Déclaration de Mme Barbara Pompili, secrétaire d'Etat aux relations internationales chargée de la biodiversité, sur la mise en oeuvre d'un plan de préservation du grand hamster d'Alsace, notamment au moyen de zones prioritaires pour la biodiversité (les ZPB), à Strasbourg le 27 février 2017.

Texte intégral

« Monsieur le Préfet, Mesdames et messieurs les élus, mesdames et messieurs,
Je tiens à partager avec vous mon plaisir d'être avec vous ce matin dans la terre d'élection du grand hamster d'Alsace.
Dès ma nomination comme Secrétaire d'Etat chargée de la Biodiversité, j'ai souhaité faire ce déplacement. Cela n'a pas été possible aussi vite que je l'aurai souhaité mais c'est aujourd'hui une réalité.
En effet, en tant que Secrétaire d'Etat chargée de la Biodiversité, j'ai à cœur d'éviter que des espèces animales ou végétales disparaissent. Or, le hamster d'Alsace risque fortement d'être la prochaine espèce éteinte en France. Je ne peux m'y résoudre.
Vous connaissez la situation mais je me dois de la rappeler, aussi douloureuse soit-elle. Dans les années 70, il y avait encore 1 million de hamsters puis ce chiffre est descendu en 2007 à 400 animaux même s'il a légèrement remonté depuis, avec 800 individus.
Et entre 1970 et 2011, l'aire de répartition du hamster a diminué de 80 %.
Certes, certaines mesures ont été prises et l'on peut leur attribuer une part de la remontée, mais il faut savoir que ces trois dernières années plus de 900 hamsters provenant d'élevage ont été relâchés. Ceci cache la réalité des populations sauvages, et montre aussi qu'un pourcentage important des animaux relâchés n'a pas survécu.
J'ai retrouvé une lettre du 28 août 2009 de Mme Chantal Jouanno alors Secrétaire d'Etat à l'écologie. Elle donnait des instructions au Préfet de la région Alsace pour prendre des mesures « urgentes » conformes au plan d'action pour 2007-2011. 8 ans après, cette lettre est toujours d'actualité, je pourrais la signer.
Car la situation du grand hamster d'Alsace reste critique, dans le monde la médecine, on dirait que « le pronostic vital est engagé », car nous sommes encore loin des 1 500 hamsters nécessaires pour que la population soit viable, même si je crois qu'on peut quand même affirmer que le déclin est enrayé.
Mais ce qui m'attriste le plus, c'est qu'il a fallu que la France soit condamnée en 2011 par la Cour de Justice de l'Union Européenne – et le jugement est sévère, je vous assure - pour que nous prenions au sérieux la nécessité d'agir efficacement. La Commission a engagé une nouvelle procédure contentieuse, en manquement sur manquement. C'est-à-dire, en langage commun, parce que la France n'avait pas appliqué le premier jugement de façon satisfaisante.
Il fallait donc – et il faut toujours - se préoccuper sérieusement de la survie de l'espèce.
Nous avons 3 causes de disparition à traiter :
- Les pratiques agricoles,
- L'urbanisation et la destruction du milieu,
- Les projets routiers.
Nous avons, heureusement, des partenaires pour l'action sur le terrain et je voudrais, en liminaire, leur exprimer la reconnaissance de l'Etat : l'ONCFS, la chambre d'agriculture, les associations de protection de la nature, la Région et de nombreux élus, agriculteurs, enseignants.
La mise en place de mesure d'amélioration de l'habitat du hamster est un préalable nécessaire à un développement de l'espèce, en complément des opérations de réintroduction. L'amélioration de l'habitat du hamster servira également à l'amélioration de toute la petite faune liée aux pratiques agricoles. Une action gagnant-gagnant pour l'agriculteur et la nature.
Les mesures liées aux pratiques agricoles reposent sur un engagement des agriculteurs et sont structurées autour de 3 dispositifs complémentaires :
1 - Des mesures structurelles à grande échelle consistant à la mise en œuvre volontaire de mesures agro-environnementales et climatiques en faveur du grand hamster dans le cadre des MAEC 2012-2017. Je remercie les 160 agriculteurs qui se sont insérés dans ce dispositif. Le bilan est encourageant. Je suis ravie qu'un consensus ait pu se dégager sur les pistes d'amélioration à apporter à la MAEC collective pour les prochaines années, et particulièrement celle prévoyant une prime au résultat. Je tiens à souligner que la mise en place d'une démarche collective des agriculteurs est un élément fondamental qui a permis une véritable dynamique favorisant l'amélioration de la qualité du milieu de vie du hamster. En effet, la qualité du milieu dépend non pas de ce qu'un agriculteur va cultiver individuellement, mais de la façon dont les différentes cultures seront agencées entre elles.
2- La non-récolte. Je sais que cette mesure n'est pas très populaire, et on peut comprendre pourquoi, mais j'encourage la mobilisation qui permet de répondre à la situation d'extrême urgence où nous sommes.
3- La dernière concerne le renforcement des populations, mais j'y reviendrais.
Je saisis cette occasion pour rappeler que l'intervention sur les prédateurs ne peut qu'être un dernier recours et ne doit être mise en œuvre que lorsqu'on dispose de tous les éléments sur le niveau et l'impact de la prédation ainsi que les espèces concernées. D'ailleurs, je note que c'est aussi la position du tribunal administratif.
Récemment, une publication scientifique a montré que, je résume bien sûr, la consommation importante de maïs entrainait, pour les hamsters, un comportement de cannibalisme de leurs jeunes. Il va falloir en tenir compte.
En ce qui concerne l'urbanisation et la destruction des milieux, deux arrêtés avaient été pris en 2012, qui représentaient un progrès. Ils ont été annulés par le Conseil d'Etat et il a fallu qu'un nouvel arrêté soit pris en décembre 2016 (4 ans de perdus !). Je saisis cette occasion pour féliciter le Préfet et la DREAL pour l'excellent travail de concertation qu'ils ont réalisé, qui a permis à Ségolène Royal et moi-même de signer cet arrêté.
Il établit une zone protégée réglementairement où vont se concentrer les actions de l'Etat, entourée d'une zone d'accompagnement.
Il reste maintenant un travail dont il ne faut pas sous-estimer l'importance : mettre en œuvre cet arrêté et le faire respecter. Tous les acteurs concernés doivent être pleinement impliqués dans cette mise en œuvre. Et je souhaite que non seulement la police de la nature soit mobilisée, mais également les autres services de contrôle. Je demande la vigilance des services d'urbanisme.
La loi du 8 août 2016 sur la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages, que Ségolène Royal et moi-même avons portée devant le parlement, met aujourd'hui à notre disposition un nouvel instrument : les zones prioritaires pour la biodiversité (les ZPB). Il a été adopté par le parlement en pensant très fort au hamster. Parmi les actions en faveur du grand hamster, je pense qu'il serait intéressant d'étudier la possibilité de créer les premières ZPB pour en faire un instrument efficace et complémentaire à ce qui existe déjà, pour renforcer les actions permettant l'accroissement de la population de cette espèce.
J'en viens maintenant aux projets routiers et au principal d'entre eux : le contournement de Strasbourg. Il n'entre pas dans mes attributions d'évaluer l'intérêt de ce projet, ni son tracé. Je ne me prononcerais donc pas là-dessus. En revanche, il me revient de souligner que ce projet, comme tous les projets d'aménagement, doit « Eviter les atteintes à la biodiversité, Réduire au maximum les impacts résiduels et à défaut, s'il n'y a aucune autre alternative, les Compenser ». Cette séquence dite ERC a été renforcée dans la loi sur la biodiversité, ces principes sont clarifiés et renforcés et de nouveaux outils facilitant sa mise en œuvre ont été créés. Je serai particulièrement vigilante à son respect dans le cadre de l'instruction de la demande d'autorisation de dérogation à la protection du Hamster déposée récemment pour le projet GCO.
Je souhaite aussi aborder la question des réintroductions d'animaux en provenance d'élevage. Ce n'est pas le meilleur moyen de préserver une espèce menacée, mais c'en est un et nous ne pouvons l'ignorer. L'ONCFS a fait du bon travail et les premiers résultats ont semblé encourageants. Je salue aussi ceux qui se sont investis dans ces élevages : l'association pour la protection de la faune sauvage et le CNRS.
Mais les résultats de ces dernières années sont inquiétants. En 2016, le nombre de terriers actifs dénombrés représentait seulement 8,6% du nombre d'animaux lâchés la même année, contre 22% en 2015 et 45% en 2014. La baisse d'efficacité pose question. De plus, aucune des populations renforcées par l'apport de hamsters d'élevage depuis 2012 n'a vu ses effectifs augmenter durant les 2 ou 3 années suivant les lâchers. Au contraire, ces populations ont eu tendance à décliner, voire à disparaitre.
Il est crucial, avant de continuer, d'identifier précisément les causes de cette perte d'efficacité et les moyens d'y remédier.
Sans vouloir être exhaustive, je me dois enfin de mentionner le projet LIFE appelé « Alistair », coordonné par la Région. Il concerne la recherche scientifique et l'information du public sur le hamster, deux secteurs qui ne doivent pas être négligés.
Mesdames, Messieurs,
Même si l'argument n'est que secondaire face aux enjeux de la protection du patrimoine naturel et de la survie d'une espèce dans notre pays, j'insiste encore sur la nouvelle procédure contentieuse, en manquement sur manquement, engagée par la Commission européenne à l'encontre de notre pays.
Une sénatrice alsacienne, Madame Keller, a fait plusieurs rapports sur les recours de la Commission pour non-respect de la législation européenne dans le domaine de l'environnement. Comme elle, je partage une profonde insatisfaction face au nombre de contentieux visant la France. Il faut que tout soit fait pour éviter une nouvelle condamnation à cause du hamster pardon, à cause des activités humaines qui sont à l'origine de la disparition du hamster. Surtout que dans ce cas-là, la condamnation s'accompagnera d'une amende, voire d'une astreinte, qui atteindra plusieurs centaines de milliers d'euros. Franchement, n'y a-t-il pas d'autres utilisations, plus intelligentes, des crédits publics ?
N'oublions pas aussi que la première condamnation remonte à 2011. 6 ans déjà !!!
Bref, il faut agir immédiatement et de façon déterminée.
La partie n'est pas gagnée : il faut mettre en œuvre les MAE, suivre l'application de l'arrêté de décembre 2016, étudier la création d'une zone prioritaire de biodiversité, et veiller à la bonne mise en œuvre de la procédure ERC pour le grand contournement ouest.
J'espère qu'il sera possible, aussi, grâce au projet LIFE, d'accroître la sensibilisation des alsaciennes et des alsaciens sur le rôle qu'ils peuvent et qu'ils doivent jouer dans la sauvegarde du patrimoine naturel de notre pays.
Je suis consciente de l'ampleur de la tâche et des difficultés à surmonter. Je sais qu'il reste des oppositions fortes. Mais je repars optimiste quant aux chances que nous avons d'éviter que le hamster ne disparaisse du territoire français.
Car mon passage ici, parmi vous, a été très agréable, mais surtout très utile. Il m'a rassurée sur les chances que nous avons de sauver cette espèce. Car j'ai rencontré beaucoup de gens qui ont conscience de la hauteur de l'enjeu : les associations de protection de la nature bien sûr mais aussi la Chambre d'Agriculture, la DREAL, la Région, l'ONCFS, le CNRS, les élus, au premier rang, vous, Monsieur le Maire.
Sauver une espèce, c'est un beau rêve pour la Secrétaire d'Etat que je suis, mais cela doit être surtout une fierté des alsaciens. »
source http://www.developpement-durable.gouv.fr, le 2 mars 2017