Interview de Mme Agnès Buzyn, ministre des solidarités et de la santé à France-Info le 24 juin 2019, sur les mesures de prévention face à la canicule et la grève des urgences.

Prononcé le

Intervenant(s) :

Mots-clés :

Texte intégral

MARC FAUVELLE
Bonjour Agnès BUZYN.

AGNES BUZYN
Bonjour.

MARC FAUVELLE
Ministre de la Santé et des solidarités. La France s'apprête donc à connaître un épisode intense de canicule toute la semaine, est-ce que les hôpitaux sont prêts à y faire face ?

AGNES BUZYN
Oui, les hôpitaux ont l'habitude de moments de surchauffe, si je puis dire, ça peut arriver l'hiver parce qu'il y a des grosses épidémies de grippe, ils ont eu à affronter plusieurs épisodes de canicule ces dernières années, et lorsque les hôpitaux sont en difficulté, ils activent ce qu'on appelle le système Hôpital en tension, ce qui permet de recruter du personnel.

MARC FAUVELLE
C'est le cas en ce moment ?

AGNES BUZYN
Alors, pas encore, je n'ai pas encore eu d'alerte, mais de toute façon, vous le savez, lors de la grève des urgences, j'ai décidé de débloquer une enveloppe de 15 millions d'euros pour les deux mois d'été afin de pouvoir recruter du personnel supplémentaire, donc beaucoup d'hôpitaux sont déjà dans cette démarche.

MARC FAUVELLE
Le personnel est déjà arrivé en ce moment ?

AGNES BUZYN
Je ne peux pas vous le dire, ce que j'ai demandé, c'est que chaque hôpital qui ressent des difficultés en termes de personnels fasse remonter les demandes aux agences régionales de santé, l'argent est là, je ne peux pas vous dire si des personnes sont arrivées ce matin, mais en tous les cas, il n'y aura pas de difficultés pour recruter du personnel en plus dans les hôpitaux cet été.

MARC FAUVELLE
Et des lits supplémentaires dans les jours qui viennent ?

AGNES BUZYN
C'est pareil. Lorsque l'hôpital est en tension, on ouvre des lits, et cette enveloppe débloquée permettra aussi de recruter des infirmières par exemple pour garder des lits ouverts, parce que nous savons qu'en juillet et en août, il y a les vacances, et qu'on ne peut pas empêcher évidemment les personnels de partir en vacances, donc cela permet de recruter des intérimaires et des personnes pour renforcer les équipes.

MARC FAUVELLE
La semaine dernière, Agnès BUZYN, d'après les syndicats, 130 services d'urgences étaient toujours en grève, demain, ce sont les pompiers qui menacent de débrayer pour une grève illimitée, est-ce que vous leur demandez de mettre le mouvement entre parenthèses le temps de cet épisode de canicule ?

AGNES BUZYN
Vous savez que les pompiers comme les personnels de santé, lorsqu'ils font grève, ils travaillent, ils n'ont jamais mis qui que ce soit en danger, c'est la spécificité de ces métiers-là, ils savent qu'ils ont des vies humaines malheureusement en responsabilité, et il faut vraiment reconnaître ce dévouement, cet engagement, ce sont des grèves où on met un brassard, mais on vient travailler, et donc, je n'ai pas d'inquiétude sur le fait qu'ils seront là s'il faut faire face à des urgences.

MARC FAUVELLE
Est-ce que vous redoutez un pic de mortalité cette année, comme on a pu le connaître, les 15.000 morts de l'été 2003 ?

AGNES BUZYN
Alors, certainement pas les 15.000 morts de l'été 2003, puisque l'été 2003, personne ne savait ce qu'était une canicule et ses conséquences, depuis, énormément de progrès ont été faits, j'ai d'ailleurs la semaine dernière organisé la réunion de préparation à la canicule avec tous les ministères concernés dans mon ministère, avant même de savoir que cette semaine serait si chaude. Donc tout est prêt, à la fois dans les EHPAD, dans les hôpitaux, dans les transports, la Direction générale du travail envoie des consignes, le ministère des Sports déplace les horaires des compétitions, bref, tout est organisé, cela dit, lorsque les gens sont fragiles, même quand ils boivent beaucoup, même quand tout est organisé, il y a toujours un surplus de mortalités, c'était le cas l'été dernier, même si ça a été très, très loin de ce que nous avions connu en 2003.

MARC FAUVELLE
C'est l'heure des départs à l'école, Agnès BUZYN, est-ce que vous demandez aux parents qui le peuvent de garder leurs enfants à la maison avec eux ou de les emmener au travail plutôt que de les conduire à l'école ?

AGNES BUZYN
Alors, nous allons suivre la situation jour par jour, donc il y aura des consignes données jour par jour, je ferai un point au ministère tous les soirs vers 17h avec les remontées des agences régionales de santé et l'avis de Météo France département par département, et s'il convient de garder des enfants à la maison jeudi ou vendredi, jeudi risque d'être le pic de canicule, nous donnerons les consignes en ce sens. Pour l'instant…

MARC FAUVELLE
Mais pour l'instant, c'est non ?

AGNES BUZYN
Pour l'instant, ça n'est pas prévu. Et il n'y a pas de départements en situation de ne pas pouvoir accueillir des enfants.

MARC FAUVELLE
L'autre grand sujet, Agnès BUZYN, c'est bien sûr le projet de loi sur la bioéthique qui arrive dans un mois tout juste sur la table du Conseil des ministres avec notamment la question de la PMA pour toutes les femmes, mais aussi, la question de l'anonymat des donneurs de sperme ou d'ovocytes, puisque vous souhaitez que cet anonymat soit partiellement levé, vous allez nous l'expliquer, mais d'abord, avant de vous entendre, voici le témoignage d'Arthur KERMALVEZEN, il est né d'une PMA, il a 36 ans aujourd'hui, il a fini par retrouver son géniteur, et il réclame justement la fin de cet anonymat.

ARTHUR KERMALVEZEN
Là où c'est une nécessité, c'est qu'en tant que citoyen, on ne se sent pas avoir les mêmes droits que les autres, on a l'impression de ne pas avoir la même liberté, notamment chez le médecin, on ne peut pas lui dire quels sont nos antécédents familiaux, on ne peut pas répondre à ces questions-là, ça veut dire qu'en cas de pépin, on n'a pas les mêmes chances de s'en sortir. Ce que je trouve totalement anormal, c'est que ce soit moi qui retrouve par mes propres moyens ce genre d'informations, ça, pour moi, ça n'est pas la société que je souhaite.

MARC FAUVELLE
Alors, Agnès BUZYN, vous souhaitez donc la fin partielle de l'anonymat pour les donneurs, qu'est-ce que ça signifie ?

AGNES BUZYN
Alors, ça signifie d'abord que, contrairement aux Etats-Unis, quand on fera une PMA, on ne choisira pas son donneur, donc cet anonymat persiste pour les couples qui reçoivent les gamètes, c'est un anonymat préservé. Ce que l'on va permettre, c'est que lorsque l'enfant, à 18 ans, devient majeur, qu'il puisse retrouver soit des données non-identifiantes sur le donneur, c'est-à-dire où est-ce qu'il habite, quel était son métier, à quoi il ressemble, enfin, ou des informations sur ses antécédents médicaux, et pour les enfants qui le souhaiteront, retrouver l'identité même du donneur, ça s'est fait dans énormément de pays maintenant, parce qu'effectivement, beaucoup d'enfants ont besoin de se construire en connaissant l'identité de leur donneur, mais ce qui sera préservé c'est que le donneur devra donner son accord.

MARC FAUVELLE
Le donneur pourra refuser de donner ces informations quelles qu'elles soient ?

AGNES BUZYN
Alors, il y a plusieurs possibilités sur la table, mais il nous semble important que le donneur puisse refuser au moment où l'enfant le contacte, parce que lorsque l'on donne ses spermatozoïdes ou ses gamètes, on les donne souvent vers l'âge de 25, 30 ans, on peut imaginer que vingt ans plus tard, la situation personnelle du donneur soit telle qu'il ne souhaite pas être contacté, donc il faut préserver cette capacité à refuser. La seule question qui se pose, c'est : est-ce qu'il donnera son accord pour donner systématiquement au moment du don ou est-ce qu'il le donnera au moment où on viendra le chercher, c'est-à-dire vingt ans plus tard, les deux possibilités sont sur la table, mais aujourd'hui, voilà, nous pensons qu'il est très important pour les jeunes et les futurs adultes en devenir de pouvoir se construire grâce à l'identité du donneur, mais le don reste anonyme, c'est-à-dire que personne ne pourra choisir un donneur sur son origine ou sur ses spécificités…

MARC FAUVELLE
Et les tests génétiques qui fonctionnent notamment aux Etats-Unis, qui permettent de retrouver le donneur seront toujours interdits en France, ça, vous allez l'inscrire dans la loi ?

AGNES BUZYN
Oui, ils le resteront parce qu'en fait, ces tests aujourd'hui donnent un certain nombre d'informations génétiques qui sont loin d'être fiables, elles sont fiables sur les questions de l'origine, mais sur tout ce qui concerne les maladies, nous savons que beaucoup de tests vont évoquer un risque de maladie, alors que nous ne savons pas si la personne va réellement développer la maladie ou pas, et nous ne voulons pas induire des changements de comportement chez les Français, donc ces tests génétiques en population générale resteront interdits.

MARC FAUVELLE
Agnès BUZYN, autre question, pour les couples de femmes qui pourront désormais avoir recours à la PMA, la question de la filiation de l'enfant, est-ce que la compagne de celle qui porte le bébé aura les mêmes droits que celle qui le porte cet enfant, visant v vis-à-vis de lui, est-ce qu'il y aura deux mères dans la loi ?

AGNES BUZYN
Il y aura deux parents, et elle aura les mêmes droits, après, plusieurs options sont sur la table et ont été envoyées au Conseil d'Etat, mais il y aura deux parents.

MARC FAUVELLE
L'une des hypothèses actuellement sur la table du Conseil d'Etat, c'est qu'il faudra aller chez le notaire pour remplir une déclaration anticipée de volonté, à quel moment, avant de lancer le processus de PMA ?

AGNES BUZYN
Avant, oui, absolument, pour, en fait, consolider le dispositif et être certain que si le couple se sépare pendant la grossesse, l'enfant... il y avait bien un désir d'enfant, et que les parents soient en responsabilité avant même que la PMA soit lancée.

MARC FAUVELLE
Merci beaucoup Agnès BUZYN, ministre de la Santé, vous étiez ce matin au micro de France Info.

AGNES BUZYN
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 25 juin 2019 
 

Thématiques :