Interview de Mme Agnès Buzyn, ministre des solidarités et de la santé à LCI le 25 juin 2019, sur les mesures de prévention face à la canicule, le réchauffement climatique et la crise aux urgences médicales.

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PASCALE DE LA TOUR DU PIN La ministre de la Santé est votre invitée, ce matin, Christophe JAKUBYSZYN. 

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN Oui, Pascale de LA TOUR DU PIN. Bonjour Agnès BUZYN. 

AGNES BUZYN Bonjour. 

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vous êtes ministre des Solidarités et de la santé, vous êtes particulièrement sollicitée en ce moment, d'abord, à cause de cet épisode caniculaire, et puis bientôt, de la réforme des retraites, on en dira un mot également. Alors cet épisode caniculaire, en quoi est-il... pourquoi est-ce que vous en faites tant, j'ai envie de dire, c'est compliqué à trouver toujours le juste milieu, on va vous reprocher de ne pas en faire assez ou d'en faire trop, mais pourquoi est-ce qu'il est particulièrement important, et pourquoi est-ce que vous êtes, peut-être, particulièrement inquiète, Agnès BUZYN ? 

AGNES BUZYN
Alors, je pense que la prévention est quand même notre meilleure arme, notamment pour éviter des afflux aux urgences, et puis, parce qu'on s'aperçoit que si on a tiré les leçons de la canicule de 2003 dans les maisons de retraite, en réalité, la population générale ne tient pas compte suffisamment des consignes, et on a des morts chaque été au moment des épisodes caniculaires. 

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Pourtant, il y a beaucoup de communication dans les médias, de votre part, normalement, les Français savent qu'il faut s'occuper des personnes isolées, boire un peu, mais pas trop, j'ai entendu qu'il ne fallait pas donner trop d'eau aux personnes âgées ? 

AGNES BUZYN
Alors, pas plus de deux litres, effectivement, et puis, on s'aperçoit que certains sportifs continuent à faire leur jogging à 10h, que des ouvriers du BTP ou de la restauration peuvent mourir parce qu'ils se mettent en danger, et puis, l'année dernière, nous avons eu un excès de noyades, quatre fois plus de noyades qu'une année standard, parce que les jeunes, les enfants, se rapprochent des points d'eau, donc, en réalité, moi, j'entends beaucoup de critiques : on en fait trop, pour tous ceux qui savent évidemment, on en fait trop, mais si je peux éviter des morts inutiles, évidemment, je continue à communiquer sur la prévention, c'est nécessaire. D'ailleurs, je ne suis pas sûre que chacun va donner une bouteille d'eau au SDF dans la rue qui souffre de la chaleur, or, je n'arrête pas de dire : il faut penser aussi aux personnes qui sont à la rue, il faut les aider. Donc ces consignes, elles méritent d'être rappelées, je ne veux pas en faire trop, mais je ne veux pas qu'on me reproche un jour de ne pas en avoir fait assez. 

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
On voit les températures qui sont prévues aujourd'hui, vous voyez jusqu'à 38 degrés, et ça, ce sont les températures évidemment à l'ombre, et puis, l'autre chose, c'est qu'il y a beaucoup d'humidité, l'humidité est beaucoup plus importante que d'habitude, et que donc le ressenti sera bien plus élevé, ça, c'est pour demain effectivement. 

AGNES BUZYN
Voilà, c'est ce que rappelle Météo-France, c'est qu'en réalité, si la température ne dépassera pas forcément 40 degrés, le ressenti sera très inconfortable, notamment pour les personnes âgées, en raison de l'humidité, je pense que, voilà, ce sont des messages qui commencent à passer, il va falloir qu'on s'habitue à ces épisodes caniculaires, ils risquent d'être plus nombreux. 

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors, il va falloir qu'on s'habitue, regardez ce qu'avait fait Evelyne DHELIAT, il y a deux ou trois ans, une météo un peu fiction, vous allez voir, c'est terrifiant parce qu'on a l'impression d'y être, regardez Evelyne DHELIAT.

EVELYNE DHELIAT – LE 4 DECEMBRE 2014 (DEMAIN MATIN 18 AOUT 2050)
Demain matin, les températures seront déjà très élevées, notamment à Paris, à Perpignan ou à Nice avec 26 degrés, et dans l'après-midi, on atteindra, on dépassera encore les 40 degrés, 41 à Agen, 41 à Strasbourg, 40 dans la capitale, 42 pour Lyon et jusqu'à 43 degrés prévus à Nîmes. 

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
C'était prévu pour 2050 selon Evelyne DHELIAT, c'est quasiment ce qui se passe aujourd'hui, ça veut dire qu'il va falloir, vous pensez, changer complètement notre manière de vivre ? 

AGNES BUZYN
Oui, je pense qu'il faut adapter notre société, et les projections de Météo France sur les trente ans qui viennent font apparaître effectivement plus d'épisodes caniculaires, plus fréquents, plus longs et plus intenses. Donc il faut qu'on adapte l'urbanisme des villes, il faut qu'on verdisse nos villes. Il faut qu'on adapte aussi l'architecture, et puis, notre façon de travailler et de nous habiller, je passe mon temps à dire : arrêtons de mettre des cravates et des costumes... 

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Donc là, vous allez me faire un reproche parce que j'ai une cravate... 

AGNES BUZYN
Mais parce qu'en réalité, la climatisation vous protège, mais elle participe au réchauffement climatique, cette climatisation, elle utilise de l'électricité, elle participe à notre bilan carbone négatif, et donc, on a intérêt à ne pas trop climatiser et à changer notre code vestimentaire. 

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Bon, vous n'avez pas réussi à me convaincre aujourd'hui, est-ce que vous avez réussi à convaincre le président de la République et tous les ministres qui seront en Conseil des ministres tout à l'heure, avec vous, est-ce que vous leur avez conseillé d'enlever la cravate aujourd'hui ? 

AGNES BUZYN
Alors, je vais leur conseiller, parce que j'aurai une communication sur la canicule ce matin en Conseil des ministres, et je vais leur faire part de mon souhait de changer les codes vestimentaires, comme les Japonais l'ont fait, après Fukushima, où ils ont été obligés d'arrêter toutes leurs centrales nucléaires où ils produisaient moins d'électricité et n'ont pas été capables de climatiser l'été. Il y a une loi qui est passée au Japon et qui permet un code vestimentaire très libre entre le 1er juin le 1er octobre.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Donc si j'enlève ma cravate, mon patron ne va pas me le reprocher, il n'a pas le droit de me le reprocher ? 

AGNES BUZYN
Non, au Japon, il est même interdit, je crois, de porter des costumes cravates l'été dans les lieux de travail.

 CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Est-ce que vous allez annoncer ces mesures en Conseil des ministres tout à l'heure sur le... 

AGNES BUZYN
Alors, là, ce n'est pas du tout ce que j'ai prévu d'annoncer. Je dis simplement qu'il faut qu'on commence à changer nos habitudes, et il faut qu'on arrête de penser que les épisodes caniculaires sont exceptionnels, je vois bien l'énergie que je mets à mettre en oeuvre tous ces plans canicule dans tous les lieux de vie. Il va falloir que ça rentre dans la routine, et que ça ne soit pas considéré comme exceptionnel, que chacun adapte sa façon de vivre, de travailler, que les entreprises favorisent le télétravail, que, voilà, qu'on adapte les transports en commun, les horaires... 

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais aucune mesure immédiate supplémentaire ?

AGNES BUZYN
Aujourd'hui, on a fait le maximum, la Direction générale du travail et Muriel PENICAUD ont fait passer des consignes aux entreprises pour qu'elles permettent des horaires décalés, pour favoriser le télétravail, on voit bien que Jean-Michel BLANQUER a pris la mesure pour éviter aux élèves de passer le brevet dans des conditions extrêmes et à décaler le brevet ; donc cette année, toutes les directions et tous les ministères se sentent concernés et ont pris des mesures. Mais ça reste toujours une mise en oeuvre de type exceptionnel, et je pense qu'il va falloir qu'on adapte notre société... 

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Changer les comportements... 

AGNES BUZYN
Voilà, plus en profondeur pour que cela devienne naturel. 

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Est-ce que vous vous sentez davantage préparée qu'en 2003, on se souvient, pour les moins de 20 ans, j'ai envie de dire, de ces images de ces ministres en polo dans leur jardin en train d'expliquer aux Français qu'il fallait boire, c'est vrai que c'était en plein mois d'août, là, on est un peu plus en amont, est-ce qu'on peut éviter ça ? 

AGNES BUZYN
On est nettement plus préparé, d'abord, on ne savait pas ce qu'était une canicule, on ne connaissait pas les conséquences, je crois que, vraiment, le ministre de l'époque a été pris au dépourvu et n'a pas réalisé l'ampleur, voilà... 

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
MATTEI à l'époque, oui... 

AGNES BUZYN
Voilà, n'a pas réalisé l'ampleur de la catastrophe, et je ne lui lance pas la pierre, je ne sais pas du tout ce que j'aurais fait à sa place. En l'occurrence, on est très bien préparé maintenant, et les plans canicule se sont enrichis, d'année en année, on touche de nouveaux publics, c'est-à-dire qu'on sait maintenant que les personnes à la rue sont très fragiles, on sait que les enfants sont plus soumis à des risques de noyades. Et donc nos messages de prévention évoluent, s'enrichissent chaque année de l'expérience de l'année précédente. 

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors, est-ce que vous en faites trop ? C'est ce que certains responsables politiques semblent dire, on va écouter ce matin Julien ODOUL, qui est membre du bureau national du Rassemblement national, qui était l'invité de Pascal de LA TOUR DU PIN. Ecoutez ce qu'il vous disait.


JULIEN ODOUL, MEMBRE DU BUREAU DU RASSEMBLEMENT NATIONAL
Le gouvernement est dans une attitude totalement démesurée, nous sommes fin juin, c'est le début de l'été, il fait chaud, c'est tout à fait normal, il faut arrêter de faire peur aux Français, il faut arrêter, je dirais, les discours excessifs, puisque là, tout le gouvernement est mobilisé, alors, on sent bien qu'il est traumatisé par l'épisode de 2003, qu'il ne veut pas qu'il y ait de couac de communication. Mais on aimerait que le gouvernement soit autant mobilisé, que tous les ministres soient sur le front du chômage, soient sur le front de l'emploi. 

AGNES BUZYN
Une polémique totalement inutile, on est mobilisé parce que chaque année, il y a des morts, l'année dernière, il y a eu un excès de mortalités lors de la canicule du mois d'août, il y a eu 400 morts de noyades, quatre fois plus qu'un été normal, 1.600 noyades. Et donc, moi, j'entends donc que ça peut choquer certains, en l'occurrence, tant qu'il y aura des décès inutiles et que l'on peut prévenir je continuerai à déployer des messages de prévention, je ne veux faire peur à personne, je dis à chacun : soyez responsable, ne soyons pas dans le déni, il fait chaud, très chaud. Et personne n'est à l'abri d'un coup de chaleur et d'un risque pour sa santé, et je souhaiterais éviter un afflux aux urgences cette année. Donc soyons raisonnables. 

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Justement, on va en parler, cet épisode caniculaire intervient en pleine crise des urgences, il y a encore des services qui sont mobilisés, les services d'urgences vont tenir compte tenu de ce contexte social et de cet afflux probablement de Français qui viendront se faire soigner aux urgences ? 

AGNES BUZYN
Alors, d'abord, pour l'instant, il n'y a pas l'afflux lié à la chaleur. 

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
C'est l'accumulation qui risque de faire un afflux, au bout de trois, quatre jours, les personnes les plus fragiles... 

AGNES BUZYN
Oui, mais alors, c'est pour ça que les consignes sont très importantes à respecter, je pense que, vraiment, la prévention a fait son effet l'année dernière, réellement, on n'a pas eu d'afflux massif aux urgences pendant la canicule... 

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
D'accord, malgré l'épisode caniculaire qui était moins fort, mais quand même, qui était quand même là... 

AGNES BUZYN
Qui était quand même important. Et donc ça marche, ça fonctionne. Les urgences, fort heureusement, nous ne sommes pas encore en période de vacances scolaires, donc les personnels ne sont pas partis. Et puis, j'ai débloqué une enveloppe de 15 millions d'euros il y a une dizaine de jours pour permettre à tous les établissements de santé de recruter du personnel de remplacement ou d'aide en cas de tension dans les services d'urgences, ces enveloppes sont mises à disposition, tous les établissements de santé peuvent faire remonter leurs besoins. 

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Est-ce que ça suffit, vous avez parlé de 70 millions, je crois, sur le plan global des urgences, est-ce que ça suffit pour arrêter la crise, quel est le climat social aujourd'hui dans les services d'urgences ? 

AGNES BUZYN
Alors, ce n'est pas tout à fait 70 millions, donc c'est 15 millions débloqués pour l'été, juillet-août, pour remplacer, et par ailleurs, j'ai entendu les revendications des urgentistes qui disent qu'ils sont soumis à des pressions et à des risques très spécifiques aux urgences, et donc j'ai attribué une prime de risque de 100 euros nets à tous les personnels non médicaux des urgences, et c'est une prime pérenne, donc ce sont 55 millions d'euros chaque année renouvelés pour ces personnels, ces 30.000 personnes. J'ai aussi proposé une prime de coopération, c'est pour permettre des coopérations entre les soignants, pour fluidifier les passages aux urgences et accélérer les diagnostics pour éviter les temps d'attente, et puis, il y a une enveloppe débloquée aussi pour remettre à neuf un grand nombre de services d'urgence qui sont vétustes, voilà, et j'ai demandé une mission flash, par le professeur Pierre CARLI, patron du Samu de Paris, et le député Thomas MESNIER, pour qu'ils me fassent remonter toutes les idées concrètes qui permettraient d'améliorer la situation dans les urgences dans les deux, trois mois qui viennent. 

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Et il y a votre loi qui, normalement, doit permettre de faire des urgences un centre de tri pour peut-être reporter certains patients vers par exemple la médecine de ville, ça sera en place quand ce système ? 

AGNES BUZYN
Alors, j'attends que la loi soit votée, la loi donc a trouvé un accord entre l'Assemblée nationale et le Sénat, elle devrait être votée dans le courant du mois de juillet, et dès qu'elle sera votée, elle pourra être mise en oeuvre. Elle va permettre... 

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Souvent, il y a un problème entre les lois, c'est ce que dit le président, souvent, et leur mise en oeuvre... 

AGNES BUZYN
Alors, la mise en oeuvre, elle va pouvoir être immédiate, nous avons notamment la capacité de mieux organiser la médecine de ville et faire en sorte que les médecins de ville s'engagent à recevoir des patients sans rendez-vous, parce qu'une grande raison de l'afflux aux urgences aujourd'hui, c'est que les personnes qui se sentent mal n'acceptent pas... 

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Bien sûr... de ne pas être soignées assez vite... 

AGNES BUZYN
Voilà. Et donc comme les patients n'arrivent pas à trouver de rendez-vous chez un médecin généraliste, ils vont aux urgences, donc là, cette loi va permettre, et notamment toutes les mesures prises pour l'organisation territoriale de la médecine de ville, va permettre d'accéder à des consultations sans rendez-vous. Ça va déjà désengorger une grande partie des urgences. 

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors, on va parler d'un sujet qui va vous mobiliser beaucoup aussi évidemment, c'est la loi bioéthique, qui va être présentée avant l'été et qui sera débattue à la rentrée, il y a beaucoup de sujets. On va prendre le premier, qui est le plus polémique, qui est la PMA pour toutes, vous avez expliqué que vous souhaitiez le remboursement aussi de cette PMA pour toutes, vous n'avez pas peur que, du coup, ça accentue encore l'opposition, le fait, finalement, de cette sorte de droit à l'enfant pour les femmes seules et les femmes en couple... 

AGNES BUZYN
Alors, ça n'est pas un droit à l'enfant, c'est simplement un droit ouvert à une technique existante qui ne nuit à personne, en réalité, les principes, les fondements de la bioéthique, c'est de vérifier que les possibilités offertes par la science n'entraînent pas plus de mal que de bien, et que ça ne nuit à personne, et que ça nuit pas aux principes fondamentaux de l'éthique, qui sont notamment la gratuité des dons, la non-marchandisation du corps humain, etc., donc l'ouverture... 

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais tout ça, ça ne s'applique pas à la GPA, la gestation pour autrui, dans votre esprit, mais uniquement la PMA ? 

AGNES BUZYN
Absolument, absolument, la frontière est étanche entre les deux, puisque la GPA, c'est de la marchandisation du corps des femmes, ce qui n'est pas la PMA, puisque les femmes portent elles-mêmes leur propre enfant à partir de leurs gamètes, et donc c'est simplement l'ouverture d'un droit qui ne nuit à personne. Et je pense que la société est prête aujourd'hui pour entendre ce besoin de ces couples de femmes d'avoir un enfant sans prendre des risques pour leur santé, puisqu'on sait qu'aujourd'hui beaucoup de femmes peuvent soit accéder à la PMA dans d'autres pays, et elles le paient, et donc ça, c'est un droit qui est lié, enfin, quelque part, c'est un accès qui est lié à leurs capacités financières, c'est la raison pour laquelle on souhaite le rembourser, pour permettre ce droit réel d'être activé par toutes les femmes en France. Et puis, on sait que certaines se mettent en danger puisqu'elles ont éventuellement des rapports non protégés avec des gens qu'elles ne connaissent pas pour avoir un enfant. Donc c'est une sécurité pour les femmes. 

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Sur la PMA, vos détracteurs disent qu'on ne s'occupe pas assez des droits de l'enfant à naître, notamment du fait qu'on le prive d'une partie de ses origines. 

AGNES BUZYN
Alors, on ne le prive pas d'une partie de ses origines, puisque dans la loi, on va permettre ce qu'on appelle l'accès aux origines, c'est-à-dire que les enfants à leur majorité pourront accéder à des données, soit, non-identifiantes du donneur, pour savoir qui a été le donneur de gamètes, soit identifiantes, et donc, il y a deux possibilités dans la loi, soit, que le donneur de gamètes donne son accord dès le don ou lorsque l'enfant voudra connaître son origine... 

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Ça, ce sera valable pour tous les cas de PMA qui seront faits en France ? 

AGNES BUZYN
Alors, la question qui se pose, c'est : est-ce que c'est valable uniquement pour les PMA faites pour des couples de femmes homosexuelles ou aussi pour des couples hétérosexuels, aujourd'hui, un enfant né par PMA avec un donneur de gamètes dans un couple hétérosexuel ne le sait pas, c'est parfois... 

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Ça, vous souhaiteriez préserver cet anonymat de manière à ce que le couple, constitué d'un homme et d'une femme en l'occurrence... 

AGNES BUZYN
Donc nous avons proposé deux possibilités au Conseil d'Etat, l'une où ça s'appliquerait aussi aux couples hétérosexuels pour lever ces secrets de famille ou ça s'appliquerait seulement en couples homosexuels, donc les deux possibilités sont analysées aujourd'hui, juridiquement, par le Conseil d'Etat, nous attendons leur retour, et donc évidemment, un enfant né par PMA de couple de femmes saura qu'il est né d'un tiers donneur. Et le couple donnera son accord... 

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Ça, ce sont des sujets qui vont passionner les Français, parce qu'on touche évidemment à l'intime, à l'éthique, et on n'a pas fini de parler de ce sujet-là, que vous nous expliquiez d'ailleurs, sur le fait qu'on distingue effectivement les cas où peut-être les parents ne souhaitent pas qu'un tiers un jour arrive et soit identifié par l'enfant, et donc, c'est le Conseil d'Etat qui va trancher cette question. 

AGNES BUZYN
Juridiquement, il va nous aider à stabiliser la loi. On voit bien que toutes les solutions ont des avantages et des inconvénients, ce n'est pas une loi simple, et on se rend compte que les gens les plus déterminés sur ces questions-là sont souvent des personnes qui ont elles-mêmes une histoire intime lourde et qui, voilà, qui jouent dans la doctrine qu'on se fait sur cette loi. 

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
J'aimerais vous poser une question sur la GPA, vous avez été très claire tout à l'heure, en disant ce que vous avez dit : est-ce que vous n'avez pas blessé des gens qui ont eu accès à la GPA, par exemple à l'étranger, et vous leur dites : vous avez fait quelque chose d'illégal et vous avez marchandisé le corps d'une femme, est-ce que... voilà... qu'est-ce que vous leur dites ? 

AGNES BUZYN
Sincèrement, quand on parle de bioéthique, il faut être effectivement très prudent, parce que, à la fois, on touche à des convictions profondes d'une grande partie de la société, y compris des convictions chrétiennes très ancrées, qu'il faut respecter, et puis, on touche aussi à l'intime des familles, à l'intime des personnes, et il faut entendre aussi cette part de souffrance individuelle des gens, donc la loi de bioéthique, elle cherche cette ligne de crête, pour essayer de faire converger un maximum de personnes vers une solution qui heurte le moins possible et qui répond aussi à des douleurs intimes. Donc je ne souhaite surtout heurter personne et je respecterai les convictions de chacun lors des débats.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
C'est un débat qu'on n'a pas fini d'avoir ici, on vous réinvitera évidemment. La réforme des retraites, encore un sujet pour vous décidément, vous êtes très exposée, elle sera... en tout cas, Jean-Paul DELEVOYE vous livrera ses conclusions à mi-juillet. Vous annoncerez sans doute votre réforme en septembre, j'imagine. Vous n'allez pas nous le dire aujourd'hui, parce qu'il y a encore un peu de suspense, mais les Français... ont retenu deux idées, la première, c'est qu'il sera plus difficile de toucher une bonne retraite parce qu'il faudra travailler plus longtemps pour avoir ce à quoi on pensait avoir droit. La deuxième, c'est qu'on ne connaîtra qu'au dernier moment le montant de sa retraite, ça dépendra de la valeur du point, ça, c'est assez angoissant. 

AGNES BUZYN
Alors, en tous les cas, la réforme telle qu'elle est pensée, c'est une réforme à enveloppe constante, dont l'idée n'est pas de faire des économies sur les retraites, l'idée est d'avoir une répartition plus équitable aujourd'hui, parce que nous savons aujourd'hui que les différents régimes induisent des différences de pension qui sont parfois inexplicables avec des personnes qui ont fait le même métier et ont gagné la même chose toute leur vie et qui à l'arrivée n'ont pas la même pension... 

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Donc vous assumez qu'il y ait des gagnants et des perdants ? 

AGNES BUZYN
Alors la question est comment nous allons faire en sorte qu'il n'y ait pas de perdants, parce que ça n'est pas tolérable pour des gens qui se sont inscrits dans une carrière avec l'idée qu'ils vont toucher une certaine pension de retraite et qu'on pourrait leur réduire. Donc toute la question de cette loi, c'est la période de transition, c'est comment on accompagne cette loi qui, à l'arrivée, va être une loi de justice, une loi... 

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Avec un minimum vieillesse qui sera monté à 1.000 euros par exemple... 

AGNES BUZYN
Un minimum vieillesse pour ceux qui n'auront pas une carrière complète, qui sera monté à 1.000 euros, effectivement parce qu'on le sait bien, aujourd'hui, il y a une paupérisation de personnes âgées qui n'ont pas de pensions suffisantes, et c'est une loi qui doit être rassurante pour les Français, parce qu'elle va permettre la pérennité de notre système de retraite pour les jeunes qui aujourd'hui n'y croient pas... 

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Ils n'y croient pas du tout... 

AGNES BUZYN
Si vous interrogez des jeunes de 20 ans, ils ont l'impression qu'ils seront livrés à eux-mêmes, cette loi va sécuriser notre système de retraite par répartition. 

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais il y a cette idée du point, c'est-à-dire que, je vous repose la question, on ne sait pas quand on partira à la retraite combien vaudra le point, et donc de quel montant sera ma retraite, c'est ça un peu l'inconnue de cette nouvelle réforme ? 

AGNES BUZYN
Alors, c'est la raison pour laquelle nous devons être attentifs au point d'équilibre du système si l'on ne veut pas effectivement qu'à un moment, on soit obligé... 

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Le point soit trop bas... 

AGNES BUZYN
Le point soit trop bas. Le système – nous le savons – sera à l'équilibre budgétairement si nous arrivons à travailler un peu plus longtemps, en tous les cas, pour ceux qui le peuvent, car aujourd'hui, il y a de moins en moins d'actifs et de plus en plus de retraités, parce que la durée de vie augmente, et donc nous devons retrouver cet équilibre pour que notre système soit pérennisé. 

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Merci beaucoup Agnès BUZYN. 

AGNES BUZYN
Merci... CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Je vous promets, demain, je serai sans cravate dans cette émission ! 

AGNES BUZYN
Parfait. 

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Et j'espère qu'au Conseil des ministres, tout à l'heure, on regardera les images, vous aurez réussi à faire enlever les cravates, soit avant, soit après le Conseil, aux ministres et au président. On suivra ça de très près... 

AGNES BUZYN
Je vais essayer... 

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN Merci beaucoup Agnès BUZYN.

PASCALE DE LA TOUR DU PIN Christophe JAKUBYSZYN, on vous prend au mot ! Demain, on vérifiera si vous n'avez pas de cravate ! 

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN Eh bien, vous pouvez me prendre au mot, je n'aurai pas de cravate demain.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 26 juin 2019 
 

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