Interview de Mme Marielle de Sarnez, ministre des affaires européennes, avec BFM TV le 20 mai 2017, sur les réformes prévues par le nouveau gouvernement, la construction européenne et sur les évolutions de la vie politique.

Texte intégral


- C'était le premier Conseil des Ministres de ce gouvernement, qui reste extrêmement atypique, qui correspond à la promesse d'Emmanuel Macron et dont on attend avec beaucoup de curiosité le fonctionnement.
Je crois que cela ne correspond pas seulement à la promesse d'Emmanuel Macron, mais aussi à ceux qu'attendent les Français, sortir de cette espèce d'opposition stérile entre des gens qui souvent pensent la même chose, mais qui s'opposent parce qu'ils ne sont pas dans le même camp. Cela a donné des années d'impuissance publique totale, des promesses non tenues… Je crois que c'est cela l'attente des Français. Hier c'était émouvant pour moi, c'est la première fois de ma vie que je suis Ministre, donc j'en suis très heureuse. En plus c'est l'Europe, dans laquelle je crois fortement, profondément, donc c'était émouvant. En plus il y avait une équipe très compacte, c'est très cohérent les gens qui sont là.
- Ce sont des gens très différents…
Mais qu'est-ce qu'il y a comme différences entre Jean-Yves Le Drian et Gérard Collomb d'un côté, et Edouard Philippe ou Bruno Le Maire de l'autre ? Il y en a peut-être pour qui tel ou tel sujet est plus important, mails ils partagent tous la même vision, ils sont tous profondément européens, ils pensent tous qu'il faut davantage de libertés pour les entreprises, davantage de libertés pour l'économie. En même temps ils savent qu'il faut de la solidarité et qu'il faut aider ceux qui ont le plus de difficultés. Ils savent que l'école c'est fondamental et qu'il faut la réformer pour que cela marche mieux. Et ils savent qu'il faut des réformes de fond et qui n'ont jamais été faites.
- Oui mais si on prend Bruno Le Maire, Les Républicains lui disent « pendant votre programme des primaires vous disiez qu'il fallait baisser la CSG et là vous allez l'augmenter ».
Oui c'est le problème des embrigadements de parti. Moi je suis une femme assez libre et j'essaie d'avoir mes propres idées et convictions. En même temps c'est assez courageux quand vous avez tenu la position de votre parti, de prendre le risque de dire « écoutez c'est un moment important, clé pour le pays ». Nous avons une obligation pour le pays, c'est la dernière chance, avant de tomber peut-être dans l'extrémisme si nous ne réussissons pas. Cela nécessite de dépasser les clivages.
- Quelles consignes, feuille de route, a donné le Président ? Comment cela va fonctionner ?
Cela va très bien fonctionner car c'est cohérent. Il y a un projet, ce qu'a porté Emmanuel Macron pendant la campagne. C'est un jeune Président, je crois que c'est une promesse formidable pour le pays. Je pense que peut-être la France a la chance là de sortir d'une espèce de dépression que nous vivons depuis des années. Il y a beaucoup d'attentes.
- Il n'y a pas d'Etat de grâce. Il y a moins de gens convaincus que n'importe quelle élection présidentielle.
C'est bien qu'il n'y ait pas d'état de grâce. Cela voudrait dire qu'il y a un moment où on pourrait faire tout et n'importe quoi ? Cela veut dire que les Français sont exigeants, qu'ils attendent quelque chose. Quelques fois les Français expriment du désarroi et de la colère, mais il y a une attente et c'est cela que je trouve très intéressant pour les semaines qui viennent.
- Justement, il va y avoir la réforme du Code du travail, de la moralisation de la vie publique… Mais quand il y a des gens dans la rue parce qu'ils ne sont pas contents, qu'est-ce qu'il se passe ?
Je crois d'abord que l'on avance des phrases comme cela : à quoi cela va servir la réforme du droit du travail ? Cela va servir à donner plus de libertés à ce qu'il peut se décider au sein de l'entreprise, à faire davantage confiance au terrain, à ceux qui font, ceux qui savent. C'est bien ! Dans la plupart des pays qui nous entourent cela se passe comme cela. Il y a peut-être une espèce de sur-administration quelque fois, il faut donc simplifier ! Il faut protéger, sécuriser, garantir, mais il faut aussi libérer, donner aux chefs d'entreprise l'opportunité d'aller plus loin, plus vite. C'est important pour l'emploi aussi demain en France.
- Marielle de Sarnez, il y a deux candidats qui sont arrivés haut au premier tour, Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen, qui avaient un regard très sceptique sur l'Europe et l'euro. Vous êtes Ministre de l'Europe. Evidemment Emmanuel Macron a obtenu 66% au second tour, mais ces électeurs là ils sont restés aussi eurosceptiques. Qu'est-ce que vous allez faire ? Réformer l'Europe ?
Il y a à mon sens deux réformes. Que la France commence enfin les réformes qu'elle doit faire, qu'elle renoue avec la croissance, qu'on recrée des possibilités d'emploi, qu'on facilite, qu'on assouplisse, qu'on favorise… cela c'est extrêmement important. Qu'on fasse les réformes par exemple pour l'école, vous en parliez tout à l'heure. Qu'il y ait 40% d'élèves qui rentrent en 6ème sans maîtriser totalement la lecture et l'écriture, mais c'est un crime, on ne peut pas rester indifférent à cela. Il faut le changer de toute urgence, parce qu'après ces jeunes qu'est-ce qu'ils deviennent ? Des jeunes au chômage. C'est la première chose, que la France fasse ce qu'elle a à faire. Enfin qu'elle gagne et qu'elle revienne en force. Et si elle revient en force, à ce moment là dans un destin européen, on pèsera en Europe. Ce que j'aimerais profondément c'est réconcilier les Français, trous les Français avec l'idéel européenne, l'idéal européen. Qu'est-ce que c'est ? Que des citoyens, librement, de peuples différents, ont consenti, consentent, à défendre ensemble des intérêts car ils pensent qu'ensemble on sera plus forts. Il faudra que cette Europe on la change, qu'elle se dé-technocratise. L'Europe ce n'est pas une affaire de politiques étrangère, c'est nous ! Ce n'est pas Bruxelles !
- Qu'est-ce que cela va changer que cela soit le Ministère de l'Europe ?
Cela veut dire le Président met l'Europe au cœur. C'est le ministère de l'Europe et des affaires étrangères. C'est formidable. Nous avons un destin commun en Europe Il faut que l'on construise tous une Europe qui nous aide, nous protège, nous défende.
- Angela Merkel a dit « au début c'est magique, mais après on attend des résultats ». Elle ne va pas nous faire de cadeaux.
Personne ne va faire de cadeaux à personne. On a je crois recréé une confiance avec l'Allemagne. L'Europe elle a toujours avancé quand la France et l'Allemagne ont décidé de la faire avancer ensemble. Cela ne peut se faire que si on est des partenaires qui s'estiment et se respectent, des deux côtés, il n'y en a pas un quoi doit être plus fort, les deux doivent être forts. Donc la première chose est que la France fasse ce qu'elle a à faire, son propre boulot. L'éducation nationale ce n'est pas l'Europe. Le problème de notre déficit, de notre dette, d'améliorer les choses pour ceux qui créent l'emploi demain, ce n'est pas l'Europe, cela c'est la France. Il faut redonner de l'espoir pour l'Europe. Il faut entendre. Moi je vais entendre tous ceux de nos citoyens qui disent que l'Europe elle apparaît lointaine, technocratique, qu'elle ne nous protège pas, vis-à-vis des importations de certains pays…
- Vous êtes optimiste ? Vous avez l'impression qu'on pourra obtenir des résultats par exemple sur les travailleurs détachés ?
Il faut que l'on se batte. Un, il faut que l'on entende d'abord ce que les Français ont à dire et la France a à dire. Après on ne décide pas tout seul, on décidera à 27, donc il faut pouvoir porter ces dossiers, avoir une force de conviction. Entendre les arguments des autres pays, mais qu'ils comprennent qu'il y a des situations auxquelles il faut mettre fin.
- Dans ces législatives, où vous êtes candidate dans la 11ème circonscription, il y a devant vous le socialiste Pascal Cherki, le Républicain Francis Szpiner qui est devenu candidat. Les candidats d'En Marche disent qu'il faut donner une majorité présidentielle, mais les autres candidats disent qu'il faut donner une opposition républicaine et pas seulement Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélenchon, que les autres partis demeurent, les républicains qui ne sont pas dans l'extrémisme.
Ce sont des partis qui arrivent en fin de cycle. Qu'est-ce qu'il y a de commun entre les frondeurs, super à gauche, qui ne regardent pas l'économie, le monde, qui détestent l'entreprise, et les socio-démocrates ouverts et progressistes ? Qu'est-ce qu'il y a de commun entre une droite républicaine, modérée, et une droite anti-européenne ? Rien. Les vieux clivages passent par ces deux partis. Il va y avoir une recomposition.
- Vous pensez avoir une majorité absolue ?
Oui je pense que les Français donneront sa chance au nouveau Président de la République pour agir, pour faire. Une toute petite partie de la droite – car beaucoup le soutiennent – dit qu'il ne faut pas voter pour Emmanuel Macron, qu'il faut l'empêcher d'agir. Ce n'est pas la réponse. Pour une fois, on a une chance historique de faire des choses, de redonner de la confiance, de l'espoir et de la solidarité. Et je crois que les Français vont la saisir.
- Merci Marielle de Sarnez.Source http://www.mouvementdemocrate.fr, le 1er juin 2017