on devait simplement partir, la dame que l'on a entendue tout à l'heure, rappelait que c'est parfois les couples divorcés, il n'y a pas de billet de train forcément.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bien sûr. Nous allons donner des points de repère, mais ça sera de cette nature. Mais si vous voulez, dans tout dans ce genre de circonstances, il y a quand même, la canicule je veux dire, et au-delà du sujet même du brevet et même je dirais au-delà de l'Education nationale, il y a deux choses qui sont fondamentales. Premièrement c'est la cohésion nationale, c'est-à-dire ne pas se chercher des polémiques, comprendre que l'on est amené à prendre des décisions qui forcément ne sont pas parfaites et forcément posent des problèmes, mais qui sont les problèmes les moins embêtant possibles, si je puis dire, eu égard aux circonstances, donc un grand pays, c'est un pays qui sait dans les moments difficiles s'unir tout simplement pour affronter les choses, qui encore une fois ne sont pas là gravissimes, c'est juste qu'on doit faire attention à ne pas faire n'importe quoi. Premièrement, on doit être unis, deuxièmement on doit avoir du bon sens, et le bon sens c'est par exemple toutes les mesures aussi que j'ai demandées de prendre au quotidien pour que les enfants soient hydratés, pour qu'il y ait des courants d'air etc. Donc le bon sens c'est quand même la meilleure des choses. Donc j'ai évidemment donné des critères aux chefs d'établissement, je parle avec tous les recteurs de France cet après-midi de ces questions, donc il va y avoir des points de repère, des consignes, rappeler le bon sens…

MARC FAUVELLE
Et par exemple, pardon d'être très précis, Jean-Michel BLANQUER, dans le cas des couples d'enfants divorcés, si on part avec son père ou sa mère la semaine prochaine, est-ce qu'une lettre manuscrite signée d'un des parents suffira pour expliquer qu'on ne va pas à l'épreuve ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Tout ceci sera donné aux principaux de collège pour leur permettre d'avoir les points de repère nécessaires, mais en gros les circonstances familiales justifiées vont être un critère suffisant pour passer la session de septembre, ce qui au passage est une manière aussi de montrer que le brevet est un diplôme sérieux, puisque la session de septembre va évidemment cette année être plus ample que d'habitude. Ça permet de…

MARC FAUVELLE
Il y aura du monde en septembre.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Il y en aura forcément, et ce n'est pas forcément une mauvaise chose.

RENAUD DELY
Ce n'est pas plus compliqué à organiser pour vous.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non non, vous savez, c'est une grande maison capable de s'organiser, nous l'avons démontré encore ces derniers temps pour le baccalauréat.

RENAUD DELY
Ce sera évidemment, ça coïncidera avec la rentrée scolaire.

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est une maison avec beaucoup de professionalisme. Moi je veux saluer les chefs d'établissement, les professeurs, les personnels de l'Education nationale, des collectivités locales, qui sont mobilisés dans ce genre de cas, qui savent justement avec professionnalisme réagir aux circonstances, et je pense qu'on doit au contraire se féliciter d'avoir cette maison Education nationale, capable bien de s'adapter à des circonstances exceptionnelles.

- Pause rappel des titres -

MARC FAUVELLE
Le pic de canicule est attendu pour les journées de jeudi et vendredi, avec des températures qui vont frôler voire dépasser les 40° dans certaines grandes villes. Est-ce qu'il faut ce jour-là ou ces jours-là, fermer les écoles primaires et les écoles maternelles ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors, là aussi nous avons envoyé des consignes très claires dès dimanche d'ailleurs, à l'ensemble du système, c'est-à-dire là encore en faisant preuve de bon sens, parce que nous savons bien que les situations seront très différentes d'un endroit à l'autre, à la fois en fonction du lieu mais aussi en fonction de la nature du bâti scolaire. Donc au cas par cas, écoles, collèges, lycées, il est possible de le faire, c'est à l'initiative du responsable…

MARC FAUVELLE
En fonction de quoi on décide ? On met un thermomètre dans les classes pour savoir ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Encore une fois il faut faire appel au bon sens et les circonstances locales. C'est la conjonction de deux choses : la température élevée bien entendu, mais aussi les le bâti scolaire. Vous savez, depuis les lois de décentralisation, depuis les années 80, il y a quand même eu de grands investissements qui ont été faits par les collectivités locales, sur le bâti scolaire. Vous avez donc aujourd'hui, dans la grande majorité des cas, des écoles, des collèges et des lycées qui sont dans un bon état thermique, mais pas tous, nous le savons bien, et donc c'est effectivement, notamment dans ce genre de cas, que l'on sera en situation d'avoir à tout simplement, à fermer l'établissement. Il peut y avoir aussi des solutions intermédiaires, vous pouvez par exemple avoir cours le matin, mais pas à l'après-midi, ça aussi c'est les circonstances locales qui permettent de le détecter.

MARC FAUVELLE
Est-ce que vous invitez les parents qui le peuvent à garder les enfants ces jours-là à la maison ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Au cas par cas. Si vous habitez en Bretagne, vous n'avez aucune raison de faire ça et je ne veux pas ouvrir une boîte de Pandore alors même que mon discours, y compris avec le report du brevet, c'est de dire : les vacances c'est pas cette semaine, les vacances c'est la fin de la semaine prochaine. Vous savez, je me bats beaucoup pour ce qu'on appelle la reconquête du mois de juin, et d'ailleurs la réforme du baccalauréat ira dans ce sens dans les années futures, puisque tout le monde pourra beaucoup plus travailler jusqu'au bout. Donc on doit quand même rester sérieux et rigoureux, tout en étant réceptif évidemment à chaque cas particulier.

RENAUD DELY
On l'a vu ces tout derniers jours, ces consignes de bon sens que vous donnez, qui visent à aérer davantage les établissements scolaires, les écoles etc., ouvrir les fenêtres enfin ou plutôt à fermer les volets d'ailleurs, etc., elles se heurtent au scepticisme de beaucoup d'enseignants, beaucoup de moqueries, qui disent : nos établissements ne sont pas du tout configurés, il n'y a même pas de thermomètre dans les salles de classe, est-ce qu'aujourd'hui le bâti scolaire que vous évoquez n'est pas du tout adapté à ce genre de situation.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Mais dans certains cas, ils ont raison, dans d'autres…

RENAUD DELY
Ça veut dire que le gouvernement va lancer un plan, justement, pour permettre… Alors on sait que ces épisodes caniculaires sont invités à se répéter dans l'avenir…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Tout à fait.

RENAUD DELY
… est-ce qu'il y a nécessité d'investir massivement dans ce domaine ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Complètement, et vous avez raison d'évoquer ce point. Alors d'abord s'agissant des enseignants qui réagissent de cette façon, je peux le comprendre puisque c'est vrai que dans certains cas ça n'est pas la situation. Fort heureusement, dans une bonne partie des cas, en réalité les équipements sont bons, mais dans beaucoup de cas ça ne l'est pas, donc il faut être attentif à ça, et ça renvoie au problème que vous soulevez, c'est-à-dire l'investissement dans les bâtiments. Donc nous travaillons la main dans la main avec les collectivités locales, donc les communes pour les écoles, les départements pour les collèges et les régions pour les lycées. Nous n'avons pas attendu cet épisode pour cela, avec la création d'une cellule Bâti scolaire, au ministère de l'Education nationale, pour venir en appui aux collectivités, les conseiller sur ces enjeux-là, et puis vous savez le 15 mars dernier les lycéens se sont mobilisés pour le climat, nous avons organisé des débats avec eux, ça a débouché sur des propositions, il y a 8 grandes propositions qui ont été formulées par les lycéens, que je prends très au sérieux et l'une d'entre elle attrait au bâti scolaire et donc nous allons, avec les lycées en particulier mais avec l'ensemble des élèves, responsabiliser tous les acteurs localement, donc ça veut dire, et ce que je dis n'est ne part pas de zéro puisque nous avons un label que nous appelons le label E3D, que les établissements ont, quand une série d'actions sont faites, y compris sur le bâti scolaire…

RENAUD DELY
Ça passe d'abord par des investissements, par de l'argent.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Et ça passe…

RENAUD DELY
L'Etat mettra aussi la main à la poche pas que les collectivités locales.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Absolument, ça passe par deux choses fondamentalement, par le haut et par le bas, si je puis dire. Par le haut, c'est-à-dire ce que vous venez de dire, c'est-à-dire des investissements, donc l'Etat, et c'est un sujet évidemment sur lequel je travaille avec François de RUGY, Julien DENORMANDIE, pour le futur, c'est-à-dire réussir à ce que nous aidions toujours plus les collectivités locales dans leurs investissements, pour que nos écoles, nos collèges, nos lycées, ne soient pas des passoires thermiques. Donc c'est un sujet sur lequel on progresse, mais on va accélérer. Et puis par le bas si je puis dire, c'est-à-dire quand des acteurs se saisissent de cela. Moi j'ai été dans des collèges, si vous voulez, avec François de RUGY d'ailleurs, où les élèves ont travaillé par exemple pour diminuer par deux la facture d'électricité et de chauffage, tout simplement en en faisant eux-mêmes avec les professeurs et dans un cadre pédagogique, des diagnostics sur les problèmes thermiques de leur établissement. Donc il y a un cercle vertueux à enclencher, de la responsabilisation de nous tous, et bien entendu ça va passer aussi par des investissements. Vous savez, j'ai été recteur de Guyane où il fait pratiquement toujours plus de 30°…

MARC FAUVELLE
Et où on va passer le brevet normalement.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Et où on va passer le brevet normalement cette fois-ci.

MARC FAUVELLE
Il n'est pas reporté là-bas.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui mais le bâti scolaire est évidemment adapté à ces situations, et puis il n'y a pas de particulièrement de canicule, enfin de températures particulières, tout l'Outre-mer va passer le brevet normalement à cette session.

MARC FAUVELLE
Jean-Michel BLANQUER, vous parliez rapidement de la réforme du bac, il y a quelques instants, des syndicats d'enseignants appellent à garder le plus tard possible les résultats du bac pour perturber les résultats qui sont prévus au début du mois de juillet, je crois que c'est le vendredi 5 juillet. Est-ce que tous les résultats seront bien publiés en même temps dans toute la France ce jour-là ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, vous savez on vit une sorte de feuilleton, puisqu'il y a deux semaines j'étais interrogé…

MARC FAUVELLE
Il y a eu la grève des correcteurs, des surveillants, pardon.

JEAN-MICHEL BLANQUER
… on me disait : mais est-ce que le baccalauréat va se passer normalement ? Donc je disais : oui, il va se passer normalement et je le garantis, parfois ça rencontrait le scepticisme de certains eh bien nous l'avons fait. Eh bien de la même façon nous allons nous assurer que les corrections se passent dans les temps. Pourquoi est-ce que je suis confiant ? Pour deux raisons. D'abord encore une fois le professionalisme de la maison Education nationale, on ne doit jamais le sous-estimer. Je suis fier de ma maison moi. Je pense que l'Education nationale montre dans ce genre de circonstances qu'elle sait faire son travail. Deuxièmement, la conscience professionnelle de l'immense majorité des professeurs. L'immense majorité des professeurs ne se sent pas du tout à l'aise avec ce genre de mot d'ordre, et ceux qui donnent ce genre de mot d'ordre, qui sont ultra-minoritaires, en réalité nuisent à l'image des professeurs. Donc moi mon appel aux professeurs c'est cela, en plus ceux qui font cela s'exposent évidemment à des sanctions financières, mais je pense qu'ils le savent.

RENAUD DELY
Avant les résultats il y a les épreuves évidemment, les épreuves du bac la semaine dernière, certaines ont été, il y a des soupçons de fuite de sujets, en particulier en maths, vous avez d'ailleurs porté plainte, quelles séries sont concernées ? Est-ce que la série S aussi est concernée par ces fuites du sujet de maths ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors il est trop tôt pour tout vous dire sur un tel sujet, puisqu'il y a une enquête policière qui est ouverte, et donc on doit la laisser se réaliser.

MARC FAUVELLE
Un fabricant de calculatrices, pardon je vous interrompre, Jean-Michel BLANQUER, affirme que le sujet de maths de la filière S, c'est-à-dire l'un des plus importants pour cette filière, a bien fuité 6 heures avant l'épreuve pour se retrouver justement à l'intérieur de certaines de ces calculatrices. C'est exact ou pas ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, écoutez, chaque année il y a des choses comme ça. Il n'y a rien d'exceptionnel dans ce que vous êtes en train de dire, chaque année il y a des choses comme ça. Les choses sont vraies ou fausses…

MARC FAUVELLE
Là, c'est vrai ou faux ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors, si vous me laissez dérouler le raisonnement je vais vous dire. Il y a des gens qui aiment bien déstabiliser, toute chose d'ailleurs, y compris le baccalauréat. Donc après le baccalauréat vous avez toujours des sortes de fuites a posteriori, c'est-à-dire des gens qui vous disent : oui il y avait la fuite. Mais c'est très difficile d'en être certain puisque vous pouvez très bien a posteriori raconter tout ce que vous voulez.

MARC FAUVELLE
Là on a eu des fuites a priori avant l'épreuve, on en est sûr pour certaines.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non mais on est sûr qu'il y a eu des fuites sur le sujet de mathématiques de S.

RENAUD DELY
En tout cas, vous avez porté plainte, ça on en est sûr.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ce qui est certain c'est que j'ai porté plainte et que je prends au sérieux chacune des hypothèses de fuites. Donc cette hypothèse en S, elle est sérieuse, nous sommes en train de la poursuivre, mais si vous voulez, je n'aimerais pas être à la place de ceux qui sont à l'origine de ces fuites, parce que nous allons être d'une rigueur implacable avec ceux là, et j'ai bon espoir que nous trouvions ceux qui sont à l'origine de ça. Et je n'aimerais pas être un élève qui a utilisé cela, d'abord pour des raisons je dirais éthique, ensuite parce que ça va se voir dans un certain nombre de cas, et donc on court des risques très graves lorsque l'on fait cela.

RENAUD DELY
C'est quoi les sanctions pour ceux qui ont fait fuiter le sujet ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ça peut aller très loin. Ça veut dire par exemple que vous ne pouvez pas passer un… Quand vous êtes un élève qui a utilisé une fuite, vous pouvez, le risque de sanctions ça peut être ne pas pouvoir repasser le baccalauréat pendant plusieurs années. C'est donc évidemment une sanction très grave pour celui qui…

MARC FAUVELLE
Et ceux qui sont à l'origine des fuites ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ceux qui sont à l'origine des fuites, c'est évidemment des poursuites pénales qui peuvent aller jusqu'à de l'emprisonnement.

MARC FAUVELLE
On a une idée du nombre de copies qui seraient concernées par ces fuites Jean-Michel BLANQUER ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, dans un premier temps on a identifié que ça tournait autour de quatre établissements, des élèves de quatre établissements.

MARC FAUVELLE
De quelles régions ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
De l'Ile-de-France.

MARC FAUVELLE
De l'Ile-de-France et uniquement ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
A ce stade…

MARC FAUVELLE
Même si ça a circulé sans doute sur les réseaux sociaux, pour vous c'est circonscrit.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, c'est… Alors, c'est certain que c'est circonscrit, la question c'est de savoir jusqu'à quel point. L'enquête va nous permettre de le savoir, et ça a été disons d'une ampleur circonscrite.

- Pause rappel des titres -

MARC FAUVELLE
Jean-Michel BLANQUER, le ministre de l'Education nationale est-il favorable, comme le préconisait il y a quelques jours un rapport, à la légalisation du cannabis ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non. Je pense que le cannabis est nuisible, faut-il le rappeler. Toutes les études nous montrent à quel point c'est extrêmement mauvais pour le cerveau de tout un chacun d'ailleurs, et a fortiori des adolescents, donc le message doit être très clair. C'est d'ailleurs un message éducatif, c'est un message de santé et c'est : le cannabis est extrêmement nuisible. Ça devient un fléau de notre société. D'ailleurs une bonne partie des sociétés du monde sont aujourd'hui extrêmement affaiblies par l'importance des drogues.

MARC FAUVELLE
Et un certain nombre de pays également ces derniers mois ou ces dernières années ont légalisé le cannabis.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Je sais, il n'y a pas de solution miracle. Je connais les raisonnements en la matière et on peut respecter les raisonnements des uns et des autres puisqu'on cherche tous à faire en sorte que ça cesse de nuire à nos enfants et nos adolescents. Mais je ne pense pas que ce soit un bon message que d'aller vers la légalisation du cannabis, je pense tout le contraire.

RENAUD DELY
Toutes les études aujourd'hui, Jean-Michel BLANQUER, montrent aussi que les jeunes Français sont les Européens qui consomment le plus. Donc on voit que la prohibition ne fonctionne pas.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, mais ça nous renvoie à d'autres problèmes. C'est pourquoi ils le font, quelles sont les facilités qu'ils ont trop fortement aujourd'hui pour s'en fournir aussi donc il y a toute une série de problèmes qui sont posés. Mais vous savez, si vous légalisez le cannabis demain, ce sera un cannabis d'une certaine qualité. Vous aurez toujours des trafiquants pour vous en proposer un plus fort, pour vous proposer aussi d'autres drogues.

RENAUD DELY
Ce rapport du Conseil d'analyse économique, un organisme qui dépend de Matignon, qui a été publié donc la semaine dernière, il préconisait un monopole de vente de la part de l'Etat. Que c'était une piste justement de façon à contrôler.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, je connais bien ce genre d'idées. Ça fait des années qu'elles sont brassées et, à mes yeux, c'est l'archétype de la fausse bonne idée. Ça envoie un message finalement d'acceptation d'une fatalité lorsqu'on dit : « Oui, vous pouvez consommer quelque chose qui est mauvais pour vous. » Je pense que c'est très mauvais, je pense que nos adolescents sont extrêmement victimes aujourd'hui de cela et, au contraire, moi j'ai l'intention d'accentuer à la fois les campagnes de prévention contre le cannabis…

RENAUD DELY
Il faut accentuer la répression aussi ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors en tout cas aux abords… Regardez ce collège de Saint-Denis auquel j'ai prêté beaucoup d'attention ces derniers jours où vous avez une chaîne de parents autour de l'établissement pour lutter contre les trafiquants. Moi je salue ces parents d'élèves. J'ai évidemment été triste de voir qu'ils étaient obligés d'en arriver-là. Bien entendu, j'en ai parlé avec le ministre de l'Intérieur et nous allons agir sur ce territoire. Nous allons, dans le cadre de notre plan Violences, avoir une action résolue contre les trafiquants de drogue. Vous savez, nos adolescents sont attirés par des soleils noirs dans notre société parce qu'on ne leur propose pas suffisamment de belles perspectives. Donc ils vont vers la drogue, ils vont vers les gangs, ils vont vers le fondamentalisme, ils vont vers toute une série de soleils noirs qui se présentent à l'adolescence. Notre responsabilité à tous, et a fortiori l'Education nationale mais les familles aussi évidemment et l'ensemble de la société, c'est de leur proposer des belles raisons d'être dans une vie collective. Et donc c'est pourquoi j'insiste aussi beaucoup sur l'engagement, sur la lutte contre le harcèlement, sur les valeurs positives de la République, et pour moi tout ça forme un tout si vous voulez. Et pour moi, légaliser le cannabis ce serait en quelque sorte accepter la victoire de ces soleils noirs et justement je ne l'accepte pas, quel que soit d'ailleurs le soleil noir dont nous parlons.

RENAUD DELY
Ça veut dire, par exemple, que le lancement du service national universel, Jean-Michel BLANQUER, auquel vous avez participé la semaine dernière, c'est à vos yeux ce service nation universel, une façon de lutter contre ces soleils noirs que vous évoquez ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bien entendu. Je pense que… Vous savez, quand vous entrez dans l'adolescence, vous avez besoin d'avoir quelque chose qui vous dépasse. Quelque chose qui soit autre chose que votre nombril ou votre individualisme.

MARC FAUVELLE
La Marseillaise, le levé des drapeaux, ça en fait partie ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Je pense que oui, l'appartenance à un pays, à la fierté d'appartenir à votre pays, d'appartenir à votre famille, d'appartenir à votre établissement scolaire, à votre équipe de football, tout ça c'est des fiertés positives, c'est des choses qui donnent du sens à la vie, vous permettent d'avoir confiance en vous-même, etc. Donc ça nous avons à proposer ça aux élèves et aux adolescents et donc le système scolaire comme l'ensemble des activités d'ailleurs périscolaires, donc nous sommes, toute une série d'institutions, responsables de ça, et puis les familles ensemble, nous devons offrir à nos jeunes des projections positives dans le futur. Je trouve qu'il y a trop de discours pessimistes sur le futur et trop d'engagements négatifs dont on parle alors que ce qu'il faut c'est des engagements positifs. Et le Service national universel, dont j'ai la responsabilité avec le secrétaire d'Etat Gabriel ATTAL, fait évidemment partie de cette stratégie d'ensemble.

RENAUD DELY
On l'a vu, levé des couleurs, Marseillaise, uniforme aussi, enfin sigle du SNU etc. Il faut même singer le service militaire.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ce n'est pas singer le service militaire, ce n'est pas un service militaire…

RENAUD DELY
Ça y ressemble beaucoup.

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est un Service national universel qui permet d'articuler différents enjeux très importants. Il y a un enjeu de défense, par exemple apprendre les enjeux de protection civile, on le voit bien dans les circonstances comme les canicules, c'est très important que chaque génération soit formée à des réflexes en matière de secourisme, en matière de lutte contre les canicules, etc., contre les catastrophes naturelles etc. Ça fait partie des enjeux importants mais c'est aussi une occasion de faire par exemple des bilans de santé, c'est une occasion aussi de présenter aux jeunes des occasions de s'engager après le SNU, par exemple le Service civique ou même d'autres formes d'engagements qui existent dans notre société. Donc il y a avec le SNU une sorte de rendez-vous républicain qui permet à la fois de créer de la cohésion, et de la cohésion nationale en particulier, du brassage social et des perspectives d'engagement, faire sens. Finalement, si vous voulez, quand vous avez en charge l'éducation, à quelque niveau que ce soit, vous luttez contre l'individualisme. Il faut créer des logiques collectives, des logiques de confiance. Eh bien le SNU, qui n'est pas la seule réponse bien sûr, fait partie de cette panoplie de choses que nous avons à faire et dont nous avons tous, nous les adultes, la responsabilité.

MARC FAUVELLE
Merci Jean-Michel BLANQUER, ministre de l'Education nationale.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Merci.

MARC FAUVELLE
Je rappelle l'information que vous nous avez donnée au début de cette interview, qui concerne les familles et les enfants qui devaient passer le brevet en fin de semaine, et pour qui l'épreuve a été repoussée à lundi et mardi prochains, les circonstances familiales justifiées seront bien un critère justifiant suffisant pour passer la session au mois de septembre, vous nous l'avez annoncé à tout à l'heure. Merci beaucoup Monsieur BLANQUER.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 26 juin 2019