Interview de M. François Loncle, secrétaire d'Etat chargé du Plan, dans "Profession politique" du 5 mars 1993, sur le 11ème Plan.

Texte intégral

Q - Le projet du XIème Plan que vous venez de présenter est-il consensuel ou risque-t-il d'être remis en cause par la future majorité ?

- Les grandes orientations du XIème Plan ont été présentées au Conseil des ministres du 3 février. Un projet de loi est actuellement préparé mais rien ne dit que la prochaine majorité se servira de ce projet et n'aura pas la tentation d'en faire un autre. La droite et la gauche ne proposent pas la même chose. Toutefois il y a sur les quatre grandes questions traitées par le XIème Plan - réussir l'Union européenne, promouvoir un engagement collectif sur l'emploi, agir pour une société plus soucieuse de l'homme et de la nature et rénover l'action publique - des points d'accord susceptibles de rendre ce Plan parfaitement applicable et consensuel, quelle que soit la physionomie de la future majorité.
Le XIème Plan peut être le noyau dur de la politique de la France dans les cinq années qui viennent. Mais d'une France débarrassée des nationalistes, Marchais, Pasqua, car avec eux on ne peut faire l'Union européenne. De même qu'avec les conservateurs, on ne peut pas maintenir la protection sociale et assurer les retraites. Imaginons que Séguin et Pasqua l'emportent dans la lignée européenne, à ce moment-là, tout est remis en cause.

Q - Le XIème Plan relève-t-il du débat électoral des législatives ?

- Voilà un bon débat pour les élections. Je passe mon temps à expliquer qu'il est plus intéressant de parler de cela que de savoir qui va occuper l'hôtel Matignon après mars. N'importe quelle majorité va s'y trouver confrontée car ces questions sont incontournables. Est-ce que la nouvelle majorité va réussir l'Union européenne ? Est-ce qu'elle va résister aux tentations hégémoniques américaines ? Est-ce qu'elle va pousser nos partenaires à faire plus d'Europe ? Est-ce que pour inverser la courbe du chômage, elle va se contenter d'une seule mesure ou se mobiliser sur une dizaine d'objectifs précis et très forts ?

Q - Quelles sont les principales orientations du XIème Plan ?

- Ce sont essentiellement les quatre grandes orientations que voici :

1 - Réussir l'Union européenne, une fois ratifiée le traité de Maastricht par les Douze.
2 - Promouvoir un engagement collectif de performance pour l'emploi. Tout le monde doit se mobiliser pour l'emploi : les entreprises, l'Etat, les collectivités locales, les associations, le service public de l'emploi. Les rapports Brunhes, Gandois, Charpin proposent un programme consensuel pour cinq ans portant sur la réduction du temps de travail. Si on arrive aux 37 heures en 1996-1997 ce sera déjà un très bon résultat. Mieux vaut se donner cet objectif plutôt que d'afficher le slogan des 35 heures que l'on est pas sûr d'atteindre. C'est le débat que j'ai eu avec ma collègue au gouvernement, Marie-Noëlle Lienemann.
3 - Favoriser une société plus soucieuse de l'homme et de la nature.
4 - Rénover l'action publique, c'est à dire la rendre plus efficace.

Q - Comment se porte la planification à la française ?

- L'idée de planification à la française est complètement revalorisée avec le XIème Plan, en raison de la situation en France et parce que les incertitudes sont plus fortes dans le domaine international. J'observe que les pays de l'Est qui se sont lancés, tout de suite après la chute du Mur de Berlin, vers le libéralisme à tout crin, en sont totalement revenus. Ils se tournent aujourd'hui vers le modèle d'économie mixte et d'intervention de l'Etat que nous valorisons. La planification française est aujourd'hui décentralisée à travers les contrats de Plan Etat-régions. Ces contrats qui portent sur la période 1994-1998 vont être signés d'ici au 31 décembre. Ils constitueront le moteur du développement régional pour les vingt-six régions. Jamais ils n'auront fait l'objet d'une telle préparation. Il y a 8 000 personnes actuellement qui les préparent au niveau des conseils régionaux. L'État de son côté, pour la première fois, a donné sa copie, région par région, les préfets, aux côtés des présidents des conseils régionaux, négocient actuellement les contrats de plan.