Déclaration de Mme Barbara Pompili, secrétaire d'Etat aux relations internationales chargée de la biodiversité, sur les enjeux liés à la préservation de la biodiversité, à Vaulx-en-Velin le 8 novembre 2016.

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Circonstance : Conférence et échanges avec les étudiants autour de la biodiversité et de l’aménagement du territoire, à l'Ecole nationale des travaux publics de l'Etat (ENTPE), à Vaulx-en-Velin (Rhône) le 8 novembre 2016

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Texte intégral

Lorsqu'on m'a proposé de venir dialoguer avec vous, et de faire précéder ces échanges d'une sorte de conférence sur la biodiversité, je me suis posée une question : à quelle occasion entend-on parler de biodiversité ? C'est un mot nouveau, issu de l'américain, une contraction qui vient en remplacement d'une expression sans doute plus explicite : celle de « diversité biologique ».
Le moins qu'on puisse dire est que la diversité est bien la caractéristique du vivant : Les spécialistes estiment que 20 à 80 millions d'espèces peuplent notre planète, alors qu'environ 1 million 8 cent mille espèces différentes ont été décrites à ce jour sur notre planète, dont 280 000 dans les mers et les océans. Et chaque année, de l'ordre de 15 000 espèces nouvelles sont décrites. Le travail de recensement est donc loin d'être terminé !
Et cette biodiversité, vous en entendez le plus souvent parler lorsque des organismes scientifiques ou des organisations non gouvernementales alertent sur la disparition d'espèces : soit qu'il s'agisse d'espèces spécifiques à fort potentiel émotionnel ou d'évocation – je pense aux grands fauves d'Afrique par exemple – soit lorsque sont publiées des données statistiques, comme celles du WWF la semaine dernière.
Que nous dit cette étude du WWF ?
Elle nous dit que le déclin subi par les populations d'espèces animales sauvages est de plus en plus préoccupant, puisqu'il s'élève en moyenne à 58 % depuis 1970 et devrait atteindre 67 % d'ici la fin de la décennie. Et il ne s'agit là que de données qui portent sur les animaux vertébrés et cette tendance est la même pour les espèces végétales comme pour les insectes.
Ces données ne viennent que confirmer ce que l'on sait depuis des années : ainsi dans une étude de l'Union Internationale pour la Conservation de la Nature de 2015, il apparait que 30 % des 80 000 espèces étudiées par les experts sont menacées. C'est le cas de 41 % des amphibiens, de 33 % des coraux formant des récifs, d'un quart des mammifères. Une espèce d'oiseaux sur sept, un tiers des requins et raies et des conifères.
Rendez-vous sur le site internet de l'Observatoire National de la Biodiversité : vous y constaterez, à la lecture des multiples données chiffrées, que la tendance de fond enregistrée sur les années passées est identique.
Voilà pourquoi les scientifiques ont pris l'habitude de parler d'un processus en cours vers une sixième extinction de masse des espèces, la dernière en date étant celle des dinosaures, il y a 65 millions d'années.
Face à des chiffres, on peut se demander si on peut agir, si on doit agir.
Et si vous le voulez bien, je veux m'adresser à vous aujourd'hui en m'adressant au plus – ou à la plus – sceptique d'entre vous.
A celui ou à celle qui, avant cette rencontre, se dit, consciemment ou inconsciemment, que la biodiversité, ce n'est pas vraiment un sujet important, qu'il y a plus urgent à s'occuper, que c'est une lubie de bobos des villes comme je l'entends parfois.
Oui, à travers vous tous, c'est à celui-là ou à celle-là que je veux m'adresser. Je ne lui demande pas de s'identifier : ce n'est pas nécessaire.
Mais partons du principe que chacune et chacun peut entretenir un doute sur la nécessité de s'occuper de la biodiversité – il y en a sans doute quelques-uns dans cette salle, sur l'utilité de créer un secrétariat d'Etat à la biodiversité – je suis sure qu'il y en a déjà plus –, et sur l'intérêt de l'écologie politique – là, je sais que je m'adresse à la majorité d'entre vous : je le regrette, mais je suis lucide.
Eh bien, ce sont ces trois questions que je vous propose d'aborder avant que nous échangions ensemble sur la biodiversité et votre activité professionnelle future : trois questions qui sont pour moi autant de défis.
Pour tenter de vous convaincre que oui, la biodiversité est un enjeu majeur qu'il nous faut prendre à bras le corps. Pour tenter de vous convaincre que oui, c'est une question éminemment politique. Et pour tenter de vous convaincre qu'un département ministériel consacré à la biodiversité est utile à l'action et peut donner l'opportunité d'incarner une écologie, constructive et pragmatique.
Quelque chose me dit que pour tout cela, les 20 minutes qu'il nous reste ne seront pas de trop.
On pourrait se dire, « après tout, si on parle de 6ème extinction massive d'espèces, c'est que ça s'est déjà produit, c'est un phénomène naturel ». C'est juste. Mais le phénomène que nous vivons a ceci de particulier : sa rapidité inédite. La fin des dinosaures, ce furent plusieurs milliers d'années. Or, la moitié des espèces vivantes pourrait disparaître d'ici un siècle, compte tenu du rythme actuel de leur disparition : il est 100 à 1000 fois supérieur au taux naturel d'extinction !
Je sais qu'on sourit parfois devant le travail d'associations ou de scientifiques qui se mobilisent pour la préservation de telle ou telle espèce : on peut être tenté de se dire qu'on peut, ma foi, bien vivre sans ours, sans loup. Je réponds toujours à ces objections que nous ne pouvons pas aller donner des leçons à l'Afrique sur la nécessité de protéger les grands fauves si nous refusons chez nous la cohabitation avec les prédateurs. Mais cela vaut aussi pour les libellules : j'ai récolté ainsi récemment sur Twitter une réponse édifiante.
Alors que j'avais fait un tweet sur la disparition de plus en plus rapide de libellules en France, un internaute m'a répondu : vous êtes bien écolo, vous feriez mieux de vous occuper de l'emploi, ou des attentats. Je reviendrai tout à l'heure sur la réponse au fond, à cette objection.
Mais avant, je veux rappeler que la biodiversité, ce n'est pas la simple juxtaposition d'espèces : c'est la prise en compte des interactions entre espèces qui permettent la vie. Je prends souvent l'image du tissu. La biodiversité, c'est le tissu du vivant. Un tissu constitué de multiples fibres, végétales, animales, génétiques, géologiques. Que certaines de ces fibres se délitent, disparaissent, et c'est la solidité du tissu, c'est la qualité de vie, c'est la vie elle-même qui s'en trouvent menacées. Comme l'écrit si justement le président du WWF, « la vie soutient la vie (…). Que la biodiversité poursuive sa chute, et le monde naturel que nous connaissons aujourd'hui s'effondrera d'un seul tenant. »
Laissez-moi prendre encore une fois une image : chacun a bien conscience que si un avion en vol perd un écrou, on ne risque pas grand-chose. Deux, guère plus. Mais demandez à un ingénieur aéronautique de vous dire à partir de combien d'écrous l'avion se disloque ou tombe. Il aura bien du mal à vous répondre. Eh bien cette incertitude que vous acceptez d'une technologie, pourquoi la refuser à la nature ? Ce doute que vous accordez à l'ingénieur aéronautique, pourquoi le refuser à l'écologiste ? Probablement ne monteriez-vous pas dans un avion dont vous sauriez qu'il risque de perdre des boulons. Eh bien de la même manière, un conseil : ne vous résignez pas à une nature qui perde des espèces. Par précaution !
Le principe de précaution, qui a valeur constitutionnelle, je le sais remis en cause par certains. Je trouve cela très dangereux, mais admettons que cela ne suffise pas.
Allons donc plus loin.
La deuxième raison qui doit nous pousser à accorder une importance particulière à cette perte de biodiversité, c'est qu'elle se produit, cette fois-ci en présence de l'homme. Ce n'était pas le cas lors des extinctions majeures précédentes : il n'y a guère que les créationnistes à croire que l'homme et les dinosaures ont cohabité !
Or, les pertes massives de biodiversité produisent des réactions en chaîne qui touchent toutes les espèces.
La nouveauté, la spécificité de cette extinction annoncée, ce n'est pas seulement la présence de l'homme, c'est aussi que les facteurs qui la produisent sont principalement liés à l'activité humaine.
Les causes de la perte de biodiversité dont nous parlons ici sont au nombre de cinq :
C'est d'abord la disparition des habitats, des milieux naturels dans lesquels les espèces évoluent. Cette disparition est liée en premier lieu à l'urbanisation, à l'étalement urbain, mais aussi à l'exploitation de zones naturelles – on pense aux déforestations liées au développement de certaines cultures, comme celle de l'huile de palme, j'y reviendrai, ou à l'agriculture intensive, qui modifie profondément les habitats naturels et en réduit la richesse. Mais c'est également l'artificialisation de sols notamment liée à des infrastructures de communication, comme les routes, ou aux zones accessoires à nos déplacements, comme les parkings. Ces disparitions d'habitats sont la première cause de perte de biodiversité dans le monde, et cela vaut pour notre pays également : tous les 8 ans, c'est l'équivalent de la surface moyenne d'un département français qui se trouve artificialisée.
La deuxième cause de perte de biodiversité, c'est la surexploitation des ressources naturelles : les TROIS exemples les plus évidents sont la surchasse de certaines espèces, la surpêche de certaines espèces et la déforestation massive qui conduit parfois à la disparition totale d'espaces essentiels à la régulation climatique et à la survie de certaines espèces. Si la nature porte en elle-même des capacités de régénération, nous consommons au-delà de celle-ci : vous le savez sans doute, notre planète vit, chaque année, à crédit à compter du mois d'aout ! Il faudrait 1 planète terre virgule 6 pour soutenir la consommation que nous en faisons. Et la différence entre cette dette écologique et la dette financière, c'est qu'elle ne porte pas sur une convention mais sur une réalité bien matérielle. L'argent, c'est une convention. Il a la valeur que les hommes lui donnent. La nature, c'est une réalité concrète, palpable. Lorsque la consommation de certaines espèces se fait excessive, la survie de l'espèce est en cause. On peut renflouer des banques ou des Etats. C'est dur, cela se fait au prix de sacrifices sociaux souvent très durs. Mais c'est possible. La disparition d'espèces est, elle, irréversible.
Les pollutions constituent la troisième cause de perte de biodiversité. Sans doute avez-vous entendu parler de certains insecticides ou pesticides utilisés pour protéger les cultures de certaines maladies, ou de certains parasites. On s'aperçoit aujourd'hui que certains d'entre eux ont des effets secondaires inattendus, qui menacent la survie de certaines espèces, l'abeille étant la plus emblématique, qui jouent un rôle essentiel pour notre alimentation : 32% de l'agriculture mondiale dépend directement des insectes pollinisateurs. Sans ces pollinisateurs, pas d'arboriculture, plus de fruits. Pour garantir le rendement de certaines cultures, on met en danger la survie d'autres cultures. Ces pollutions sont aériennes, sont terrestres, sont aquatiques, sont maritimes. Ce sont des pesticides, mais aussi les émanations de nos transports, ce sont les plastiques (les sacs de nos supermarchés, les microbilles et les cotons tiges en plastique) qui constituent la première cause de disparition de certains poissons et des tortues marines. Oui, ces pollutions sont la troisième cause de la perte de biodiversité.
Il y a également un phénomène lié à la mondialisation des échanges, qui bouleverse la répartition géographique des espèces végétales ou animales : l'importation, volontaire ou non, de certaines plantes a par exemple des conséquences directes et dramatiques sur la diversité de la flore de certaines régions : le baccharis, plante au demeurant très jolie, a colonisé des terres bretonnes à une telle vitesse que cela met en danger l'écosystème, et qu'il faut développer des trésors d'imagination pour en freiner le développement.
Je suis certaine que vous avez entendu parler du moustique tigre ou du frelon asiatique, qui constituent de nouvelles menaces. Ces espèces exotiques dites envahissantes constituent la quatrième cause de perte de biodiversité.
Et enfin, cinquième cause, il y a le réchauffement climatique, qui bouleverse les conditions de vie des espèces. Les milieux terrestres évoluent avec le réchauffement, la température des océans s'élève : si la capacité d'adaptation des espèces est réelle, la rapidité de ce réchauffement climatique empêche parfois ces adaptations de se faire. Les couloirs écologiques, ces continuités vertes et bleues qui permettaient aux espèces de migrer sont de plus en plus étroits. Et, au final, la survie de certaines espèces est de nouveau menacée. L'augmentation du taux de CO2 dans les océans produit une acidification des eaux. Cela entraine une fragilisation de la coquille de certains coquillages, qui s'amincit, phénomène qui décime certaines espèces.
On connaît donc le risque.
On connaît donc les cinq facteurs du risque – tous d'origine humaine.
On sait donc qu'en agissant sur ces facteurs, on peut limiter le risque et le prévenir.
Mais je n'oublie pas l'exercice que je me suis fixé : celui de convaincre le plus rétif d'entre vous.
Celui ou celle qui se dit : elle est bien gentille, mais est-ce que ce n'est pas tout de même une préoccupation de bobo ?
Est-ce qu'elle n'exagère pas un peu ?
Franchement, est-ce qu'il n'y a pas d'autres priorités ?
A celui-là ou à celle-là, je veux en premier lieu faire remarquer que lutter contre les causes de la perte de biodiversité, c'est déjà agir pour notre qualité de vie. S'assurer que les générations qui viennent pourront toujours s'émerveiller et profiter d'une nature préservée, ce n'est pas une préoccupation de bobo : c'est le lot de tout humain.
Lutter contre les pollutions, c'est préserver notre santé. Combien de fois faudra-t-il répéter que les pollutions atmosphériques tuent, chaque année, dans le monde, 6 millions de personnes : plus que les guerres et le terrorisme réunis. Que chez nous, en France, ce sont plusieurs dizaines de milliers de femmes et d'hommes qui meurent prématurément à cause de ce type de pollution ? Vivre, c'est une préoccupation de tous, qu'on soit ou non bobo ! Et je ne parle pas de la qualité de notre alimentation, qui impacte, elle aussi, directement notre santé.
Et au plus sceptique, à celui qui pense que la préservation de la nature et de la biodiversité représente un coût insupportable, je réponds bien au contraire que c'est un investissement extrêmement rentable. Car la perte de biodiversité induit des coûts autrement plus considérables.
Je vous parlais tout à l'heure des libellules : que nous dit une libellule ? Elle nous dit qu'il y a à proximité une zone humide – une mare, un marais, des champs inondables. La disparition des libellules est un marqueur de la disparition des zones humides : depuis la fin du XIXème siècle, 80% des zones humides françaises ont disparu, victimes de l'artificialisation des sols dont je parlais il y a quelques minutes.
Or, les zones humides nous apportent des services considérables : elles contribuent à filtrer les eaux de pluie, et à des nappes phréatiques de qualité. Les zones humides, ce sont d'immenses et gratuites stations d'épuration. Vous connaissez le coût d'une station d'épuration ?
Les zones humides, ce sont également des espaces qui épongent, lors de phénomènes météorologiques violents – et le réchauffement climatique en produit et en produira de plus en plus – les eaux en surplus. Pour lutter contre les inondations, les zones humides sont un allié majeur. Vous connaissez le coût des inondations ? Coût lié à la fois à la construction de collecteurs pour les prévenir, et de l'indemnisation des victimes quand elles surviennent ? La première assurance anti inondation, c'est la zone humide.
Voilà pourquoi la disparition des libellules doit tant nous inquiéter et nous pousser à agir.
Revenons deux minutes aux abeilles, aux pollinisateurs. En Chine, dans certaines régions d'où ils ont disparu, on pratique la pollinisation à la main ! Vous imaginez le coût de telles pratiques si elles devaient être réalisées ici ?
Aux Etats-Unis, on voit des camions sillonner le pays d'Ouest en Est pour transporter les abeilles nécessaires à la pollinisation des amandiers. Le tout à un coût financier et au prix d'un bilan carbone délirant. Et je lisais le weekend dernier un papier qui fait état de recherches menées au MIT, à Boston, sur des drones miniatures qui viendraient remplacer les pollinisateurs disparus ! Les prototypes ne sont pas opérationnels, leur coût de développement annoncé comme prohibitif.
Vous trouvez toujours que c'est trop coûteux la protection des abeilles ?
Et je pourrais multiplier les exemples : prenez le médical. Un quart de la population mondiale n'a pas, pour des raisons financières, accès aux médicaments. Un humain sur quatre se soigne exclusivement par les plantes. Qu'une plante se raréfie ou vienne à disparaître, et c'est la santé d'un habitant de notre planète sur quatre qui est en jeu.
Sans compter que notre santé est elle-même en jeu, puisque les principes actifs de nombreux médicaments ne sont que la reproduction artificielle d'ingrédients actifs présents dans des plantes.
En 2006, selon l'Union internationale pour la conservation de la nature, près du quart des 508 milliards d'euros du marché pharmaceutique provenait en partie au moins de substances naturelles.
Le principe actif d'un des médicaments les plus efficaces dans la lutte contre le cancer du sein et du poumon est issu de la pervenche de Madagascar.
L'arnica, ce n'est pas seulement une pommade ou des cachets qu'on utilise lorsqu'on s'est fait un bleu, c'est surtout une plante à fleurs jaunes ! Une plante qui disparaît, c'est potentiellement le médicament qui demain pourra nous soulager ou nous sauver qui ne verra jamais le jour.
Je vous parlais tout à l'heure des espèces envahissantes : qui a conscience que le coût pour les seuls Etats-Unis des pertes de production qu'elles engendrent, et celui de leur contrôle, est évalué à 137 milliards de dollars par an ? Alors, se préoccuper de la baisse de la biodiversité, de la raréfaction des espèces, c'est toujours une préoccupation mineure, anecdotique ?
Je ne le pense pas.
Pas plus que ne le sont par exemple les actions engagées dans les villes pour y développer les zones végétalisées, que ce soit sous forme de jardins, de plantations le long des places ou des rues, ou par l'apparition de murs ou toitures végétalisées.
De tels espaces constituent en effet d'excellentes réponses aux difficultés liées au réchauffement climatique. Elles régulent naturellement la température – elles réduisent de 4 à 8% les écarts de température lors d'épisodes de canicules. Un square ou un parc en ville, un jardin partagé, c'est - version bobo - du lien social, mais c'est aussi - version scientifique - un îlot de fraicheur dans les périodes de canicule, dont on sait qu'elles seront de plus en plus fréquentes. Un toit végétalisé, un mur vert, c'est moins de chaleur dans la rue, c'est un bâtiment mieux isolé, c'est moins de climatisation, moins d'effet de serre, un air de meilleure qualité. Ce n'est pas une simple préoccupation esthétique : ce sont des économies pour tous.
S'occuper de biodiversité, c'est enfin, et je crois que c'est une de vos préoccupations, vous qui bientôt arriverez sur le marché du travail, une source d'activités économiques nouvelles. Le développement de l'économie de la biodiversité, de ce qu'on appelle désormais le génie écologique, c'est de l'emploi durable, non délocalisable et rentable.
Je ne vais pas vous abreuver de chiffres, mais tout de même :
•Ce sont pas loin de 40 000 emplois dans les parcs nationaux, les parcs naturels régionaux et les aires marines protégées
•Le secteur des jardins et du paysagisme ce sont + de 150 000 emplois
•Les activités fortement dépendantes de la biodiversité comme la pêche, l'agriculture, la sylviculture et la première transformation, pèsent 2 millions d'emplois en France.
•Les emplois indirects induits par la protection et la valorisation de la biodiversité – par exemple dans le tourisme, la filière bois ou les cosmétiques – se chiffrent à près de 5 millions.
•Les travaux conduits dans le cadre du dixième programme des agences de l'eau, sur la période 2013-2018, soutiennent près de 70 000 emplois – notamment des emplois d'ingénieurs.
•Aujourd'hui, en France, se développe un réseau de start-up et de PME à la pointe de l'ingénierie écologique dans le secteur du biomimétisme et de la bioinspiration.
• la chimie verte, affranchie des hydrocarbures, qui mise sur la nature et sur l'industrialisation des bioprocédés, c'est l'avenir de la chimie française.
On entend dire parfois que la biodiversité c'est un élément de blocage de projets, un frein à l'emploi. C'est tout l'inverse : c'est en anticipant, en évoluant les impacts des projets d'aménagement ou d'infrastructures sur la biodiversité, en les évitant, en les réduisant et en les compensant quand on ne peut faire autrement, qu'on développe des projets ! C'est cela qui crée des emplois. Bien plus, en tout cas, que les projets qu'on abandonne parce qu'au fil de leur réalisation, on découvre une impossibilité de les développer !
Alors oui, je crois que même le plus sceptique d'entre vous peut en convenir : la biodiversité est un enjeu majeur qu'il nous faut prendre à bras le corps. Mais ce sceptique peut continuer à se poser des questions – ma foi, ce sont les questionnements qui permettent d'avancer – et il ou elle peut se demander : mais en quoi est-ce une question politique ?
C'est un enjeu humain, j'allais dire existentiel.
C'est une opportunité économique.
Mais est-ce que c'est au politique de s'en saisir ?
Je ne vais pas ici faire de plagiat, et je vous conseille, si vous en trouvez le temps entre vos cours, de lire un excellent petit livre écrit par Hubert Védrine, ancien ministre des affaires étrangères, qui apporte à cette question une réponse assez inédite, que j'ai trouvée extrêmement convaincante. Qu'un spécialiste des relations internationales donne à la question de la biodiversité un rôle aussi central dans ses réflexions devrait capter l'attention.
Que nous dit-il ?
D'abord, que l'existence d'une communauté internationale ne va pas de soi. Le monde est fait de pays, de régions, de peuples, aux intérêts directs souvent divergents.
Il est animé de cultures, de croyances, parfois difficilement compatibles : on le voit bien aujourd'hui avec la montée d'un nouveau fondamentalisme qui menace, frappe et détruit des civilisations multiséculaires en proie à la guerre civile.
Dans un tel contexte, il ne faut jamais oublier que l'idée d'une communauté internationale est née deux fois, au lendemain de conflits mondiaux, sur la base d'un même mot d'ordre : plus jamais ça !
C'est, une première fois, au lendemain de la première guerre mondiale, qui avait fait dire à Paul Valéry « maintenant, civilisations, nous savons que nous sommes mortelles », et au sortir de la barbarie nazie une seconde fois, que l'idée d'une communauté d'intérêts qui transcende les intérêts nationaux s'est faite jour.
Mais le temps passant, les survivants des conflits disparaissant, les générations remplaçant celles des survivants, cette idée d'une communauté internationale se délite, perd de sa force.
Les nationalismes ressurgissent, les conflits culturels, religieux, ethniques se raniment.
Dans un tel contexte, finalement, nous dit Védrine, quelles sont les questions qui peuvent faire renaître cette flamme de la communauté internationale, sinon la question du climat, et celle de la perte de biodiversité, qui menacent toutes et tous, et auxquelles personne, aucune nation, ne peut échapper.
Qu'on y réfléchisse bien : Le caractère historique de l'accord de Paris sur le climat tient en une chose : pour une fois, les représentants de tous les pays de notre planète ne sont pas tombés d'accord en regardant le passé et en disant « plus jamais ça ». Ils ont regardé devant eux, ont pris conscience de ce que les scientifiques leur ont dit de l'évolution du monde si on ne parvenait pas à dompter le réchauffement climatique en cours, et ils ont dit, « jamais ça ».
Je serai au début du mois de décembre à la COP 13 sur la biodiversité à Cancun. Car, comme il y a une communauté internationale qui agit sur la question climatique, il y a un travail en cours sur les questions de biodiversité. Nous y ferons le point sur la mise en oeuvre des objectifs d'Aïchi adoptés en 2010 au Japon. C'est une avancée, mais ce n'est pas suffisant : j'ai la conviction que la prochaine question planétaire qui pourra redonner un sens au mot de communauté internationale, c'est la question de la biodiversité.
C'est d'ailleurs la thèse d'Hubert Védrine. Parce que, comme pour la question climatique, la biodiversité oblige les nations à conjurer un risque et à saisir des opportunités de développement. Comme pour le climat, il nous faut regarder en face et être capables de dire, instruits du risque, « jamais ça ». Et, comme pour le climat, il nous faut mettre en oeuvre des solutions qui permettront de vivre mieux.
Enjeu international, la biodiversité est également un enjeu spécifiquement national - j'allais dire une question d'identité, en ces temps où certains essaient de faire reposer la question de l'identité nationale sur des critères religieux ou ethniques qui n'ont rien à voir avec notre identité républicaine.
Le droit du sol, qui fonde la nationalité française, c'est un rappel : nous héritons tous d'un même territoire, quelles que soient nos croyances, notre statut social, la manière dont nous sommes Français. Et c'est ce territoire que nous léguons à la génération suivante.
Or, notre pays est l'un des plus riches au monde en merveilles de la nature, tout particulièrement dans les outre-mer, qui concentrent plus de 80 % de la biodiversité nationale.
• Nous sommes parmi les 10 pays du monde qui abritent le plus grand nombre d'espèces ;
• Notre domaine maritime est le 2ème de la planète ;
• Nous sommes le 4ème pays au monde pour ses récifs coralliens.
• Mais nous sommes aussi au 6ème rang des pays abritant le plus grand nombre d'espèces menacées.
Nous avons donc une responsabilité particulière sur ce sujet, et alors que l'on cherche des objets de mobilisations collectives, du sens à notre communauté nationale, je suis de celles qui pensent que l'environnement est un sujet majeur, que notre patrimoine naturel définit à la fois ce que nous sommes mais aussi l'avenir que nous construirons : alors oui, la biodiversité est, devrait être, une question centrale de l'action politique dans ce pays.
Et enfin, sur ce sujet de la biodiversité comme objet politique, une dernière réflexion : je parcours la France dans le cadre de mes fonctions. Et je suis frappée de constater à quel point les questions d'environnement, de préservation de notre patrimoine naturel, si absentes du débat politique, occupent et préoccupent les citoyens, sur le terrain.
C'est, au plan municipal, par exemple, une question centrale de mobilisations citoyennes – en pour, ou en contre – dès lors que des projets d'aménagement menacent des zones naturelles, ou au contraire que naissent des projets de mise en valeur et de protection de territoires.
Les mobilisations en contre, vous en avez tous en tête : qu'il s'agisse de projets routiers ou d'aéroports. Quoiqu'on pense de l'intérêt ou de l'utilité de ces projets, que la question de leur impact sur l'environnement et la biodiversité mobilise autant doit être perçue comme une chance, car c'est le signe d'un intérêt nouveau dans la population.
Mais il n'y a pas que des contestations : il y a aussi des projets de développement qui reposent sur la nature et la préservation de la biodiversité. Les parcs naturels régionaux, par exemple, qui se construisent autour de projets de territoire négociés entre collectivités, acteurs économiques, usagers, associations de protection de la nature et l'Etat constituent une formidable réussite française. La preuve que l'on peut concilier attention à la nature et développement économique. Les Parcs constituent à la fois des espaces remarquables, riches de leurs patrimoines naturel, paysager et culturel mais également des lieux de vie puisqu'ils réunissent plus de 4 millions d'habitants. Parmi eux, 700 000 personnes travaillent dans les 300 000 entreprises de tous secteurs d'activité.
Alors oui, parce qu'elle constitue un enjeu de mobilisation internationale, nationale et locale, la question de la biodiversité est bien une question éminemment politique. Et c'est pourquoi je crois tout à fait légitime qu'elle soit aujourd'hui, pour la première fois dans l'histoire de notre république, un département ministériel adossé au ministère de l'environnement.
Disant cela, j'entends d'ici le plus sceptique d'entre vous qui se dit que tout cela est sans doute juste, mais que, si on réfléchit bien, quand on la prend dans son acception la plus large, la lutte pour la biodiversité représente une ambition qui semble démesurée, tant elle paraît dépasser les seules capacités humaines de connaissance, d'analyse et d'action.
Comment agir, face à un tel défi ? C'est ce à quoi mon secrétariat d'Etat s'attèle.
Je crois qu'on agit en premier lieu par la prise de conscience : c'est ce que je fais devant vous aujourd'hui. Cette prise de conscience sur le réchauffement climatique a pris du temps, mais elle a abouti – même si elle demeure fragile et à la merci de petits calculs électoraux, on le voit avec Trump aux Etats-Unis, mais aussi parfois chez nous. Il nous reste à faire le même travail de pédagogie sur la biodiversité.
THOMAS FULLER, homme d'église et historien anglais du XVIIème siècle écrivait: "WE DON'T KNOW THE WORTH OF WATER TILL THE WELL IS DRY". N'attentons pas d'atteindre le fond du puits de la biodiversité pour nous en préoccuper. Et croyez-moi, après avoir entendu certains propos au Sénat lors des débats parlementaires, il reste du boulot pour faire progresser la conscience de l'enjeu !
Pour donner envie d'agir.
Pour donner l'envie de mettre, si j'ose dire, la biodiversité en action.
C'est précisément le terme que nous avons retenu pour une initiative lancée début octobre et qui comprend trois volets : l'Éducation à la nature, Biodiversité et activités économiques, et Nature en ville.
De quoi s'agit-il ?
Tout simplement, convaincre, expliquer par l'exemple et mutualiser les réalisations. Faire connaître à tous, au plus près des territoires, un maximum d'initiatives contribuant à la préservation de la biodiversité.
Un site internet pour recenser les actions – il y en a déjà plus de 100 à ce jour, une communication ciblée dans la presse locale de chacune des actions labellisées - pour démontrer que la biodiversité est l'affaire de tous. Ce sont les principes de cette opération, et je ne saurais trop vous conseiller de vous connecter sur biodiversité-en-action.gouv.fr.
Mais il ne suffit pas de constater : il faut comprendre. C'est le rôle de l'éducation. J'entends assez régulièrement des gens dire : il faut recentrer l'éducation sur les fondamentaux, et certains éditorialistes d'ironiser sur l'éducation au développement durable. Comme si cela faisait partie des disciplines d'éveil, comme on disait autrefois, par opposition aux disciplines de connaissance : la langue ; les maths ; l'histoire ou la géographie.
Mais quelle société préparerions-nous si nous devions sacraliser une discipline qui étudie le passé, en l'opposant à une éducation qui porte sur des questions d'avenir ?
L'éducation à la nature - j'ai signé en ce sens une convention avec l'éducation nationale – c'est une dimension essentielle dans la formation de citoyens aptes à exercer, en toute conscience, leurs responsabilités.
Parce que face aux défis de la biodiversité, il faudra mener des mutations de nos habitudes de consommation, et de production. C'est ce qu'on appelle la transition écologique. Une transition, c'est exaltant : on prépare un monde nouveau.
Mais c'est aussi exigeant, et parfois ingrat : parce que c'est le moment où les méfaits du système qu'on quitte continuent à se faire sentir, tandis que les bienfaits des mutations qu'on engage commencent tout juste à se concrétiser.
Dans une transition, il faut des gens pour impulser, et des acteurs pour s'y engager. Pour mener à bien une transition, il faut de la volonté et de l'humilité. Du réalisme et du pragmatisme.
Je suis issue du bassin minier du Nord : je sais ce que la révolution industrielle a pu produire de dégâts à l'environnement. Des dégâts durables, parfois irrémédiables. Et je sais ce que l'absence d'anticipation devant les mutations économiques peut produire de dégâts humains et sociaux.
Apprendre de nos erreurs et anticiper : c'est aussi ce que nous devons faire en matière de biodiversité. Et tout cela avec humilité. Parce que les choses sont complexes et que l'écologie - c'est une écologiste réformiste qui vous le dit en tout cas - ne peut pas être une simple dénonciation.
Prenons l'exemple de l'huile de palme, que j'évoquais tout à l'heure.
Lors des débats parlementaires sur la loi pour la reconquête de la biodiversité de la nature et des paysages, certains ont avancé l'idée de taxer fortement cette huile, dont on sait que, trop souvent, sa production est accompagnée de la destruction massive des forêts primaires de dégâts monumentaux sur l'environnement. Ce projet a bien entendu ému les pays producteurs.
Car dans beaucoup de régions du monde, le développement de la culture du palmier a permis, il faut le reconnaître, une sortie de la pauvreté. Pour de nombreux paysans, l'eau potable, l'électricité, les sanitaires, bref, l'accès à un certain nombre de services que nous considérons comme naturels, s'est fait au prix de pertes considérables de biodiversité.
Nous ne pouvons pas aller dire à ces gens : « c'est fini, retournez à votre pauvreté ». C'est pourquoi nous avons choisi de travailler, avec les ONG, sur la question de la certification de l'huile de palme : car il est possible de produire dans des conditions respectueuses de l'environnement.
C'est certes une tâche de longue haleine. C'est certes moins visible, et moins populaire sans doute, qu'une taxe punitive. Mais j'ai la faiblesse de penser que ce sera plus efficace pour accompagner une transition dans un mode de production aujourd'hui encore extrêmement agressif pour la biodiversité.
Concrète, cherchant l'adhésion, pragmatique : c'est la philosophie qui guide notre politique nationale de biodiversité. Elle a inspiré l'élaboration de la loi que j'ai fait voter cet été, qui vise à protéger et reconquérir la biodiversité, la nature et les paysages.
Rassurez-vous, je ne vais pas vous faire l'exégèse de ses quelque 175 articles. Mais je retiendrai quelques exemples, qui peuvent vous intéresser, car ils impacteront votre activité professionnelle.
D'abord, sur la prise en compte de facteurs multiples qui conditionnent la qualité de la biodiversité, la Loi reconnaît le principe de solidarité écologique, qui met en avant l'importance des liens qui existent entre la préservation de la biodiversité et les activités humaines. Ce principe permet de s'assurer que les questions complexes d'interactions et d'effets directs et indirects sont prises en compte dans les décisions et notamment dans les décisions d'aménagement.
Ensuite, sur la nécessité d'anticiper plutôt que de guérir, je veux rappeler que la loi a clarifié le principe « éviter, réduire, compenser », inscrit dans la loi depuis 40 ans. Celui-ci était souvent mal mis en oeuvre car il était peu explicité. Il était la source de nombreux contentieux, de nombreuses remises en cause de projets au cours de leur réalisation.
Désormais, l'apport de la loi est de permettre de concevoir tout projet avec le souci d'éviter les atteintes à la biodiversité, de les réduire au maximum, et, en dernier recours, s'il n'y a pas d'autre alternative, de les compenser pour respecter l'objectif de zéro perte de biodiversité. Elle offre de nouveaux outils pour garantir la mise en oeuvre de ce principe. Nous avons aussi inscrit dans la loi de nouvelles obligations environnementales, par exemple pour les centres commerciaux de périphérie : sur le revêtement de leurs parkings, qu'il faut désimperméabiliser, sur la production de leur électricité qui devra faire la part belle aux énergies renouvelables, ou sur la végétalisation de leurs toitures.
C'est ce qui nous a amenés à renforcer le rôle des CONSEILS D'ARCHITECTURE, D'URBANISME ET DE L'ENVIRONNE - LES CAUE - dans la définition et le suivi des politiques locales de biodiversité.
Et enfin, pour accompagner cette évolution majeure de nos politiques de biodiversité, nous avons créé l'Agence Française pour la Biodiversité, qui sera opérationnelle dès le 1er janvier prochain.
Formée de quatre opérateurs de biodiversité aujourd'hui autonomes, elle constituera l'organisme national de référence qui servira d'« appui technique, scientifique et financier », pour diffuser les connaissances, encourager et soutenir les initiatives et bonnes pratiques.
Au-delà des outils apportés par cette loi, la biodiversité vous la rencontrerez au travers de règles d'urbanisme, dans les PLU, au travers de critères sur les coefficients d'artificialisation/espaces verts. Elle pourra également s'inscrire dans des critères spécifiques présents dans les marchés publics, dans des labels ou des certifications : je pense au label BiodiverCity sur les bâtiments par exemple, ou encore à l'intégration de la biodiversité dans LE LABEL HQE.
Mais si les mesures législatives et règlementaires sont nécessaires, elles ne sont pas suffisantes : la mobilisation de tous les acteurs est fondamentale.
Je vous parlais à l'instant de la transition écologique. Elle vous concerne doublement. D'abord, parce que ce sera le défi de votre génération.
Mais également parce que vous en serez des acteurs essentiels, compte tenu des métiers que vous exercerez.
Que vous exerciez demain votre activité professionnelle dans le Génie civil et le Bâtiment, dans les Transports, que vous vous consacriez à l'aménagement et aux politiques urbaines, à la gestion et à la prévention des risques, à la lutte contre les pollutions et les nuisances, à la gestion des cours d'eau et du littoral, vous serez des acteurs de la biodiversité.
Et vos enseignants, que je salue au passage, car ils ont une responsabilité majeure en la matière, seront des passeurs de savoir-faire, des inspirations pour agir.
Oui, même le plus sceptique d'entre vous porte une responsabilité majeure face au défi de la biodiversité.
J'espère avoir contribué aujourd'hui par ce propos introductif à l'en convaincre, à le ou la convaincre que c'est une chance autant qu'une nécessité, et je suis désormais à votre disposition pour échanger, plus concrètement sans doute, sur ce que sera votre rôle, sur vos aspirations, ou vos interrogations.
Merci, en tout cas, de votre accueil et de votre attention.
Source http://www.developpement-durable.gouv.fr, le 17 novembre 2016