Interview de Mme Agnès Buzyn, ministre des solidarités et de la santé à RTL le 25 juillet 2018, sur la prévention et la mise en place du Plan canicule, notamment pour les personnes âgées.

Prononcé le

Texte intégral


ANIMATRICE
Jérôme CHAPUIS, vous recevez ce matin la ministre des Solidarités et de la Santé, Agnès BUZYN.
JEROME CHAPUIS
Bonjour Agnès BUZYN !
AGNES BUZYN
Bonjour Jérôme CHAPUIS.
JEROME CHAPUIS
Nous allons parler avec vous de la canicule, bien sûr, mais d'abord parce que c'est une affaire qui parasite l'action et la parole du gouvernement depuis une semaine maintenant, l'affaire BENALLA. Le président de la République s'est exprimé hier soir devant les députés de son parti, est-ce que c'était vraiment l'endroit approprié ?
AGNES BUZYN
Alors, ce rendez-vous était pris de façon ancienne, donc le président de la République et s'est rendu l'année dernière et il s'est rendu cette année devant les députés de la majorité à la fin de la législature avant les vacances d'été.
JEROME CHAPUIS
Mais est-ce qu'il n'aurait pas dû s'exprimer devant un cadre non partisan ?
AGNES BUZYN
Non mais il va, je pense, aussi s'exprimer ou quand il l'estimera nécessaire ou opportun devant les Français mais là, c'est un moment de convivialité où il souligne le travail qui a été fait dans l'année, il faut quand même remarquer que les députés ont énormément travaillé et que voilà, c'est normal de leur rendre visite, c'est l'occasion aussi de faire le point, je dois dire que les propos du chef de l'Etat sont très rassurants parce qu'il est complètement clair dans la façon dont il assume cette histoire de dérive.
JEROME CHAPUIS
Il y a quand même une interrogation sur ce que ça veut dire, assumer sa responsabilité quand on bénéficie par ailleurs d'une immunité ?
AGNES BUZYN
Mais il ne cherche pas, non mais il ne cherche pas des fusibles ; il y a eu des sanctions, je rappelle que la sanction a été prise dès le 2 mai …
JEROME CHAPUIS
Mais une sanction qui est de l'avis général jugée assez faible au regard de la gravité des faits.
AGNES BUZYN
Oui, mais on ne peut pas dire que l'Elysée a été sans réaction face à cette dérive individuelle de quelqu'un qui s'est autorisé des choses qui n'étaient pas autorisées. Il y a des enquêtes en cours qui feront la part des responsabilités. On peut effectivement peut-être s'interroger sur la sanction, mais on ne peut pas dire que l'Elysée ait mis du temps à réagir puisque les faits datent du 1er mai, que la sanction est tombée le 2 mai et qu'il a été sanctionné par le directeur de cabinet.
JEROME CHAPUIS
Vous y étiez, vous, hier soir à cette réunion où Emmanuel MACRON s'est exprimé ?
AGNES BUZYN
Non j'étais dans l'avion, je suis rentrée d'Amsterdam où j'étais au congrès mondial du sida et donc non je n'ai pas …
JEROME CHAPUIS
Donc vous n'avez pas assisté, en revanche, vous serez tout à l'heure au conseil des ministres.
AGNES BUZYN
Absolument.
JEROME CHAPUIS
Le travail des ministres il est compliqué par cette affaire notamment dans les relations que vous pouvez avoir avec les parlementaires depuis quelques jours ?
AGNES BUZYN
Alors en l'occurrence pas personnellement, peut-être que d'autres ministres ont eu des difficultés et je pense notamment à Nicole BELLOUBET qui défendait quand même la révision constitutionnelle et sa loi et qui de fait a été reportée en septembre. Dans mon champ de travail, j'avais énormément de rendez-vous professionnels pour préparer les réformes et qui vont être mises en oeuvre à la rentrée, je rappelle le plan pauvreté, la transformation du système de santé.
JEROME CHAPUIS
Et tout cela ne pâtit pas de l'ambiance qui est celle que l'on connaît au Parlement depuis maintenant une semaine ?
AGNES BUZYN
Non, je n'ai pas changé mon programme de travail et j'ai énormément de choses à préparer pour la rentrée.
JEROME CHAPUIS
On va parler de votre actualité, de l'actualité de votre ministère, encore quelques questions quand même sur cette affaire BENALLA. Vous nous disiez Agnès BUZYN le président va s'exprimer, vous avez des informations sur la forme éventuelle de cette expression ?
AGNES BUZYN
Non pas du tout. Ce que je dis, c'est qu'on ne peut pas lui reprocher de s'être exprimé dans un cercle restreint des députés de la majorité, c'était un rendez-vous qui était prévu. Après il est libre, évidemment, de choisir le moment où il a envie de s'exprimer mais je pense que c'est sage de ne pas s'exprimer sur des enquêtes en cours, que ce soit l'enquête judiciaire, une enquête parlementaire et une enquête administrative, il faut le temps de l'enquête et moi, je crois qu'il est bien que le chef de l'Etat laisse le temps aux enquêtes de se faire dans le calme.
JEROME CHAPUIS
Il y a quand même eu comment dire, il y avait une tonalité très ironique par moments dans cette intervention du président hier soir notamment cette phrase qui surprend dans la bouche du président de la République « Alexandre BENALLA n'a jamais été mon amant », c'est quand même très surprenant d'entendre le président dire ce genre de choses !
AGNES BUZYN
Non, le président a listé l'ensemble des fake news qui ont entouré ce moment de communication de cette semaine complètement hystérique. Il y a eu un nombre de fake news qui a accentué l'étonnement des Français et je le comprends quand on entend parler d'un appartement de 100 mètres carrés, de 180 000 euros de travaux, donc c'est un ensemble de fake news qui ont circulé et qui ont participé à l'emballement et quand on liste en fait l'ensemble de ces fake news, il y avait aussi ce qui circulait sur les réseaux sociaux et le président a listé tout ce qui circulait de faux sur les réseaux sociaux …
JEROME CHAPUIS
Sur les réseaux sociaux mais en mettant en cause la presse dans son ensemble, la presse dans son ensemble, c'était un peu surprenant là aussi ?
AGNES BUZYN
C'est vrai qu'on a lu ….
JEROME CHAPUIS
Alors que c'est la presse qui a révélé cette affaire en l'occurrence ?
AGNES BUZYN
Non mais je pense que la presse n'est pas attaquée sur la révélation. Je crois que personne n'a mis en cause le travail de la presse. Après certains journaux ou certains commentateurs ont été le relais de fausses informations et donc ça je crois que c'est important que le directeur de cabinet ait pu s'exprimer lors de la commission d'enquête parlementaire et puis rétablir de la vérité parce que ça a participé, je le rappelle, ça a participé à l'étonnement et à l'emballement médiatique. On a prêté à ce monsieur des avantages qui n'étaient pas réels et donc on s'est étonné de la place qu'il occupait. Or, il n'occupe aucune classe particulière en dehors de celle d'être un chef, pardon, un chargé de mission, un adjoint au chef de cabinet en charge de la sécurité des événements. Donc ça permet quand même de rétablir la vérité et je crois que le président a simplement listé, et il a eu raison, toutes les fausses informations.
JEROME CHAPUIS
Alors, Agnès BUZYN, ministre des Solidarités et de la Santé, on l'a dit plusieurs départements en vigilance canicule notamment toute l'Ile-de-France, le département du Nord, il y aura sans doute d'autres dans la journée, 15 ans, 15 ans après l'épisode meurtrier de 2003, cette vigilance, elle implique quoi concrètement pour vos services ?
AGNES BUZYN
Alors, les services sont très organisés, il y a eu énormément de procédures mises en place depuis une dizaine d'années pour éviter évidemment les conséquences dramatiques de la canicule. Ca, ça veut dire qu'il y a une mobilisation des associations, des mairies, des différents ministères en charge de la jeunesse, des sports, du travail pour que dans l'ensemble des lieux de vie des personnes, il y ait des actions particulières. Donc tout ce qui concerne les personnes âgées notamment les EHPAD ont pris en compte vraiment les événements dramatiques des années 2000 et ont des procédures qui font qu'il n'y a quasiment plus d'accidents dans les EHPAD. Les personnes âgées sont dans des pièces réfrigérées, tous les EHPAD ont des espaces climatisés …
JEROME CHAPUIS
Il y a la question de la solitude aussi des personnes …
AGNES BUZYN
Les mairies recensent l'ensemble des personnes âgées isolées et elles les contactent individuellement, elles vont les voir à domicile, il y a des bénévoles qui se déplacent, les mairies mettent aussi à disposition des salles climatisées pour que les personnes âgées puissent se rafraîchir, ils font aussi un effort vis-à-vis des SDF parce que l'inquiétude aujourd'hui, c'est des personnes qui vivent dans la rue, qui ont des difficultés d'accéder à l'eau et il faut que ces personnes puissent également se rafraîchir. Ensuite, il y a des mesures particulières pour les travailleurs, notamment ceux qui travaillent à l'extérieur en insistant sur le fait qu'ils doivent éviter de travailler au soleil dans les heures de grande chaleur, doivent s'hydrater. Il y a aussi des procédures vis-à-vis des colonies de vacances, alors en l'occurrence, les écoles sont fermées et les enfants, ne pas les mettre à la chaleur dans les horaires entre 10h et 16h, ne pas leur faire faire de sport et aussi des alertes vis-à-vis des sportifs.
JEROME CHAPUIS
Voilà, ça vaut aussi pour les sportifs et là pour le coup, il ne s'agit plus seulement des populations fragiles.
AGNES BUZYN
Absolument, en fait on doit tenir compte des leçons de l'année dernière où en fait les quelques personnes décédées de la canicule étaient des travailleurs et des personnes jeunes qui ont fait des efforts physiques inadaptés en période de canicule, ils cherchent leurs limites. Or, il ne faut pas chercher ses limites, même quand on a 40 ans en période de canicule.
JEROME CHAPUIS
D'un mot, nous sommes entrés en pleine période de congés, les services des hôpitaux, des maisons de retraite, ils sont suffisamment dotés en personnel ?
AGNES BUZYN
Aujourd'hui, nous avons, nous, nous établissons chaque semaine un décompte des personnels dans les services d'urgence, avec les Agences régionales de santé. Nous adaptons évidemment les effectifs aux besoins et je me déplacerai tout à l'heure au SAMU de Paris pour voir leur organisation et leur capacité à faire face à l'épisode qui arrive. Ce que je voudrais rajouter, Monsieur Chapuis, c'est peut-être que c'est aussi un moment de solidarité collective. C'est très bien, les procédures, l'Etat est extrêmement mobilisé, des associations le sont mais c'est aussi le moment d'aller voir ses voisins, de vérifier que la personne qui dort dans la rue à côté de chez soi a accès à de l'eau, peut aller à l'ombre, c'est le moment de faire attention à chacun d'entre nous, les plus vulnérables qui sont autour des citoyens et donc c'est un moment où je dois dire que nous avons un intérêt collectivement à faire attention à l'autre.
JEROME CHAPUIS
Deux questions dans l'actualité très rapides. D'abord, on l'a appris hier soir, la République en Marche souhaite que la Sécurité sociale rembourse intégralement la procréation médicalement assistée, dans le cadre de la future loi, est-ce que ce sera la position du gouvernement ?
AGNES BUZYN
La position du gouvernement sera rendue publique à l'automne, nous attendons et je le rappelle parce que c'est prévu dans la révision des lois de bioéthique, il y a un calendrier qui est prévu, nous attendons le rapport du Conseil national consultatif d'Ethique et le rapport de l'Office parlementaire des Choix scientifiques.
JEROME CHAPUIS
Pas de décision pour le moment !
AGNES BUZYN
Nous sommes en train de rédiger la loi, des décisions vont être prises mais officiellement, nous attendons l'ensemble des rapports et c'est très bien que la République en Marche donne son opinion et son avis, ça va aussi alimenter évidemment le …
JEROME CHAPUIS
Mais le gouvernement pourrait aller à l'encontre du parti majoritaire sur ce sujet ?
AGNES BUZYN
C'est peu probable !
JEROME CHAPUIS
Merci beaucoup, une toute dernière question, Agnès BUZYN, sûr LA CROIX ROUGE parce que dans Le Parisien ce matin d'anciens présidents de l'association s'inquiètent de son avenir, LA CROIX ROUGE qui emploie, je crois, 23 000 personnes en France, il y a un plan de restructuration, il y a des biens immobiliers qui vont être mis en vente, est-ce que vous regardez tout cela de près, comme ministre des Solidarités et de la Santé ?
AGNES BUZYN
Alors, aujourd'hui, je n'ai pas été alertée au ministère par la problématique financière de cette association, il y a, vous le savez, un audit de la COUR DES COMPTES qui est en cours …
JEROME CHAPUIS
Mais ce n'est pas rien, LA CROIX ROUGE, en France ?
AGNES BUZYN
Absolument et donc je vais regarder très attentivement comment LA CROIX ROUGE évolue parce que c'est un organisme dont nous avons absolument besoin au plus près des personnes vulnérables. Il gère énormément d'établissements sociaux, médico-sociaux de personnes handicapées. Il est impératif que la CROIX ROUGE soit solide, nous en avons besoin au quotidien.
JEROME CHAPUIS
Merci beaucoup !
AGNES BUZYN
Merci !
JEROME CHAPUIS
Merci Agnès BUZYN d'avoir été ce matin l'invitée de RTL, la ministre des Solidarités et de la Santé.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 26 juillet 2018

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