Interview de Mme Agnès Buzyn, ministre des solidarités et de la santé à France-Inter le 2 août 2018, sur le déploiement du plan canicule et la protection des personnes âgées.

Prononcé le

Texte intégral


FRÉDÉRIC METEZEAU
Bonjour Agnès BUZYN.
AGNES BUZYN
Bonjour.
FREDERIC METEZEAU
Ministre de la Santé et des Solidarités. 34 départements placés en alerte canicule, 33 à 36° dans les Pays de la Loire, 36 à 39 du Sud-ouest à l'Auvergne, des pointes à 41° dans l'arrière-pays méditerranéen. 15 ans après la crise sanitaire de la grande canicule, sommes-nous désormais mieux armés ?
AGNES BUZYN
Alors, oui, nous sommes bien mieux armés, il y a maintenant un Plan national canicule, qui s'active dans tous les départements touchés. Je rappelle qu'aujourd'hui, 70 départements français vont être touchés par la canicule. Les préfets activent ce plan et il y a tout un tas d'informations qui partent dans les lieux de vie, je pense notamment aux établissements pour personnes âgées, où il y a des dispositions qui sont prises par les personnels pour rafraîchir les personnes. Il y a également des informations aujourd'hui sur les ondes…
FREDERIC METEZEAU
On en passe régulièrement sur France Inter.
AGNES BUZYN
Vous les passez, et c'est très important que tout le monde se sente impliqué, car la canicule aujourd'hui ne touche pas que les personnes fragiles, elle peut toucher des adultes qui travaillent, des personnes qui se sentent capables de faire du sport et qui parfois font des hyperthermies graves et des accidents, et puis il faut penser aux enfants, et là je suis inquiète pour le grand chassé-croisé des vacances, qui va se passer essentiellement dans la région Rhône-Alpes, qui est très impactée par la canicule. Il faut impérativement penser à rouler plutôt très tôt le matin ou tard le soir, éviter les périodes de grande chaleur, protéger les enfants, prendre suffisamment d'eau dans les voitures, d'arrêter régulièrement.
FREDERIC METEZEAU
Pare-soleil, brumisateur.
AGNES BUZYN
Brumisateur, pare-soleil, mouiller les vêtements des enfants, c'est très important, car ça permet de rafraîchir le corps, et ces conseils en fait peuvent être donnés à tout le monde dans la société et doivent être pris en compte.
FREDERIC METEZEAU
Madame BUZYN, on parle là des conseils pour la vie de tous les jours, pour la société civile, je dirais. Il y a un quart d'heure, sur France Inter, on a passé un reportage dans un hôpital parisien que vous connaissez bien, Saint-Antoine. Il fait 37° dans les couloirs, les infirmières ont chaud, les infirmières ont soif, elles n'ont pas de matériel pour lever les jambes des patients. Régine LINARD, qui est déléguée CGT à Saint-Antoine, vous interpelle dans ce reportage, elle dit que les conditions de travail sont très dures, là il semble que les choses n'ont pas changé depuis 2003.
AGNES BUZYN
Alors, ça n'est pas tout à fait vrai, parce que nous avons pris des mesures depuis 2003, quand je dis « nous », la société française, pour avoir dans tous les lieux de vie et notamment dans les hôpitaux mais aussi dans les maisons de retraite, des pièces rafraîchies, mais il faut les équiper au fur et à mesure, c'est vrai que certains de nos hôpitaux sont très anciens, les bâtiments n'ont pas été pensés pour la climatisation, certains de nos hôpitaux ont plus de 100 ans, et donc petit à petit les hôpitaux ont des pièces rafraîchies, notamment dans les urgences, dans les blocs opératoires, tout cela est climatisé, et dans certaines chambres de malades, progressivement, nous installons des climatisations. Mais il faut comprendre que dans un hôpital, il y a des problèmes techniques à climatiser, c'est extrêmement compliqué et donc ça n'est pas simplement installer un climatiseur dans une chambre, c'est beaucoup plus complexe. Alors, il se trouve que j'ai travaillé beaucoup à l'hôpital Saint-Antoine, c'est mon hôpital, donc je connais bien les conditions de travail, il est évident qu'avec la modernisation des hôpitaux qui se poursuit, nous allons adapter évidemment les hôpitaux aux épisodes de canicule qui vont être de plus en plus fréquents.
FREDERIC METEZEAU
Il y a aussi des problèmes de bras, le syndicat USAP CGT, qui est le premier syndicat de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris, alerte sur une situation devenue insoutenable. Selon le syndicat, le nombre d'agents remplaçants a été divisé par deux, pour remplacer les personnes parties en vacances. On peut citer aussi un service d'urgences dans la Drôme, qui a dû fermer faute de personnel.
AGNES BUZYN
Alors, aujourd'hui les services d'urgence pâtissent de deux problèmes. D'abord les passages aux urgences ont doublé en 20 ans, on est passé de 10 millions à 20 millions de passages par an aux urgences, et ce ne sont pas les mêmes urgences, il y a beaucoup moins d'urgences vitales, les gens viennent aux urgences simplement parfois pour avoir une consultation médicale.
FREDERIC METEZEAU
Souvent parce qu'il y a moins de médecins de garde.
AGNES BUZYN
Absolument, et donc ça nécessite une meilleure organisation de la prise en compte des urgences, y compris par les médecins généralistes en ville. Et c'est ce que nous allons faire avec la transformation du système de santé qui sera annoncé en septembre. Après, nous avons après de recrutement de médecins, des postes sont ouverts, mais il y a de moins en moins de médecins, assez peu de médecins urgentistes et donc nous en formons énormément, depuis deux ans nous avons augmenté la capacité de formation, mais…
FREDERIC METEZEAU
Mais la formation c'est 10, 11, 12 ans.
AGNES BUZYN
Alors non, sur les internes c'est 3, 4 ans, donc ils vont évidemment être sur le marché, si je puis dire, dans peu de temps, mais en période de vacances, ce qui compte c'est surtout que les hôpitaux s'adaptent à leur bassin de vie. Et nous avons des hôpitaux qui, contrairement à ce que vous dites, ont augmenté leurs capacités, notamment tous les hôpitaux des zones touristiques recrutent des médecins urgentistes pour deux mois, pour trois mois, de façon à être en capacité de prendre en charge une activité qui augmente. Donc, en réalité, toutes les agences régionales de santé font une comptabilité des lits ouverts, des ressources humaines, donc des urgentistes présents, de la capacité des urgences à faire face à un afflux de patients, et adaptent aussi le nombre de personnel au nombre de personnes qui vont habiter la région à un moment donné.
FREDERIC METEZEAU
Vous l'évoquiez, Agnès BUZYN, à la rentrée vous allez révéler, présenter votre plan de réforme de l'organisation territoriale, mais il y a déjà quelques grandes lignes que l'on connaît, par exemple l'ouverture de centres de soins non programmés, pour remplacer les urgences. En gros, ça veut dire qu'on prendrait les urgences non vitales, seulement certaines heures de la journée, et il y aurait obligation que les gens appellent d'abord le SAMU. Qu'est-ce que c'est ? C'est des urgences au rabais ou au contraire c'est une rationalisation du parcours de soins ?
AGNES BUZYN
Alors aujourd'hui on réfléchit effectivement à des organisations territoriales qui permettraient de décharger les urgences de tout ce qui n'est pas une urgence vitale. On sait qu'aujourd'hui 70 % des passages aux urgences auraient pu être traités par un médecin généraliste en ville, et donc… une maison de santé, un centre de santé. Donc il est impératif de penser ce qu'on appelle le parcours de soins, pour décharger les urgences et faciliter l'accès à ce qu'on appelle des soins non programmés, c'est-à-dire que vous vous faites une entorse aujourd'hui, si votre médecin n'accepte que les patients sur rendez-vous, vous allez être en difficultés pour avoir ce rendez-vous, et ce qu'on appelle les soins non programmés, c'est simplement la possibilité d'aller voir un médecin, sans rendez-vous, et cela aujourd'hui c'est déficient en France, et c'est cela que nous allons organiser sur le territoire, et surtout, toute la transformation que nous allons faire, c'est pour remettre de la médecine en proximité, car aujourd'hui les Français souffrent des déserts médicaux et c'est à cela que nous nous attachons.
FREDERIC METEZEAU
Agnès BUZYN, ministre de la Santé. Lundi, votre époux Yves LEVY, qui préside l'INSERM, a retiré sa candidature pour un nouveau mandat à la tête de cet organisme, vous aviez expliqué très tôt qu'il n'y aurait pas de conflit d'intérêts, que vous ne vous impliquez pas dans sa carrière, donc pas de conflit d'intérêts, dont acte, on vous croit, alors pourquoi il se retire ? C'est un effet BENALLA, un effet turbulences ?
AGNES BUZYN
Non, d'abord je ne vois pas le lien, enfin, en l'occurrence je ne vois absolument pas le lien avec l'affaire BENALLA, je ne comprends pas…
FREDERIC METEZEAU
Il y a eu quelques mauvaises ondes autour du gouvernement ces jours-ci.
AGNES BUZYN
Non, pas du tout, je pense, enfin, je n'ai pas commenté l'INSERM pendant un an, je ne vais pas commencer. Je suis en déport, vous le savez, de tout ce qui concerne l'INSERM depuis mon arrivée au gouvernement.
FREDERIC METEZEAU
Depuis votre arrivée, absolument.
AGNES BUZYN
Simplement, aujourd'hui je pense que la… Il n'y a pas de conflit d'intérêts en ce sens que le ministère de la Santé n'intervient jamais sur les affaires de l'INSERM, depuis que je suis au gouvernement, mais je pense que c'est important pour le ministère de la Santé d'être en capacité de parler de recherche biomédicale, et je pense que voilà, la décision a été prise, non pas parce qu'il y a un conflit d'intérêts, mais peut-être pour faciliter simplement le travail du gouvernement.
FREDERIC METEZEAU
Une tranquillité d'esprit et de sérénité.
AGNÈS BUZYN
Absolument.
FRÉDÉRIC METEZEAU
Agnès BUZYN, ministre de la Santé et des Solidarités, merci d'être venue ce matin sur France Inter.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 3 août 2018

Thématiques :